Dossier : Construction de l'information / 1. Médias, nouveaux médias : Théorie et mise en perspective dans les nouveaux programmes

La construction de l'information et les nouveaux médias dans le programme de bac professionnel

Angeline Joyet, académie de Paris, professeur Lettres Histoire

Les programmes de français en lycée professionnel intègrent, depuis longtemps déjà, l'éducation aux médias.

La construction de l'information est un objet d'étude du nouveau programme.

L'enseignement du français donne des clés de lecture des médias, développe l'esprit critique et contribue à former le citoyen.

L'information a une place essentielle dans les sociétés démocratiques.

Les progrès technologiques ont développé de nouveaux outils d'information, il est plus facile de s'informer et d'être informé aujourd'hui.

Cet apport technologique est-il suivi d'une plus value démocratique, l'information est-elle rendue plus intelligible ?

Trois questions accompagnent chaque objet d'étude. Les médias disent-ils la vérité ? Comment s'assurer du bien fondé d'une information ? Peut-on vivre sans s'informer ? Ces questions sont inhérentes à l'éducation aux médias mais le développement des médias audiovisuels et des médias sur Internet nécessite une interrogation accrue parce qu'il a bousculé notre rapport à l'information. Se poser ces questions c'est tenter de prendre du recul et d'être mieux armé dans une société hyper médiatisée.

Le titre de l'objet d'étude sous-entend que l'information n'est pas une connaissance qui surgit spontanément mais qu'elle se fabrique, se compose, s'organise à partir de données (faits, analyses).

L'information n'est pas une matière brute qui se donne telle quelle (qu'est-ce que l'information alors ?) mais elle subit un traitement, elle entre dans un processus de fabrication.

L'analyse du titre conduit à se questionner sur les modalités de fabrication de l'information, ses limites (écritures de l'article et contraintes journalistiques) et sur les fabricants d'information (journalistes, autres). En travaillant le titre on arrive peu à peu aux questions : la construction de l'information n'est-elle pas une façon de manipuler le lecteur ? De ne pas dire la vérité brute ? Une information construite est-elle encore une information vraie ? Le titre est donc une entrée en matière problématisante et stimulante.

Deux questions de l'objet d'étude interrogent la fiabilité de l'information (Les médias disent-ils la vérité ? Comment s'assurer du bien fondé d'une information ?), la troisième est plus philosophique et renvoie à la condition de l'homme et à la société dans laquelle il vit.

Peut-on vivre sans s'informer ?

Cette question provoque parce qu'elle paraît trop simple ou trop complexe. C'est une question fermée qui ne semble appeler qu'une réponse négative.

L'ensemble de l'objet d'étude doit conduire à y répondre et on peut ne pas la poser explicitement.

Située en début de séquence elle fait émerger les représentations des élèves et les invite à justifier une prise de position. Pour entretenir l'échange, d'autres questions sont possibles : pourquoi (ou pour quoi) vous informez-vous ? Est-ce facile pour vous de vous informer ? Les réponses sont variées et portent aussi bien sur les nombreux accès à l'information (Internet, les journaux gratuits, la télévision) que sur la difficulté de savoir " si c'est vrai " ce qu'on lit ou entend dans les médias.

Cette question est essentielle car il n'échappe à personne (même aux élèves les plus indifférents à l'actualité) que nous vivons dans un monde où, grâce aux performances technologiques, les informations sont nombreuses et variées, circulent rapidement et se succèdent, toutes au même plan.

L'information fait du bruit (buzz). Nous l'entendons inévitablement mais n'en comprenons pas toutes les nuances. C'est la définition même du bruit ; nous distinguons mal les sons, les voix qui le forment. Parfois ce bruit est le fruit d'une multitude de chuchotements (twitt) tout aussi indistincts. Ce lexique caractéristique des nouveaux médias mérite une certaine attention car il définit un peu de notre rapport à l'information.

Au-delà de constater que l'information qui fait le plus de bruit n'est pas forcément celle qu'une rédaction a choisie, on se demande si ce foisonnement d'informations est dû aux seuls progrès technologiques, s'il présente un intérêt pour le citoyen et s'il a un réel impact sur la société.

Malgré des outils très efficaces pour capter et diffuser des informations, on fait constater aux élèves qu'il existe des pays où l'information est contrôlée et ne circule pas facilement (les révoltes en Iran à l'été 2009 par exemple), où la liberté d'expression, la transparence de l'information y représentent un danger. Les documents d'Amnesty International ou de Reporters sans frontières offrent de nombreuses ressources. On fait remarquer que tout ce bruit autour d'un événement peut changer les choses (l'importance de l'aide humanitaire lors du tsunami de 2005, levée de la condamnation à la lapidation de Sakineh) ou rester sans aucun effet.

