Dossier : Construction de l'information / 4. L'écriture journalistique

Journalisme et LP. : rencontres de journalistes au CDI.

Par Nicolas Poncet, professeur documentaliste au LP Bouvet (26)
Avec la précieuse aide d'Isabelle Bochirol..

"Le journalisme, c'est le contact et la distance"
Hubert Beuve-Méry

La genèse d'un projet

L'air du temps...

Actuellement prédomine plutôt dans l'opinion publique une méfiance envers les journalistes, les prises de position de certains hommes politiques et les scandales politico-médiatiques (Clearstream, Bettencourt,Wikileaks, Pujadas, etc.) y contribuent grandement. "Les médias sont-ils sous influence ?", "La presse nous dit-elle toute la vérité ?", "Wikileaks, Mediapart, un bien pour un mal ?", "Les journalistes sont-ils les larbins de la République ?", autant de questionnements qui pullulent à la "Une" des gazettes et par conséquent indirectement tôt ou tard dans nos têtes et celles de nos élèves.

Véritable crainte ou vague fantasme ? Une interview croisée de Rick Edmonds et Bertrand Pecquerie, deux spécialistes des médias paru dans Télérama n°3079 du 14 janvier 2009 m'a apporté deux éclairages qui ont été déterminants avant de me lancer dans deux projets d'éducation aux médias en 2009 et 2010. Dans cet entretien, tandis que Rick Edmonds, analyste de l'économie des médias au Poynter Institute, une école de journalisme située en Floride, précisait que "le métier de journaliste a plus que jamais du sens, justement parce qu'il y a cette masse d'informations disponible, et qu'il faut regarder, trier, décrypter, donner du sens...", Bertrand Pecquerie, directeur du World Editors Forum nuançait : "Je ne suis pas aussi optimiste(...). Au final, l'existence de journaux sans journalistes, ou plutôt de journalistes qui ne seraient plus que des agrégateurs de contenus, des "Google News" humains devient possible. Un vrai danger pour la démocratie."

Ces deux témoignages corroborent l'idée que le journalisme est traversé simultanément par une double exigence : témoigner du monde, ce qui est sa mission démocratique première et être attractif, fortement soumis aux exigences du marché.

De plus, depuis la loi du 29 juillet 1881 concernant le droit de la presse, le texte a été amendé de nombreuses fois et les révisions vont quasiment systématiquement dans le sens du durcissement. Tous ces éléments additionnés rendent le journalisme (enquêtes fouillées, reportages, curiosité, doute, etc.) de plus en plus rare au profit d'une production d'information à la chaîne sans réelle valeur ajoutée.

Quel public ? Que nous disent les programmes ?

L'intérêt de former nos élèves de LP à démêler l'information essentielle du superficiel, à savoir repérer les effets d'annonce et à être dans une posture de décryptage est apparu de plus en plus essentiel à l'équipe de professeurs de lettres-histoire. En liaison avec le Clemi de Grenoble puis l'association Médias, j'ai pour ma part, depuis quelques années, multiplié les ateliers médias au sein de CDI de collèges, LEGT ou LP ("La Une", "de la dépêche à l'article", "la presse pour adolescentes", "la presse sportive", "presse papier-presse en ligne", "Voyage au sein d'une rédaction", etc.). Le LP Bouvet, un lycée professionnel dont la plupart des formations assurées sont du bâtiment, présente l'avantage d'être un terrain idéal pour ces séances. De la construction de l'habitat à la construction de l'information il n'y a peut-être d'ailleurs qu'un pas...Le public est dans sa majeure partie éloigné de la lecture et la presse reste pour les élèves un support vivant d'actualité très apprécié et qui confère une facette ludique et moderne à l'enseignement. Autant de raisons qui expliquent que, ces dernières années, nous ayons souhaité développer davantage l'éducation aux médias et plus particulièrement organiser des rencontres avec des journalistes professionnels de médias nationaux et internationaux.

