Estudis

La conversion des occitanophones à l'usage du français

Hervé Lieutard, Université Paul-Valéry - Montpellier III

Entre la fin du XIXe et la première moitié du XXe siècle, il ne faut que quelques décennies pour que la population méridionale, encore en grande partie occitanophone, devienne majoritairement, puis presque exclusivement francophone. Au cours de la seconde moitié du XXe siècle, on ne fait qu'assister à une lente, mais apparemment inéluctable disparition des locuteurs naturels de l'occitan. Ces locuteurs-là ont fait massivement le choix de mettre un terme à la transmission de leur langue maternelle. Parler de simple substitution linguistique ne suffit pas à caractériser le changement qui s'opère, car le phénomène n'est pas seulement le résultat d'une évolution interne de la langue occitane qui la rendrait inapte au monde contemporain, mais résulte d'une volonté politique et idéologique extérieure, clairement exprimée, d'imposer l'usage exclusif du français à toute une partie de la population qui ne le maîtrise toujours pas ou ne le maîtrise que de manière très sommaire. Lors de la mise en place de l'école obligatoire pour tous, le débat linguistique est quasi inexistant sur le choix d'une école en français ou en occitan, voire d'une école bilingue, alors même que, paradoxalement, une grande partie de la population méridionale ne connaît que l'occitan. Accéder au français ne représente pas seulement un apprentissage linguistique, mais apparaît comme indissociable d'une volonté de faire adhérer les occitanophones à une nouvelle communauté citoyenne, qui pourra les arracher à une forme d'existence traditionnelle, considérée comme incompatible avec les ambitions républicaines. Cet apprentissage doit les couper d'une pratique linguistique qui apparaît alors comme le reflet d'un milieu naturel perverti par des usages archaïques, des traditions grossières, voire des superstitions d'un autre âge. Le français est considéré comme le seul vecteur par lequel tout individu doit être élevé au rang de bon citoyen français. Du fait même que la progression du français résulte d'une volonté politique, son emprise croissante dans l'espace méridional et l'abandon rapide de l'occitan comme langue vernaculaire semblent donc permettre de concevoir le passage massif de la population occitanophone à l'usage du français comme le résultat d'un processus conversif à un autre système non seulement linguistique, mais également socio-culturel.

Si la mise en place de l'école publique ne suscite pas de débat linguistique, c'est que la question du choix linguistique est réglée de longue date. L'absence quasi généralisée de contestation des occitanophones à ce moment-là peut être interprétée comme l'adhésion de toute une population déjà en grande part convertie et assurée de la supériorité de la langue française. Toutes les conditions sont réunies pour opérer une conversion linguistique massive et totale des occitanophones au système linguistique dominant. La réussite de cette entreprise n'est que l'aboutissement d'un long processus qui, depuis le Moyen âge, a conduit progressivement à transformer radicalement le système linguistique occitan en le privant de bon nombre de caractéristiques essentielles d'une langue en situation d'usage normal, à savoir d'une diversité de registres qui lui permettait d'englober tous les usages. En confinant l'occitan à l'expression de la ruralité, de la popularité, voire de la scatologie, et ainsi s'est mise en place une situation de diglossie. Dans ce rapport d'infériorité diglossique, le français a fini par s'imposer comme seul instrument linguistique susceptible d'embrasser la totalité des registres d'une langue moderne. C'est véritablement la Révolution qui, héritière des idéologies linguistiques qui l'ont précédée, mettra en place un discours et un programme de conversion au français, même si ce programme devra attendre la IIIe République pour pouvoir être appliqué à une large échelle.

La pratique d'une variété linguistique fonctionne comme signe de reconnaissance d'un groupe. Chaque variété linguistique reflète une vision du monde ou une culture particulière. Le comportement linguistique (comme tout autre comportement culturel) participe de l'unité et de la cohésion d'un groupe. Si la conversion linguistique au français a contribué positivement à la cohésion nationale française, en intégrant les occitanophones à une communauté politique et sociale nouvelle, il apparaît cependant qu'en dépit de la déchéance de la langue, tous les aspects de la culture occitane n'ont pas disparu pour autant, même s'ils n'ont plus qu'un espace limité d'expression.

Naissance d'une langue d'État et conversion des élites

Le rattachement officiel des terres occitanes au royaume de France au XIIIe siècle n'entraîne aucun changement notable dans les pratiques linguistiques et l'occitan aura même tendance à prendre de plus en plus le pas sur le latin dans les écrits administratifs locaux (urbains, notariaux, etc.)1. À partir de la Croisade, le nombre de textes officiels en occitan ne fait que croître. Les premiers essais normatifs en langue occitane apparaissent vers le XIIIe siècle, notamment avec les ouvrages de grammaire et de rhétorique à usage littéraire (règlas de trobar, razos de trobar, donatz proensals) et se poursuivent jusqu'au XIVe siècle avec les Leys d'amor. Un grand nombre de familles françaises qui s'installent dans l'espace méridional après la Croisade apprennent à parler et à écrire la langue occitane. Jusqu'au XVe siècle, il n'est d'ailleurs pas rare que les représentants du pouvoir dans le Midi adressent leur courrier en occitan à l'administration royale. Certes l'annexion au royaume de France entraînera des changements dans les fonctionnements politiques, et même si le français devient peu à peu la langue de l'administration royale, il ne peut pas être vu là le moindre signe de politique linguistique. Le latin n'a pas encore dit son dernier mot et l'État est encore loin d'avoir saisi l'importance du langage comme symbole identitaire du pouvoir. Ainsi, la fin du Moyen âge français se caractérise par une grande souplesse dans les usages linguistiques.

