Estudis

Le Calen et le Centre català de Marseille

Un exemple de fraternité occitano-catalane

Pere Grau

Entre les deux nationalités sans État (dont le marqueur essentiel est la langue), Pays d'Oc ou Occitans et Pays Catalans, les relations contemporaines ont été fructueuses, bien que fluctuantes au gré des circonstances politiques internationales et nationales (période d' "expansion" catalane quand la Catalogne a quelque autonomie : sous la Mancomunitat de Catalunya (1914-1925) et la Generalitat républicaine (1931-1939) ; période d'accueil et de solidarité occitans durant les dictatures de Primo de Rivera (1923-1929) et de Franco (1939-1975). Ces liens sont fondamentaux pour la modernisation de la langue occitane et pour l'émergence de l'occitanisme moderne, les Pays Catalans ayant servi de modèle aux Occitans.

Document (format PDF) :La fraternité occitano-catalane (documents iconographiques)

Nous avons choisi d'illustrer la chronique de ces relations culturelles par l'exemple de Marseille et de deux de ses associations, "lo Calen de Marselha" et le "Centre Català de Marsella". La première est l'une des rares associations d'Oc ancrée dans une réalité sociale et populaire pendant plus d'un demi-siècle. La seconde est le plus ancien et le plus dynamique des "Casals catalans" d'Europe, toujours en activité.

Le choix de Marseille n'est pas dû au hasard. La cité phocéenne est certainement la ville de France la plus proche des Catalans. Le souvenir des liens historiques médiévaux y subsistent jusque dans la topographie. Les échanges économiques entre les deux grands ports de la Méditerranée occidentale et la présence constante d'une forte communauté catalane sont fondamentaux. Tandis que la conscience d'une fraternité entre Provençaux et Catalans - voire d'une communauté occitano-catalane - est entretenue par le Félibrige, célébrée rituellement par la Coupo Santo, et a diffusé au-delà des cercles félibréens (*) . Ajoutons l'activité de Pierre Rouquette qui vulgarise, dès 1920, la Catalogne, sa littérature, sa culture et ses institutions, par ses articles dans la presse quotidienne et dans les "chroniques catalanes" qu'il donne à de nombreuses revues (comme les Cahiers du Sud) et aux bulletins félibréens.

"Lou Calen de Marsiho" a été fondé le 11 août 1925 au sommet du Pic Bertagne par sept jeunes en rupture avec le mouvement "Prouvenço !". Plusieurs sous-titres se succèdent dans sa longue existence : à sa fondation "Lou Calen de Marsiho que recampo lei gènt de la bouono !", affilié au Félibrige, dont il est en quelque sorte la "vitrine sociale"; en 1935 "Fougau felibren d'Acien soucialo"; en 1949 "centre culturel agréé par le Ministère de l'Education". En 1972 Lo Calen de Marselha devient la "section IEO-Provence", (depuis sa fondation en 1945 et jusqu'à cette date existait le "Centre Provençal de l'IEO", animé par Pierre Rouquette, qui prend ensuite le nom de "Centre Provençal de Culture Occitane") ; en 1980 le centre culturel marseillais passe le flambeau à la "section Frédéric Mistral de l'IEO" à Marseille. Ces dénominations successives sont le reflet d'une évolution, d'une adaptation à la réalité, d'une jeunesse, qui ne sont pas si fréquentes dans les milieux régionalistes, souvent soucieux de la seule "maintenance" culturelle. A partir de l'excursionisme convivial de jeunes, le Calen pratique les activités communes aux Écoles félibréennes. Tout en poursuivant des actions en faveur de la reconnaissance du provençal/occitan, l'association évolue vers une plus grande conscience à la fois panoccitane et sociopolitique, (allant jusqu'à la revendication de l'autonomie occitane pour certains), et vers une action de formation pédagogique (stages, écoles d'été...) avec le soutien du cadre institutionnel français. La personnalité rayonnante et "activiste" de Jòrgi Reboul est un élément fondamental du dynamisme du groupe.

