Dossier : Robots et androïdes, la réalité dépassera-t-elle la fiction ?

Première approche de l'objet d'étude "L'homme face aux avancées scientifiques et techniques : enthousiasmes et interrogations"

Fatiha Cherara, enseignante formatrice, académie de Créteil

L'objet d'étude "L'homme face aux avancées scientifiques et techniques : enthousiasmes et interrogations" interroge le rapport que chacun d'entre nous entretient avec les progrès de la science. Il invite à nous pencher autant sur les discours d'experts que sur les productions littéraires et artistiques.

Face à la science

L'intitulé de l'objet d'étude comporte le mot "homme", que l'on retrouvera dans un objet d'étude de terminale. C'est bien ce nom commun qui donne sa dimension aux ambitions des programmes de 2009 dont l'objectif est d'interroger l'homme dans sa double dimension de singularité et d'universalité. Autrement dit, on interroge ici la tension au coeur de laquelle se loge les grands actes de la vie humaine. Et l'on considère que les avancées scientifiques offrent matière à réfléchir à cette tension. D'ailleurs l'adverbe "face" indique bien qu'il s'agit de se questionner, de se confronter à ces avancées.

Se confronter aux avancées scientifiques, c'est aussi interroger la notion de progrès sans la regarder béatement, sans l'aborder par le biais d'un catastrophisme généralisé non plus. Il s'agit plutôt, en classe, de produire une réflexion qui accompagne les progrès, de mettre l'accent sur la réflexion éthique, les choix de société et de situer l'homme au coeur de ces tensions inhérentes à sa nature, entre choix individuels et choix collectifs.

Enjeux et finalités de l'objet d'étude

L'enjeu de l'objet d'étude est donc triple : se demander si l'homme est objet ou sujet de ces avancées ; mettre l'accent sur la façon dont le progrès peut transformer l'homme ; se demander si la science et les questions de conscience sont conciliables.

La première interrogation de l'objet d'étude, "En quoi les avancées scientifiques et techniques nécessitent-elles une réflexion individuelle et collective ?", permet de mettre en exergue les raisons pour lesquelles une société se doit de construire une éthique. Elle soulève le problème de la marge de manoeuvre de chacun d'entre nous dans ce projet : doit-on adhérer ou peut-on refuser cette éthique ?

La deuxième interrogation, "Le dépassement des limites de l'être humain peut-il faire craindre une perte d'humanité ?", soulève un triple questionnement. Il existe bien une perspective prometteuse, celle de l'amélioration continue des capacités physiques et intellectuelles de l'homme, mais celle-ci comporte un risque, l'utilisation de l'être humain comme cobaye. Elle peut donc conduire à un danger : la transformation de la nature même de l'homme.

Enfin, la troisième interrogation, "Le virtuel est-il un enrichissement du réel ?", nous place au coeur d'une double problématique. Certes le télétravail, les musées virtuels, le cartable en ligne, les divertissements, font apparaître le virtuel comme le média de demain... mais à de maints égards, le virtuel apparaît aussi comme une subversion du monde réel qui questionne le rôle et la place de la machine dans nos vies, notre interface avec nombre d'écrans, notre immersion dans des mondes virtuels. Toutes ces expériences sont-elles une fuite du monde réel ?

Et les robots dans tout cela ?

La question des robots est à la croisée de toutes les interrogations portées par l'objet d'étude. Logés au coeur de notre vie la plus quotidienne (qui mesure encore que ce distributeur de billets de banque est un robot ? que ce célèbre moteur de recherche en est un également ?), les robots suscitent notre enthousiasme en remplaçant avantageusement les hommes dans les activités pénibles ou dangereuses. Ils forcent notre admiration face aux appuis qu'ils apportent en médecine, dans l'industrie ou dans l'exploration de l'espace... Mais ils font aussi l'objet de toutes nos interrogations quand, remplaçant l'homme dans nombre d'activités humaines, ils risquent de reléguer celui-ci au rang d'être sans fonction, dans une société automatisée. Et les progrès de l'intelligence artificielle rendent encore plus actuelles ces préoccupations.

Par ailleurs, l'imaginaire qu'ils véhiculent et la tentation anthropomorphique dont ils sont le siège interrogent également notre rapport ambivalent à la machine, comme si les robots devaient être la reproduction mécanique d'un homme parfait. C'est cette ambivalence qui fait des robots une chair à fiction idéale, parfait miroir des inquiétudes de nos sociétés occidentales quant à la question de la création (du Golem à Frankenstein), des risques qu'engendrerait la perte de contrôle des machines, voire leur retournement contre l'homme (voir les lois d'Asimov, ou plus récemment la série Real Humans).

En bref, la question des robots n'interroge pas tant les machines - aussi fascinantes soient-elles - que le rôle et la place des hommes face au progrès, en leur soumettant une question simple : le progrès, qu'en faire ensemble ?

Lire au lycée professionnel, n°72 (11/2013)

Lire au lycée professionnel - Première approche de l'objet d'étude "L'homme face aux avancées scientifiques et techniques : enthousiasmes et interrogations"