Estudis

Louange du ventre

Marcela Delpastre

Je chanterai particulièrement le ventre de la femme.
La terre a ses cavernes et la mer ses châteaux, mais toi, femme opulente,
tu tiens tes enclos
fermés sur tes moissons et sur tes vignes rouges.
Qui te vendangera ?
Qui mènera le blé jusqu'à la grange - jusqu'au grenier - jusqu'à la meule - et jusqu'au four ouvert d'où monte le parfum de toutes les puissances.
Ventre lisse et luisant sur la voûte des hanches, qui ne fait qu'un avec les hanches,
et le support des jambes, le double pilier.
Ventre large et mouvant, champ de sable, mer calme au long soufle des respirations.
Ventre souple et pesant, prairie mûre aux graines mauves, prêtes pour la faux,
avec les frondaisons du sexe au fond, forêt d'ombre.
Ventre patient où se cache le rythme des germinations, terre douce, sombre et chaude,
semblable au sol profond que le bon paysan travaille d'un amour tranquille et rude
et qui lui rend sereinement ses fruits amers et magnifiques,
le gel de l'hiver et le sucre du blé.
La terre a ses trésors cachés dans les moiteurs de l'ombre, ses grottes perdues.
La femme se couche, la femme s'étend sur la terre, pour le sommeil et pour l'amour.
Elle-même est caverne. Elle-même est sillon.
Elle-même est renarde endormie au-dessous de la voûte des sombres racines,
pesante laie parmi les souches d'arbres,
semence largement semée, grain d'orge, grain de blé,
- levure vivante au chaud de son propre ventre, femme comblée.
Oui, je te chanterai ton ventre, femme forte.
Le ventre rond de la fillette, le printemps des promesses.
Le ventre étroit, déjà pubère.
Ton ventre mûrissant, élastique et tendre, femme au coeur de l'été.
Et le ventre longtemps vendangé
des vieilles.

Source : Louange pour la femme

Lenga e país d'òc, n°52, page 34 (09/2012)
Lenga e país d'òc - Louange du ventre