Dossier : Mythes et figures mythiques dans les arts et la littérature au XXe siècle

La mythologie grecque : récits et survivance

Lucie Noël-Emara, lycée Gustave Eiffel (Rueil Malmaison)

Dans le cadre de l'objet d'étude "L'homme et son rapport au monde à travers la littérature et les autres arts" ainsi que la question "Les mythes appartiennent-ils seulement au passé ?" et enfin les capacités "Interpréter la dimension symbolique d'un personnage ou d'une situation", cette séquence propose aux élèves de découvrir et de s'approprier les mythes grecs les plus célèbres pour ensuite les interpréter et en voir la survivance dans notre société occidentale.

Introduction à la séquence (30 minutes)

On définit ensemble le mythe en en montrant la diversité. Les élèves sont amenés à constater qu'un mythe n'est pas seulement une légende ancienne, mais peut aussi être une icône de la beauté ou de la musique (Mickael Jackson, Elvis Presley, Marilyn Monroe...).

Ensuite, je leur pose directement la question : "La mythologie grecque, qu'est-ce que ça évoque pour vous ?". Ils me citent alors Troie (le film américain), Ulysse (les dessins animés), et le nom des principaux dieux (Zeus, Poséidon, Vénus...).

Je leur montre alors que les films et dessins animés prouvent que les mythes sont encore bien vivants dans notre société et que nous verrons ensemble qu'ils ont pétri notre culture : la langue française, les beaux arts, la psychologie, c'est-à-dire notre façon de penser et de ressentir.

Séance n° 1. Introduction à la mythologie grecque (2 heures)

J'introduis la séance par une petite présentation dans laquelle j'explique que la mythologie grecque est un ensemble de récits produits par plusieurs auteurs grecs et latins : Homère, Ovide, Virgile... d'où parfois la variation des récits et surtout les différents noms (Aphrodite = Vénus).

Dans cette introduction j'affirme aussi que l'étude de la mythologie présente pour tous un double intérêt :

  1. enrichir son imaginaire ;
  2. prendre conscience que les mythes survivent dans notre société à travers la psychologie, la langue française, les beaux-arts et la littérature.

Première partie. Lecture et interprétation de deux mythes mineurs : Midas et Pygmalion

Pour démontrer ce que j'ai affirmé en introduction, nous lisons ensemble deux mythes mineurs. Le premier relate l'épisode du roi Midas ayant été affublé d'oreilles d'âne par Apollon. Humilié par cet aspect physique ingrat, Midas a pris l'habitude de porter un bonnet qui cache ses oreilles. Seul son coiffeur est au courant de son honteux secret. N'ayant pas le droit de le divulguer, il va dire aux roseaux : "Midas a des oreilles d'âne !". Mais le vent, en soufflant sur les roseaux leur donne la parole et à leur tour ils clament : "Midas a des oreilles d'âne !". Les élèves sont amenés après une discussion sur le texte à prendre conscience de la haute valeur psychologique du secret. Par définition, un secret doit rester secret. Les humains sont faibles et, tôt ou tard, si un secret leur est confié, malgré leur bonne volonté, ils éprouveront le besoin de le divulguer. La dimension imaginaire du récit (celle où les roseaux se mettent à parler) est une allégorie de l'impossible secret.

Le deuxième mythe lu est celui de Pygmalion. Après avoir lu le récit, on amène les élèves à comprendre par déduction la signification de l'expression : "être le Pygmalion de quelqu'un". Ils s'interrogent ensuite sur eux-mêmes, leurs camarades. Sont-ils les Pygmalions de leurs parents, leurs professeurs ?... N'y a-il pas des célébrités qui sont les Pygmalions de certaines personnes ?

On dresse ensuite ensemble une liste de mots et d'expression issus de la mythologie grecque : Titanic, les foulards et parfums Hermès, l'étoile Vénus, avoir un talon d'Achille, une force herculéenne, titanesque, aller de Charybde en Scylla.

Deuxième partie. Généalogie des dieux de l'Olympe

Dans la deuxième partie de cette séance j'explique aux élèves que, à la différence des dieux des religions monothéistes, dans la mythologie grecque, c'est l'univers qui a créé les dieux et non l'inverse. Je leur trace alors un arbre mythologique au tableau comprenant les principaux dieux de l'Olympe et leurs origines.