Le "Centre Català de Marsella", "dont le but est de procurer aux sociétaires et à leurs familles des moyens d'instruction et des distractions saines et honnêtes", est fondé le 16 décembre 1917 par 35 Catalans résidant dans la ville, artisans et ouvriers. Il a l'objectif social de regrouper les compatriotes en recréant des foyers de convivialité qu'ils avaient connus en Catalogne : il tend à recréer d'une certaine manière les "Ateneus" ouvriers républicains contemporains, à fois lieux conviviaux et de formation globale. Lors de l'occupation de la zone sud de la France par les Allemands, les locaux sont mis à sac et l'association est interdite. À la Libération les activités reprennent. Dans le contexte du début de la guerre froide, en 1950, une scission affecte le Centre, elle voit la naissance de "Llar Catalana", (regroupant ceux qui considèrent le Centre trop proche du Parti communiste), tandis que l'entité qui garde le nom, tout en poursuivant les mêmes activités, a pour souci de nouer des liens avec la Catalogne et de faire connaître en Provence la réalité sociopolitique du pays. Le Centre Català sera interdit en 1966, il reprendra ses activités sous le nom de "Cercle Català" en 1981, tandis que Llar Catalana disparaîtra.

Ainsi pendant de longues années les deux associations ont pratiqué des activités semblables : réunions régulières avec conférences, cours de langue, théâtre, bibliothèque, danses folkloriques, chorale, bulletin...

L'autonomie catalane

Les deux associations se rapprochent dans les années trente, dans le contexte de l'avènement de la République en Espagne et de l'autonomie catalane, pour rester étroitement liées. À partir du 3 juillet 1932 précisément, elles s'invitent mutuellement aux manifestations qu'elles organisent, souvent dans un décorum de costumes, drapeaux et discours, fort à la mode à l'époque.

Pour ne citer qu'un seul exemple : Le Centre Català, drapeau en tête, participe aux manifestations des Grandes Fêtes de la Tarasque, organisées à Sainte-Marthe par le "Roudelet de Santo-Marto", sous la direction de son chef de file, Paul Ricard, un proche de Jòrgi Reboul, le 24 juillet 1932.

Un exemple de manifestation

1932, 26 novembre. À Marseille, à la salle municipale des Dominicains, manifestation de fraternité provençale et catalane, organisée par lou Calen et le Centre Català, et présidée par Josep Homs, avec une conférence de Jorgi Reboul en langue provençale, "Barcelone en août 32", impressions du voyage qu'il a effectué à Barcelone. Concert de la Chorale Catalane, représentation théâtrale provençale, danses. Préparation du voyage à Barcelone prévu pour Pâques 1933 avec la remise d'un Livre d'Or au Président de la Generalitat. Participation des majoraux Antoni Conio et Jean Bessat, de Pierre Rouquette, qualifié de "catalanista", de Paul Ricard, du Roudelet de Sainte-Marthe... (cf : Le Petit Provençal, 27 nov. 1932; Oc, 8-9, set-dec. 1932; Lou Calen, 42, nov. 1932. dans lequel est publiée la "Marsellesa" d'Ignaci Iglesias en catalan)

Grâce à leurs initiatives communes, les relations se nouent entre Marseille et Barcelone, entre Catalogne et Provence. Jòrgi Reboul est reçu en août 1932 par le Président du gouvernement autonome de la Generalitat, Francesc Macià, et les membres du Parlement catalan. A Marseille le Centre Catalan célèbre l'approbation du statut d'autonomie avec des membres du Calen et du Félibrige. En avril 1933 la Catalogne autonome célèbre avec faste le "Primer Centenari de la Renaixença Catalana". Ces manifestations patriotiques se veulent aussi l'affirmation d'une communauté catalano-occitane. Le maire de Marseille et des représentants de la vie économique phocéenne y sont invités par le maire de Barcelone. Les délégations d'associations occitanes et félibréennes de France participent, la plus nombreuse est celle de Provence avec le Calen et des Catalans de Marseille ; elles sont accueillies par les groupements catalanistes du Principat, de Valencia et des Baléares. A l'initiative du Calen, un Livre d'Or est offert au Président Francesc Macià. Durant ces journées mémorables les jeunes panoccitanistes jettent les bases d'une union fédérale qui se concrétisera dans le bulletin Occitania (1934-1939) auquel participent notamment les éléments les plus avancés du Calen. Le maire de Barcelone est invité à son tour quelques mois plus tard par son homologue marseillais (22-24 septembre 1933). C'est l'occasion pour le Calen d'accueillir en son local le premier personnage de la capitale catalane, en présence des Catalans de Marseille.

