Des partenariats pour lire et faire lire / 2. "Regards croisés sur des expériences de terrain"

Escales littéraires : Prix des jeunes en lycée professionnel d'Auvergne

Escales littéraires en LP c'est :
Dominique Jouannet, Inspectrice Lettres-Histoire, Académie de Clermont-Ferrand
Jacqueline Rossignol, Professeur-documentaliste, LP P.Boulanger, Pont du Chateau
Marine Mouillaud, Professeur-documentaliste, LP G. Tillion, Thiers
Maryline Vaudable, PLP Lettres-Histoire, LP G. Tillion, Thiers
Odette Roquette, Déléguée générale LIRA
Natacha Sibellas, Adjointe au directeur chargée de la communication et de l'information "Le Transfo".

Un enjeu

Amener les élèves à apprécier la littérature en ne faisant pas de la lecture le premier et l'unique chemin vers le texte et les mots. Voici en quelques mots résumé tout l'enjeu du projet Escales Littéraires en LP.

Enjeu essentiel lorsque que l'on sait qu'un grand nombre de nos élèves entretient un rapport à la lecture difficile et complexe.

Difficile parce que dans une scolarité ponctuée d'échecs successifs, tant sur le plan de la socialisation que des apprentissages, l'acte de lecture a été très souvent le premier marqueur fart sur le chemin de la difficulté. Spirale de l'échec, cercle vicieux : ils lisent peu parce qu'ils ont des difficultés et en lisant peu ils peuvent perdre l'habitude des codes écrits ; ce qui accroit leurs difficultés. Il faut alors " réapprendre à lire " à ces élèves et, pour cela, créer des situations capables d'accompagner l'acte de lecture, de le dédramatiser et ainsi faciliter l'implication, l'adhésion des élèves, sans lesquelles rien n'est possible

Complexe parce que, contrairement aux idées reçues, les élèves de LP aiment lire, au moins autant que la majorité des jeunes de leur âge. La seule obligation est de les amener à apprivoiser le livre. En effet, l'objet livre leur fait peur. Inondés d'images par tous les moyens à leur disposition, ils ont, pour la plupart, un déficit de l'imaginaire. Il suffit alors de les amener à voir au-delà des mots pour en faire des lecteurs avertis.

Plus globalement, ce projet s'inscrit dans le Plan de prévention et de lutte contre l'illettrisme de l'académie puisqu'il doit permettre à des élèves faibles lecteurs de conforter leurs compétences langagières dans le cadre d'activités qui leur donnent à " voir " la lecture, le livre autrement, à travers les rencontres, les échanges avec le monde de la lecture (libraires, bibliothécaires, écrivains...). Le livre, les mots perdent ainsi un caractère " scolaires " pour devenir objets d'une expérience de vie, d'une rencontre et ainsi ne peut plus être liés à des représentations négatives.

Un partenariat et des enseignants impliques

De ces constats est né le projet Escales littéraires. Initié par l'Agence de développement culturel en Auvergne, le TRANSFO, l'Inspection académique Lettres-histoire, la délégation académique à l'action culturelle, ce projet s'appuie sur un partenariat entre l'Agence de développement culturel en Auvergne, l'association LIRA (Libraires indépendants en région Auvergne) et l'association des bibliothécaires français Auvergne (ABF). Or, sans les enseignants, au sein des établissements scolaires, ce partenariat ne serait qu'une coquille vide ... En effet, ce sont le(s) professeurs de lettres et le professeur documentaliste qui lui donnent vie. ...

Ainsi, la pluralité des acteurs conduit à la mise en oeuvre de " trinômes " (lycée professionnel/librairie/bibliothèque) sur chacun des territoires éducatifs adhérant au projet afin de développer des actions plurielles autour de l'objet livre, des lieux et des métiers du livre, des textes et des auteurs sélectionnés. La lecture des ouvrages est certes intrinsèque au projet mais n'est pas une fin en soi. Elle est une activité parmi d'autres et peut intervenir à n'importe quel moment du projet. Par exemple, cette année, des élèves ont lu certains ouvrages après avoir rencontré leurs auteurs ; c'est la personnalité même de l'écrivain qui a poussé les élèves à découvrir son texte ; à l'inverse, pour d 'autres, la rencontre avec l'écrivain a été le déclencheur de la lecture...

.

