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"En quête d'origines dans la littérature jeunesse" : rencontre avec Bertil Hessel

Paule Kuffler, professeur-documentaliste, lycée F. Buisson (Voiron)

Entretien avec Bertil Hessel (directeur de collections d'Oskar Editions) .

Le Directeur de collections d'Oskar Editions est venu présenter aux bibliothécaires et enseignants documentalistes la collection "Histoire et société" à la Médiathèque Kateb Yacine à l'occasion de la journée professionnelle du Printemps du livre de Grenoble.

Lire au LP : vos livres sont-ils souvent des livres de commande ?

Bertil Hessel : pas toujours, les commandes représentent environ la moitié des publications de cette collection aujourd'hui car nous recevons beaucoup de propositions d'auteurs mais il est vrai que j'ai demandé à Didier Daeninckx d'écrire une histoire sur le groupe Manouchian, après avoir vu le film L'Armée du crime.

Il m'a semblé nécessaire de revenir sur un sujet comme celui là, surtout pour les jeunes et Didier Daeninckx s'était largement documenté....

Je n'ai pas d'à priori sur le livre de commande qui n'est ni ennuyeux ni didactique à mon sens quand il est servi par une bonne histoire.

Avec ce roman historique intitulé Avec le groupe Manouchian-les immigrés de la résistance, nous sommes à mi chemin entre le documentaire et le roman, et ce livre comme beaucoup d'autres de la collection peut être un moyen très intéressant de réfléchir sur notre actualité.

De plus, Didier Daeninckx, passionné par l'Histoire et les sujets souvent méconnus, a une grande expérience d'écriture et un savoir faire quand il construit ses romans.

Je me souviens que dans la nouvelle Contrôle de police, il débute par "je n'aurais rien su de la double vie de mon père, si...". Cette recette d'auteur est aussi un ressort indispensable pour entrer avec plaisir dans la lecture.

Lire au LP : quels objectifs poursuivez vous en publiant des romans historiques pour la jeunesse ?

B.H. : les thèmes propices à la discussion sont nombreux dans la collection. Nous voulons aussi informer grâce à un dossier documentaire assez conséquent qui accompagne chaque roman.

Quand un problème "politique" soulevé est trop près de nous, il y a une censure qui s'exerce et des blocages qui gênent les discussions (le débat sur l'identité nationale en est un parfait exemple). Le discours sur certaines questions mérite un changement d'époque, une prise de distance pour mieux les appréhender avec des élèves et faire avancer le débat.

La femme qui refusa de se soumettre - Rosa Parks d' Eric Simard est un livre qui parle des droits civiques aux USA et propose de lutter contre une sorte de sentiment d'impuissance qui pourrait s'emparer de la jeunesse aujourd'hui.

Aimé Césaire, le nègre indélébile d'Yves Pinguilly valorise les éléments de culture comme celle des Antilles et cela participe à la construction d'une culture mondiale en favorisant la réflexion sur le concept de "culture opprimée".

Lire au LP : de nombreux titres concernent les guerres mondiales de 14-18 et 39-45. Ces sujets douloureux permettent ils d'allier réflexion et identification à des personnages à la fois fictifs et réels ?

B.H. : avec Les soldats qui ne voulaient plus faire la guerre - Noël 1914 d'Eric Simard sont évoquées à la fois la Première Guerre mondiale et la question de la Responsabilité individuelle.

Jean Moulin, héros de la résistance de Bertrand Solet met en scène le héros positif dont beaucoup se sont emparés et qui peut ne plus susciter beaucoup de curiosité.

Sophie Scholl, la rose de la liberté de Magali Wiéner évoque une figure moins connue, une autre héroïne positive qui a eu le courage d'envoyer des tracts contre l'hitlérisme en Allemagne mais c'est avant tout le choix de ces deux résistants dans le contexte difficile où ils se sont engagés qui reste un puissant sujet de réflexion.

Le roman Mucha, un jeune tsigane dans l'Allemagne nazie d'Anja Tuckermann nous rappelle que la communauté des tsiganes a été traquée en même temps que les juifs pendant la deuxième guerre mondiale et permet de parler de leurs problèmes d'aujourd'hui en évitant les polémiques.

Il a été écrit par une journaliste allemande : c'est l'enfance d'un garçon de 8 ans qui est relatée dans ce roman, dans les années 1933, 34, 35 et nous ne pouvons pas ne pas penser à certaines lois promulguées ayant suscité un vif débat.

Lire au LP : comment vous situez vous par rapport à la collection ? Ceux qui ont dit non ? des éditions Actes sud ?

B.H. : nous sommes militants comme eux mais nous tentons d'avoir une vision plus large sur une période autant que sur une personne qui a marqué l'Histoire et nous voulons aussi et surtout privilégier le débat.

Les révolutions du monde arabe nous interpellent depuis le mois de janvier 2011, ce qui nous a donné l'idée du roman Robespierre, l'incorruptible de Gérard Dhôtel qui a paru et d'un autre concernant la révolution de 1848 qui va paraître bientôt.

Lire au LP : que pensez-vous d'une manifestation comme le Printemps du livre en tant qu'éditeur ?

B.H. : nous sommes très heureux de participer à ce genre d'évènement, c'est ce qui fait vivre le livre ; les rencontres avec les enseignants sont primordiales car elles nous permettent d' infléchir nos choix et de trouver de nouvelles idées.

Lire au LP : l'Histoire des Arts est au coeur de la réforme au collège et au lycée, est-elle concernée dans la collection ?

B.H. : une autre collection "Culture et société" existe et propose des romans autour des artistes ou des oeuvres du XIXe siècle pour l'instant comme Géricault avec "le radeau de la Méduse" , Edgar Degas, Paul Gauguin, Georges Seurat.

Et pourquoi ne pas aborder le XXe siècle quand nous aurons les sujets et les auteurs.

Cette collection s'adresse avant tout aux collégiens mais elle ne correspond pas à un niveau de lecture déterminé, elle s'adresse à tous pour donner à comprendre et l' envie d'ouvrir les pages de l'Histoire.

Lire au lycée professionnel, n°65 (06/2011)

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