Le thème d'éducation civique " Le citoyen et les médias " doit amener les élèves à comprendre que " le citoyen responsable a pour devoir de s'informer afin de pouvoir exercer des choix et se forger une opinion " et à s'interroger sur la relation qui existe entre liberté d'expression et nouveaux médias (voir le programme d'éducation civique, sujet d'étude liberté d'expression et nouveaux médias) : les nouveaux médias facilitent-ils l'expression ? Développent-ils l'esprit critique des citoyens ? Ont-ils une réelle influence sur la démocratie ? Gardons-nous de confondre l'enseignement du français et la mise en oeuvre de l'éducation civique mais nous voyons bien que, dans cet objet d'étude, l'approche de l'information ne se limite pas à un apprentissage formel de l'article. Il ouvre l'esprit des élèves à une réflexion située dans le champ social. Comment les textes et les outils travaillés en français vont-ils permettre à l'élève de se construire en tant que citoyen ? Apprendre à être vigilant devant les images et leurs effets, s'interroger sur le contexte de production d'une information, être capable de reconnaître la subjectivité d'un discours journalistique en faisant la part de l'information et du commentaire, sont autant de capacités et de contenus du programme de français qui répondent à cette finalité citoyenne.

Le temps, l'information et le journaliste

Les médias sur Internet changent le rapport de l'information au temps. L'actualité est désormais celle de l'instant.

"Le métier des journalistes consiste à identifier les problèmes, les documenter, vérifier ce qu'ils découvrent, ou ce qu'on leur communique, hiérarchiser les questions (qui ne peuvent pas être toutes traitées également en même temps), les mettre en perspective, les situer dans leur contexte et les exposer le plus clairement et le plus honnêtement possible. Ce travail de mise en forme raisonnée, de tri, de hiérarchisation donne du sens au fatras des informations qui arrivent chaque jour, chaque heure, chaque minute, comme on le voit aujourd'hui sur Internet."" Bernard Poulet1 , s'inquiète de la pression que ces nouveaux médias font peser sur l'information car " sans effort pour raisonner l'information[...] le débat démocratique devient impossible, noyé dans la cacophonie et la rumeur"2.

Sur Internet les informations arrivent par ordre chronologique et les progrès liés à l'Internet mobile en permettent la diffusion instantanée. Ce qui est à la une du journal du matin n'est pas forcément ce qui est à la une de son site au même moment.

Mais pour comprendre que les nouvelles de la presse écrite quotidienne ne peuvent pas être aussi fraîches que celles qui circulent sur le net, il est nécessaire que les élèves identifient les étapes par lesquelles se construit un journal.

La société Presstalis en partenariat avec le CLEMI3 édite une brochure qui reprend la chaîne de fabrication de l'information. Une chronologie illustrée et commentée permet de suivre la vie d'un quotidien et de voir qu'il faut un peu plus de temps à l'information pour arriver jusqu'au lecteur, pour voir que son traitement se fait en salle de rédaction et qu'elle est le fruit de certains choix.

Sur Internet, l'instantanéité entraîne les médias dans une course à l'audience encore plus vive que celle déjà existante dans les autres médias (radios, télévisions, presse).

L'obsession du scoop ou la crainte de passer à côté d'une révélation pousse parfois les médias à diffuser une information non vérifiée et qui s'avère fausse. "Après avoir longtemps cru qu'une chose est vraie parce qu'elle est écrite dans le journal, la conviction populaire s'est inversée. De paroles sacrées, les nouvelles données par la presse se sont faites, aux yeux de ceux qui la lisent, forcément fausses, ou toujours suspectes"4 cette perte de confiance dans la presse se retrouve vis à vis des autres médias. Comment les citoyens peuvent-ils s'assurer du bien fondé des informations ?

Les sources de l'information

Travailler la source de l'information est une démarche habituelle. Le CLEMI met en ligne plusieurs ressources pédagogiques pour aborder le sujet : http://www.clemi.org/fr/ressources_pour_la_classe/dossiers-thematiques/depeches-d-agences/ce lien ouvre une page sur laquelle sont réunies les fiches pédagogiques suivantes : - Comment les journalistes s'informent-ils développe des activités pour comprendre le fonctionnement des agences de presse, des agences photographiques (une fiche spécifique leur est d'ailleurs consacrée). - Le journaliste, une profession aux multiples facettes. Cette fiche complète la précédente. Elle aborde les activités de reporter, d'envoyé spécial et de correspondant. - De la dépêche à l'article permet d'identifier les modalités d'écriture du journaliste. Dans le cadre de cet objet d'étude on est plus particulièrement attentif à la manière dont l'auteur cite ses sources, aux effets de langue (emploi du conditionnel, d'expression du type selon ou d'après)

Une des caractéristiques de l'information sur Internet est sa capacité à circuler. Les articles migrent d'un site à l'autre jusqu'à perdre parfois la trace de leur site d'origine. Il devient plus difficile d'identifier la source d'une information et par là même de s'assurer de son bien fondé et de sa qualité : peu importe le lieu pourvu que l'information circule.