Une pluralite d'actions

1. Lecture des cinq ouvrages, sélectionnés par le comité de pilotage du projet (enseignants, bibliothécaires, libraires). Pour 2010-2011 :

  • Sébastien, Jean-Pierre Splimont -Editions La fosse aux ours.
  • La Brigade de l'oeil, Guillaume Guéraud - Editions Le Rouergue.
  • Peine Maximale, Anne Vantal - Editions Acte Sud.
  • La Ballade de Lila K, Blandine Le Callet - Editions stock.
  • Les Disparues de Vancouver, Elise Fontenaille - Editions Grasset.

2. Sélection par chaque élève du livre qu'il a préféré et communication de son choix (vote individuel) sur le site du Transfo à partir d'une page interactive au cours du mois d'avril. Ce vote doit être accompagné d'un commentaire de l'élève explicitant son choix. Ce commentaire peut prendre diverses formes : critique, slogan, poème...

3. Organisation de rencontres, d'échanges, ... avec les auteurs présents dans les librairies de l'association LIRA. L'organisation de ces rencontres, échanges est laissée à l'initiative des acteurs des projets et pourront se dérouler dans divers lieux, lycées, libraires, bibliothèques. Il s'agit en effet, de faire entrer les lycéens dans les lieux du livre : par la visite des bibliothèques et librairies partenaires, par celle d'un professionnel du livre choisi par les enseignants (imprimeur, ou artisan du livre relieur, doreur, typographe, maquettiste...).

Cette année, les élèves ont pu rencontrer les auteurs lors d'un premier temps fort en janvier. Le TRANSFO, à cette occasion, a réalisé un roman-photo :
http://www.letransfo.fr/Acces-directs/TRANSFO.net/Escales-litteraires-2011-Premiere-etape-Le-roman-photo

4. Activités de classe autour de ces ouvrages pour :

  • travailler à une meilleure maitrise langagière : mise en voix par les élèves de certains passages qu'ils ont appréciés, production d'un écrit argumentatif autour du livre " adoré " et " détesté " ... Les établissements ont le libre choix des animations qu'ils veulent mettre en place autour des ouvrages en lecture : atelier d'écriture, atelier lecture, rédaction de critique, atelier arts plastiques, atelier théâtre, etc.
  • aborder l'enseignement de l'histoire des arts, notamment dans le cadre de la thématique, " Arts, réalités et imaginaires " en posant la question de l'oeuvre littéraire et de ses rapports avec les autres formes artistiques.

5. Participation à une demi-journée " festive " dans une structure culturelle au printemps 2011. Tous les élèves participant au projet sont présents ainsi que l'auteur de l'ouvrage qui a été le plus souvent sélectionné par les élèves, voir de tous les auteurs : présentation des productions réalisées dans les classes autour de la sélection ; Cette présentation peut prendre des formes multiples ; mise en voix de certains passages des ouvrages par une troupe de comédiens professionnels ; remise à l'auteur " vainqueur " du prix décerné par les élèves des classes de LP.

Pour 2011-2012, le projet s'enrichira d'une dimension professionnelle.

En effet, si des impressions de lecture peuvent s'exprimer par des mots, d'autres vecteurs peuvent les traduire : saveurs, couleurs, matériaux, ... Cet autre langage est riche de combinaisons, d'expressions plurielles et doit être l'occasion pour les élèves de mobiliser les gestes, les savoir faire professionnels qu'ils acquièrent dans la formation professionnelle qu'ils suivent. Riches de cette expérience, ils pourront ainsi appréhender l'univers littéraire à travers d'autres prismes que celui des mots et, ainsi, développer leur sensibilité, exprimer leurs émotions, émettre un jugement à travers la réalisation individuelle ou collective d'un " objet " professionnel qui sera le reflet de ce qu'ils ont ressenti à la lecture du livre qu'ils ont préféré.

Par ailleurs, le prix remis à l'auteur sera réalisé par des élèves, dans le cadre d'une section professionnel.

Regards sur le projet

Les professeurs ...

" Quand en début d'année scolaire l'on propose à une classe de lycéens professionnels un projet autour de la lecture les réactions sont vives : " j'aime pas lire ", " Moi je lis pas ", " j'ai pas le temps de lire " voire même pour bien insister sur le caractère irréaliste de la proposition " je sais pas lire ".

Dans ce contexte, un projet tel que celui du prix escales littéraires nécessite un investissement fort des enseignants pour créer des situations capables d'accompagner ce projet, de dédramatiser la situation, de faciliter l'adhésion d'une majorité des élèves.