Commentaires. Ouranos déteste ses enfants qu'il enfouit dès leur naissance dans le ventre de la terre, Gaia. Leur mère, éprouvée par leur poids et attristée demande à Cronos de se rebeller. À l'aide d'une faucille, il émascule son père. On raconte qu'Aphrodite est née de la semence d'Ouranos qui s'est répandue dans la mer. L'écume, c'est la semence (Aphros = écume).

Cronos prend ensuite le pouvoir à la place de son père et épouse Rhéa dont il a six enfants. Mais un oracle lui dit qu'un jour, l'un de ses enfants le détrônera, alors il fait comme son père. Il dévore ses enfants. Rhéa a recours à la ruse pour éviter ces infanticides. Elle donne à Cronos une pierre emmaillotée dans un linge et sauve ainsi Zeus.

Devenu adulte, Zeus se révolte à son tour. Il lui fait avaler un vomitif qui lui fait recracher tous ses enfants. Avec ses frères et soeurs, il livre alors un combat contre son père et ses frères et soeurs, les titans et les titanides.

Interprétation. On peut voir dans Ouranos et Cronos le symbole du temps qui détruit toute chose. En détruisant le temps, Zeus installe le pouvoir des dieux qui sont immortels. Sur un plan psychologique on peut voir l'expression des rivalités qui existent entre un père et ses fils.

Séance n° 3. Exposés (2 ou 3 heures de recherche + 3 à 4 heures d'exposés en classe)

Je propose aux élèves douze exposés qu'ils réaliseront par deux au CDI.

Les consignes sont les suivantes :

  1. effectuer une recherche documentaire sur le mythe choisi ;
  2. rédiger une version claire et simple, sur papier ou sur traitement de texte ;
  3. venir me voir (je circule de groupe en groupe) quand ils pensent maîtriser leur histoire et me la raconter ;
  4. rechercher des survivances du mythe étudié dans les beaux-arts et stocker les exemples sur une clé USB.

L'objectif est d'amener les élèves à s'approprier des légendes parfois complexes et surtout prendre de l'assurance à l'oral car ils devront les raconter à leurs camarades après m'avoir remis leurs notes.

Nous avons passé trois heures au CDI et les élèves ont suivi les consignes.

Les exposés avaient été regroupés par thèmes.

La colère des dieux

  1. Prométhée, le feu, Pandore, le châtiment de Zeus
  2. Tantale, le festin des dieux, le châtiment des dieux
  3. Orphée et Eurydice

Amour et beauté

  1. Perséphone, Demeter, Hephaïstos
  2. Le jugement de Pâris, la beauté d'Hélène et la guerre de Troie
  3. Cupidon et Psyché

Les grands héros

  1. La naissance d'Hercule, deux des douze travaux
  2. Jason, Médée et la toison d'or
  3. Le voyage d'Ulysse : durée, causes ; une ou deux épreuves

Créatures fabuleuses

  1. Bellérophon et Pégase
  2. Les Gorgones, Persée et Méduse
  3. Oedipe et le sphinx

Le déroulement des exposés (10 minutes par élève, en moyenne, deux exposés par heure en classe entière)

Après trois heures passées en demi-groupe au CDI, les exposés ont commencé sur la base du volontariat. Les élèves ont joué le jeu, la plupart des groupes ont accepté de me donner leurs notes et de se lancer, de prendre la parole pour raconter du mieux qu'ils pouvaient leur récit. J'étais là, bien sûr, pour les aider. Ensuite, ils projetaient, grâce au tableau numérique, leurs documents iconographiques. Malheureusement, la plupart des groupes n'avaient pas précisé leurs sources. Il faudrait donc insister là-dessus dans de prochaines recherches, en particulier quand elles sont faites sur Internet.

Après chaque exposé, je dictais aux élèves une trace écrite. Résumé du mythe puis tentative d'interprétation.

Les élèves ont ainsi compris que les récits des dieux et des hommes étaient le reflet des passions humaines. Par exemple, à travers le mythe de Cupidon et Psyché, ils ont constaté que la peinture des sentiments humains - amour, jalousie - était certes idéalisée dans sa narration mais tout à fait réaliste sur le plan psychologique.