C'est seulement après la Guerre de cent ans que langue et pouvoir commenceront véritablement à être associés. Le pouvoir royal retrouve une base de légitimité avec le sacre de Charles vii à Reims. Cette légitimation du pouvoir royal s'accompagne d'attributs nouveaux: la langue française devient un des emblèmes majeurs du royaume de France, se démarquant ainsi clairement des autres États, et particulièrement du royaume d'Angleterre. Si la pratique de l'occitan n'est pas encore visée, il est clair, d'ores et déjà, que le fait d'asseoir la royauté sur la force symbolique donnée au français exclut d'office toute autre langue officielle. Ainsi dès la constitution du pouvoir royal, toute légitimation officielle de l'occitan est impossible, tout débat linguistique est écarté: donner une existence officielle à l'occitan reviendrait à mettre en cause le cadre institutionnel même de la royauté.

Entre la fin du XIVe et le début du XVe siècle, la royauté délaisse progressivement le latin. "Le roi et ses agents commencent à utiliser le français dans leurs rapports avec les villes occitanes et non plus seulement entre eux"2. Dès le XVe siècle, on perçoit à travers le passage au français des élites occitanes l'allégeance faite au roi. L'usage de l'occitan dans les relations avec le pouvoir disparaît complètement, même si l'occitan peut encore se maintenir par endroits jusqu'à la fin du XVe siècle dans les échanges entre pouvoirs locaux, voire sporadiquement jusque dans la moitié du XVIe siècle dans les écrits officiels locaux. La conversion des administrateurs et notaires au français s'accomplit donc en douceur. Au XVIe siècle, la consolidation du pouvoir royal sous le règne de François Ier entraînera en 1539 la promulgation de l'ordonnance de Villers-Cotterêts qui impose que "tous arrêts, ensemble toutes autres procédures, soit [des] cours souveraines et autres subalternes et inférieures, soit de registres, enquêtes, contrats, commissions, sentences, testaments, et autres quelconques actes et exploits de justice, ou qui en dépendent, soient prononcés, enregistrés et délivrés aux parties en langage maternel françois et non autrement"3. Qu'elle ait ou non simplement tendu à supprimer le latin des actes officiels, cette ordonnance exclut de facto l'occitan de la pratique administrative, qui se trouve expressément privé d'officialité du fait même de l'absence d'un pouvoir qui en aurait fait sa langue d'usage. Le prestige croissant du français fait que, dans la pratique, il a déjà nettement pris le pas sur l'occitan dans les registres écrits et Villers-Cotterêts ne représente qu'un moment symbolique de cette conversion au français des juristes et hommes de loi.

Stabilité diglossique de l'Ancien Régime

Une première étape de la conversion au français est accomplie. Ce sont les registres officiels et littéraires qui en ont fait les frais. Le lexique occitan en usage dans les domaines de la législation et de l'administration se perd. Et en même temps se perd la tradition graphique autochtone qui s'était peu à peu mise en place depuis le XIe siècle. L'occitan ne peut plus se transcrire qu'au travers du système graphique français et l'usage des registres socialement valorisés impose le changement de code linguistique. La langue occitane n'est plus une langue autonome, mais est cantonnée dans des usages vernaculaires qui lui imposent le passage au français pour les registres écrits. Elle a définitivement perdu les formes plus ou moins normées de langue qui lui permettaient de fonctionner de manière autonome. Dès lors, on entre concrètement dans une phase diglossique relativement stable dans laquelle les usages linguistiques se distribuent à partir de leur fonction, suivant une double articulation qui oscille entre le système linguistique autochtone, l'occitan, et le système importé, le français: le français se réserve les usages hauts et socialement valorisés, tandis que l'occitan conserve les usages bas et populaires. Cette double articulation sera très vite perçue comme ne formant au bout du compte qu'un seul système linguistique où les variétés apparaissent comme complémentaires et se répartissent selon une économie linguistique stable et équilibrée des usages. Le paradoxe de cet ordre est qu'il empêche l'accès au français oral d'une grande partie de la population. La stabilisation de l'équilibre diglossique correspond à un immobilisme de l'organisation sociale. Dans le cadre rigide de l'Ancien régime, ce passage des méridionaux à une pratique orale du français représenterait une transgression linguistique en même temps qu'une transgression de l'ordre social. Les possibilités d'ascension sociale étant alors minimales, on est donc bien en présence d'un "tabou diglossique"?4 qui coupe une partie de la population, encore majoritairement monolingue et analphabète, des élites culturelles et sociales. Si la progression de la Réforme dans le Midi s'accompagne de la progression du français, celle-ci n'a toutefois pas forcément nui à l'usage profane de l'occitan, le français ayant une fonction cultuelle et son usage se rattachant à une propagande religieuse. On peut voir en revanche dans ce particularisme une manifestation supplémentaire de la sacralisation du français au niveau politique:

Le projet des protestants étant de faire adopter leur foi au roi (...), il est clair que pour eux la langue du culte doit être celle du roi, non les langues diverses de ses divers sujets: ils sont en recherche d'officialité plus que de contact réel avec la masse de leurs convertis5.