Les digital natives consultent peu les sites d'informations spécialisés. Ils s'informent surtout à partir de leurs outils de communication comme les messageries instantanées, les réseaux sociaux, ou à partir des moteurs de recherche. Les articles qui s'y trouvent sont presque exclusivement des articles repris d'autres médias.

Cette mobilité de l'information n'est plus seulement due aux pratiques des internautes. Les médias l'ont intégrée et on peut ainsi faire trouver aux élèves les moyens qu'ils mettent à disposition pour faire circuler un article (les boutons envoyer à un ami, ajouter l'article à Facebook, Netvibes, Google reader etc.)

La question du programme " comment s'assurer du bien fondé d'une information ? " suppose que l'on amène les élèves à réfléchir aux sources de l'information mais aussi à être plus attentifs aux chemins qu'elle prend et aux médias d'origine.

Mais nos élèves lorsqu'ils lisent un article se préoccupent-ils de son origine ? Connaissent-ils les grandes familles de médias (site-titre, pureplayer, blog, site participatif, site professionnel), leurs caractéristiques (auteurs, financeurs, ligne éditoriale), leur titre ? Sont-ils capables de repérer qu'un article vient d'un média professionnel ou d'un espace personnel (blog ou réseau social par exemple) ? Trop souvent non. Il faut leur apporter des connaissances pratiques. On ne vise pas seulement à apporter un savoir encyclopédique mais à donner quelques clés pour "adapter, dans l'approche du texte et de l'image, leur attitude au support utilisé et à la finalité de la lecture". C'est une attitude plus critique et plus éclairée face au flux d'informations qu'on cherchera à développer, ainsi que la capacité à s'interroger sur le contexte de production d'une information (Programme, p.3, IV Contenus et mise en oeuvre).

Remarquons que la connaissance encyclopédique de ce monde de l'information ne peut pas être exhaustive mais qu'elle doit tout de même être construite au moins en partie (à nous de définir les titres et les types de médias qui nous semblent incontournables). Par ailleurs ce savoir s'avère utile aussi dans d'autres disciplines, en histoire géographie par exemple, où souvent les documents de travail sont des articles de presse. Être capable de situer le document permet de mieux le comprendre et de mieux en saisir l'enjeu. Il ne s'agit pas de faire apprendre par coeur des listes de titres aux élèves, mais de leur en faire retenir quelques uns et surtout de leur donner des clés pour les reconnaître.

Pour travailler ce sujet avec les élèves, j'organise une séance en salle informatique en deux étapes. La première a pour finalité de comprendre le fonctionnement des sites agrégateurs à partir de quelques exemples (Google actualités, Yahoo actualités, 24/24actu, M6?msn.actualités). Ils repèrent leur organisation commune (rubrique, présence d'un titre et du début de l'article, références du site d'origine, indications temporelles.) Les élèves rendent comptent de leurs découvertes en grand groupe et une synthèse est alors élaborée à partir de la copie d'un article de Google Actualités afin de définir les principaux éléments qui le composent. Pour comprendre les critères de sélection des articles agrégés sur le site, on lit la rubrique "À propos de Google Actualités." Les élèves disposent d'une fiche guide qui leur permet d'être plus autonome et de travailler à leur rythme. Sur cette fiche on trouve les consignes de travail, l'adresse des sites à consulter ainsi que des aides pour l'utilisation de l'outil informatique.

Une seconde étape permet de découvrir un site et d'en construire sa fiche d'identité (non exhaustive). Les élèves travaillent à partir d'un montage de Google Actualités regroupant, pour un même événement, une dizaine de liens vers différents types de sites (site-titre, pure players, blog). Chaque groupe suit deux liens. Ils doivent chercher des informations sur le média (existence d'une version papier, auteurs et/ou contributeurs, date de création, ligne éditoriale etc.). Ils rendent compte de leurs recherches et indiquent les moyens utilisés pour trouver les informations. La classe complète un document de synthèse (sous forme de tableau).

La trace écrite porte sur les caractéristiques des médias sur Internet (grandes catégories : sites titres, pure players, sites participatifs, financement) Pour prolonger ce travail on peut faire construire une enquête destinée aux lycéens sur les différents moyens qu'ils utilisent pour s'informer et pour évaluer leur connaissance des médias.

Les médias disent-ils la vérité ?