Nous avions étudié les contes de fée l'année précédente, en particulier Cendrillon, et je leur ai rappelé que l'une des épreuves à laquelle se trouve confrontée Psyché ressemble fortement à une épreuve qui est imposée à Cendrillon dans l'histoire des frères Grimm (Psyché doit trier, en une seule journée, un énorme tas de grains de variétés différentes tandis que Cendrillon doit tirer des cendres, en une heure seulement, deux grands plats de lentilles). Dans ce mythe, comme dans d'autres, ils ont pu apprécié également la pudeur avec laquelle les Grecs abordaient les questions de sexualité (Cupidon se glissant chaque nuit dans le lit de Psyché pour ne pas qu'elle le voie).

Avec Pégase et Bellérophon, tous ont été d'accord pour voir dans ce cheval blanc, ailé, le fantasme éternel des hommes rêvant de voler en chevauchant une magnifique créature, ou de voler tout court, comme on le trouve dans Aladin et son tapis volant.

Le châtiment de Tantale (qui souffrit éternellement de soif et de faim pour avoir fait manger de la chair humaine aux dieux, la chair de son fils) a permis aux élèves de constater que, même si les dieux n'étaient pas toujours justes envers les hommes, ils avaient des limites et une certaine éthique.

Dans l'histoire de Déméter et Perséphone les élèves ont pu voir à travers le chagrin de Déméter se trouvant chaque hiver séparée de sa fille une magnifique allégorie de l'amour maternel ; a contrario, dans le personnage de Médée tuant ses enfants pour mieux se venger de Jason, l'illustration horrible mais réaliste des déchaînements auxquels peut conduire un amour contrarié.

Chaque mythe a donc entraîné une discussion enrichissante démontrant que la mythologie était bien présente dans notre imaginaire, notre culture et que, si nous nous identifions si facilement aux personnages, c'est parce qu'ils sont notre reflet.

Séance n° 4. Mythologie et peinture (2 heures)

Je distribue aux élèves la fiche technique d'analyse picturale suivante. Nous avons déjà travaillé sur l'art l'an dernier, c'est donc une réactivation de leurs connaissances.

Fiche technique pour l'analyse d'un tableau

Auteur, date, titreCertains tableaux n'ont pas de date ni d'auteur. Ils sont anonymes.
Le genre1) Peinture sacrée : la peinture religieuse, chrétienne en général. On trouve dans ce genre différentes scènes : couronnement de la vierge, vierge à l'enfant, vierge en trône. Nativité, Christ en croix, etc.
2) Peinture profane : toutes les peintures qui ne sont pas religieuses. On trouve dans ce genre des sous-genres :
3) Le portrait : d'apparat (avec un costume marquant le rang social), l'autoportrait, le portrait en buste, en pied, le profil ; le portrait allégorique (la personne est déguisée en un dieu ou une déesse de l'antiquité) ; le portrait mythologique...
4) La scène d'histoire : évocation d'événements importants de l'histoire. Par exemple : L'Assassinat de Marat, Le Couronnement de Napoléon (David, XIXe), Guernica (Picasso).
5) La scène de genre : évocation d'événements sans importance de la vie quotidienne. Par exemple : Le tricheur (Georges de la Tour, XVIIIe), La laitière (Vermeer, XVIIe).
6) La nature morte : représentation de fruits, de fleurs, de nourriture, de gibier.
7) La vanité : représentation d'objets bien précis (pendule, sablier, miroir, échiquier, cartes...), d'alcool, de fleurs souvent accompagnés d'une tête de mort pour rappeler aux gens que rien ne dure sur cette terre, que la mort triomphe de tout et qu'il ne faut donc pas s'attacher aux choses terrestres mais spirituelles.
8) L'allégorie : mise en scène d'une abstraction avec parfois une intention morale. Par exemple : femme allaitant son bébé = allégorie de la générosité ; Marianne brandissant le drapeau tricolore = allégorie de la liberté.
9) La peinture abstraite : dans certains tableaux, on ne reconnaît rien de familier (objets, personnages...), on ne voit que des couleurs et des formes. Ces tableaux sont destinés à faire réfléchir et rêver.
La compositionDéfinition : ensemble des éléments qui composent un tableau.
Composition saturée : trop d'objets / composition équilibrée : bonne réparation des objets / composition dépouillée : très peu d'objets.
Composition frontale : sans perspective, sans profondeur de champ.
Composition en perspective : recherche d'une profondeur par la géométrie (les objets sont de plus en plus petits) ou par les tons (les tons sont de plus en plus clairs).
Les lignes et les formes
Arabesques : les lignes qui dessinent les choses sont souples, forment des serpents et des boucles.
Géométriques : les lignes dessinent des figures géométriques. Les personnages ou les objets sont alignés le long d'un trait ou d'une figure : perpendiculaires, diagonales, cercle, triangle...
L'ombre et la lumièreD'où vient la lumière ? Où se pose-t-elle ? Quel est l'effet recherché ?
La paletteLa palette est-elle riche, pauvre, équilibrée ?
Les couleurs : je repère les couleurs dominantes et leurs dégradés, je distingue les couleurs chaudes des couleurs froides.
Le trait du pinceau, la pâteLe peintre a-t-il cherché à faire oublier le trait de son pinceau pour donner l'illusion de la réalité ?
Au contraire, a-t-il joué avec l'épaisseur de la pâte pour donner du relief, du rythme, un aspect un peu brut à son oeuvre ?
Le pointillisme : style dans lequel le peintre peint uniquement avec de petits points.
L'impressionnisme : style dans lequel le peintre procède par petites touches en peu floues pour rendre compte des effets de la lumière.

