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Les cahiers EPS n° 43 (La motricité durable) hiver 2011 [Acheter le numéro]

 

Avant-propos

Editorial

La motricité durable / Introduction

  • La "motricité durable"(Michel DELAUNAY)
    Le concept de "motricité durable" représente une déclinaison de la conception de l'identité physique scolaire, énoncée dès le rapport de M. Delaunay à l'Inspection Générale en 19891. Il s'inscrit dans la réforme, actuelle et mondiale, de la civilisation pour une meilleure gestion des activités de l'homme dans son environnement. Cet article en propose une formalisation notionnelle afin d'harmoniser les réflexions. Celle-ci ne se fonde pas sur une "écologie" de maintien d'un naturel mythifié, d'un moindre développement, mais sur une éco (…)
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La motricité durable / I. Le concept mis en pratiques

  • Le développement durable est au coeur des préoccupations de notre société. L'éducation physique qui transforme les conduites motrices des élèves peut-elle oeuvrer au développement durable de cette motricité ?
    Le regard porté simultanément sur le développement de l'agriculture et sur celui de l'activité physique des dernières décennies donne la possibilité de mesurer l'impact d'une négation des principes naturels et de la croissance assistée par la technologie, et de se rendre compte, dans cette situation, de l'impossible durabilité de la motricité et de la santé.
    Cependant, l'EPS peut oeuvrer pour le développement durable de la motricité si elle confère à chacun la possibilité de s'approprier des principes respectueux de la nature.
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  • La qualité d'une éducation physique ne se mesure pas à l'engouement des élèves ni aux seuls résultats des évaluations scolaires. Elle se vérifie aussi plus tard, chez les adultes, par le choix d'activités physiques, l'autonomie de pratique, les accidents, voire, en creux, l'absence d'activité. Plus précisément, une EPS pertinente est efficace dans l'école, hors de l'école, aujourd'hui et dans le futur. Elle est durable.
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  • Le texte encadrant le programme d'EPS des lycées d'enseignement général et technologique paru au BO n°4 du 29 avril 2010 fait état, parmi d'autres, d'une compétence propre à la discipline d'enseignement visant de façon générique l'entretien de la personne, à savoir : "réaliser et orienter son activité physique en vue du développement et de l'entretien de soi" ; cette compétence propre (CP 5) vient se substituer à l'ancienne compétence culturelle (CC 5) des défunts programmes. Dans le même temps, les trois objectifs au service de la finalité de l'EPS sont énoncés dans un ordre mettant en deuxième position le "savoir gérer sa vie physique et sociale". Cette avancée formelle rétrograde l'objectif "accéder au patrimoine culturel", ce qui n'est pas choquant en soi.
    L'enjeu pour les enseignants est de transformer des objectifs implicites, induisant peu ou prou des apprentissages incidents en objectifs, alors, explicites dont l'apprenant a conscience. Pour ce, la profession doit définir les paramètres sur lesquels il est nécessaire de se focaliser durant les deux heures hebdomadaires consacrées à l'EPS au lycée. Développer le "faire" paraît déjà ambitieux mais viser "l'intelligence pour faire" semble représenter une détermination à la fois plus ambitieuse, plus heuristique et davantage respectueuse du sujet apprenant.
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  • Dans le cadre d'une motricité durable, certains travaux de recherche montrent que le plaisir éprouvé dans les apprentissages de connaissances et compétences est une des conditions permettant aux élèves de les réinvestir dans d'autres contextes. Le plaisir favorise l'engagement à court terme mais le désir de revivre ces expériences à long terme ne va pas de soi et doit être construit. Comprendre puis objectiver l'origine du plaisir sont donc essentiels à l'élaboration d'une motricité durable et doit faire l'objet d'une éducation.
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  • Le concept de la motricité durable à l'école met en perspective la possibilité pour les élèves de préparer, de bonifier leur vie physique future et, pour les enseignants d'EPS, de leur transmettre les valeurs et outils nécessaires à la gestion de leur vie physique au quotidien, pendant leur activité professionnelle ou de loisir. Ce type d'éducation tend à leur éviter de subir, en dehors de l'école, les conséquences de l'absence de pratique physique ou de son orientation vers des pratiques encadrées qui valorisent surtout des corps esthétiques et mécaniques.
    L'école joue son rôle lorsqu'elle permet aux élèves d'acquérir les connaissances qui garantissent la durabilité de leur motricité. L'un des axes de travail du professeur d'EPS porte sur le développement de l'autonomie motrice de ses élèves afin que ces derniers soient, au terme de la scolarité obligatoire, maîtres de la gestion de leurs actions motrices par l'écoute de leur corps, par la capacité d'analyse des ressentis et des effets des différentes formes de pratiques sur leur organisme. L'acquisition de cette autonomie leur permet, en parfaite connaissance de cause, de formuler des choix d'activités par intérêt ou rejet.
    Poser la question de la motricité durable, c'est s'interroger sur les capacités de l'individu à gérer son corps et ses actions sur toute la durée de son existence. Il est essentiel d'extraire les composantes fondamentales de l'autonomie motrice pour définir des contenus d'enseignement qui y sont liés. L'objet du présent article traite ce thème et propose des connaissances à faire acquérir par les élèves..
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  • La problématique de la motricité durable est au coeur des productions académiques et des publications spécifiques de notre discipline. Par le biais de l'analyse sur le savoir s'entraîner scolaire ou le bon usage de soi... l'objectif affiché est de construire des pratiquants éclairés capables d'intervenir sur les propriétés de leurs conduites motrices1. Traiter la motricité durable, c'est apprendre à concevoir sa motricité, à l'adapter aux conditions de réalisation ainsi qu'aux ressources à disposition.
    Cette réflexion semble, de façon institutionnelle, réservée aux années lycée. Elle se structure communément autour de la CP 5 ("Réaliser et orienter son activité physique en vue du développement et de l'entretien de soi") et prend acte dans la pratique d'APSA spécifiques que sont les ASDEP2. Les publications institutionnelles3 présentent des niveaux d'acquisition qui débutent par un niveau 3 : étonnant ! avec une démarche qui n'est pas explicitement connectée à ce qui est travaillé préalablement au collège.
    Les questions autour de la mise en place d'une motricité réfléchie, adaptable et raisonnée doivent pouvoir dépasser le clivage collège/lycée. Il semble indispensable de concevoir les acquisitions liées au thème de la motricité durable sur un continuum temps allant de la 6e à la terminale afin de construire un élève éduqué capable d'exprimer sa motricité dans et en dehors de l'école.
    Cet article propose une démarche d'enseignement qui prend appui sur des contenus conjoncturels source de plaisir. Le désir d'apprendre/d'agir est alors stimulé. L'utilité des connaissances enseignées est indéniable. Enfin, les connaissances méthodologiques construites constituent une première étape, indispensable vers une dévolution des pratiques.
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La motricité durable / II. Des mises en pratique référées au concept