Un des axes facilitateurs est sans aucun doute la pluridisciplinarité de l'équipe encadrante, professeurs de lettres, documentaliste mais aussi bibliothécaire, libraire ou tout autre partenaire de l'établissement ou extérieurs. Pour les élèves, c'est un signe de l'intérêt qui est porté au projet et donc à eux-mêmes.

La lecture de fiction est pour nos élèves le plus souvent associée à une tâche scolaire, elle n'est donc pratiquement jamais considérée comme un loisir possible. On constate qu'ils ont une vision et une approche intellectuelles de la lecture et non une approche affective. Le projet de lecture dans le cadre du prix va placer la démarche dans un contexte extérieur à la classe. Il s'agit de lire bien sûr mais avec un objectif que leur donne la responsabilité de sélectionner un livre. Par ce projet on va reconnaitre leur compétence, on leur donne une responsabilité, leur avis va être pris en compte ce qui là aussi les valorise.

Par ce type de projet le professeur documentaliste investit totalement son rôle de médiateur culturel et pédagogique. Il va pouvoir s'appuyer sur ce projet pour développer des pratiques de lecture, familiariser les élèves avec l'objet livre, son histoire et l'ensemble des partenaires de la chaine du livre. Si le prix littéraire permet avant tout d'approcher l'argumentation, les techniques d'analyse d'un ouvrage, c'est aussi un outil particulièrement favorable pour faciliter l'approche pluridisciplinaire à la maitrise de l'information et de la documentation dans le travail en lien avec les référentiels des disciplines, en particulier lettres, Histoire-géographie, arts appliqués, voire disciplines professionnelles.

Il est en effet très facile de dynamiser des projets en lien avec le prix. On peut citer : la recherche documentaire sur internet sur les auteurs, une rencontre autour de l'histoire du livre aux archives départementales, une rencontre avec un éditeur accompagnée d'une découverte de l'entreprise et de ses métiers, un travail sur le design à partir des couvertures d'ouvrages, la création d'un support informatique, ou littéraire ou artistique, pour traduire leurs critiques des ouvrages.

Dans la pratique, il est judicieux de proposer les interventions de ce projet, et tout particulièrement la séance de lancement, dans un espace autre que celui de la classe. Le coin lecture du cdi, la bibliothèque municipale semblent des lieux facilitateurs pour bien positionner la démarche de façon plus conviviale et faciliter les échanges. Il est aussi intéressant pour cette séance de lancement de jouer sur la découverte successive des ouvrages sous une forme un peu ludique par exemple essayer de remettre le titre sur la bonne couverture , puis essayer d'imaginer quel résumé peut être ajouté et c'est alors que l'on demande aux élèves de choisir le premier livre qu'ils souhaitent lire sans avoir vu physiquement les ouvrages. On évite ainsi l'écueil du choix habituel par épaisseur et nombre de pages.

Dans ce projet le professeur documentaliste, pour accompagner les élèves dans leur travail de lecture, va s'attacher à proposer des outils pour orienter méthodologiquement la lecture et permettre aux élèves d'exprimer leur point de vue.

Ainsi, les élèves ont très souvent un manque de vocabulaire pour exprimer leur ressenti. C'est pourquoi il peut être intéressant de travailler sur des catalogues d'éditeurs, des revues de bibliographies critiques, outils habituels utilisés par les documentalistes pour faire évoluer le fonds du CDI, afin de permettre aux élèves de se faire un portefeuille de vocabulaire pour caractériser l' histoire, les personnages, l'écriture ....

Le travail gagne aussi à être accompagné de fiches d'aide à la lecture, de pistes d'analyse de l'ouvrage et aussi d'un cadre pour noter leur ressenti tout au long de leur lecture. Ce travail même s'il parait un peu scolaire permet un échange beaucoup plus riche, avec des arguments beaucoup plus concrets au moment de la confrontation entre les élèves.

Mais, même si tout ce dispositif est mis en place, il reste toujours un groupe d'élèves plus rebelle à la lecture. La rencontre avec les auteurs a été pour certains un élément fort pour redynamiser la lecture. Mais on a pu constater qu'il reste nécessaire d'encadrer la circulation des ouvrages ; la première année nous avions essayé de responsabiliser les élèves pour qu'ils soient autonomes dans les échanges et nous avons malheureusement constaté que seuls les bons lecteurs avaient joué le jeu. Aussi, il semble nécessaire que régulièrement un temps soit pris en classe pour faire le point de lectures, des premiers ressentis là encore l'intervention des partenaires extérieurs peut être un plus.