Ensuite, je projette au tableau numérique deux oeuvres : Saturne dévorant un de ses fils (Pierre-Paul Rubens, 1637) et Saturne dévorant ses enfants (Francisco Goya, 1819-1923).

L'analyse se fait sur deux séances en demi-groupe, en alternance avec les exposés qui eux ne peuvent avoir lieu qu'en classe entière. Elle conduit les élèves à se rendre compte que la représentation hyperréaliste des atrocités racontées par la mythologie les rend beaucoup plus dérangeantes et peuvent mener à des réflexions sur l'infanticide, la barbarie.

Évaluation (2 heures)

Voici l'exercice proposé en évaluation. Les élèves y rencontreront de grandes difficultés en ce qui concerne l'analyse du texte de Corneille. Mais l'analyse des images et la rédaction ont été relativement bien réussies.

Objet d'etude n° 2 - Au XXe siècle, l'homme et son rapport au monde à travers la littérature et les arts : l'exemple des mythes

Évaluation formative (30 points)

Compétences de lecture

1) Présentez le "corpus" (groupe de documents) en en montrant le point commun et les différences. (4 points)

Document n° 1

Extrait de Médée, tragédie de Corneille (1639) : monologue où Médée exprime son déchirement entre l'amour de ses enfants et son besoin de vengeance envers Jason.

Vocabulaire :

Perfide : méchant, pervers
Créuse : amante de Jason
Immoler : tuer par le feu
Fureur : colère extrême
Trépas : mort
Pensers irrésolus : pensées incapables de se déterminer

2) Quel type de discours théâtral prononce Médée ? (1 points)

3) Quel épisode de Jason et la Toison d'or reprend Corneille dans ce texte ? (2 points)

4) Étudiez au moins deux procédés littéraires contribuant à rendre le texte tragique. (4 points)

5) Relevez trois vers où Médée justifie le crime de ses enfants et expliquez les. (3,5 points)

6) Montrez que Médée est déchirée entre l'amour de ses enfants et sa haine de Jason. Illustrez vos propos par deux ou trois vers. (2,5 points)

Document n° 2

"Ulysse quitte la base de Troie", dessin manga couleur extrait d'une série télévisée franco-japonaise, 1981.

7) Comment les dessinateurs de mangas ont fait d'Ulysse un héros moderne destiné aux enfants ? (3 points)

Document n° 3

Publicité couleurHermès, 2011.

8) Analysez la composition et la palette de cette photographie. (4 points)

9) Repérez deux références mythologiques perceptibles dans le texte et dans l'image. (3 points)

10) Étudiez les connotations dont sont chargées les mots et les objets du document (mer, cheval...). (3 points)

Lire au lycée professionnel, n°68 (06/2012)

Lire au lycée professionnel - La mythologie grecque : récits et survivance