  • Faire apprendre en éducation physique et sportive suppose, pour l'enseignant, de savoir ce qu'il y a à apprendre. C'est la question des savoirs fondamentaux, celle qui anime depuis ses débuts les débats au sein du Groupe académique d'innovation pédagogique de Nantes (GAIP). L'ambition de développer une motricité durable affichée dans ce numéro ne fait pas exception. Pour éduquer à une motricité durable, il est d'abord nécessaire de s'appuyer sur un corpus de savoirs durables. C'est ensuite que commence le défi d'enseignement : organiser les situations d'apprentissage afin que ces savoirs du dehors (ceux venant du maître) deviennent des connaissances du dedans (celles de l'élève-apprenant)1, avant de s'établir comme de nouveaux savoirs du dedans (ceux de la personne-élève pouvant acter ces connaissances intégrées).
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  • L'élève de collège ou de lycée vit une EPS avec le corps dont il dispose au moment où il reçoit l'enseignement, afin de construire les compétences énoncées dans les programmes nationaux, déclinées localement, dont l'ambition est une action pour l'avenir. La difficulté est d'assurer un enseignement visant le long terme alors qu'il dispose d'une motricité conjoncturelle de court terme, paramétrée par des transformations morphologiques, physiologiques et psychologiques.
    Le présent article propose la construction de la durabilité chez l'élève à partir de la transmission de connaissances, de l'acquisition des capacités et de l'exercice des attitudes qui permettent de comprendre comment l'APSA organisée s'articule avec l'activité corporelle réalisée. Cette relation construit la compétence à contrôler l'orientation donnée à l'activité, à partir d'une connaissance approfondie et objective des caractéristiques de celle-ci, en termes de complexité de la tâche à réaliser et d'identification de la nature du ressenti au cours de la réalisation proprement dite.
    La durabilité ne peut être atteinte qu'avec un certain niveau d'acquisition de cette compétence de contrôle/gestion. Celle-ci peut s'exprimer en termes de performance méthodologique dans le cadre de l'enseignement de la compétence propre n° 5 des programmes du lycée de 2010.
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  • Les conduites motrices d'un élève revêtent un caractère durable quand elles s'adaptent à son milieu et à l'évolution qu'il subit.
    De l'adolescence à l'âge adulte, la personne en devenir connaît des environnements variés et contraints. Si elle aspire à s'adapter à l'environnement rencontré et qu'elle dispose de moyens suffisants, alors elle continue de développer ou de gérer sa motricité dans la durée.
    Dans cette perspective, il est intéressant de s'interroger sur les conditions pédagogiques et didactiques qui conduisent l'élève à développer des compétences nécessaires à la durabilité, par l'usage d'une "motricité réinvestissable".
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  • Le numéro 35 des cahiers EPS intitulé "L'EPS pour les nuls, les champions et les autres" apporte un éclairage sur des élèves qui, sans être nécessairement en difficulté, ne se retrouvent pas dans certaines pratiques trop sportives de l'EPS (selon la représentation qu'ils s'en font) : comparaison aux autres (ou à une norme extérieure de type barème); confrontation, opposition, trop grande considération accordée parfois au seul résultat (aux yeux des pairs, par exemple) ou envisagé sur le seul mode binaire (gagnant/perdant).
    L'obligation récente de la compétence propre 5 (CP5) dans les programmes des lycées, et plus généralement de préoccupations centrées sur l'entretien de soi engagent vraisemblablement les élèves sur le chemin d'un rapport à soi, aux autres, aux pratiques physiques d'une nature quelque peu différente.
    Deux axes de transformation semblent alors pouvoir se dégager : celui de l'estime de soi, et celui de l'émancipation.
    En effet, cette nouvelle attention institutionnelle implique un déplacement du centre d'intérêt, et invite l'élève à passer d'un regard hétéro-référencé, qui suppose la comparaison aux autres ou à une norme, à un regard auto-référencé, c'est-à-dire qui prend en compte, en premier lieu, ses propres capacités et leur évolution.
