Actualité du livre

Notes de lecture

Argentina, Argentina
Christophe Léon.
Oskar Éditions, 2011

Pascal est journaliste. Il souhaite écrire un article sur la période trouble de la dictature en Argentine. Il s'envole donc pour l'Amérique du Sud, afin d'y rencontrer Ignacio Guttierez, un jeune Argentin qui a vécu un véritable drame lors de cette sinistre période.

Pascal s'installe chez Ignacio pour quelques jours. Ce dernier commence par lui révéler qu'il ne s'appelle pas Ignacio, mais Pablo Lomas. Pascal branche son magnétophone : Ignacio/Pablo va alors se raconter.

Son enfance heureuse, tout d'abord, entouré de sa mère, son père et ses grand-parents. Puis les ennuis qui commencent, les militaires qui débarquent, le départ forcé de la ferme familiale pour s'installer à Buenos Aires, et de nouveau les militaires ; cette seconde fois, ils arrêtent le père, la mère - enceinte de son deuxième enfant - et lui, alors petit garçon. Séparé de ses parents, il est alors interrogé, battu, violemment : on veut qu'il parle, de son père notamment, de ses activités "syndicalistes". Mais Pablo se tait, terré au fond de sa sordide cellule.

Puis un matin, on l'emmène dans une immense propriété, où il cesse d'être Pablo Lomas, pour devenir Ignacio Guttierez, le fils adoptif du colonel Guttierez, le meurtrier de ses parents.

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce roman bouleversant : l'histoire tragique de l'Argentine durant les sombres années de la junte militaire, le combat des mères (ici la grand-mère) de la Place de Mai à Buenos Aires, qui réclament chaque dimanche qu'on leur rende leurs enfants disparus, enlevés...

Mais à travers l'histoire singulière d'Ignacio, Christophe Léon soulève également d'autres questions : l'importance des origines, la dualité famille biologique/famille adoptive, la transmission du passé, tout ce qui finalement touche à la construction de soi. Et rien n'est simple ; pas de manichéisme dans cette histoire : si les Guttierez restent les "bourreaux", Ignacio évoque tout de même de bons moments passés dans leur propriété.

Ignacio lutte sans cesse contre les sentiments contradictoires qui l'habitent ; et les souffrances qu'il a endurées et continue d'endurer nous bouleversent pleinement.

Le talent d'écriture de Christophe Léon est à nouveau au rendez-vous avec ce roman. Sans jamais tomber dans le sordide (même si certaines scènes sont parfois très dures à "digérer"), il nous offre un témoignage poignant, d'un réalisme saisissant, dont on ne sort pas indemne.

Je vous le recommande vivement.

Virginie Chavant.

Le Dernier hiver
Jean-Luc Marcastel.
Hachette, 2011, "Blackmoon"

Aurillac, 2035. Suite à une perturbation dans la galaxie, le monde entier est plongé dans un crépuscule continu. L'Hiver s'est installé pour ne plus céder sa place. La neige ne cesse de tomber, le froid est saisissant, la vie telle qu'on la connaissait n'existe plus.

La faune, la flore, l'humanité doivent s'adapter. Le Crépuscule n'a pas seulement changé définitivement la face du monde, il engendre également des mutations importantes. Une variété d'arbre est particulièrement touchée. En effet, en raison de la nature peu clémente depuis la catastrophe, les Pins ont trouvé un autre moyen que la lumière du jour pour se développer : l'énergie humaine et animale.

C'est dans ce contexte apocalyptique que Johan essaye par tous les moyens de retrouver sa petite amie, Léa. Il est aidé de son frère Théo, soldat déserteur, de Fanie, une amie d'enfance des deux frères au caractère explosif et de Khalid, qui laisse derrière lui sa fiancée. Ce voyage doit les conduire à Bergerac. Mais les routes n'existent plus, le paysage a été ravagé par les Pins vampires, la vie humaine ne semble jamais avoir existé. Pire, des formes de vie inconnues et dangereuses se tapissent dans l'ombre glaciale des Pins.

On baigne dans une ambiance glaciale, apocalyptique, oppressante. La société humaine est mise à mal, les institutions ont disparu, la vie sur Terre est menacée.

Johan est ici le personnage principal et l'instigateur du voyage. Dès le début du roman, on apprend qu'il a une double personnalité et que tout le monde fait avec. Il décide, malgré le danger, de partir à la recherche de sa petite amie, pour savoir si elle est toujours en vie, armé d'un Katana. Le détail peut paraître impromptu, mais dans cette situation désespérée, toute arme peut être utile. Le départ a lieu peu après le retour de son frère, Théo. En revenant de l'armée, il a rapporté avec lui des armes et du matériel militaire, qui leur permettront d'assurer leurs arrières pendant le voyage.

Dans ce contexte de fin du monde, l'ambivalence du caractère humain est plus que présente. Devant le malheur, les hommes ne sont pas à égalité, la discrimination est encore très présente.

Les personnages poursuivent néanmoins leur chemin, sans savoir s'ils arriveront à destination, ou encore à rentrer après leur mission.

Ce livre est une aventure humaine, qui nous livre une conclusion sans équivoque : le plus dangereux prédateur pour l'homme, c'est lui même.

Sandra Eudine.

Les Mésaventures de Tallulah Casey
Louise Rennison.
Gallimard Jeunesse, 2011

Tallulah Casey, jeune cousine de Georgia Nicolson, a de quoi remplir ses vacances d'été. Elle va intégrer le prestigieux Dother Hall, conservatoire d'art dramatique, situé en plein Yorkshire pour un stage. Le problème c'est que Tallulah n'est douée ni pour le chant, ni pour la danse, ni pour le théâtre. Ce qui ne l'empêche pas d'avoir comme ambition de devenir une star planétaire. Mais Lullah a un talent : faire rire son auditoire. Et qu'importe si c'est à ses dépends. Entre ses nouvelles amies, les cours et la chasse aux garçons, son été promet d'être bien rempli.

Louise Rennison met en scène un personnage de la famille de Georgia Nicolson, série qui a fait son succès. Pas d'invention linguistique dans ce roman, le ton et l'humour sont plus sobres. Tallulah est une héroïne attachante qui a le mérite de ne pas être parfaite. Elle a un physique banal, n'a pas spécialement de talent artistique mais elle est pleine de joie de vivre. Il y a beaucoup d'allusions littéraires qui sont disséminées dans cet ouvrage, notamment des références aux soeurs Brontë. La traduction nous fait sans doute perdre quelques subtilités de ce côté-là, ne serait-ce que le titre, Withering Tights dans la version originale. Le style est cependant léger puisqu'on voit l'histoire à travers les yeux de Tallulah.