Au-delà de l'impression de stabilité des usages linguistiques dans l'Ancien Régime, le travail de dénigrement des pratiques linguistiques "déviantes" commence à s'ériger peu à peu en discours structuré. Le mot-clé de ce discours est le terme de "patois" dont l'utilisation se développe dans le courant du XVIIe siècle. Si le mot "patois" caractérise véritablement la perte d'une forme de fonctionnement autonome de la langue, il marque également l'occitan du sceau de la grossièreté6. L'emploi de ce terme péjoratif relève à l'évidence d'un discours dominant qui développe un ethnocentrisme linguistique concevant un espace gallo-roman où domine une seule langue "pure", le français, et des patois qui doivent se référer au français comme seule norme acceptable. Jusqu'à une époque assez proche, nombre de philologues français n'ont d'ailleurs voulu voir dans l'occitan qu'un archipel de variétés méridionales du gallo-roman dont la forme la plus pure et la plus élaborée restait le français. L'institutionnalisation du pouvoir français, mais aussi de la littérature, se construit sur la sacralisation de la langue française, de plus en plus indissociable des notions de prestige. À l'inverse, le désignant "patois", s'il sert à définir l'altérité (tout ce qui n'est pas français ou qui n'est pas du bon français), véhicule également l'idée d'éclatement dialectal et de restriction des domaines d'usage. En définissant la langue occitane comme un assemblage de systèmes linguistiques restreints, sans statut culturel et social stable, et fonctionnant en un point déterminé ou dans un espace géographique réduit, on la prive de toute construction symbolique. Nier la spécificité linguistique de l'occitan est le meilleur moyen de convertir les occitanophones à l'usage du français.

Le développement du terme de "patois", au-delà du fait qu'il s'érige en désignant chargé d'une violence stigmatisante, ne laisse aucune place à l'identification d'un groupe autour d'une langue. C'est la variété "élue" qui seule a droit au nom de "langue", les autres étant considérées comme des dialectes ou plus péjorativement des patois et jargons. Or nommer un être ou une langue, c'est lui accorder une singularité propre, c'est l'identifier dans ses caractères particuliers. Ainsi, l'occitanophone est capable de nommer la langue de l'autre, de façon neutre ("francés") ou plus péjorative ("francimand"7, avec l'acte de parole "francimandejar"), mais n'a pas de nom pour sa langue. Dans ces conditions, il est impensable que puisse émerger une conscience linguistique des occitanophones, dans leur ensemble. Cette conscience d'une originalité linguistique est toutefois présente chez quelques lettrés isolés.

Situation diglossique problématique

La littérature baroque occitane reflète cette prise de conscience d'une situation franco-occitane problématique au niveau littéraire. L'institutionnalisation littéraire du français est liée au rôle fondamental joué par les humanistes du XVIe siècle et particulièrement par les poètes de la Pléiade. Le développement de la littérature française aux dépens d'une littérature occitane donne à certains écrivains occitanophones des scrupules moraux, l'impression de trahir et d'abandonner leur langue maternelle. Par-delà la production d'une littérature baroque occitane, on voit émerger une série de "manifestes linguistiques"8 qui tentent de fonder la dignité de la langue occitane en prenant "l'écriture littéraire et, singulièrement poétique, comme lieu de cette fondation, sur le modèle de ce qui s'est déjà passé en Europe pour d'autres parlers, le français ou l'italien."9 L'un de ces premiers manifestes est un poème écrit en 1578 par Du Bartas: trois nymphes, une Latine, une Française et une Gasconne, s'y disputent le droit de saluer l'arrivée de Marguerite de Valois et de Catherine de Médicis à la cour d'Henri de Navarre à Nérac. C'est la nymphe gasconne qui sort victorieuse de cette joute oratoire, avec comme argument majeur la naturalité de la langue occitane, opposée à la préciosité de la rhétorique française et latine.

La Gascone
Toute boste beutat n'es are que pinture,
Que maignes, qu'affiquets, que retourtils, que fard:
Et ma beutat n'a punt aute mai que nature:
La nature tous tem es mès bère que l'art10.

Si l'occitan semble bien être la seule langue susceptible de recevoir la Reine en terre gasconne, l'occitan de Du Bartas n'est cependant déjà plus que langue "royale" de circonstance, Du Bartas s'étant rallié au roi de Navarre et futur roi de France Henri iv. Et même si l'usage de l'occitan s'impose en terre gasconne, la cour de Navarre succombera bientôt à la mode française dans les domaines littéraire et administratif11 et le reste de l'oeuvre de l'écrivain gascon contribuera avant tout à développer le prestige des Lettres Françaises en France et à l'étranger, notamment avec son poème La Sepmaine. Quoiqu'il en soit on retrouve dans ce poème tous les arguments que reprendra la littérature baroque occitane dans son ensemble: naturalité de la langue et patriotisme linguistique. Pourtant, il ne suffit pas de retourner "contre le français lui-même les arguments de la Pléiade"12 pour réussir. À la différence de la littérature française, la littérature baroque occitane ne parviendra pas à se constituer en institution suffisamment forte pour faire un contrepoids au français:

Pour que le beau langage occitan réussît, il eût fallu une société pour le soutenir, parallèle à la société des ruelles parisiennes qui soutient le beau langage français. (...) Il eût fallu aussi que le texte occitan pût se régler sur lui-même, dans un mouvement d'autonomie. Or les poètes occitans sont toujours dominés par ce texte français avec lequel ils rivalisent (...) Ainsi par échec sociologique, le beau langage occitan reste un projet, repris par chaque auteur, et non un espace culturel conquis13.