    Mais, elle engage également l'élève à prendre en charge de manière plus autonome son activité, en particulier par la cohérence recherchée entre la réalisation, l'orientation de l'activité et les effets attendus. L'élève actif devient alors davantage un élève acteur, voire auteur de son apprentissage.
    Le présent article tente d'étudier en quoi la construction du "savoir s'entraîner", visant à maintenir une motricité efficiente dans la durée, peut modifier le rapport à soi et à l'apprentissage, le rapport aux autres et asseoir en retour une estime de soi plus sereine, d'une part, et contribuer modestement à l'émancipation du futur adulte, d'autre part.
    En effet :
       - du point de vue du professeur, au niveau axiologique, cet enseignement trouve son enracinement dans les valeurs défendues par l'école ;
       - au niveau didactique, il implique évidemment des choix en termes de contenus à enseigner ;
       - enfin, il exige pour l'élève une inscription dépassant le court terme, une mise en projet qu'il s'agit de gérer.
    L'activité course en durée et demi-fond servira à illustrer le propos.
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  • La mission de chaque professeur est de favoriser les transformations durables chez tous les élèves, dans le but de leur faire acquérir les compétences du programme de la discipline et de l'école en général ("La mission du professeur" circulaire n° 97-123 du 23/05/1997). En l'occurrence, en EPS, il s'agit de transformer la "motricité" (au sens élargi) des élèves, pour autant que cette motricité corresponde à l'ensemble des fonctions corporelles assurées par le système locomoteur et le système nerveux permettant les mouvements et les déplacements. Elle est la composante la plus pertinente de la conduite motrice que P. Parlebas1 définit comme "l'organisation signifiante du comportement moteur. La conduite motrice est le comportement moteur en tant qu'il est porteur de signification".
    Transformer durablement l'élève signifie lui faire acquérir une motricité signifiante utilisable tout au long de sa vie. Transformer l'élève sur le plan moteur, c'est vouloir le faire basculer vers de nouvelles formes corporelles, le faire accéder à de nouvelles conduites motrices.
    Acquérir les éléments d'un savoir durable liés à l'activité corporelle ne serait-il pas l'un des moyens qui permette de développer une motricité durable ? Les connaissances, capacités et attitudes qui en découlent sont constitutives d'une prise de responsabilité à l'égard de la gestion de sa vie physique, de sa propre santé et d'un "bon usage de soi" réinvestissables dans une vie sportive ou quotidienne. Le "bon usage de soi" donne du sens et de la signification aux actes moteurs.
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  • Au sein des cours obligatoires d'EPS, comment construire une EPS durable ? Si durabilité il y a, elle ne peut concerner que l'élève qui apprend. Tout travail sur l'enseignement de l'EPS se penche à la fois sur la réussite des élèves (ce qu'ils apprennent vraiment) et sur les conditions nécessaires à mettre en oeuvre pour favoriser cette réussite. Parallèlement, il peut y avoir l'abstraction d'une réflexion sur ce qu'il est pertinent de faire apprendre aux élèves (les contenus d'enseignement).
    La didactique n'est pas une fin en soi. Cependant, il est central d'identifier ce qui est à enseigner/apprendre lorsque l'acte d'enseignement a lieu, surtout lorsque certains élèves se trouvent en situation de difficulté ou n'apprennent pas, catégorisés alors comme d'éternels débutants. La réussite de l'enseignement ne peut se construire, sur le rejet de certains élèves, dans un déterminisme de l'échec, en considérant ces derniers comme des "enfants perdus", même si, dans le quotidien du professeur, il est parfois compliqué de faire preuve de lucidité ou de raisonnement approfondi pour ne pas se laisser aller dans la spirale du renoncement et du découragement.
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