Une lecture divertissante et sans prétention. À noter qu'une suite est prévue pour le 1er trimestre 2012.

Catherine Arnaud.

Un an après
Sue Mayfield.
Bayard Jeunesse, 2011

Pour Betty, Nathan, Matt et Sophie, la soirée déguisée pour l'anniversaire d'Emma et d'Eliott promettait d'être inoubliable... Seulement le retour en voiture changera à jamais leur destin.

Le titre, la couverture, le résumé ne cachent rien : il y a eu un accident de voiture, des jeunes sont morts. Durant un temps relativement court, celui d'un déplacement et d'une visite vers un lieu que vous découvrirez en lisant le roman, Sue Mayfield va nous livrer les témoignages des parents et des amis de ces 4 jeunes.

Entre témoignage et flash-back de la soirée, le lecteur va peu à peu découvrir le pourquoi du comment de cette affreuse soirée... Par cette alternance de récit, Sue Mayfield met en évidence le ressenti des personnages... chacun dresse un portrait des 4 jeunes... chacun donne aussi sa version des faits... et le lecteur se retrouve face à un certain suspens, le plongeant à son tour dans le ressenti des émotions des différents personnages au point parfois d'être troublé.

Sue Mayfield dresse des portraits poignants où chacun se confronte à ses souvenirs et où chacun essaie de trouver les clés pour se reconstruire et continuer à vivre... on sent une réalité concrète... Cet accident aurait pu arriver à tout le monde...

Voila un roman pédagogique, qui relate sans rien épargner, les conséquences d'un accident de voiture après une soirée alcoolisée !

Laetitia Dubuis.

Il se peut qu'on s'évade
Cathy Ytak, photos Gérard Rondeau.
Thierry Magnier, 2011, "Photo-romans"

Rappelons tout d'abord le principe de cette collection : une série de photographies - ici, celles de Gérard Rondeau - est confiée à un auteur, dans notre cas, Cathy Ytak, qui doit alors créer une histoire à partir de ces clichés. Les deux artistes ne se connaissent pas. Voici ce que nous propose Cathy Ytak.

Peter Skoresen, héros de l'histoire, se raconte : il a 23 ans, d'origine danoise, et est un adulte hors norme, "à part". Enfant, il était très doué, apprenait tout, se souvenant de tout, mais au comportement étrange : il ne semblait manifester aucune émotion. Jusqu'à ses 9 ans où, en entrant dans un musée de peinture, il "ressent" : "j'ai eu envie de pleurer et de rire...".

Sa vocation est toute trouvée : il sera gardien de nuit dans un musée.

Il aime le silence qui l'entoure, qui lui permet de s'immerger totalement dans les oeuvres, qu'il apprend à connaître dans les moindres détails.

Mais un jour des travaux sont entrepris dans le musée : Peter doit travailler de jour. Le bruit incessant, la foule, les mouvements... viennent bouleverser l'équilibre de Peter.

Ce roman met en scène un personnage en très grande difficulté comportementale et relationnelle, mais pour lequel nous éprouvons très vite de l'empathie. La manière dont Peter se raconte, se livre en quelque sorte aux lecteurs, le rend très attachant et également très crédible.

Cathy Ytak fait preuve d'une extrême sensibilité pour nous décrire son personnage. Elle nous offre également une très belle réflexion sur l'art en général, la peinture, la sculpture, la photographie.

Je vous recommande la lecture de ce court roman : à proposer à vos élèves, notamment pour l'intérêt culturel et une belle approche des arts.

Virginie Chavant.

Cachés
Sharon Dogar.
Gallimard Jeunesse, 2011

Il n'est pas évident d'utiliser pour sa fiction personnelle une oeuvre de la renommée du Journal d'Anne Frank. Pourtant, c'est le pari qu'a tenté Sharon Dogar avec Cachés.

L'histoire des clandestins de l'Annexe du 263 Prinsengracht à Amsterdam est racontée par un narrateur inédit : Peter van Pels qui a cohabité 2 ans avec la famille Frank. Même si le récit est inventé, il reste fidèle à ce qui est raconté dans le Journal d'Anne Frank. On voit alors comment la promiscuité tisse des liens entre des personnalités très différentes. Les passages sur la naissance du sentiment amoureux entre Anne et Peter sont émouvants mais sans excès de pathos.

Le roman de Sharon Dogar prolonge le récit de la clandestinité en racontant la déportation des clandestins à Westerbork, puis à Auschwitz et à Mauthausen. Son récit est alors basé sur des témoignages de survivants.

Ce roman est tout à fait accessible à des élèves de lycée professionnel. Qui plus est, il peut se prêter à un jeu de lecture des deux oeuvres que l'on peut mettre en regard. Le questionnement autour des thèmes réalité, fiction et réécriture qui entoure le roman trouve ici un écho qui n'est pas inintéressant.

Laetitia Gemin.

Le Carnet rouge
Annelise Heurtier.
Casterman, 2011

Marie a 16 ans et ne connaît pas beaucoup de choses sur ses origines car sa mère a toujours refusé de lui en parler. Voilà ce qu'elle sait : du sang népalais coule dans ses veines et sa mère est ce que l'on appelle une mère célibataire. Pourtant aujourd'hui tout va basculer... elle va enfin comprendre qui elle est et d'où elle vient grâce à un homme qui prétend être son grand-père. Il lui remet un mystérieux carnet rouge contenant l'histoire de sa grand-mère. À la lecture de ce carnet, Marie va faire une immersion brutale au Népal et découvrir une vérité qu'elle n'aurait jamais imaginée : elle est la petite fille d'une ancienne Kumari.

Ce roman est un très beau récit de filiation... un récit à deux voix : celle de Marie et celle de sa grand-mère. Deux histoires et deux destins bien différents mais qui ont un point commun : le sentiment de ne pas se connaître vraiment. Chacune à travers ce carnet va redécouvrir son identité : Marie en découvrant ses origines, sa grand-mère en les écrivant.

On est plongé comme Marie au coeur du Népal, à la découverte d'une tradition hindouiste, au travers des yeux de Sajani, la grand-mère de Marie, devenue Kumari. Un roman très bien documenté montrant véritablement le destin des Kumaris, de leur statut de déesse à celui de l'anonymat de leur fin de règne.

Annelise Heurtier signe un roman captivant, teinté d'optimisme... où la levée du secret des origines de Marie va apaiser les relations familiales.

Laetitia Dubuis.