Tout ce qui peut se concevoir, c'est une littérature gasconne, une littérature toulousaine, une littérature provençale, autant de tentatives isolées qui ne parviennent pas à former un ensemble homogène face à une institution littéraire française déjà bien constituée et présente dans les grandes villes méridionales. À Toulouse, l'Académie des Jeux Floraux, créée au XIVe siècle pour défendre ou illustrer la tradition poétique des troubadours et la langue d'oc, deviendra par la suite un agent exclusif de propagation de la langue française.

Si le conflit diglossique opposant occitan et français ne s'exprime qu'au niveau littéraire, c'est que le domaine de l'oralité n'est pas encore touché, mais le fait que les élites littéraires soient déjà majoritairement converties à l'usage du français renforce sa position dominante. Le sort de l'occitan est déjà scellé puisque le français, emblème politique de l'État, a peu à peu investi tous les registres hauts des usages linguistiques, officiels et littéraires. Seuls restent à l'occitan les domaines les moins prestigieux de la création littéraire, notamment les registres populaires à portée limitée, les ouvrages de propagande religieuse et les pièces de Carnaval. La transgression que peut représenter l'usage de l'occitan du fait de son utilisation dans le jugement et la mise à mort du roi Caramentrant en occitan ne représente cependant qu'une violation éphémère de l'ordre linguistique qui ne saurait remettre en cause la supériorité du français. Si l'occitan est impliqué dans le réglage social des tensions et des conflits, la revendication ne dépasse pas le cadre limité du Carnaval14.

Le discours de conversion de la Révolution

C'est avec la Révolution française que l'on assiste à l'élaboration et à la mise en place d'un véritable discours qui va conduire à la conversion absolue et définitive des occitanophones à l'usage du français. Si les doctrines de l'État comme totalité organique aboutissent en Allemagne à une apologie de la diversité nationale, dans laquelle les langages originaux ont leur place pour fonder l'originalité de la Nation15, c'est une vision bien différente de l'État qui sortira de la Révolution, même si on a pu un temps y tenir un discours sur la place des langues dans la mise en place d'un nouvel ordre étatique français16.

Le projet républicain est incompatible avec l'ordre diglossique qui s'est mis en place dans l'Ancien Régime. Ce projet d'unité républicaine se construit autour d'un projet d'unification linguistique, ce qui implique la réduction du plurilinguisme. La Révolution développe l'idée que tout bon patriote doit parler français car cette langue est le véhicule de la liberté et des valeurs républicaines. Le français, jusqu'alors symbole de l'absolutisme, est ainsi converti en symbole de la liberté. Les révolutionnaires ont bien vite saisi que c'est le langage qui, de façon plus ou moins confuse, permet de fonder l'unité ou la particularité d'un groupe. En ce sens, la survie de particularismes linguistiques est perçue comme un danger d'explosion de l'unité républicaine. Pour la première fois, la Révolution oppose à un modèle statique de la pratique diglossique une volonté de minoration de la langue occitane devant être poussée jusqu'à son extermination. À titre d'exemple, cette adresse de la Convention:

Citoyens,
Vous avez le bonheur d'être français, et cependant une qualité essentielle manque au grand nombre d'entre vous pour mériter ce titre dans toute son étendue; les uns ignorent complètement la langue nationale, d'autres ne la connaissent qu'imparfaitement; il est des départements entiers où presque jamais elle n'est admise dans le commerce de la vie civile: néanmoins la connaissance et l'usage exclusif de la langue française sont intimement liés au maintien de la liberté, à la gloire de la République. (...) La langue doit être une comme la République (...) d'ailleurs la plupart des patois ont une indigence de mots qui ne comporte que des traductions infidèles. (...) Citoyens qu'une saine émulation vous anime pour bannir de toutes les contrées de France ces jargons (...) Vous n'avez que des sentiments républicains: la langue de la liberté doit seule les exprimer: seule elle doit servir d'interprète dans les relations sociales. (...)17

Ce document reflète clairement la façon dont le respect des emblèmes de l'État, dont la langue est un des plus hauts, s'érige en norme morale dont la transgression est associée à une forme de trahison. La République française conçue comme une et indivisible s'accommode mal de pratiques linguistiques différentes et l'usage d'une langue unique apparaît comme le seul moyen d'intégrer les groupes hétérogènes. C'est bel et bien par la conversion linguistique au français que tout habitant du territoire de France méritera le titre de citoyen français et verra s'ouvrir grand les portes de la République française. Le français est devenu à présent la langue "exclusive" du progrès social. Logiquement, tout autre "jargon" ne peut que renvoyer à des pratiques obscurantistes et rétrogrades.

Au-delà de ce programme conversif, on perçoit la gêne que représente la masse d'usages linguistiques périphériques face à un programme linguistique déjà clairement défini. Il s'agit pour les révolutionnaires de bousculer l'ordre diglossique, la répartition statique des usages linguistiques mise en place depuis le XVe siècle.

Le discours linguistique de la Révolution française, tel qu'il apparaît chez Grégoire ou chez Barère, par son insistance à mettre en avant une utopie de parole égalitaire, révèle donc paradoxalement que la diversité diglossique est un ordre18.