Le Calen et le Centre Català organisent ensemble d'autres "voyages d'études occitano-catalanes" en 1934, 1935 et 1936, qui font connaître à des centaines de Provençaux la "Catalogne réelle". A leur retour du voyage d'avril 1936, ils reviennent avec des livres occitans (comme la Legenda d'Esclarmonda, du Marseillais Valeri Bernard) édités à Barcelone par l'Oficina de Relacions Meridionals, de Josep Carbonell, institution semi-officielle de la Generalitat, qui est alors un élément moteur dans les relations et a poussé les Occitans à se doter d'une langue moderne avec Louis Alibert comme maître d'oeuvre. Ajoutons que Jòrgi Reboul a été invité en 1936 au congrès de la Protectora de l'Ensenyança Catalana.

Les deux années noires (bienni negre)

La fraternité occitano-catalane se manifeste également à Marseille et en Provence dans les moments difficiles pour les Catalans. Ensemble le Calen et le Centre Català développent des actions de solidarité et font connaître au public la situation d'oppression nationale que vivent les Catalans.

En effet aux espoirs suscités par la proclamation de la République succède une radicalisation politique dans un contexte de crise économique et sociale. En novembre 1933 les élections donnent le pouvoir à la droite, traditionnellement peu favorable aux réformes sociales et aux nationalités périphériques. Lorsque le 4 octobre 1934, le chef de la CEDA, parti fascisant, entre au gouvernement, les organisations ouvrières espagnoles lancent une grève générale, qui tourne à l'insurrection dans les Asturies. Tandis que le 6 octobre, le nouveau président de la Generalitat, Lluis Companys, proclame "l'Etat catalan de la République fédérale espagnole", répétant le geste de Macià du 14 avril 1931. La rebellion ne dure que quelques heures. La répression est immédiate et brutale. Le statut d'autonomie est suspendu, des membres du gouvernement et du Parlement catalans, de la Municipalité de Barcelone ainsi que des universitaires catalans sont emprisonnés - et parmi eux ceux qui avaient accueilli les Marseillais. La réaction des deux associations est immédiate et vigoureuse. Réunions publiques d'information, rédaction d'un manifeste de solidarité publié dans la presse, tracts... une campagne de protestation à laquelle se joignent régionalistes, citoyens démocrates et élus.

Le Calen manifeste sa solidarité aux patriotes catalans emprisonnés, Companys, Ventura Gassol, Carles Pi i Sunyer et Josep Maria Batista i Roca, et à tous les persécutés, lors d'une réunion publique à la Salle des Dominicains, le 28 octobre. Un manifeste de solidarité avec les Catalans ("coupable, pér nautre, dou grand crime de trop eima pacificament sa patrio") est rédigé en provençal, qui est envoyé aux personnalités (Maire de Marseille, Président du Conseil Général, Préfet, Consul d'Espagne, Capoulié du Félibrige, Syndic de la Maintenance de Provence) et qui est publié dans la presse locale (Le Petit Provençal, Le Petit Marseillais, Marseille-Matin). Il sera lu en séance du Conseil Municipal du 31 octobre par le Maire, qui rappelle que parmi les premières personnalités arrêtées figure l'ancien Maire de Barcelone, le Docteur Aiguader, qui avait été l'hôte de Marseille quelques temps auparavant (cf : Marseille-Matin, 30 oct. 1934, (sous la rubrique "Felibrige, Mantenènço de Prouvènço, Soucieta Lou Calen") ; Le Petit Marseillais, 1-11-1934 ; Lou Calen, 62, decembre 1934; bulletin Cercle Català de Marsella, 9, nov. 1993).