Mayo, Ketchup ou lait de soja ?
Gaia Guasti.
Thierry Magnier, 2011

Une nouvelle élève vient d'arriver dans la classe de Noah. Elle s'appelle Elianor et elle a une particularité : elle sent bizarre. Les autres élèves disent qu'elle ne sent pas bon. Habituée aux brimades, elle se met elle même à l'écart.

Mais pour Noah, cette fille a une odeur, c'est sûr, mais pas nauséabonde, comme disent les autres, ni trop fleurie, comme les autres filles de la classe. Il essaie donc de se lier d'amitié avec elle, et de comprendre pourquoi elle diffuse une odeur différente.

Ce roman fait à peine une centaine de page et les chapitres sont très courts (34). Noah est en CM2, ce qui pourrait retenir certains élèves de lire le livre, mais le thème de la différence est très intéressant : les habitudes alimentaires.

En effet, Elianor a une odeur particulière car elle ne se nourrit pas avec les mêmes aliments que ses camarades, elle préfère les graines et le lait de soja.

En répondant à ses propres questions, Noah nous donne des explications sur les odeurs que nous diffusons, ainsi que l'alchimie qui peut se produire entre deux personnes en fonction de l'odeur. Noah a perdu son père plus jeune, et il n'en parle jamais, Elianor a quant à elle perdu sa mère. Il croit d'abord que c'est à cause de ce point commun qu'il veut se rapprocher d'elle.

À l'école, Elianor est victime de brimades à cause de sa différence, et en se portant à son secours, Noah attire sur eux la colère de la brute de l'école. Cette aventure va les rapprocher, dès lors Noah découvre un nouveau monde, celui d'Elianor, un monde dans lequel son père est Gourou et où les acides saturés n'ont pas leur place. Un choc des cultures pour le pauvre Noah, qui s'essaie, par amitié, au lait de soja et promet même d'arrêter ce poison qu'est le lait de vache. Mais lorsqu'il invite Elianor à visiter son monde à lui, plein de Nutella et d'huiles hydrogénées... la réaction attendue n'est pas là.

Ce premier roman de Gaia Guasti est plein d'humour et se termine de manière très inattendue. À la fois divertissant et enrichissant, je le conseille sans modération.

Sandra Eudine.

Le carnet de Théo, t. 1, Dans ma bulle
Eléonore Cannone.
Rageot, 2011

Théodora est une jeune fille de 15 ans. Elle est passionnée par l'univers japonais et plus précisément par les mangas et les anime. Lors de son année de 3e, elle décide de tenir un journal intime. Attention, Théo n'a rien de ces filles mièvres qui racontent leurs amours larmoyantes sur un cahier. Non. Théo a des objectifs tout à fait concrets : réussir en fin de 3e à intégrer une école publique, découvrir pourquoi il n'existe aucune photo d'elle avant ses 3 ans dans sa maison, réaliser son premier manga, protéger en toutes circonstances son meilleur ami Sam...

Le carnet de Théo nous entraîne dans un univers original et totalement dépaysant. Chaque page est illustrée par des dessins ou des portraits des personnages évoqués. Chaque mois est assimilé à une chanson pop/rock contemporaine. Les personnages qui font partie du quotidien de Théo sont dépeints avec humour, certains sont même très attachants (notamment le mentor de Théo, Takeshi).

On entre rapidement dans la bulle de Théo, on se délecte de son humour, on savoure le récit de ses expériences de la vie, on s'inquiète de ses découvertes.

Bref, on attend avec impatience le deuxième tome de cette trilogie.

Laetitia Gemin.

Une robe couleur du temps
Bianca Turetsky.
Hachette, 2011

Louise, collégienne de 12 ans, a une véritable passion pour la mode. Mais loin de ses copines qui achètent toutes les mêmes vêtements, Louise préfère le vintage, les vêtements ayant déjà servi et pouvant raconter une histoire. Le bal du collège approchant, la jeune fille doit se trouver une tenue. Une invitation pour une "Vente Vintage pour Fashionistas Voyageuses" tombe à point. Sur place, elle rencontre deux vendeuses excentriques qui l'incitent à essayer une robe. Mais lorsque Louise l'enfile, elle s'évanouit et se réveille en 1912 dans la peau de Miss Baxter, une jeune actrice de 17 ans, à bord d'un somptueux bateau de croisière.

Ce roman est une véritable ode à la mode du début du XIXe siècle ainsi qu'à ses créateurs. Le fait que Louise se réveille dans la peau d'une riche actrice n'est qu'un prétexte pour lui faire essayer une succession de tenues de haute-couture. L'originalité du livre est la présence d'illustrations qui mettent en valeur les robes et les costumes mais qui dépeignent aussi l'intérieur du bateau. Les élèves auront peut-être du mal à s'identifier avec la Louise de 12 ans qui débute et clôt l'histoire mais son alter ego, star du grand écran devrait plus leur plaire. La jeune fille provoque quelques quiproquo à son arrivée sur le bateau, le temps de se rendre compte de qui elle est à cette époque, mais le temps pour elle également d'oublier ses mauvaises manières et ses expressions de 2011. La toile de fond historique intéressera d'autant plus les adolescentes qu'elle leur rappellera un film à grand-spectacle.

Catherine Arnaud.

Mortelle Venise
Michel Honaker.
Rageot, 2011, "Heure noire"

Venise, 1536. Le maître embaumeur de la cité, Benvollo, est retrouvé mort tout près du palais des Doges. Le vénérable André Gritti, doge de la Sérenissime, ayant trop peu confiance en Landolfini - pourtant responsable de la police à Venise - décide de faire appel au chevalier Ferrucio Ardani pour résoudre cette enquête.

Ce dernier est un jeune homme extravagant, féru de peinture, grand admirateur de Léonard de Vinci et surtout passionné de sciences criminelles. Accompagné de son valet Piccolmano, il se rend donc à Venise, dont il avait été banni quelques années plus tôt.

Le meurtre du maître embaumeur est vite suivi d'un second, celui de son assistant Abelardo. Il semblerait qu'une créature volante diabolique soit responsable de ces meurtres...

Cette histoire nous entraîne dans les canaux tortueux, brumeux et nauséabonds de la Venise du XVIe siècle. Tous les ingrédients sont réunis pour en faire un roman policier bien ficelé, très prenant : des meurtres étranges, des complots, du poison, de l'espionnage, des intrigues politico-religieuses.

Le héros de l'histoire, le chevalier Ferrucio Ardani, est un personnage auquel on s'attache très vite : un sacré caractère, beaucoup d'audace, du courage, une grande intelligence, mais également un jeune homme submergé par ses sentiments (colère, rancoeur, amour).

À noter également un humour très présent dans ce roman et que Michel Honaker maîtrise à la perfection.