Les classes ciblées pour ces projets sont des Terminales BEP (dernières promotions...) et des Seconde Bac Professionnel. En effet, le lien avec les programmes officiels de ces niveaux est évident : un des objets d'étude de la 2nde Bac Pro en français est la construction de l'information, duquel découlent notamment trois interrogations : "Les médias disent-ils la vérité ? ", "Comment s'assurer du bien-fondé d'une information ?", "Peut-on vivre sans s'informer ? ". Les capacités et attitudes travaillées sont les suivantes : "distinguer information, commentaire, prise de position.", "s'interroger sur le contexte de production d'une information, identifier les sources", "être un lecteur actif et distancié de l'information".

En BEP, une des parties du programme de français s'articulait autour de "s'ouvrir au monde" (un monde d'informations, la presse en revue, la "Une" et l'éditorial, un article et une dépêche), "Convaincre" (débats et opinions), "s'engager" (pour un monde plus juste).

Au sein même des piliers 4,5 et 6 du socle commun de connaissances et de compétences que nos élèves sont censés maîtriser au sortir du collège, on peut retrouver les connaissances, capacités et attitudes suivantes : "faire preuve d'esprit critique face à l'information et son traitement" (Pilier 4), "mobiliser ses connaissances pour donner du sens à l'actualité" (Pilier 5), "fonctionnement et rôle des différents médias" (Pilier 6), "principaux droits de l'homme et du citoyen" (Pilier 6).

Projet "les journalistes du Coeur"

Citoyenneté et Restos du Coeur

Depuis plusieurs années, le LP Bouvet développe un partenariat avec l'antenne des Restos du Coeur de Romans-sur-Isère, en effet, des sections de restauration collective préparent et servent des repas aux bénéficiaires des Restos le souhaitant dans l'enceinte du restaurant pédagogique. En amont, une banque alimentaire est organisée et les classes sont sensibilisées aux notions de discrimination sociale et précarité.

Ce cadre nous semblait intéressant pour y greffer un projet média d'envergure comprenant l'accueil d'un journaliste de la presse écrite, de préférence d'une rubrique société, et pour faire le lien entre l'action sociale et le journalisme.

Un projet a donc été écrit et soumis à la région Rhône-Alpes pour un financement dans le cadre du dispositif "Demain en main". Nom de code : Les journalistes du coeur. L'aval pour le financement est arrivé au LP en début d'année scolaire.

Riches de leurs expériences de terrain (préparation et service de repas), de séances plus théoriques (sur les discriminations sociales ou à travers les ateliers médias au CDI) mais aussi de la rencontre avec un journaliste de la presse écrite, les élèves devaient réaliser, sous la houlette de leurs professeurs de Lettres-Histoire et du professeur documentaliste, un journal de classe dont la sortie ponctuelle était à destination de toute la communauté scolaire. Dans cette gazette, ils devaient travailler sur l'écriture et la maîtrise des différents genres journalistiques : édito, reportage, interview, analyses en gardant en fil conducteur le thème des Discriminations sociales. Le creuset idéal en plus du cours de français allait être l'ECJS où le thème des discriminations sociales et la manière dont les médias les traitent peuvent être aisément abordés.

Tous les feux étant au vert, il nous fallait maintenant fixer un calendrier et se mettre à la recherche d'un journaliste intéressé par le projet.

Les repas assurés au restaurant pédagogique étant prévus en janvier, nous devions organiser en amont, une rencontre des élèves avec les responsables des Restos du coeur puis travailler sur les discriminations sociales (à travers notamment un travail de photo langage et de diaporamas sur la pauvreté en France et le concept de travailleurs pauvres, les SDF, l'accès aux soins, le rôle des associations humanitaires en France, etc.). Fin décembre, le projet devait avoir été présenté aux élèves dans ses deux dimensions citoyennes : sociale et journalistique pour que, dès les étapes de janvier et la réception des bénéficiaires des Restos, les élèves se placent également dans la peau de journalistes en herbe.