Au niveau du bilan, il reste positif, une majorité d'élèves s'est investis dans le projet même s'ils n'ont pas lu l'ensemble de la sélection, ils ont manipulé le livre qui est devenu un objet plus familier ; ils ont appris à en connaitre les codes. Malgré tout, la méfiance est encore là car ce projet est une première étape d'un travail de longue haleine qui doit se poursuivre dans le même esprit durant le parcours des élèves au LP. Il semble que ce projet peut être particulièrement pertinent en classe de seconde pour servir d'élément déclencheur capable de remotiver les élèves à la lecture de fictions.

Ce type de démarche influe de façon très positive au sein du groupe classe entre les élèves. Mais aussi dans la relation avec les enseignants : grâce à ce type de projet l'élève ressent une plus grande liberté d'expression il est sensible à l'attitude d'échange, d'écoute des enseignants. Cette évolution dans les échanges va ensuite perdurer au sein des cours et aussi dynamiser la fréquentation du CDI et favoriser les échanges avec la documentaliste."

Vécu d'une jeune professeure documentaliste

" Accompagnant ma deuxième année d'enseignement, le projet Escales littéraires a été en tous points positif pour me positionner dans l'établissement en tant que professeur-documentaliste. Mon arrivée en lycée professionnel a engendré un certain nombre de questionnements sur le rapport entre la lecture et le public du lycée. Il est vrai que ce rapport là est appréhendé à l'aune d'un certain nombre de stéréotypes et d'inquiétudes aussi. Comment amener les élèves à lecture ? Sur quels leviers s'appuyer ?

Ce que je retiens en premier lieu du projet, c'est une émergence d'un lien ténu entre le collectif et l'individuel. J'ai plus particulièrement suivi une classe de secondes secrétaires, non mixte, et j'ai pu observer une articulation intéressante entre un projet de classe faisant émerger un collectif de lectrices et une expérience individuelle, intime, propre à chaque élève. Lorsque l'on a présenté le projet avec une professeure de lettres-histoire à cette classe, on a joué sur cette articulation en montrant que le projet nous embarquait tous dans le même bateau tout en ménageant un espace personnel lié à une lecture plaisir. Et il a fallu que trois avis positifs se fassent connaître pour entraîner le reste de la classe où les solidarités jouent beaucoup. Toutes les actions menées autour du projet ont continué de jouer sur ces deux modes. Par exemple, on a réalisé un goûter-lecture partageant le temps entre un moment de lecture silencieux et un échange.

Au début, j'avoue avoir été assez gênée face à l'idée que les élèves ne viennent au CDI que pour emprunter les livres et qu'elles se rassemblent en groupe dans le hall du lycée, très fréquenté, pour lire. Mes représentations m'avaient conduite à penser que les élèves se " cacheraient " dans un endroit consacré à la lecture, se dérobant ainsi du regard d'autrui. Je me suis dit que le CDI en tant que " sanctuaire " de la lecture était rejeté justement parce qu'il enfermait la lecture dans un cadre qui ressemblait à celui d'une punition. Alors j'ai accepté la situation et j'ai compris que là aussi cela favorisait la lecture-plaisir. Le choix du lieu, un peu insolite, le choix de la posture et l'absence de regard de l'adulte étaient des conditions essentielles pour que les élèves prennent plaisir à lire. Je les ai souvent trouvées en train de lire entre deux cours toutes ensemble et c'est là un beau résumé de cette articulation entre le collectif et l'individuel. Le pari était en ce sens réussi, car les élèves se sont emparés du projet sans contrôle de l'adulte...

Et puis, finalement, cela a renforcé le rôle de médiation du CDI et m'a amenée à avoir un rapport privilégié avec ces élèves. Certaines sont venues m'emprunter d'autres livres en dehors de la sélection après un échange avec moi et une demande de conseils. Puis, elles sont venues sans recourir à moi, et là, une fois de plus, je me suis dit que le projet se situait au coeur d'une des problématiques du CDI : l'accompagnement à l'autonomie. Les élèves se sont construites au fur et à mesure de l'année une démarche personnelle et passé l'envie de régir l'ensemble des comportements au CDI et de guider la lecture de chacun, la place du documentaliste ne peut qu'être enrichie par cette expérience.