En conclusion, un très bon roman policier qui plaira fortement à nos élèves, mais également à leurs professeurs... !

Virginie Chavant.

Ce qu'ils n'ont pas pu nous prendre
Ruta Sepetys.
Gallimard Jeunesse, 2011

On a beaucoup écrit sur la Seconde Guerre mondiale, tellement qu'on pourrait croire que tout a été dit. Et pourtant, Ruta Sepetys signe là un roman bouleversant sur un sujet auquel on s'est peu intéressé.

En 1939, les trois États baltes sont envahis par l'Union soviétique. En cette période de guerre, Lina est une jeune lituanienne très douée pour le dessin. Une nuit de juin 1941, des gardes soviétiques emmènent Lina ainsi que sa mère et son petit frère Jonas. Sa famille est accusée de comploter contre le régime soviétique. Elle est déportée en Sibérie.

Survivre à tout prix devient la priorité de tous ceux qui se font arrêter. Faire passer à son père condamné à mort dans un autre camp des indices pour les retrouver est la priorité de Lina, malgré les risques.

L'histoire est captivante. Pour un livre jeunesse, le récit est mature et intense. D'ailleurs, dans certains pays, cet ouvrage n'est pas classé en littérature jeunesse. L'auteur s'est beaucoup documenté ce qui rend le roman très riche en apprentissages sur cette période et sur l'histoire de ces États rayés de la carte pendant plus de 50 ans. Le rythme tient en haleine le lecteur. Les personnages secondaires sont importants et très intéressants. Les caractères sont vraiment bien dépeints. Aucun manichéisme, aucun jugement sur la façon de réagir face à l'horreur du kolkhoze et aucun pathos. Ce roman est une belle réussite.

Laetitia Gemin.

On les aura - Carnet de guerre d'un poilu (août, septembre 1914)
Barroux.
Seuil, 2011

Un très beau roman graphique né d'une rencontre fortuite, celle d'un cahier jeté sur un trottoir parisien lors d'un déménagement et d'un illustrateur : Barroux, qui passe, se penche et l'emporte. Puis il lit le cahier et décide de l'illustrer en conservant le texte dans son intégralité.

Barroux crée une ambiance graphique étonnante à partir du témoignage d'un poilu. Il raconte ici le récit des premières semaines de mobilisation durant l'été 1914, la séparation, les trajets en train vers des destinations inconnues, les débuts de la guerre, l'attente insoutenable du courrier d'un être cher, les nuits dans les granges mais aussi la peur lancinante, le mois de juillet où les soldats pensent encore à la victoire jusqu'à son rapatriement suite à une blessure au bras. Le journal s'arrête là, un certain jour de septembre 1914. Son carnet de chant qui l'accompagne est alimenté quant à lui jusqu'en mai 1917...

Barroux a opté pour un traitement au crayon avec un trait charbonneux. Ses dessins bruts rendent bien compte de la situation des soldats ; ils s'attachent aux paysages traversés, aux corps en marche ou au repos, marqués par l'ennui ou par la fatigue. Ici, la guerre est montrée à l'état brut et elle n'a rien d'héroïque. On pourrait en venir à se demander si cette histoire est vraie... oui elle l'est.

Barroux propose une copie du cahier qui fait de ce roman graphique un témoignage précieux et un récit poignant d'une période qui a vu disparaître les derniers poilus.

Laetitia Dubuis.

La Maison de Soie
Anthony Horowitz.
Hachette, 2011

Londres, 1890. Le riche marchand d'art Edmund Castairs réalise que depuis son retour des États-Unis, il est suivi par un homme qu'il pensait mort. Il demande alors de l'aide au détective Sherlock Holmes. Bientôt, Castairs est victime d'un cambriolage. Mais alors que Sherlock Holmes et son comparse, le Docteur Watson, remontent la piste du voleur, ils mettent le pied dans un véritable panier de crabe. Petit à petit, ils découvrent qu'un scandale risque d'éclabousser toute la société victorienne. Dès lors, ils deviennent les hommes à abattre. Les cadavres se multiplient autour d'eux, tout comme ces étranges rubans de soie blanche.

Les héritiers de Sir Arthur Conan Doyle ont demandé à Anthony Horowitz de faire revivre le célèbre détective. Pari tenu pour cette aventure inédite. L'idée de départ est que cette enquête, consignée par le Docteur Watson, serait restée cachée pendant 100 ans pour éviter que le contenu, trop compromettant, ne soit révélé. De nombreuses références aux précédents romans et nouvelles parsèment l'ouvrage, ce qui donne envie de découvrir l'oeuvre de Doyle. Le professeur Moriarty fait une apparition surprenante et on retrouve aussi le policier Lestrade, personnage récurent des aventures de Sherlock Holmes. Il n'est pas possible pour le lecteur d'anticiper la fin, trop de choses reposent sur l'intuition du célèbre détective.

De part le thème central très sombre et le style d'écriture, ce roman est à réserver à de très bons lecteurs.

Catherine Arnaud.

Trop loin la mer
Frédérique Niobey.
Éditions du Rouergue, 2011, "DoADo"

Rosa est une adolescente un peu perturbée : elle vit seule avec sa mère, dépressive, son père ayant refait sa vie. Rosa est sujette aux fugues. Suite à un conflit violent l'opposant à sa demi-soeur, elle est envoyée dans un "Lieu de Vie", un foyer situé en pleine campagne périgourdine.

Débute alors pour elle sa nouvelle vie : elle doit s'adapter aux règles en vigueur du foyer, aux habitants du "Lieu de Vie" : les éducateurs et notamment la gentille Mame, mais aussi les enfants, Sister la timide collégienne, les trois garçons inséparables.

Et surtout Rosa doit s'habituer à cette vie à la campagne, loin de sa ville, son quartier, son parking, ses amis.

Mais l'adolescente refuse net de s'intégrer à ce "cercle familial" et d'obéir aux règles du "Lieu de Vie". Dès qu'elle le peut, elle s'échappe et part se réfugier sur les rives de la Dordogne, qui semble l'apaiser.

Elle rencontre alors Mona, une jeune fille du village : une amitié voit le jour, faite de confidences, de joie, de partage, de renaissance pour Rosa. Mais une escapade des deux jeunes qui tourne mal met fin à leurs relations : les parents de Mona jugent en effet Rosa "peu fréquentable".

À nouveau la jeune fille se sent incomprise, rejetée par ce monde d'adultes (comme elle pense l'être notamment par son père...).