Préparation des ateliers Médias au CDI

Le partenariat avec les Restos du Coeur étant reconduit depuis quelques années, le gros de la préparation résidait dans la dimension "éducation aux médias" que prenait le projet. Les mois de Février, Mars, Avril étaient donc consacrés aux séances au CDI sur le journalisme, l'écriture journalistique, les différents types de presse (le tour de la presse), la place de l'information sociale dans la presse écrite, la technique de l'interview et la préparation de la rencontre avec le journaliste. Avril et Mai seraient consacrés à la rédaction et diffusion du journal de classe.

Pour contacter un journaliste de la presse nationale, la base de données fournie chaque année par le CLEMI récapitulant la liste des partenaires de la semaine de la presse à l'école et leurs contacts nous a été bien utile. De L'Humanité à La Croix, de Politis à L'Express, j'ai contacté quinze quotidiens et hebdomadaires avec un mail type présentant le projet.

Très rapidement, trois médias ont répondu mais un seul pouvait se déplacer aux périodes souhaitées.

Après une courte réflexion, nous avons décidé de travailler avec l'hebdomadaire Politis et sa journaliste société/culture : Ingrid Merckx. De nombreux échanges par mail ont été nécessaires pour caler le coeur de son intervention autour du métier de journaliste et de son avenir. Cela a permis également à l'équipe d'affiner la problématique qui sous-tendait ce projet média et que l'on pourrait résumer ainsi : en tant que journaliste, comment peut-on faire émerger de l'information (au sens d'un nouvel éclairage porté à la connaissance du plus grand nombre) tout en restant dans un cadre professionnel (avec ses codes et ses tensions) et en sachant que ce cadre peut être à la fois la condition et la limite de l'apparition de l'information ?

Au coeur du projet (le temps des ateliers)

Nous avons fait le point avec les deux enseignants de Lettres-Histoire concernés sur les pré-requis et pré-acquis par les élèves à l'orée du projet :

  • les élèves savent reconnaître les caractéristiques du texte narratif et du texte argumentatif. Le travail en classe tout le long de l'année et le projet "Chroniques Lycéennes" (partenariat CDDP Charente-Maritime et hebdo Les Inrockuptibles) qui est pérennisé au LP Bouvet depuis plusieurs années a permis aux élèves de prendre conscience de l'importance de l'accroche et de la chute d'un texte pour faire passer un coup de coeur musical. La chronique utilise des codes et canons particuliers qui impliquent que l'auteur du texte sache exactement ce qu'il souhaite faire passer comme message tout en restant dans un registre qui ne va pas décontenancer le public-cible...
  • les élèves savent reconnaître les différents types de textes pour distinguer les différents types d'articles (fait-divers = narratif ; critique = argumentatif, etc.)

Atelier 1 : Maîtrise des codes journalistiques

Le premier atelier de trois heures a tourné autour de la maîtrise du vocabulaire et des codes fondamentaux de la presse écrite papier :

  • Un tour de la presse (quotidiens/hebdo, etc.).Panel varié et diaporama.
  • Etude de "Unes" de quotidiens nationaux (panel de presse : L'Humanité/ Libération/ Le Monde/ La Croix/ Le Figaro).Grille d'analyse.
  • Etude des différents traitements de l'information au sein d'un même titre de presse (critique, reportage, interview, brèves, édito, courrier des lecteurs, faits-divers).

Ce premier atelier, qui était dense mais incontournable pour la suite du projet, avait pour objectifs :

  • De les motiver à lire davantage la presse écrite.
  • De leur faire prendre conscience que la presse écrite est une source documentaire qui permet un travail "en direct" sur des sujets qu'ils connaissent.
  • De leur faire distinguer information brute et information commentée.
  • De replacer un texte dans son cadre de production, de distribution et de diffusion.
  • D'exercer un jugement critique de décryptage sur la construction de l'information.
  • De se repérer dans l'organisation d'un journal (activité sur la place de l'information sociale dans la presse écrite)
  • De parvenir à maîtriser le vocabulaire de base de la presse.