Sans me mettre à la place des élèves, pour les avoir suivies sur tout le projet, je pense qu'elles ont en retiré trois sentiments essentiels : fierté, plaisir et sentiment d'être autonomes. Je pense que c'est un projet qui s'adapte très bien aux classes entrantes au lycée professionnel pour à la fois amorcer cette démarche de médiation dans la lecture et d'accompagnement dans l'autonomie et également redonner confiance à des classes qui rejettent la culture de l'écrit comme une culture responsable du sentiment d'échec scolaire.

Sans tenir un discours idyllique, c'est un projet très agréable à conduire pour un professeur-documentaliste, peu contraignant. Il demande de conduire des temps forts sans que ceux-ci passent pour des injonctions impulsées par les professeurs. Il demande d'aller au-delà des représentations qui mènent souvent à la pensée que les élèves n'aiment pas lire. Mais il conduit par la suite à réfléchir à la sélection des ouvrages.

Un professeur de lettres-histoire

" Est-ce qu'on va lire ? " et voilà, nous ne sommes pourtant que le 1er jour de l'année scolaire et cette sempiternelle question revient et devant le regard presque suppliant de mes élèves, je vais donner la sempiternelle réponse " oui " ; c'est pour moi une évidence, en cours de français nous allons lire mais cela ne suffit pas, je m'en rends bien compte. La lecture doit dépasser les murs de la classe, le livre doit franchir la porte du lycée, il doit passer des mains de l'élève à celui du lecteur libre, affranchi de toute obligation, libéré du contrôle de lecture, de la peur de la mauvaise note. La lecture-plaisir, quel concept merveilleux ! Mais comment le mettre en place, comment faire que ça " marche ". Le projet " escales littéraires " arrive à point nommé " et le 1er pas me semble primordial : s'assurer de l'adhésion des élèves en présentant le projet comme un travail d'équipe où chacun à sa place et ne la conservera que si les autres suivent également ; pour rappeler une certaine A. Gavalda ce sera " ensemble, c'est tout ".

Mes secrétaires sont partantes, c'est une 1ere victoire ; pourtant, la studieuse M. fait la moue " madame, je n'aime lire, je m'ennuie ", je lui réponds simplement " essaie " ; avec la documentaliste, lors d'une table ronde, nous présentons, pleines d'espoir et d'enthousiasme les livres, nous essayons d'accrocher nos futures lectrices. Puis un petit miracle se produit : quelques jours après, un matin, en pénétrant dans le hall du lycée, je vois M. , assise en tailleur, un livre de la sélection dans les mains, je me dirige droit sur elle, elle me sourit " madame, c'est trop bien " ; des mots qui pour moi sonnent comme une victoire ; " le bouche à oreille ", la qualité et l'hétérogénéité de la sélection font le reste, les élèves se conseillent mutuellement, nous demandent notre avis et repartent avec un livre. Nous organisons un goûter- lecture au CDI, chacune a amené un ouvrage et nous lisons dans un silence impressionnant, je lève parfois les yeux et contemple le spectacle qui m'est offert avec, je l'avoue, une pointe de fierté ; entre deux bouchées de gâteau au chocolat nous partageons nos points de vue, notre ressenti et ça marche ! Mes élèves ont lu, certaines deux ouvrages, d'autres les cinq de la sélection. Pendant quelques mois, dans leurs conversations entre copines, se sont faufilés des commentaires sur un livre, ce dernier aura quitté l'étagère du CDI, pour une place sur le canapé familial, un petit coin d'une table de nuit, entre le téléphone portable et le cadre photo.

L'association LIRA, " Escales littéraires en lycée professionnel, Une action fédératrice en Auvergne "

Dès l'expérimentation de cette animation pour l'année scolaire 2009-2010, l'association des Libraires Indépendants en Région Auvergne (LIRA) a été associée aux travaux de réflexion et d'organisation de cette action. Cela a été une formidable occasion pour les libraires de participer à un projet qui fédère plusieurs partenaires et d'exprimer leur complémentarité par rapport aux regards des documentalistes et des enseignants pour sélectionner des ouvrages proposés aux lycéens en vue de la remise d'un prix littéraire - qui a été un moment fort aux termes de cette première année test -.

L'animation de l'année scolaire 2010-2011 a bénéficié de cette première expérience : les objectifs se sont précisés, un comité de lecture a réuni des représentants des différentes structures afin d'établir une liste d'ouvrages pour en retenir cinq en vue du prix littéraire.