Frédérique Niobey nous offre un roman sur l'Adolescence ; à travers une écriture tout à la fois rythmée et poétique, elle rend parfaitement compte des sentiments de son personnage principal : ses colères, son incompréhension, ses difficiles rapports aux autres, ses malaises propres à l'adolescence.

Rosa, sous ses airs de révoltée, n'en reste pas moins une petite fille fragile, comme le démontre la fin du roman.

Un court roman, bien écrit, à la lecture très agréable, et qui plaira très certainement à nos jeunes de LP.

Virginie Chavant.

En plein dans la nuit
Hélène Gaudy et Bertrand Desprez.
Thierry Magnier, 2011, "Photo-roman"

Julien est une fois encore convoqué pour violence sur des camarades. Il fait parti de cette minorité d'élèves toujours victime des railleries des autres. Mais là, c'est la fois de trop. Il s'enfuit du collège par le trou dissimulé derrière les "sapinettes". Seulement quelque chose d'étrange se produit. Il met la main sur un objet qui ne lui était pas du tout destiné : une arme à feu.

Sans hésiter, Julien emporte l'arme et l'apporte chez Chen pour lui montrer. Ils ne se parlent plus, Chen et lui, depuis qu'il l'a laissé tomber. Il l'a laissé tomber alors qu'on l'obligeait à embrasser quelqu'un. Il l'a laissé tomber alors que c'était son seul ami. Depuis Chen n'allait plus au collège. Pourtant c'est à lui qu'il veut montrer l'arme.

Cette arme, ils vont l'utiliser pour s'entraîner. Ils vont l'utiliser pour tuer leur "Big boss", parce que tout le monde à un "Big boss" dont il veut se débarrasser.

En plein dans la nuit est un cri de détresse, mettant en lumière le mal-être de ces adolescents soi-disant hors de la norme. Il nous laisse l'impression désagréable que cela pourrait se produire à tout moment.

L'ambiguïté des sentiments adolescents prend toute son ampleur : en effet, Julien sait pourquoi Chen lui en veut, il sait pourquoi ils ne se parlent plus, et pourtant il se tourne vers lui, puisque finalement, il est à même de comprendre ses sentiments.

Sandra Eudine.

WICCA, t. 3, L'appel
Cate Tiernan.
Hachette, 2011, "Black Moon"

Dans ce nouvel opus de Wicca, il semble que la chance décide de sourire à Morgan. Après toutes les épreuves qu'elle a traversées, toutes les trahisons qu'elle a subies, elle se sent enfin hors de danger. Jusqu'à ce rêve étrange et terrifiant, toujours le même, où quelqu'un l'appelle à l'aide, mais qui ?

Morgan est persuadée qu'elle seule peut éviter un nouveau drame et décide de répondre à cet appel.

Elle décide avec son coven (groupe de sorciers) de partir à New York à la recherche d'un Celte puissant qui pourrait leur révéler beaucoup de choses sur la fameuse Vague Sombre. Même si elle sent qu'elle pourrait bien ne pas en revenir indemne...

Encore une fois comme dans les précédents tomes, les évènements prennent une tournure impensable, chaque page est une nouvelle découverte.

Pourtant comme beaucoup de trilogies, le troisième tome a un rythme moins soutenu tenant moins le lecteur en haleine, mais il n'en reste pas moins fidèle à la saga.

La conclusion vient relancer l'intérêt du lecteur et le quatrième tome devrait nous livrer quelques perles.

Laetitia Dubuis.

Boys don't cry
Malorie Blackman.
Milan, 2011

Alors qu'il s'apprête à entrer à l'université, Dante, 17 ans apprend qu'il est papa d'une petite Emma, 10 mois, conçue lors d'une soirée arrosée. Mais sa vie va vraiment basculer le jour où son ancienne copine débarque chez lui avec un bébé dans les bras. Celle-ci lui laisse la petite Emma et file sans lui laisser le choix. Dante se retrouve alors père, à 17 ans, d'une enfant d'1 an. Comment gérer une paternité non désirée ? Comment apprendre, lorsqu'on vit avec son père et son frère, à s'occuper d'un enfant ? Et quel avenir, pour le jeune adolescent et sa fille ?

Dans ce roman, Malorie Blackman propose de nouveau un récit puissant à la tonalité dramatique grâce à son écriture précise et sa profondeur d'intrigue. L'alternance de points de vue entre le personnage principal offre une intrigue riche qui va bien plus loin que la question de la paternité d'un adolescent. Elle aborde avec finesse des thèmes sensibles, proches des préoccupations adolescentes avec ses différents personnages : avoir un enfant à 17 ans, réfléchir à son orientation sexuelle... et met ainsi fin à tous les clichés pour nous offrir une galerie de personnages à la psychologie finement esquissée.

Laetitia Dubuis.

Ces années blanches
Julie Jacob-Coeur.
Thierry Magnier, 2011

Marie est une jeune lycéenne, qui pourrait ressembler à tous les autres jeunes. Sa vie semble se dérouler tranquillement entre les cours au lycée, la perspective du Bac de français, sa bande de copains et ses entraînements de volley. Mais tout cela n'est qu'apparence. Car sa vie de famille est compliquée : Marie a une grande soeur, Rose qui était sans doute son modèle quand elle était plus jeune. Mais aujourd'hui, Marie la déteste car Rose lui gâche la vie. Rose est une droguée, violente, agressive, qui fait souffrir ses proches.

"Marie voit parfois la vie comme une guerre. Un champ de bataille où, même si on a des compagnons de route, des amours, une famille, des rêves, au bout du compte on reste seul. On ne sait jamais qui sera là dans un jour, dans un mois, dans un an. Les autres vous quittent, changent. Marie aussi est partie, est revenue, a changé. Elle ne sait pas contre qui elle combat, qui est l'ennemi. Elle sait simplement qu'il y a des champs de bataille de partout..."

C'est un roman très fort car le sujet abordé est traité dans toute sa violence, sans faux-semblant. Les réalités ne sont pas édulcorées. Au-delà de la drogue, toutes les formes de violences sont évoquées : violence des coups portés par un père intégriste sur son fils, violence des coups portés par une soeur en manque, violence de la mort d'un père aimé, etc. Que ce soit le personnage principal ou ses amis, le lecteur se trouve plongé dans des vies difficiles, sans concession. Malgré tout, l'optimisme reste de mise car l'idée principale qui traverse tout le roman, c'est que chacun est maître de son destin et peut changer le cours des choses ou du moins accéder au bonheur.