Même si la Révolution n'a pas les moyens de mener une véritable politique linguistique radicale de conversion au français, les réponses à l'enquête de l'abbé Grégoire, lancée dès 1790, rendent compte du développement du français dans les couches bourgeoises de la population, celles qui ont le plus favorablement hérité des discours révolutionnaires, créant ainsi une rupture linguistique avec le monde rural19. Le questionnaire de Grégoire semble admettre a priori qu'il n'y a que des avantages à supprimer les patois et bon nombre de réponses à l'enquête vont dans ce sens20. Dans sa réponse, François de la Charmie évoque le progrès du français en Périgord, mais n'envisage pas de changement brutal de la situation:

Je me souviens, et il n'y a pas vingt ans, que c'était un ridicule de parler français: on appelait cela francimander; aujourd'hui, au moins dans les villes, les bourgeois ne parlent que cet idiome, et tout le monde l'entend. Dans la campagne, on ne peut guère que parler périgourdin, surtout au peuple, sur peine de ne pas être entendu. (...) L'habituelle fréquentation des habitants faits qu'ils s'entendent, mais chacun parle son patois (...). Sans doute il serait à désirer qu'il n'y eût qu'un seul idiome en France; le peuple serait moins exposé à être dupe: c'est un bienfait qu'on ne peut recevoir que du temps21.

En revanche, d'autres réponses plus catégoriques montrent comment la destruction du patois favoriserait la conversion du peuple aux idées politiques et religieuses. La réponse de la Société des Amis de la Constitution de Carcassonne en est un bel exemple:

Tous les livres de piété étant écrits en français, on serait mieux instruit sur la religion si le patois était détruit. On le serait encore mieux des lois de l'État parce qu'on lirait avec plus de fruit les bons ouvrages que la Révolution a produits. Le peuple serait plus civil, plus doux et moins libre dans ses propos22.

Un grand nombre de lettrés méridionaux sont convaincus que les "patois" sont à bannir pour le progrès de l'humanité et vont, grâce à leur bilinguisme, se faire les interprètes du programme de conversion linguistique auprès d'une population monolingue, encore imperméable aux injonctions révolutionnaires. Entre la fin du XVIIIe et la première moitié du XIXe siècle, le nombre croissant de dictionnaires patois-français montre à quel point le désir de convertir la population à l'usage du français se développe chez les érudits, impatients de voir se mettre en place le programme de conversion. Signalons tout de même le dictionnaire de l'abbé de Sauvages qui, peu avant la Révolution, réfute l'utilisation du terme "patois" pour désigner l'occitan y voyant une accumulation réductrice de préjugés linguistiques:

Il n'en est pas de même du gascon, ou languedocien auquel est donné la dénomination de patois dans une espèce d'avilissement, par l'oubli où il est tombé depuis environ un siècle, faute de culture, ou d'encouragement; tandis que depuis la même époque, on s'est appliqué à perfectionner la langue françoise qui a fait presque éclipser son ancienne rivale & qui la fait de plus en plus dédaigner. (...) Il n'y a pas de doute qu'il a manqué à ce prétendu patois pour devenir la langue dominante du royaume que de s'être trouvé dans les mêmes circonstances qui ont favorisé les progrès de la langue françoise23.

Cette dénonciation d'un discours idéologique faussé du XVIIIe siècle montre bien que les révolutionnaires n'ont fait que reprendre un préjugé linguistique déjà bien ancré chez les élites culturelles. Mais la défense de l'occitan ne trouvera alors que peu d'écho parmi les classes dominantes pour lesquels il reste une donnée linguistique parcellaire et fragmentée. On retrouve partout un discours stéréotypé identique, signe que l'idée de conversion au français est devenue une priorité nationale. Le patoisant est montré du doigt, culpabilisé, stigmatisé pour son ignorance. Jouer sur la culpabilité est en général un moteur essentiel de la conversion, qu'elle soit linguistique ou religieuse. Le désaveu du groupe, intériorisé en sentiment de culpabilité, est souvent une sanction suffisante pour obtenir une observance, au moins apparente.

Tout le monde sent combien il serait à désirer qu'il n'y eut en France qu'une seule et même langue, il y aurait plus de précision dans la manière de nous exprimer, d'où il résulterait pour tous une grande facilité de s'entendre. Pour arriver à cette fin et pour enseigner une de ces choses qu'il est honteux d'ignorer, on est convenu depuis longtemps qu'il nous manquait un ouvrage24.

Peu à peu, quelques décennies après la Révolution, le discours de conversion linguistique semble s'être érigé en dogme. Mais faute d'une institution susceptible de prendre en charge l'ensemble de la population, l'occitan continuera d'être pratiqué et transmis dans les milieux populaires et dans les campagnes, et dans une moindre mesure dans les villes.

La scolarisation obligatoire

Après plusieurs générations de diffision de discours par les lettrés et les politiques, la scolarisation obligatoire arrivera à point nommé pour mettre en place une conversion massive à l'usage du français. L'idée, largement répandue chez les élites, de l'infériorité de la langue occitane, va pouvoir dès lors trouver un terrain d'application à la hauteur de leur ambition par la prise en charge de toutes les classes en âge d'être scolarisées. Des méthodes diverses verront le jour pour convertir les occitanophones à l'usage du français. Dans la mesure où la conversion au français se veut totale, absolue, universelle et que ses diffuseurs sont assurés de leur bon droit, ils ont pu se laisser entraîner par la tentation si ce n'est de la violence, du moins de la force. C'est le "signal" qui deviendra un des outils emblématiques de la conversion, en stigmatisant systématiquement les pratiques linguistiques déviantes. La méthode n'est pas nouvelle, mais pour la première fois les sanctions, déjà éprouvées dans les écoles au cours du XIXe siècle, pourront être appliquées à des générations entières.

