Pistes de lecture

Le cahier à fleurs
Laurent Galandon.
Tome 1, Mauvaise orchestration, 2010,48p.,Bamboo, collection Grand Angle
Shahid
Laurent Galandon.
Tome 1, Le fruit du mensonge, 2009, 48p., Bamboo, collection Grand Angle
Tahya El-Djazaïr
Laurent Galadon.
Tome 1, Du sang sur les mains, 2009, 48p. et tome 2, Du sable plein les yeux, 2010, 48p., Bamboo, collection Grand Angle
L'envolée sauvage
Laurent Galandon.
Tome 1, La dame blanche, 2006, 48p. et tome 2, Les Autours des palombes, 2007, 48p.)Bamboo. Collection Grand Angle

Nouveau venu dans le monde de la BD, Laurent Galandon a su s'imposer rapidement par son talent de conteur, les thèmes abordés dans les différents récits dont il est l'auteur. En quelques albums, ce scénariste a commencé à élaborer une oeuvre qui sort de l'ordinaire. En effet, en traitant des sujets historiques, la plupart du temps douloureux, difficiles, peu ou pas abordés dans la BD, il s'affirme comme un scénariste de qualité.

C'est un diptyque consacré à la Seconde guerre mondiale qui l'a imposé. L'envolée sauvage, dessinée par Arno Monin, aux éditions Bamboo (voir Livres en vrac, Lire au LP 57/58), traite du racisme, de la déportation. Le scénariste aborde les problèmes du point de vue de Simon, petit enfant juif. De ce fait, la politique de persécutions menée par Vichy, les camps de concentration, d'extermination constituent les thèmes principaux qui parcourent le récit.

Avec Tahya El-Djazaïr, développé aussi en deux albums, l'Algérie et la Guerre d'indépendance constituent la trame principale de l'histoire.

En 1954 (peu avant le début des " événements d'Algérie "), Paul Guénot, héros de la Résistance, rejoint la Casbah d'Alger, pour enseigner dans une école de quartier. Il retrouve Amine, ancien résistant et, comme lui, passionné de cinéma. Il tombe amoureux d'Asia, la fille d'Amine et, ensemble, ils ont un fils, Hocine. Alors qu'Asia s'engage aux cotés de la résistance algérienne, il refuse de prendre partie dans cette guerre, contraire aux idéaux pour lesquels il avait combattu mais Asia est massacrée, lors d'un raid meurtrier, revendiqué par le FLN. Pour la venger, Guénot s'engage dans l'armée française, mène des opérations de " maintien de l'ordre ", pratique la torture... En apprenant que ce sont des soldats français qui ont tué Asia, il rejoint les rangs des combattants du FLN... Le parcours de Paul Guénot se terminera tragiquement.

Laurent Galandon construit un récit avec la Guerre d'Algérie comme ressort déterminant de l'action ; la coopération, l'intégration, les attentats, la torture, la désertion, le ralliement aux fellaghas... constituent d'autres aspects abordés, suffisamment rares dans la BD, pour être soulignés.

Le dessinateur, A. Dan, bâtit des séquences fluides avec un dessin qui dynamise les rebondissements de l'histoire. L'utilisation d'une multitude de plans (gros plans des visages, particulièrement expressifs et extrêmement fouillés), d'angles de prise de vue différents, participe à la réussite de ces albums.

Une autre série, prévue en deux tomes, Shahidas, est consacrée au Moyen Orient et pose le problème du terrorisme.

Au Caire, le commissaire Sarraj enquête après la découverte du corps nu, d'une jeune femme ; ses investigations vont le conduire à s'intéresser à un réseau terroriste qui forme des kamikazes, en majorité des femmes, pour accomplir des attentats suicides. Ses recherches ne sont pas sans conséquences sur sa vie personnelle, sa femme étant une victime d'attentat...

Le scénario aborde, avec finesse, les problèmes du terrorisme, en relation avec le conflit entre israéliens et palestiniens, tout en conservant la trame policière.

Le dessinateur, Frédéric Volante, traduit avec réalisme les différentes facettes du récit.

Le cahier à fleurs, développé en deux volumes dont le premier vient de paraître, est consacré au génocide arménien.

A Paris, en 1983, à la fin du concert donné par un violoniste particulièrement brillant, un homme âgé s'écroule, en balbutiant des mots hachés, incompréhensibles ("... le cahier à fleurs... "). Le jeune concertiste, intrigué, se rend à l'hôpital où le malade, Dikran, lui raconte son histoire. En 1915, en Anatolie, sur ordre du gouvernement turc, accompagné de sa mère et de sa soeur (les hommes du village ont été massacrés par les soldats turcs), il commence une longue marche, dans des conditions extrêmement difficiles. Les exactions des soldats et gendarmes turcs se multiplient : brimades, humiliations, rationnement de la nourriture et de l'eau, vols, exécutions sommaires, viols, meurtres... Le calvaire du peuple arménien commence. Le scénariste décrit le génocide arménien, à travers les yeux d'un jeune garçon.

Le dessin de Viviane Nicaise illustre avec justesse, réalisme mais aussi beauté, cette histoire dramatique, consacrée à un épisode particulièrement tragique et méconnu du peuple arménien.

Laurent Galandon est un scénariste particulièrement intéressant pour les histoires qu'il propose ; en effet, ses récits de fiction reposent sur une réalité historique, relevant d'événements, de faits, de situations que les auteurs de BD abordent peu. Une documentation rigoureuse lui permet de replacer l'action dans le contexte le plus exact possible, de présenter des ambiances, un environnement, des personnages représentatifs des époques et périodes concernées. Il s'intéresse, plus particulièrement, aux sujets oubliés, délicats, douloureux de l'Histoire (Shoah, guerre d'Algérie, terrorisme, génocide...). Mais, cet auteur aborde toujours avec délicatesse et humanité, les problèmes, péripéties dont il se sert pour développer ses récits. Les faits historiques sont rapportés, analysés sans schématisme, objectivement possible ; ils s'inscrivent, naturellement, dans le déroulement du récit.

Gérard BELLE-PERAT.

Lire au lycée professionnel, n°63 (02/2011)

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