Ce roman est également original car il ne traite pas de la drogue à travers les yeux du drogué. Rose est pratiquement inexistante dans le roman. Le véritable sujet, ce sont ceux qui comme Marie souffrent à cause du drogué : les parents qui ne comprennent pas et portent un fort sentiment de culpabilité, les frères et soeurs qui essaient de ne pas sombrer et d'exister malgré une famille éclatée, ou encore les grands-parents qui ne peuvent que souffrir à distance en se demandant ce qu'on leur cache.

À réserver aux plus grands pour la violence du sujet, l'écriture suffisamment simple permettant au plus grand nombre d'entre eux de comprendre ce roman.

Delphine Barbirati.

La Marseillaise
Hervé Mestron, illustrations Christine Dècle.
Éditions Chant d'orties, 2011

Voici un texte qui ne mâche pas ses mots. Momo est un jeune Français, sans histoire, dont la famille, d'origine algérienne, est installée en France depuis les années 20, jusqu'au jour où, intentionnellement, il siffle la Marseillaise lors d'un match de football. Le quartier où il vit, à Marseille, est alors encerclé par les forces de police, lui-même, poursuivi pour "outrage à l'État français", s'échappe déguisé en femme avant de venir prendre son passeport pour partir : "C'est la Marseillaise ou moi."

Yasmina, la jeune soeur de Mohamed, raconte cette histoire d'un ton gouailleur : personnage attachant, sensible et combatif à la fois, elle donne à entendre une voix et une réflexion sur l'intégration, sur l'histoire de l'immigration maghrébine qui sonnent juste. Depuis l'histoire de cette présence des Algériens en France qui ne date pas des années 60, leur place dans la défense de la patrie, la ségrégation spatiale ("les tribus excentrées, au-delà du périphérique [...] une sorte de Harlem sans désir"), l'école, l'islam et les traditions, le Bled comme Eden perdu, bref, tous les thèmes centraux sont abordés et symbolisés dans cette remise en cause de la Marseillaise, hymne national dans lequel devraient se reconnaître tous les Français mais hymne guerrier qui stigmatise le "sang impur".

On l'aura compris, c'est un texte extrêmement polémique mais qui réussit un triple tour de force : aborder en aussi peu de pages (39) autant de thèmes et échapper totalement à l'impression de catalogue, traiter un sujet brûlant d'actualité et garder la fiction (le rythme est tendu, l'ensemble fonctionne avec une suite de saynètes, les personnages, esquissés en quelques traits, sont convaincants) comme arme argumentative, être dans le combat et ménager des pauses de tendresse, de poésie et d'humour, grâce à une langue très percutante et pleine de trouvailles. Et dix illustrations crayonnées, en noir et blanc, qui disent sobrement toute la difficulté d'être de ces personnages.

Une vraie réflexion civique, historique et littéraire à proposer aux plus grands.

Elsa Debras.

La Fourmilière
Jenny Valentine.
L'École des loisirs, 2011, "Médium"

Tout laisse à penser que Sam a quitté définitivement sa famille pour une raison très grave et qu'il a un besoin impératif de rompre avec le passé, de se fondre dans l'anonymat d'une grande ville. Très vite, à Londres, il trouve un travail de nuit dans une épicerie et loue un studio dans un immeuble délabré. Le propriétaire, peu regardant, ne questionne pas ce jeune homme solitaire de 17 ans qui, visiblement vient de la campagne et qui n'a, pour tout bagage, que quelques vêtements dans un sac. Ce n'est pas le cas d'Isabel, la vieille dame curieuse du premier, l'âme de la maison que le jeune homme intrigue. Ni celui de sa voisine du dessus, Bohemia, 10 ans, une petite fille débrouillarde que sa mère immature abandonne nuit et jour et qui, en quête d'un ami, va habilement collecter des indices sur la vie de Sam. Ce dernier ne sait pas qu'il a mis les pieds dans une sorte de refuge où, sous l'influence d'Isabel, les locataires, des cabossés de la vie à l'allure peu engageante, pratiquent une solidarité discrète.

Le récit à deux voix, alternativement, celle de Sam et celle de Bohemia, permet de poser, petit à petit, les pièces du puzzle des vies de ces deux principaux personnages, tout en maintenant jusqu'à la fin le mystère qui entoure le "campagnard" comme le nomme Isabel. Un très beau roman social ayant pour décor le Londres de la nuit, le quartier de Camden, haut lieu de l'anticonformisme. Un texte fluide, bien écrit, bien traduit qui dégage une grande tendresse. Une galerie de portraits de marginaux finement observés, attachants, des scènes burlesques comme le tri du courrier sur lequel Paillasson, le vieux chien d'Isabel pisse régulièrement, de la compassion exprimée par un geste furtif, une main qui se pose sur une épaule, pas de ton larmoyant malgré les situations dramatiques vécues par les uns ou les autres. Un livre à conseiller en fin de collège comme au lycée pour réfléchir sur les mécanismes des comportements violents et discriminatoires entre adolescents, mais aussi pour lire une belle histoire d'apprentissage, ou tout simplement pour le plaisir.

Françoise Silvestre.

Mi-ange mi-démon
Thomas Scotto.
Thierry Magnier, 2011

Un recueil de nouvelles sur l'adolescence qui ne tombe pas dans la mièvrerie, c'est déjà assez rare, des histoires qui évoquent avec finesse, tantôt dans le registre de l'humour tantôt dans celui de l'extrême gravité, cette période trouble où les extrêmes se côtoient, cela mérite d'être signalé. Dans "V comme hirondelle", deux demoiselles discutent pendant un cours de techno d'un tatouage que l'une des deux jeunes filles rêve de se faire faire sur le bras. "Antipasti" et "La double peine" parlent de la famille et du rapport à la loi, de l'amour aussi, sous différentes formes. "Entre 14 et 16" et "Et Kennedy est mort" mettent en scène la découverte de l'amour, et de ses fantasmes. La dernière nouvelle, "Mi-angemi-démon" relie l'ensemble des thèmes : une jeune fille découvre le tchat sur Internet, et y tombe amoureuse : dangers ! Des personnages attachants, campés en quelques traits, comme stylisés, adolescents d'aujourd'hui ou d'hier, d'ici ou d'ailleurs (on peut d'ailleurs se demander si l'adolescence est réellement aussi partagée qu'on le croit) représentent assez fidèlement cette tranche d'âge et ses tiraillements.

Dix nouvelles donc dont le personnage principal, fille ou garçon, revendique sa liberté, rêve de s'affranchir de sa famille, découvre l'amour, affronte les dangers de la "vraie vie", oscille entre fantasme et réalité. Des textes très brefs, de quelques pages seulement, un condensé narratif parfois tourné vers une chute, parfois lent pour suivre le fil d'une conscience en cours d'élaboration. Certaines, comme la première sont très drôles, d'autres déconcertantes, d'autres enfin, comme la dernière sur les dangers d'Internet, dont la fin reste ouverte, sont proprement terrifiantes.