Les élèves doivent toujours parler français, sous quel prétexte que ce soit, il devra y avoir un signal. Et celui entre les mains de qui le signal se trouvera à l'entrée de la classe sera puni de la retenue après la classe de un quart d'heure à une heure, ou du verbe parler patois, suivant la force des élèves, ou à genoux25.

L'utilisation du "signal" rejoint les techniques classiques de l'éducation religieuse: la "faute" de langue s'élève au rang de péché et la punition qui s'ensuit s'apparente à une pénitence devant mener à la contrition. Mais on n'éradique pas une langue aussi facilement et la tâche peut parfois sembler rude à certains instituteurs.

Le patois est le pire ennemi de l'enseignement du français dans nos écoles primaires. La ténacité avec laquelle dans certains pays les enfants le parlent entre eux dès qu'ils sont libres fait le désespoir de bien des maîtres qui cherchent, par toutes sortes de moyens, à combattre cette fâcheuse habitude (...)26.

Au fil des générations, on continue de priver l'occitan de la dernière fonction qui lui restait encore, la communication quotidienne27. On ne connaît pas d'opposition farouche à cette conversion en marche dans le système scolaire, signe sans doute qu'il est devenu presque inconcevable de s'opposer à l'idéologie véhiculée par la langue dominante ou de la remettre en cause. Pour qu'il y ait conflit ou concurrence, il faut qu'il y ait équivalence en droit. Patrick Sauzet montre bien comment, en l'absence d'institution linguistique pour l'occitan, celui-ci ne peut pas se constituer en acteur possible du conflit28. Il s'agit d'une situation linguistique problématique dont le conflit est absent. L'absence de réelle identification linguistique ne permet pas d'imaginer une situation conflictuelle car le conflit suppose la concurrence et l'équivalence en droits.

Aujourd'hui encore, bon nombre de Français restent persuadés du caractère monolithique de la culture et de la langue française depuis des siècles, tant l'enseignement littéraire ou historique fait l'impasse sur la place des autres langues dans l'évolution politique, sociale et culturelle de la France. Le fait que l'école n'ait jamais contribué à diffuser de connaissances sur les langues de France n'a pu que renforcer le sentiment des occitanophones de parler un patois. Sans la connaissance de l'histoire culturelle d'une langue, de sa place antérieure, des systèmes de codification qu'elle a connus, il ne peut pas y avoir de conscience collective. La conversion peut être d'autant plus aisément mise en oeuvre, sans provoquer de situation conflictuelle que la population concernée est majoritairement convaincue de la légitimité du discours qu'elle reçoit.

Dans la mesure où l'école française n'a pas assuré la transmission de la culture occitane, la connaissance de cette culture ne pouvait résulter que d'une démarche personnelle et volontaire, en dehors du système scolaire. On comprend que, dans ces conditions, les locuteurs n'aient pas eu d'autre choix que de considérer l'occitan comme un patois. Même chez certains écrivains d'expression occitane, le tabou diglossique est si profondément ancré qu'ils s'interdisent de le bousculer. C'est ainsi que Bigot, écrivain nîmois, peut déclarer dans sa préface à Li flou d'armas29: "Je n'ai pas la prétention d'écrire une LANGUE mais un PATOIS30."

Lorsque arrive le moment de convertir au français la majorité de la population, l'idée que l'occitan puisse être une langue au sens d'un système linguistique autonome n'est plus concevable par les locuteurs même de la langue. Pour preuve, rien de plus difficile que d'admettre aujourd'hui encore le discours occitaniste et la légitimité de la langue occitane parmi les locuteurs "naturels" de l'occitan, ceux qui généralement qualifient leur pratique linguistique de patois. L'ordre diglossique, intégré par ces locuteurs-là, ne leur permet pas d'accéder à une vision de la langue occitane, conçue comme système linguistique autonome, pouvant servir à parler de tout, en dehors des usages restreints dans lesquels ils la conçoivent. Remettre en cause leurs certitudes quant à la hiérarchie de leurs usages linguistiques, reviendrait à ébranler tout un système de pensée au centre duquel le français occupe une place de choix. Là où les occitanistes parlent de diglossie et de situation de conflit linguistique dont l'issue doit être le rétablissement de la pratique de l'occitan à tous les niveaux de la communication et non plus seulement dans des situations stéréotypées, les locuteurs naturels n'affichent généralement que résignation. Les meilleurs locuteurs de l'occitan n'ont aucune prétention à défendre leur pratique linguistique et sont résignés à voir disparaître leur langue. Les quelques millions de locuteurs naturels que l'on dénombre encore dans le courant du XXe siècle ne représentent donc qu'un potentiel linguistique inerte pour l'avenir de la langue dans la mesure où les usages résiduels qui subsistent s'inscrivent dans un ordre linguistique fermé, correspondant majoritairement à des situations de parole stéréotypées. Loin de pouvoir renverser le processus de conversion linguistique, l'occitanisme de la seconde moitié du XXe siècle n'a pu que reconnaître son incapacité à mobiliser tout un bloc de population convertie et pétrifiée dans des usages statiques et stéréotypés de la langue occitane.