Malgré de réelles difficultés liées à la maîtrise de langue et à la méconnaissance des titres de presse proposés, les élèves se sont montrés intéressés et bien plus connectés à l'actualité que ce que l'on aurait pu penser.

Atelier 2 : comment rédiger ?

Afin de faire prendre conscience aux élèves de l'importance de suivre un mode opératoire précis dans la rédaction d'un article et de préparer la venue d'Ingrid Merckx au mieux, un travail a été prévu autour de la réalisation d'une interview. Cette séance de trois heures s'est déroulée en trois parties :

  • La préparation de l'interview : recherche documentaire sur le sujet de la rencontre (le métier de journaliste en 2010) et sur l'interviewée elle-même (Ingrid Merckx, journaliste à Politis). L'objectif était de faire comprendre aux élèves que l'entretien pour se révéler enrichissant devrait seulement faire apparaître des éléments difficilement trouvables lors d'une recherche documentaire au CDI ou à la maison. La préparation a consisté également, après une séance de brainstorming sur ce qu'ils attendaient de leur interlocutrice, à rédiger des questions pour la journaliste.
  • L'organisation matérielle de la rencontre : préparation du lieu (CDI ? Salle de conférences ? Lieux de passage ? Gênes occasionnées ?), qui pose les questions ? Dans quel ordre ? Qui prend des notes ?
  • Les conseils pour optimiser la rencontre : de l'importance de rester attentif afin de ne pas se contenter de lire benoîtement les questions écrites, de mettre à l'aise l'interlocutrice, de poser des questions ouvertes, de prendre des notes en captant l'idée essentielle, etc.

Le CDI et sa salle de travail ont été choisis comme de lieux hôtes de la rencontre, le CDI étant fermé aux autres élèves pour l'occasion.

Parmi les questions élaborées par les groupes d'élèves, certaines s'illustraient par leur acuité :

  • Quel est votre parcours ?
  • Quelle est la démarche que vous utilisez pour rencontrer vos interlocuteurs ?
  • Quelles sont vos sources d'information ?
  • Combien de temps vous faut-il pour écrire un article ?
  • Avez-vous déjà eu des procès en ce qui concerne la publication de vos articles ?
  • Certains sujets sur les inégalités ou les discriminations subissent-ils à des pressions particulières ?

Atelier 3 : La presse, histoire, diversité et principes.

A cette étape-là du projet, il semblait nécessaire de faire le point sur le fruit des recherches documentaires effectuées et les questions soulevées par les élèves.

Cet échange a servi de trame à une présentation plus théorique co-animée par le professeur de Lettres-Histoire et le professeur-documentaliste où divers diaporamas ont été projetés sur les articles 11 et 19 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen, sur les grands principes du droit de la presse (les diverses responsabilités et les infractions de presse), sur l'état de la liberté de la presse dans le monde en 2010 (Zoom sur Reporters sans Frontières), sur la presse d'opinion en France (son objectif, ses différents titres : de Marianne à Valeurs Actuelles, du Monde Diplomatique à Témoignage Chrétien, un lien a été fait avec la presse satirique via la diffusion d'un reportage intitulé Charlie Résiste extrait du DVD "Des écrits, des écrans pour une éducation à l'image et aux médias" qui retrace le parcours du journal, le travail de la rédaction de Charlie Hebdo et son ambition.)