À lire sans modération.

Elsa Debras.

Café 0405
Yi Hyeon, traduit du coréen par Lim Yeong-hee et Françoise Nagel.
Flammarion, 2011, "Matins calmes"

Ce roman d'un auteur coréen nous invite à découvrir l'histoire d'une jeune adolescente, élève d'une classe de 4e en Corée du Sud. Les élèves de la classe ont construit un blog dans lequel chacun s'identifie avec un pseudo, la véritable identité des participants restant inconnue des autres. La situation de Bora devient très inconfortable lorsque l'un des membres charge sur le blog des photos et des informations personnelles sur une des enseignantes stagiaires du collège. Cette jeune stagiaire est en fait la tante de Bora, relation qu'elles ont choisie de ne pas révéler aux autres membres de l'établissement scolaire. Hors, la situation de mère célibataire de cette enseignante est jugée choquante aux yeux de la société coréenne.

Le livre évoque le paradoxe des réseaux sociaux qui peuvent répandre et développer la rumeur en véhiculant d'une manière incontrôlée des informations privées sur la toile mais également se révéler être un vecteur de résistance et d'expression pour alerter l'opinion autour des problèmes de société. Ici les élèves utilisent le web pour dénoncer les brutalités et les pressions (incitation à la délation...) exercés par les enseignants dans le collège de Bora. Yi Hyeon explore, à travers cette histoire, le système scolaire coréen encore répressif aujourd'hui et semble-t-il relativement sélectif puisque la plupart des élèves participent à des cours privés en parallèle du collège traditionnel pour espérer réussir le concours d'entrée dans une établissement supérieur.

Le roman fait partie d'une collection "Matins calmes" qui permet d'approcher la littérature de jeunesse coréenne et qui nous amène à entrevoir quelques facettes de cette société.

Niveau : collège et LP.

Marie-Christine Marguet.

Désobéis
Christophe Léon.
Thierry Magnier, 2011, "Nouvelles"

Ce fascicule de la collection "Nouvelles" regroupe un ensemble de textes qui montrent des personnages qui refusent d'accepter les injustices ou certains choix de société. De nombreuses situations de révoltes sont décrites : difficulté d'accès aux logements, surconsommation, publicité, pollution lumineuse... Certaines histoires évoquent des situations plus graves : politique avec le mur qui sépare Israéliens et Palestiniens, intolérance envers l'homosexualité ou le handicap.

Il s'agit d'actions individuelles ou collectives à la "Greenpeace", un genre de "terrorisme citoyen" dans lesquelles de petits groupes, associant enfants, adolescents et adultes, combattent à l'aide de travestissements, de peintures ou de bombes végétales pour tenter, par des manifestations extravagantes, d'alerter l'opinion sur des situations bien souvent plus subies que choisies. Les textes sont vivants, il y a beaucoup d'humour dans toutes ces initiatives. On sent parfois la tension entre les individus, des parents militants qui s'efforcent de convaincre et d'entraîner leurs enfants dans leurs engagements, un ado qui tente de convaincre ses copains. On comprend également le courage qu'il faut dans une entreprise individuelle pour affronter les autres.

Des textes courts et percutants qui peuvent amener des débats intéressants.

Niveau : collège et LP.

Marie-Christine Marguet.

Le Ginkgo : le plus vieil arbre du monde
Alain Serres, images de Zaü.
Rue du monde, 2011, "Grands portraits"

En cette année 2011 dédiée par l'ONU à la forêt, Rue du Monde consacre un splendide album à un arbre remarquable, le ginkgo biloba. Ce titre paraît d'abord incongru dans une collection intitulée "Grands portraits", au côté d'ouvrages dédiés à des personnages qui ont oeuvré pour l'humanité. Mais quel arbre ! Il a en effet accompagné l'homme depuis toujours au cours de son histoire et mérite une place particulière parmi ses bienfaiteurs !

Alain Serres nous le raconte dans un texte sobre, très documenté, partageant esthétiquement l'espace de chaque double page du livre avec les illustrations colorées de Zaü. Images et mots se complètent pour rappeler les origines asiatiques du Ginko, sa capacité à s'adapter partout, sa longévité, les propriétés de ses feuilles reconnues par la médecine chinoise millénaire, les qualités gustatives de ses fruits. Sa robustesse, sa taille, la beauté de son feuillage doré en automne en fait aussi un arbre légendaire, "l'arbre aux 1000 écus d'or", source d'inspiration pour les conteurs et les artistes, poètes ou peintres. Un savant allemand le fera connaître en Europe au XVIIe siècle et dès le XVIIIe, il sera planté un peu partout dans le monde. Le livre s'achève sur six pages documentaires accompagnées de photographies et de reproductions de gravures historiques apportant des précisions sur l'étymologie de son nom, sur l'engouement qu'il a tout de suite suscité chez les savants européens. Aujourd'hui encore, les biologistes le regardent avec intérêt car ses capacités à résister à la pollution paraissent sans limite. D'ailleurs, comme le précise l'auteur, le seul arbre rescapé lors du bombardement d'Hiroshima en 1945, était un vieux ginkgo, arbre de vie pour les Japonais et toujours debout actuellement. Un beau livre pour tous à avoir absolument dans les bibliothèques, dans les CDI, un livre qui donne envie de planter un ginkgo dans son jardin ou même sur son balcon, dans un pot à bonsaï.

Françoise Silvestre.

Nous avons également reçu

Nuit d'enfer au paradis
Stephenie Meyer, Met Cabot, Lauren Myracle, Kim Harrison
Livre de Poche Jeunesse, 2011

Les Secrets de Wisteria, t. 2
Elizabeth Chandler
Hachette Jeunesse, 2011

Twilight, t. 3, Hésitation
Stephenie Meyer
Hachette (poche), 2011

Le Journal intime de Georgia Nicolson, t. 5, Syndrome allumage taille cosmique
Louise Rennison
Gallimard Jeunesse, 2011

La Nuit des pantheras
Nina Blazon
Seuil Jeunesse, 2011

Ghostgirl, t. 1 (poche)
Tonya Hurley
Hachette, 2011

Comment (bien) gérer sa love story
Anne Percin
Éditions Le Rouergue, 2011

Le Journal d'une déesse
Teresa Buongiomo
Flammarion jeunesse, 2011

Cherub, t. 1, 100 jours en enfer
Robert Muchamore
Casterman, 2011

La Cité, t. 1, La Lumière blanche
Karim Ressouni-Demigneux
Éditions Rue du Monde, 2011

