Dossier : Le Français Langue Étrangère au lycée professionnel

Un exemple de dispositif : la mission de lutte contre le décrochage scolaire, pôle Français langue étrangère de Voiron (38)

Laure Pase et Emmanuel Hénin, lycée Ferdinand Buisson (Voiron, 38).

Le dispositif MLDS FLE (mission de lutte contre le décrochage scolaire, pôle Français langue étrangère) a pour mission d'accueillir les élèves allophones nouvellement arrivés (EANA) de plus de 16 ans provenant de pays étrangers, pour leur apprendre le français et les aider à élaborer un projet professionnel en vue d'une intégration durable. Pour atteindre cet objectif nous nous appuyons sur une équipe pédagogique pluridisciplinaire, une pédagogie différenciée et si possible sur l'élaboration du projet de l'élève.

Parallèlement à l'apprentissage de la langue française, il s'agit donc pour leur permettre de progresser, de les amener à améliorer leurs savoirs, savoir-faire, savoir-être et de les aider à acquérir la maîtrise des codes sociaux qui régissent notre société.

Nous les incitons à développer leur envie de pratiquer le français et à maîtriser les normes orales et écrites. Nous les accompagnons dans leurs premiers pas en France, établissons un premier contact avec le monde de l'école pour les NSA (non scolarisés antérieurement) ou leur présentons le monde de l'école qui ne fonctionne pas comme dans leur pays d'origine.

En ce qui concerne le dispositif de Voiron, les cours dispensés aux élèves sont principalement axés sur le français (avec des cours de FLE et d'alphabétisation) et les mathématiques. Mais, nous proposons également de la V.S.P. (vie sociale et professionnelle), de l'anglais et des projets culturels autour de la discrimination ("Jouons la carte de la fraternité") ou des addictions...

À leur arrivée en France, la plupart de nos élèves comprennent très peu, voire pas du tout, le français et de fait ne le parlent pas. À part ceux venant d'Afrique francophone ayant un niveau de français insuffisant pour intégrer la MLDS classique.

On répertorie donc dans une même classe trois profils différents : les élèves NSA, les élèves scolarisés dans leur langue maternelle et ceux scolarisés en français.

L'entrée dans la lecture se fait grâce à des supports de la vie quotidienne qu'ils doivent impérativement comprendre car indispensables à leur intégration. Cela peut être, aussi bien, la lecture du menu de la cantine que la compréhension d'un formulaire administratif simple. Après des séquences basées sur des activités ludiques adaptées au lexique travaillé (par exemple : Memory, Pictionnary, devinettes...), nous leur proposons des textes courts qu'ils devront s'approprier tant sur la forme que sur le fond. Lorsqu'ils sont suffisamment familiarisés avec les sons et les structures de phrases, ils progressent de manière plus significative à l'écrit et gagnent en confiance même si cela reste pour eux une étape délicate.

Pour entrer dans l'apprentissage de l'écrit, nous commençons par la manipulation de syllabes et de mots puis par la création de mots-valises, de définitions pour ainsi arriver à la maitrise de la phrase type : sujet-verbe-complément.

À l'étape suivante, l'élève doit être capable de personnaliser ou inventer des documents en prenant exemple sur ceux étudiés précédemment : lettres administratives, messages, mode d'emploi, brochures publicitaires, règlement intérieur... Ce cheminement nous permet d'arriver à une maîtrise suffisante du français pour pouvoir entrer dans les projets culturels.

Pour les élèves en alphabétisation, ce travail nécessite plus de temps. En effet, ils n'ont aucune pratique de l'écrit et n'en possèdent pas les habilités ou les repères comme le sens de l'écriture (de gauche à droite), la formation des lettres, les trois formes d'écriture utilisées (capitales, script, cursives), la tenue correcte du stylo, l'orientation dans la page, le respect du code écrit...

En fin d'année scolaire, le niveau espéré pour les trois profils d'élèves correspond au niveau dit "niveau de survie". À l'oral l'élève doit être capable de parler de ses goûts, décrire des lieux, des activités quotidiennes, exprimer ses opinions et prendre part à une conversation. À l'écrit, il doit être capable de lire des textes courts et simples, comprendre des phrases isolées et des expressions fréquemment utilisées, en lien avec la vie quotidienne et le monde du travail.

Pour certifier les compétences en français et valoriser leur investissement, les élèves présentent le diplôme du DELF (diplôme d'études en langue française, diplôme officiel délivré par le ministère de l'Éducation nationale). Ce diplôme constitue également une pièce majeure à verser au dossier demandé par la préfecture pour la suite de leur parcours administratif.

L'orientation est travaillée avec le jeune mais elle reste soumise à de nombreuses contraintes. Par exemple, leur lieu de résidence est imposé par l'ASE (aide sociale à l'enfance), cela implique que leur future formation qualifiante doit se situer dans un périmètre facilement accessible; ce qui réduit le champ des possibles en terme d'orientation.

À l'issue de la MLDS FLE, le niveau de compétences de ces élèves s'est considérablement amélioré. Néanmoins leur autonomie n'est pas totale et nous constatons que les filières dans lesquelles nos élèves bénéficient d'un soutien en mathématiques et français ont de meilleurs résultats. Pour conclure, l'ensemble du travail effectué porte souvent ses fruits car ce sont des jeunes qui ont à coeur de réussir.

Lire au lycée professionnel, n°74 (06/2014)

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