A la suite de ces diaporamas, deux exercices ont été proposés aux élèves un concernant le b.a. ba. du vocabulaire de presse (médias, déontologie, liberté de la presse, censure, pluralisme, concentration, sens critique, etc.) et l'autre type QCM "Quel utilisateur des médias suis-je ?" (propositions à confirmer ou infirmer, exemple : le conditionnel utilisé pour annoncer une nouvelle n'apporte aucune nuance...). Ce temps très court a permis de dissiper doutes et mauvaises compréhensions et de figer quelques notions fondamentales pour une bonne compréhension de la rencontre avec Ingrid Merckx. Et d'elle il a été question dans la suite de la séance puisqu'un diaporama sur l'histoire de l'hebdomadaire Politis (étymologie, parcours, credo) et sur le thème des différents articles rédigés ces derniers mois par notre future invitée (expulsions de Roms, Réseau Education Sans Frontières notamment) a été présenté par ma collègue Isabelle Bochirol. Un panel de numéros de Politis a été mis à disposition des élèves pour se familiariser avec ce titre de presse, ils ont été invités à faire des remarques orales sur l'aspect physique du journal et sur son contenu puis ont observé la structuration de Politis ("Une", rubriquage) pour pouvoir recenser les entrées du journal et renseigner une fiche d'information distribuée pendant la séance (périodicité/éditeur/format/pagination/"Une"/sommaire/papier/publicité/iconographie).

Rencontre avec Ingrid Merckx

La rencontre se déroule le 8 Avril 2010, un créneau de deux heures est prévu, trois classes participent à l'entretien, une Terminale BEP et deux 2nde Bac Pro.

Après les présentations d'usage, Ingrid Merckx inaugure la rencontre en expliquant aux lycéens le processus d'élaboration, au fil de la semaine, d'un numéro de Politis.

  • Mercredi matin : réunion de rédaction pour choisir les sujets de la semaine
  • Vendredi : réunion de pré-bouclage (chemin de fer). On valide le choix de sujets.
  • Lundi matin : dernier passage en revue du "chemin de fer". Choix de la "Une". Remise des articles.
  • Lundi soir : Articles relus (quatre relectures en tout) et corrigés.
  • Mardi matin : relecture par le rédacteur en chef
  • Mardi Après-midi : journal envoyé en Pdf
  • Jeudi : sortie du numéro de Politis en kiosque.

La suite de l'entretien s'articule autour des questions élaborées par les élèves, dont les tâches sont bien réparties (question, concentration, relance, prises de notes).

En ce qui concerne les pressions qui peuvent être exercées sur une rédaction lorsque sont abordées les discriminations, Ingrid Merckx répond qu'à priori, ces questions de société sont plutôt moins censurées que les autres, ce qui varie, d'un journal à l'autre, c'est la manière dont on va en parler. Elle précise également que des pressions peuvent s'exercer au niveau de la conférence de rédaction notamment par rapport à l'exigence de la ligne éditoriale du journal.

Sur la question des sources d'information qu'elle utilise et de sa démarche, la journaliste répond qu'elle s'appuie sur différents types de source :

  • Les dépêches d'agence qu'il faut retravailler et réécrire. Elle utilise une belle image en comparant la dépêche à un poulet encore avec ses plumes et qu'il va falloir cuisiner.
  • Presse radio/Presse papier, presse en ligne/Presse télévisée.
  • Le travail de divers structures associatives ou ONG (Ligue des droits de l'homme etc)
  • Sources d'informations ponctuelles particulières.

Quant à sa démarche, Ingrid Merckx explique que la rédaction de Politis étant une petite équipe de dix journalistes permanents (elle expliquera un peu plus tard d'ailleurs comme son simple déplacement du jour à Romans-sur-Isère aura une incidence directe sur le prochain numéro à paraître), les reportages et déplacements sont rares, beaucoup d'articles sont faits grâce à Internet et au téléphone.

L'heure du bilan

Si j'ai pour l'instant évité soigneusement d'aborder la question de la production finale attendue des élèves, c'est qu'elle n'a pas été à la hauteur des objectifs fixés. Alors que nous pouvions espérer un journal de classe à la sortie ponctuelle (et à destination de la communauté scolaire), nous nous sommes contentés d'une succession d'articles (transcription des entretiens avec les Restos du Coeur et Ingrid Merckx, reportage sur les phases de préparation et services des repas, ébauche d'éditoriaux sur les discriminations sociales, etc.). Comment peut-on expliquer cela ?