Vango, t. 2, Un prince sans royaume
Timothée de Fombelle
Gallimard Jeunesse, 2011

Les Dolce, t. 1, La Route des magiciens
Frédéric Petitjean
Éditions Don Quichotte, 2011

Pénélope Green, t. 1, La Chanson des enfants perdus
Béatrice Bottet
Casterman, 2011

Summertimes blues
Emmanuel Bourdier
Flammarion, 2011

Immortels, t. 2
Cate Tiernan
Hachette, 2011

Le Voyage de Marco Polo
Philippe Nessmann
Flammarion, 2011

Candor
Pam Bachorz
Thierry Magnier, 2011

Fusion
Maggie Stiefvater
Hachette, 2011

Mistral
Angela Nanetti
Éditions La Joie de lire, 2011

Maudites, t. 3, Le Cercle de feu
Michelle Zink
Hachette, 2011

Ne jamais tomber amoureuse
Melissa Marr
Le Livre de poche Jeunesse, 2011

Menteuse
Justine Larbalestier
Gallimard Jeunesse, 2011

Blood Ninja, t. 2, La Vengeance de sire Oda
Nick Lake
Gallimard Jeunesse, 2011

Gutenberg
John Man
L'École des loisirs, 2011

La Maison du magicien
Mary Hooper
Gallimard Jeunesse (poche), 2011

Il était une fois dans l'Est
Audren
L'École des loisirs, 2011

Thomas Quelque Chose
Frédéric Chevaux
L'École des loisirs (poche), 2011

Les Guerriers de la nuit
Jean-Pierre Andrevon
Flammarion, 2011

Le Journal d'Aurore
Marie Desplechin
L'École des loisirs, 2011

Eon et le douzième dragon
Alison Goodman
Gallimard Jeunesse, 2011

Jenna Fox, pour toujours
Mary E. Pearson
Gallimard (poche), 2011

Journal de Stefan, t. 3, L'Irrésistible désir
Lisa Jane Smith
Hachette, 2011

Percy Jackson, t. 5, Le Dernier Olympien
Rick Riordan
Hachette, 2011

Chroniques des temps obscurs, t. 4, Le Banni
Michelle Paver
Hachette, 2011

Eona et les colliers des Dieux
Alison Goodman
Gallimard Jeunesse, 2011

La saga de Sakari, t. 2, L'Empreinte du trident
Guillaume Lebeau
Éditions Rageot, 2011

La Foire aux sciences
Judy Dutton
L'École des loisirs, 2011

Comme on respire
Jeanne Benameur
Thierry Magnier, 2011

L'Étang aux libellules
Eva Ibbotson
Albin Michel, 2011

Les Rebelles de St Daniel, t. 1, Appelez-moi Ismaël
Michaël Gérard Bauer
Casterman, 2011

Dans la voiture de Johnny
Louis Atangana
Éditions du Rouergue, 2011

Toute la vie
Jérome Bourgine
Éditions Sarbacane, 2011

Le Cantique des elfes
Myriam Chirousse
Thierry Magnier, 2011

Ma vie selon Moi - La rencontre qui a tout changé
Sylvaine Jaoui
Éditions Rageot, 2011

À la recherche de son âme
Guillaume Le Blanc
Gallimard Jeunesse, 2011

Mortels petits mensonges
Laurie Faria Stolarz
Albin Michel, 2011

La Forteresse des lapins
Linda Zuckerman
Seuil Jeunesse, 2011

ABC des tracas
Anne-Margot Ramstein, Matthias Arégui
Albin Michel Jeunesse, 2011

Le Baiser de l'ange, t. 1
Elizabeth Chandler
Hachette (poche), 2011

Je renaitrai de vos cendres
Elisabeth Brami
Flammarion, 2012

Récit intégral (ou presque) d'une coupe de cheveux ratée
Jo Witek
Seuil, 2012

POD : le vrai danger ne vient pas du ciel
Stephen Wallenfels
Hachette, 2011

Le Château d'Elsa
Stéphane Méliade
Oskar Éditions, 2011

Servais des Collines - Un aventurier de la Renaissance
Anne Percin
Oskar Éditions, 2011

120 ans plus tard
François Librini
Oskar Éditions, 2011

L'Affaire du 15 bis
Claire Mazard
Oskar Éditions, 2011

Harcèlement
Guy Jimenes
Oskar Éditions, 2011

Le Temps des disparitions
Susan Hubbard
L'École des loisirs, 2011

Saba, ange de la mort, t. 1, Les Chemins de poussière
Moira Young
Gallimard, 2011

La Trahison
Mary Hooper
Gallimard, 2011

Je m'appelle Marie
Jacques Saglier
Gallimard, 2011

La Femme-nuage
Jean-François Chabas
L'École des loisirs, 2011

Au pays des pierres de lune
Tania Sollogoub
L'École des loisirs, 2011

Le Bal d'anniversaire
Lois Lowry
L'École des loisirs, 2011

18 lunes
Kami Garcia, Margaret Stohl
Hachette, 2011

L'Île de la faim
Pascal Herault
Oskar Éditions, 2011

Les Arckans - Obscurités
Jean-Marie Defossez
Oskar Éditions, 2011

Porté disparu !
Catherine Cuenca
Oskar Éditions (poche), 2011

L'Épée du pouvoir
Georges Foveau
Oskar Éditions, 2011

Twilight, t. 4, Révélation
Stephenie Meyer
Le livre de poche Jeunesse, 2012

Dans l'ombre du monde
Maud Tabachnik
Flammarion, 2012

Galymède, fée blanche, ombre de Thym
Maëlle Fierpied
L'École des loisirs, 2012

Les confidences de Calypso, t. 3, Duel princier
Tyne O'Connell
Gallimard, 2012

Cherub, t. 13, Le Clan Aramov
Robert Muchamore
Casterman, 2012

Ma vie selon moi, t. 3, Le Grand Moment que j'attendais
Sylvaine Jaoui
Éditions Rageot, 2012

Seize ans, franchement irrésistible
Sue Limb
Gallimard Jeunesse, 2012

Sous la guirlande des mots
Jean-François Forestier
Éditions Donner à voir, 2011

Un dernier battement d'elle
Pascale Albert
Éditions Donner à voir, 2011

Tempest : les ennemis du temps
Julie Cross
Seuil, 2011

Caïds d'un soir
Hubert Ben Kemoun
Éditions Rageot, 2011, "Heure noire"

Lire au lycée professionnel, n°67 (01/2012)

Lire au lycée professionnel - Notes de lecture