Des partenariats pour lire et faire lire / 1. "De l'objet livre à la remise de prix : des partenariats multiples"

Le festival du premier roman de Chambéry : une belle façon de lire et donner le goût de lire.

Dominique Bombled, professeure relais de la DAAC (délégation académique à l'action culturelle) auprès du festival du premier roman. Site : http://www.festivalpremierroman.com/

Parce qu'il est né il y a 25 ans dans un lycée technique, le lycée Monge, le Festival du premier roman de Chambéry reste un partenaire privilégié des enseignants.

Son créateur Jacques Charmatz voulait réconcilier ses élèves avec la lecture, convaincu que la culture est le meilleur des ciments pour construire un individu.

Depuis 25 ans l'aventure continue. Ce sont aujourd'hui 1200 élèves répartis dans un peu plus de 30 établissements qui lisent en français mais aussi en italien, espagnol et allemand et débutent en anglais.

Le Festival c'est toute l'année !

Dès le mois de septembre les élèves commencent à lire des romans issus de la présélection réalisée par un comité de lecteurs parmi les 250 premiers romans sortant chaque année. Environ 80 romans sont en lecture pour tous. Certains semblent davantage lisibles pour les jeunes lecteurs et sont distingués sur la liste pour faciliter la tâche des enseignants.

Les élèves lisent en liberté : les livres peuvent être au CDI, dans les médiathèques de la ville, chez les libraires. Les élèves choisissent leur livre et exercent leur propre goût. Chaque enseignant peut adapter la restitution des lectures à ses objectifs de classe.

Les élèves écrivent à l'auteur du roman qu'ils ont aimé : les correspondances épistolaires existent depuis l'origine du Festival et c'est toujours un véritable plaisir de voir les premières réponses arriver. Des liens se tissent entre des auteurs surpris et des élèves valorisés par leur écriture et leur lecture.

Les élèves se rencontrent : ils font part de leur jugement, de leurs impressions, de leurs émotions , lors de cafés littéraires, de rencontres inter- classes et surtout lors du forum du Jeune lecteur organisé par le Festival. Ainsi ils sont poussés à lire pour échanger.

Les élèves votent : ils défendent cinq romans et surtout cinq auteurs qu'ils ont à coeur de vouloir rencontrer. Leurs voix se mélangent à celles des adultes des différents comités. Ils participent donc à la programmation du Festival qui se déroule chaque année au mois de mai.

Ainsi au bout d'une année de lectures et d'échanges, la récompense est là, ils retrouvent les auteurs et participent à l'animation de rencontres...

Pourquoi lire ou faire lire des premiers romans ?

Lire des premiers romans permet de :

  • s'inscrire dans la littérature émergeante. Depuis 25 ans nombreux sont les auteurs invités au Festival de Chambéry qui composent le paysage romanesque d'aujourd'hui. Amélie Nothomb, Bernard Chambaz, Michel Houellebecq, René Fregni, Christine Angot, Philippe Claudel, Philippe Forest, Pascale Roze, Valérie Tong Cuong, Nina Bouraoui, Wilfried N'Sondé, Jeanne Benameur, Laurent Mauvignier, Hubert Mingarelli, Maxence Fermine, Alain Monnier, Brigitte Giraud, Laurent Gaudé, Delphine Le Vigan, Stéphane Audeguy, Enzo Cormann, Carole Martinez, Mathias Enard, Tatiana Arfel , Camille Laurens ... ont été repérés par les lecteurs de Chambéry et donc par les élèves.
  • exercer son propre jugement. Le lecteur est libre d'exercer son goût, il n'y a rien à admirer, de " forcément admirable ". La seule confrontation des goûts permet d'affiner le sien. Le professeur n'est pas seulement celui qui sait, il peut certes conseiller mais il déplace son autorité. Qui peut savoir ce que la postérité retiendra de tel ou tel auteur ? Il ne s'agit pas seulement de lecture plaisir, il s'agit de lire ce que des contemporains disent aux contemporains du monde qui nous entoure.

Ce que l'expérience permet de dire : les élèves lisent et leurs goûts sont souvent bien surprenants. " On " peut parfois s'attendre à ce que tel livre " marche " parce qu'il semble facile, que l'histoire est touchante, qu'elle les concerne... souvent " on " a tout faux ! Si les lectures faciles peuvent parfois les initier à la lecture et développer le goût de lire, on ne passe pas forcément de Bob Morane à L'Éducation sentimentale en un jour, les lectures plus difficiles les interrogent plus souvent. Philippe Forest avait passionné des élèves de 3° et de 2° ; on pourrait multiplier les exemples.

Les correspondances permettent d'établir un véritable lien entre l'auteur et l'élève ; elles valorisent à la fois leur lecture et l'individu qu'il est. Il y a quelque chose de vrai qui s'installe en classe. La nécessité de justifier sa lecture permet aussi de se justifier soi-même. Quels sont mes goûts et pourquoi ai-je ces goûts ? Des regards sur l'autre se modifient...

La lecture parfois difficile peut devenir une fête de la lecture, on s'interroge sur les personnages, sur l'histoire, sur la vérité dans le roman, sur la fabrique du roman, l'édition, la critique... toutes les portes du livre sont ouvertes d'autant plus que de nombreux collègues font des ponts avec les arts plastiques ou les arts appliqués.

Le partenariat avec le Festival :

Interrogée sur l'intérêt du partenariat entre le Festival et l'Education Nationale, la Directrice, Véronique Bourlon , répond :

" Pour le festival le fait de pouvoir donner le goût de la lecture avec des actions non bouclées qui laissent une grande place à l'aventure humaine, est une spécificité de cette collaboration. Chaque enseignant est libre de ses actions, aussi bien de ses lectures que de son investissement. Le festival leur apporte son aide lorsqu'il est sollicité et cette aventure est avant tout un enrichissement pour tous.

La participation au festival valorise les jeunes. Leur goût d'adulte en devenir est pris en considération au même titre que celui des adultes lors des votes : une voix est une voix. D'un côté, ces jeunes adultes en construction sont mis en relation avec la littérature émergeante, de l'autre, les auteurs commencent leur parcours littéraire avec des jeunes qui débutent dans la vie, des lecteurs d'aujourd'hui qui seront leurs lecteurs de demain. "

Lire au lycée professionnel, n°65 (06/2011)

Lire au lycée professionnel - Le festival du premier roman de Chambéry