Erreur de planification... en effet, nous avons repoussé à la fin du projet l'étape d'écriture, or, cette étape n'avait pas été suffisamment pensée et programmée avec des échéances ponctuelles, ce qui aurait permis la mise en forme et la production régulière des textes.

Cependant, en plus de s'être frottés à la presse papier la plus variée possible, les élèves ont eu à leur disposition des grilles d'analyse de lecture de la presse notamment de Politis et ont pu rencontrer des professionnels de ce média, au regard acéré et pertinent sur le journalisme de demain et les discriminations sociales.

Quant à la problématique soulevée en début de projet sur la construction de l'information : comment peut-on faire émerger de l'information tout en restant dans un cadre professionnel à la fois condition et limite de l'apparition de l'information ? , le projet y a en partie répondu par les connaissances acquises lors des ateliers ( sur la " Une, le tour de la presse, Liberté de la Presse, Presse d'opinion, etc.) qui ont fait émerger l'idée que l'écriture journalistique répond à certains canons qui sont communs à la plupart des journaux et que ce qui fait la différence, c'est la ligne éditoriale et le contenu sémantique.

Nous avions déjà tutoyé ce type de projets médias par le passé en travaillant sur :

==> Des textes de littérature jeunesse en lien avec le monde des médias par exemple dans La rédaction d'Antonio Skarmeta où un auteur chilien partage son parcours de réfugié en Allemagne et s'engage en dénonçant le non-respect des droits de l'Homme dans son pays d'origine, dans Bienvenue à Goma d' Isabelle Collombat, où l'intrigue tourne autour d'une jeune journaliste stagiaire qui part au Rwanda en 1994 en plein génocide, ou dans Les chiens écrasés de Guillaume Guéraud où l'on nous présente le regard d'un collégien sur les dérives du journalisme local...

Ces oeuvres peuvent être de bons points de départ pour ancrer ses futures séances médias.

Un autre ouvrage plus adulte, que l'on pourrait qualifier de littérature sociale, de reportage littéraire : Le quai d'Ouistreham de Florence Aubenas est en cohérence direct avec un projet traitant des questions sociales dans la presse...Sa date de publication en février 2010 a rendu difficile son exploitation pour le projet mais nous en avions néanmoins parlé avec Ingrid Merckx tout du moins sur l'aspect source d'information...S'infiltrer pour pouvoir témoigner...Vaste débat qui secoue encore la profession.

==> Sur la venue en Février 2009 d'un journaliste guinéen Abdoulaye Camara, exilé à la Maison des Journalistes à Paris pour pouvoir continuer à faire son métier et ne pas se laisser corrompre. Son témoignage fut un moment très impressionnant pour les élèves notamment par rapport à la déontologie et au courage du journaliste. Ce projet avait vu le jour grâce au dispositif Renvoyé Spécial organisé par la Maison des Journalistes et le CLEMI.

==> L'écriture de chroniques musicales destinées à être publiées dans l'hebdomadaire culturel Les Inrockuptibles. En plus de faire découvrir de jeunes artistes français (en écoute au CDI ou en live dans des concerts-rencontres organisées avec la structure musiques actuelles de la ville de Romans Sur Isère), l'objectif est de faire prendre conscience aux élèves de l'intérêt de partager une émotion par écrit, dans un cadre précis (nombre de caractères arrêté) et en respectant les codes de cette presse (accroche, chute, culture pop, rock commune, etc.). C'est un exercice de style en immersion complète avec une grande implication émotionnelle, esthétique et technique.

Tous ces projets qui se basent sur des sources documentaires vivantes, modernes voire même agitées donnent du piquant à l'enseignement et saisissent nos élèves. Et au final, notre but n'est-il pas de rester au contact ?

Lire au lycée professionnel, n°64 (02/2011)

Lire au lycée professionnel - Journalisme et LP.