Le "group marsihès d'Occitania" et des démocrates de Montpellier rédigent et distribuent un tract de solidarité aux Catalans à la suite de la répression des évènements d'octobre 1934 : "La répression espagnole en Catalogne : le Procès contre le Comité de Patronage de l'Université de Barcelone" (janvier 1935). Parmi les 30 000 détenus d'octobre 34, certains devront attendre février 1936 pour sortir de prison, comme le président de la Generalitat, Lluis Companys, qui adressera alors à Jòrgi Reboul et à Josep Homs une lettre de gratitude pour ce qui avait été fait par les Marseillais.

Le rétablissement de l'autonomie et les années de guerre

Les élections de février 1936 voient la victoire des gauches alliées au mouvement catalaniste, c'est, pour la majorité des Catalans de Marseille et de leurs amis provençaux, une grande joie, hélas de courte durée.

Alors qu'un cinquième voyage en Catalogne est en préparation, éclate le soulèvement militaire de juillet 1936. Le Centre Català prend fait et cause pour la République et pour la Catalogne ; à Marseille, son dirigeant Josep Homs préside et anime le Comité catalan républicain. Le Calen, les Catalans résidant à Marseille et des personnalités progressistes, autour de Pierre Rouquette et de Jòrgi Reboul, créent un réseau d'aide matérielle, morale et politique aux Catalans, en particulier aux intellectuels avec lesquels ils ont tissé des liens d'amitié depuis de nombreuses années et qui sont demeurés fidèles au gouvernement légal. Dès l'été 1936, à la demande de Francesc Trabal, les Marseillais envoient des livres français et occitans aux milices républicaines et aux blessés de guerre. Plusieurs envois de livres ont eu lieu sans que l'on sache s'ils sont arrivés à destination. Le réseau, en relation avec la Generalitat, participe à la divulgation des créations éditoriales catalanes et la distribution de brochures de propagande en faveur du gouvernement autonome catalan et de la République Espagnole dans leur lutte contre les militaires insurgés. En 1937, Pierre Rouquette est officiellement nommé "délégué" pour la Provence de "l'Institució de les Lletres Catalanes" pour cette politique d' "expansion" de la culture catalane et de soutien au gouvernement autonome. De nombreuses initiatives prévues ne pourront pas se concrétiser du fait de la guerre (traductions, création de bibliothèques, venue d'un Orphéon). Par ailleurs, Pierre Rouquette reçoit et divulgue une lettre de Carles Riba qui fait état des bombardements aériens des 16-18 mars 1938 qui ont fait des milliers de victimes parmi la population civile de Barcelone. La Municipalité de Marseille vote un texte de protestation contre les bombardements à l'instigation du Calen.

En 1938 l'aide s'élargit par l'envoi de denrées alimentaires et de tabac aux intellectuels catalans, à suite de la demande de Francesc Trabal adressée à Pierre Rouquette. Jòrgi Reboul sollicite en premier lieu les milieux félibréens et occitanistes, notamment les Provençaux ayant participé aux "expéditions" en Catalogne les années précédentes. Pour élargir les possibilités, un Comité d'Aide aux Intellectuels Catalans est créé à Marseille le 7 avril 1938, autour de Pierre Rouquette, de Jòrgi Reboul et de J. Homs. Le premier, par sa notoriété, en est la caution morale et le Président, tandis que le second en est la cheville ouvrière et le trésorier, le troisième s'occupant des envois. Le Comité regroupe des membres du Calen, du Félibrige, du bulletin Occitania, des intellectuels, notamment des animateurs des Cahiers du Sud, des enseignants progressistes... et des résidents catalans de la cité. Un appel à souscription est lancé, relayé par la création de comités locaux dans les villes méridionales et à Paris. Les fonds sont centralisés par le comité marseillais. Jòrgi Reboul assure la trésorerie et publie régulièrement dans le bulletin du Calen de Marseille l'état des sommes collectées, leur affectation et la liste des donateurs (une centaine, essentiellement provençaux, qui représentent tout l'éventail des sensibilités idéologiques des disciples de Mistral). Grâce aux souscriptions populaires, les marchandises (conserves alimentaires, riz, tabac...) sont achetées au détail, empaquetées et transmises par chemin de fer en Catalogne par J. Homs. Le total représente une tonne de 21 articles différents, en raison d'environ un paquet de 10 kg par semaine, envoyée entre le 29 mars et le 31 décembre 1938. L'Institució de les Lletres Catalanes les reçoit à Barcelone, où F. Trabal les répartit entre les hommes de lettres nécessiteux : 50 écrivains en bénéficient sur les 160 membres que compte l'institution. En échange il envoie à Marseille des exemplaires de la Revista de Catalunya.