Les libraires ont participé car certains ont déjà de très bonnes relations professionnelles avec les lycées professionnels ; pour d'autres, cela leur a permis d'avoir des contacts directs avec les enseignants et/ou les documentalistes. Au final, ces rencontres sont déjà très enrichissantes car elles permettent à chacun de connaître les contraintes respectives dans les différentes fonctions, tout en poursuivant un objectif commun, celui de donner le goût de la lecture aux lycéens de lycée professionnel ainsi que des informations sur les métiers du livre.

Dans ce cadre là, les libraires proposent des visites de leurs librairies ; cependant, compte-tenu de l'espace de certaines librairies, ces visites ne sont pas toujours possibles. Les libraires peuvent aussi venir au lycée pour présenter le métier de libraire : il n'y a pas encore eu d'exemple marquant sur ce type d'action. Par contre, une libraire a permis à des élèves de rencontrer au lycée un auteur de la sélection : il s'agit là d'une démarche importante pour une petite ville loin de la capitale régionale. Les frais de cette animation ont été pris en charge par l'association LIRA.

Les libraires participants fournissent aux lycées les ouvrages avec une gratuité sur un nombre défini à l'avance : les lycées bénéficient ainsi d'une aide pour l'achat des ouvrages sélectionnés. L'association LIRA a reçu des subventions du rectorat de l'académie de Clermont et de la D.R.A.C. Auvergne pour permettre aux libraires de s'impliquer davantage dans la fourniture d'ouvrages aux lycées professionnels.

La communication n'est pas toujours aisée de part et d'autre, et les protagonistes ont eu parfois quelques difficultés à comprendre le fonctionnement.

Le bilan fait, avant même la remise du prix littéraire en juin 2011, a permis de prendre en compte toute la marge d'amélioration possible, avec un point très important qui est celui de la connaissance réciproque des différents métiers et ce, au bénéfice de jeunes lycéens que les libraires espèrent voir plus souvent entrer dans leurs librairies pour partager avec eux le plaisir de la découverte des auteurs.

Pour l'association LIRA, l'objectif est bien de travailler ensemble afin de faciliter les relations interprofessionnelles, et que le libraire soit considéré comme un agent culturel sur son territoire au même titre que le bibliothécaire, et comme un partenaire attentif des attentes des enseignants et des documentalistes des lycées.

LE TRANSFO, art et culture en région Auvergne

Depuis 2006, LE TRANSFO, agence régionale de développement culturel en Auvergne, participe au mouvement et à la vitalité culturelle de la région, en accompagnant les acteurs dans la réussite de leurs projets.

LE TRANSFO développe son projet culturel autour de 3 grands axes :

  • soutien à la professionnalisation (service d'information et lieu de ressource, organisation de journées professionnelles, actions de formation, accompagnement, valorisation des artistes, acteurs et porteurs de projets... ),
  • médiation (site internet et développement des publics... ),
  • enjeu culturel des territoires (territoires et Europe).

LE TRANSFO, depuis sa création, a positionné la question des publics comme centrale dans le développement de la culture et a mis en place des actions en direction des jeunes : rentrée culturelle et newsletter à destination des étudiants, interventions dans différents masters, suivi pour la recherche de stages, prix littéraire des jeunes en lycée professionnel...

Escales littéraires va sans doute accueillir de nouveaux lycées pour l'année 2011-2012. Les partenariats locaux avec les professionnels du livre vont se mettre en place, les élèves des lycées professionnels ne sont pas des habitués des librairies et des bibliothèques.

Enfin, pour LE TRANSFO, ce projet s'inscrit complètement dans les axes de travail du secteur livre et lecture :

  • replacer la question du développement de la lecture et la maîtrise de l'écrit comme un enjeu démocratique,
  • valoriser la création littéraire contemporaine en direction de tous les publics et en favorisant la transversalité avec les autres secteurs artistiques (théâtre, arts du récit, musique, arts plastiques, cinéma),
  • agir à l'échelle régionale pour un meilleur développement culturel des territoires.

Escales littéraires au fil des années va évoluer en associant d'autres partenaires, d'autres idées...

À suivre...

Responsable du projet au TRANSFO :
Françoise DUBOSCLARD, chargée de mission Livre et lecture, politiques territoriales
7 allée Pierre de Fermat
63170 AUBIERE
Tél : 04.73.28.87.91 - Fax : 04.73.28.83.41 - francoise.dubosclard@letransfo.fr

Lire au lycée professionnel, n°65 (06/2011)

Lire au lycée professionnel - Escales littéraires