Limites de la conversion linguistique

Les diverses étapes de la conversion au français ont pu être considérées par certains comme une trahison par rapport à la culture occitane. Des écrivains baroques aux occitanistes actuels, en passant par les Félibres, la contrainte que représente la volonté de conversion à un système linguistique et culturel français, conçu comme un bloc monolithique excluant toutes pratique linguistique périphérique, est sentie comme une injustice, une trahison du milieu naturel, une invasion de forces extérieures hostiles à une communauté de langue et de pensée. Ce sentiment se traduit par une résistance à l'assimilation, plus ou moins pugnace selon les époques. Du XVIe au XXIe siècle, cette forme de résistance a permis que puisse subsister un espace culturel, même marginal, qui ne soit pas complètement englouti par la culture française. De cet espace culturel émergera, au XXe siècle, le rétablissement d'un système graphique unitaire pour l'occitan qui, depuis lors, a conduit à faire reconnaître un espace occitan "large", conçu comme un ensemble linguistique homogène au-delà de ses variantes dialectales et non plus comme une juxtaposition de pratiques dialectales hétérogènes. S'ensuivront les premiers acquis institutionnels concernant les langues minoritaires : loi Deixonne sur l'enseignement des langues minoritaires, enseignement bilingue public et associatif, enseignement supérieur, création d'un CAPES, etc. Les difficultés et les embûches de la tâche que se sont fixées les occitanistes sont pour part liées à la difficulté du processus de re-conversion qui doit à la fois rendre sa place à la culture occitane tout en assumant l'héritage historique de la conversion au français. La conception jacobine de l'État français s'accommode toujours mal d'une vision pluriculturelle de la société française. Cependant, les occitanistes, comme déjà en leur temps les écrivains de la première renaissance des XVIe - XVIIe siècles et ce de la deuxième renaissance du XIXe siècle, n'ont jamais représenté qu'une part infime des locuteurs de l'occitan. La prise de conscience d'une situation conflictuelle n'a jamais été le fait de la grande majorité des occitanophones. Ce n'est donc peut-être pas seulement dans la prise de conscience d'une situation problématique qu'il faut rechercher les limites de la conversion, mais plutôt dans des usages inconscients.

La survivance d'un français méridional, au-delà de plus d'un siècle de scolarisation en français, montre bien que le français pratiqué par les méridionaux ne peut pas être conçu comme un double du français septentrional. La conversion au français n'a pas été capable d'atteindre complètement les structures même de l'occitan. En effet, le français n'a pas fait table rase de l'occitan, mais s'est bâti sur un système linguistique déjà en place, ce que l'on appelle généralement le substrat. Ainsi donc le français oralisé par les occitanophones est venu se placer dans un moule linguistique occitan, créant ainsi une nouvelle variété de français laissant transparaître le système phonologique de l'occitan. C'est ce système périphérique que l'on qualifie généralement d'accent méridional. Aujourd'hui encore, même si les contraintes syllabiques imposées par le système phonologique de l'occitan ont fini par s'assouplir dans le français méridional, la syllabe du français méridional reste pour une grande part une syllabe occitane.

Si la prononciation de ce français méridional n'est pas un frein à l'intercompréhension, il en va différemment du système sémantique périphérique qu'il véhicule et dont le degré d'accessibilité pour le français standard peut être remis en cause. Les locuteurs de l'occitan ont en effet importé dans leur français un grand nombre de formes lexicales de l'occitan, minimalement adaptées à la morphologie et à la phonétique française. Faire un inventaire de ces formes nous mènerait trop loin dans le cadre de ce travail, mais il apparaît clairement que le recours à une forme lexicale "méridionale" est avant tout lié à une pratique affective de la langue, à une pratique d'intercompréhension d'une communauté, même si elle ne s'identifie pas consciemment en tant que telle. Le recours à une de ces formes ne vient pas toujours d'une méconnaissance du standard. Même si le dénoté est identique, le fait d'employer "escamper" plutôt que "jeter" par exemple illustre l'appartenance culturelle du locuteur, son affectivité particulière, son système d'évaluation particulier, ses références culturelles. L'usage d'un français méridional fortement empreint de formes issues de l'occitan peut alors être interprété comme un marqueur d'identité, même dans les générations qui ne maîtrisent plus l'occitan. Il va de soi que sur l'ensemble du territoire ce français méridional est perçu comme une alternative sympathique à l'occitan, car tout en exprimant une part de méridionalité, il ne représente pas une menace pour l'unité de la langue française.

La disparition silencieuse de l'occitan au cours du siècle passé est l'aboutissement d'un long processus de conversion qui du haut vers le bas, des élites aux milieux populaires, a progressivement exclu l'occitan au fur et à mesure que progressait le français. La modification de l'article 2 de la Constitution française, en 1992, qui stipule que dorénavant "la langue de la République est le français" est l'aboutissement du discours de conversion linguistique mis en place à la Révolution et semble entériner définitivement, et au plus haut niveau institutionnel, l'exclusion de toutes les autres langues de France. Si la contrainte de conversion imposée par la scolarisation obligatoire n'a pas engendré de conflit majeur, c'est qu'il était devenu impossible pour les locuteurs même de la langue de concevoir l'occitan comme une véritable langue, mais aussi peut-être parce que la mise en place d'un français méridional a permis de préserver une part d'occitanité. Cette assimilation partielle justifie-t-elle la disparition totale de la langue occitane? Le travail normatif effectué depuis la création du Félibrige puis poursuivi par les occitanistes dans le courant du XXe siècle a montré que le réglage linguistique était capable de rendre à la langue occitane sa dignité. L'abondance de textes littéraires occitans durant le XXe siècle est l'expression d'une reconquête d'un registre élevé d'expression linguistique qui semblait se perdre. Mais le pari le plus grand des occitanistes reste celui de la re-socialisation, même partielle, de la langue qui nécessite une re-conversion des méridionaux à une pratique linguistique qui risque aujourd'hui d'apparaître comme une langue de trop, à un moment où, à côté d'un français standard, le français méridional semble avoir pris le relais de l'expression identitaire.