Les Occitans accueillent le poète Carles Riba et son épouse, délégués par la I.L.C. pour un voyage de "propagande en faveur de la vraie Catalogne, si peu et si mal connue". En juillet 1938, ils sont reçus en Avignon (par Pierre Rouquette), à Marseille (par les Cahiers du Sud), à l'Auberge de Jeunesse d'Allauch (par Jòrgi Reboul), à Montpellier (par Pierre Azéma), avant d'aller à Paris, Evian, Lausanne. Les Provençaux reçoivent également Francesc Trabal et Mercè Rodoreda, membres de la I.L.C., à leur retour du Congrés des PEN-Club de Prague.

La chute de Barcelone précipite l'exode. Près d'un demi-million d'Espagnols passent la frontière en quelques semaines, démunis de tout et désespérés ; parmi eux des intellectuels catalans auxquels le Comité de Marseille va s'efforcer de venir en aide, avec des moyens dérisoires. Dans un premier temps des membres du Comité accueillent sous leur propre toit des familles de réfugiés, notamment leurs amis ou connaissances en attente d'une solution d'hébergement. Jòrgi Reboul reçoit et héberge un temps chez lui, ou à l'Auberge de Jeunesse d'Allauch, de nombreux intellectuels catalans, dont le nom seul de la famille Serra-Hunter nous est connu. Dès leur arrivée en France le poète Carles Riba, l'écrivain Josep Pous i Pagès et leur famille sont accueillis à Avignon par Pierre Rouquette, qui les loge chez des amis pendant un mois. Grâce à Pierre Rouquette, l'historien Ferran Soldevila quittera Banyuls-sur-mer, trop proche de la frontière, pour Beaume-de-Venise (décembre 1940). Josep Homs également loge des compatriotes. Dans le même temps le produit des souscriptions des Comités est affecté à des aides financières collectives ou individuelles aux intellectuels en exil. Il est impossible de connaître toutes les initiatives de solidarité des Provençaux, au premier rang desquels sont les membres du Calen et du Centre catalan.

La dictature de Franco

Alors que la culture catalane est bannie, sa nationalité niée et ses patriotes persécutés sous la dictature de Franco, le Calen et le Centre Catalan vont poursuivre des actions communes pour faire connaître la réalité de la Catalogne, illustrer sa culture et venir en aide aux exilés politiques. Le cas des Jocs Florals de la Llengua Catalana en exil, célébrés à Marseille en 1967 (**) , en est un exemple brillant. En juin 1966 les Catalans de Marseille se voient confier l'organisation des Jeux pour l'année 1967. Une commission organisatrice se met en place ; par souci d'"oecuménisme" voulu par les organisateurs au niveau international, elle comprend à l'origine 4 membres de chacune des entités catalanes de Marseille (le Centre Català et Llar Catalana) et 4 Provençaux (deux félibres et deux occitanistes), sous la présidence de Pierre Rouquette (président du Centre Provençal de l'IEO), les vice-présidences étant attribuées à Jòrgi Reboul (du Calen) et à Louis Bribot (du Félibrige). Deux mois plus tard le Ministère de l'Intérieur décrète l'interdiction du Centre Culturel Catalan de Marseille. Il ne fait aucun doute que le gouvernement français a cédé aux pressions de Madrid pour briser le groupement catalan le plus actif de Marseille, et ainsi tenter d'empêcher ce qui est alors la manifestation la plus significative de la nationalité catalane (et du nationalisme catalan) : les Jocs Florals. Immédiatement une campagne pour la levée de la sanction est organisée, animée en premier lieu par des membres du Calen, et qui reçoit de très nombreux soutiens, notamment du PEN-Club de Langue d'Oc et du Conseil Général des Bouches-du-Rhône. Le Calen prend l'initiative de créer l'association loi 1901 "les Amis de la Culture Catalane", sous la présidence honorifique de Pierre Rouquette et la direction de Guy Martin (du Calen), pour mener à bien les Jeux et pallier l'interdiction du Centre Catalan. L'association est présentée au public le 16 février 1967 au CRDP de Marseille. Un bulletin en catalan est publié en offset, Lligam, "butlletí interior de les amis de la Culture Catalane", sous la responsabilité de Guy Martin.