(1) Pour une approche historique et sociolinguistique de l'évolution de la lange occitane, je renvoie à l'article de Philippe Martel, "De l'occitan au français: la résistible ascention de la langue du roi (fin XIIIe-début XVIe)", Dix siècles d'usages et d'images de l'occitan, Paris, L'Harmattan, 2001, pp. 93-114.

(2) Ibidem, p. 97

(3) Dans un même temps, en 1536, le gallois est exclu par le roi d'Angleterre.

(4) Patrick Sauzet, "la diglossie: conflit ou tabou?", La Bretagne linguistique, vol. 5, 1-40, Brest, Centre de Recherche Bretonne et Celtique, Université de Bretagne Occidentale, 1985.

(5) Philippe Martel, op. cit., p104.

(6) D'après le TLF, "patois" viendrait de l'ancien français patoier, dérivé de patte, qui signifie gesticuler, parler avec les mains. Le mot aurait d'abord signifié gesticulation, comportement grossier, avant d'être assigné à un langage rustique ou grossier. Pour le Dictionnaire de Furetière (1690), le patois est "un lagage corrompu et grossier, tel que celui du menu peuple".

(7) Le terme de "franciòt" est lui destiné à caractériser l'occitanophone qui affecte de ne parler que français.

(8) Jean-François Courouau, Premiers combats pour la langue occitane. Manifestes linguistiques. XVIe-XVIIe siècles, Anglet, Atlantica, 2001.

(9) Philippe Gardy, "XVIe-XVIIIe siècle: la littérature comme réaction à la situation sociolinguistique", Dix siècles d'usages et d'images de l'occitan, Paris, L'Harmattan, 2001, pp.127-141 et cit.129.

(10) Toute votre beauté n'est désormais que peinture,/ que minauderies, affiquets, colifichets et fard;/ Et ma beauté n'a pour mère que la seule nature:/ la nature est toujours plus belle que l'art.

(11) Auguste Brun, L'introduction de la langue française en Béarn et en Roussillon, Paris, Champion, 1923.

(12) Lafont Robert, Baroques occitans. Anthologie de la poésie en langue d'oc - 1550-1560, Montpellier, CEO, UPV, 2002, p.21 (Avignon, Aubanel, 1974 pour la première édition).

(13) Ibidem, p. 21-22.

(14) Patrick Sauzet, op. cit.

(15) Pour Herder (Johann Gottfried Herder, Auch eine Philosophie des Geschichte zur Bildung der Menschheit, 1774), il s'agit avant tout d'une réaction contre l'impérialisme culturel des Français qu'ils camouflent sous leur universalisme.

(16) Si la langue occitane a pu être utilisée officiellement pendant la Révolution, son rôle n'aura été majoritairement que de servir d'intermédiaire et de diffuseur des idées révolutionnaires. Sur la place de l'occitan pendant la Révolution, voir Henri Boyer, George Fournier, Philippe Gardy, Phililppe Martel, René Merle, François Pic, Le texte occitan de la période révoutionnaire, Montpellier, Section française de l'Association Internationale d'études occitanes, 1989.

(17) Adresse de la Convention Nationale au Peuple Français - Du 16 Prairial, l'an second de la République Française une et indivisible (1793)

(18) Patrick Sauzet, op.cit., p.27

(19) Pour une approche sociolinguistique de ce point, voir, Maria Carmen Alén Garabato, Henry Boyer, Georges Fournier, "La Révolution française, un moment-clé dans l'évolution de la configuration sociolinguistique en domaine d'oc", pp. 145-176, Dix siècles d'usages et d'images de l'occitan, Paris, L'Harmattan, 2001

(20) Michel de Certeau, Dominique Julia, Jacques Revel, Une politique de la langue. La Révolution Française et les patois: l'enquête de Grégoire, Bibliothèque des Histoires, Paris, Gallimard, 1975

(21) Gazier Augustin (1880), Lettres à Grégoire sur les patois de France (1790-1794), Paris, Durand et Pedone-Lauriel, p. 154-156

(22) Ibidem, p. 20

(23) Abbé de Sauvages, dictionnaire languedocien-françois, Nïmes, 1785, p.145

(24) Abbé Gary, Dictionnaire patois-français à l'usage du Tarn et des départements circonvoisins, Genève, Slatkine reprints, 1978 (Castres, 1845, pour l'édition originale)

(25) Règlement disciplinaire pour les écoles publiques de la Commune d'Ambialet (Tarn) du 1-1-1852. cité par G. Maurand, Phonétique et phonologie du parler occitan d'Ambialet (Tarn), thèse d'État, Université de ToulouseLe Mirail, 1974

(26) Correspondance générale de l'Inspection Primaire (1893)

(27) Le terme de langue "régionale" mis en place dans le courant du XXe siècle peut d'ailleurs être interprété comme une autre manière d'usurper la fonction de communication de la langue au profit d'une seule tolérance identitaire.

(28) P. Sauzet, op. cit.

(29) Antoine Bigot, Li flou d'armas, Nîmes, Weingardt-Chautard, 1885

(30) Les majuscules sont de l'auteur.

Lenga e país d'òc, n°43, page 5 (10/2005)
Lenga e país d'òc - La conversion des occitanophones à l'usage du français