Le Calen en son nom propre participe matériellement et financièrement de façon importante à l'organisation des Jeux (versements et avance de numéraires, dotation d'un Prix Antoni Conio...). Les Jocs Florals de Marseille de 1967, concrétisation de la fraternité occitano-catalane, connaissent un succès sans précédent. Notons que Glaudi Barsotti y reçoit le Prix Antoni Conio pour la première étude réalisée sur les relations occitano-catalanes contemporaines, qui sera publiée dans Nous Horitzons . L'association des "Amis de la Culture Catalane" - on l'aura compris - est le prête-nom du Centre Catalan interdit. Glaudi Barsotti sert de "boîte à lettres", notamment entre les Catalans de Marseille (Melcior Carton et Francesc Panyella) et la revue Nous Horitzons (du Partit Socialista Unificat de Catalunya, parti communiste catalan) publiée à Mexico. Sous la responsabilité légale de quelques membres du Calen est publié le bulletin Clam, de 1972 à février 1976 (27 numéros), à la demande des Casals catalans d'Europe réunis à Genève, pour servir de feuille d'information des Catalans en exil en Europe. Clam joue un rôle politique non négligeable dans le processus qui conduit à la démocratie en Espagne, notamment en devenant l'organe des Catalans démocrates antifranquistes de l'Assemblea de Catalunya à l'extérieur. Il faudra attendre l'élection de François Mitterrand pour que l'interdiction du Centre Catalan soit levée en 1981.

Le Calen et le Centre Provençal de l'IEO (puis Centre Provençal de Culture Occitane), ont, ensemble ou séparément, fait connaître la culture catalane en Provence en recevant écrivains et chanteurs. Citons un seul exemple, le concert des Setze Jutges (de la Nova Cançó Catalana) en 1965 pour le 47e anniversaire de la fondation du Calen. Tandis que les activités des "Amis du Livre Catalan", association animée par Pierre Rouquette entre 1957 et 1965, recevaient la participation de membres du Centre Catalan et du Calen.

Le statut d'autonomie

Après la mort du dictateur, en novembre 1975, la voie de la démocratie et de la reconnaissance des nationalités s'ouvre enfin par une rupture négociée. Le gouvernement autonome de la Generalitat est rétabli le 28 octobre 1978. L'année suivante les Cortes de Madrid votent le nouveau Statut d'autonomie de la Catalogne.

En 2009 un colloque international dédié à Mirèio est organisé à Marseille par l'association Parlaren et le Cercle Català de Marsella, avec Li Nouvello de Prouvènço, la FELCO et Mesclum, illustration de la pérennité des relations entre les deux nationalités, entretenue par le Félibrige et les héritiers du Calen.

La présente étude, volontairement succincte, apporte la confirmation de l'importance de Marseille dans les rapports occitano-catalans au XXe siècle.

(*) cf. dans ce numéro l'article de Jean Marc Courbet.

(**) Cf. le texte de Robert Lafont publié en ouverture de ce numéro

Lenga e país d'òc, n°49, page 11 (05/2010)
Lenga e país d'òc - Le Calen et le Centre català de Marseille