Notre objectif n'est pas de ternir un peu plus l'image des médias en montrant leur connivence avec certains pouvoirs (politiques, économiques) ou les dérapages dus à la propagation de rumeurs infondées, d'informations non vérifiées et fausses. Mais il me semble qu'on ne peut évincer cette réalité.

Pour permettre aux élèves de se faire une image nuancée et plus juste des médias, je leur fais découvrir ces médias qui observent d'autres médias comme le font Acrimed.org (Action Critique Médias), @rretsurimage.net, samsa.fr (blog de Philippe Couve sur le monde des médias sur le Web), observatoirdesmedias.com. Les émissions de télévision ou de radio telles que Déshabillons-les présentée par Hélène Risser sur Public Sénat, Entre les Lignes présenté par Christophe Ruaults sur LCP, Souriez, vous êtes informés de Guillaume Erner sur France Inter sont aussi des ressources possibles et intéressantes ; si l'on n'a pas le temps ni les moyens de les visionner ou de les écouter en classe on peut regrouper des résumés présentant leurs contenus. On fait identifier les sujets traités dans les articles des sites ou dans une émission. On essaie de comprendre pourquoi ce genre de sites ou d'émissions poussent les médias à plus de rigueur, en quoi ils garantissent une information de meilleure qualité ou aident les citoyens à se repérer dans les médias. L'ouvrage de Pierre Polomé Les médias sur Internet ("Les Essentiels", Milan, 2009, p.38-39)offre une page synthétique sur les caractéristiques de ces sites d'observation des médias. Elle peut être un document informatif utile en classe.

Éducation à l'image

Parce qu'ils semblent plus faciles à suivre et à comprendre, les reportages vidéos à la télévision et sur Internet sont nombreux et connaissent un plus grand succès auprès du public (jeune ou moins jeune) que l'écrit. L'image est trompeuse, l'éducation aux images est indispensables pour être capable de décoder les effets visuels dans la mise en scène de l'information et pour savoir prendre du recul face à elle.

Le monteur un menteur ? C'est le titre d'une ressource du CLEMI qu'on trouve sur le site, dans la rubrique Vidéo pour la classe : http://www.clemi.org/fr/ressources_pour_la_classe/modules-pour-la-classe/http://www.clemi.org/fr/tv/modules/fabricants-de-l-info/. Pourquoi utiliser ce film ? Pour faire comprendre aux élèves que les images seules ne parlent pas, que leur message dépend du contexte de diffusion et de l'intention du montage, que l'information se fabrique. Il montre avec beaucoup de clarté l'effet Koulechov le principe selon lequel ce qui précède une image et ce qui la suit en transforme le sens. Ce film permet de travailler le lexique du programme (objectivité, subjevctivité, angle etc.)

Avec les élèves, après avoir regardé un reportage vidéo du journal télévisé (de format court) je leur demande quelles sont les étapes nécessaires, selon eux, à la réalisation du film et qui est concerné. En faisant émerger leurs représentations, on diagnostique ainsi leurs connaissances de la vidéo. L'aspect technique et la prise d'images sont les plus évidents (aller sur place avec du matériel vidéo, filmer). Il est cependant nécessaire de faire un point sur l'aspect légal de l'enregistrement vidéo, " n'importe qui peut-il filmer ? " (carte de presse, autorisations, droit à l'image). La préparation du sujet et des images à capter, le retour en salle de montage, la diffusion émergent plus ou moins dans les échanges. Cela peut-être suscité par le professeur, mais il ne s'agit pas d'être exhaustif sur tout le processus. On visionne ensuite le film du CLEMI Le monteur un menteur ? On reprend les idées notées précédemment en les enrichissant. Des questions servent de guide à l'échange. Elles portent sur les activités et les outils du monteur, sa collaboration avec le journaliste, les objectifs du montage.

Deux points essentiels sont abordés : le premier est de découvrir les activités du monteur qui fabrique une information avec des outils et des techniques (il enregistre, coupe, assemble images-sons-texte-musique avec ordinateur, souris, clavier, écran, haut-parleur). Le second point est l'intention du journaliste et du monteur qui réalisent le reportage vidéo. On comprend qu'elle est déterminante dans le choix des images, leur enchaînement, la musique et les sons, les commentaires. Avec les mêmes images mais une autre intention on obtient un film différent. Une des séquences du film montre qu'avec les même images (sur Bamako) mais avec un habillage musical différent et des commentaires différents, on obtient deux films qui porteront un message d'espoir ou de compassion. On montre une vérité à chaque fois.

À partir des mots qui permettent de désigner et de qualifier le monteur (menteur, manipulateur, drôle de bête, un magicien, un tricheur, un poète, voyageur...) on arrive au lexique du programme. Le reporter et le monteur essaient de montrer une réalité la plus objective possible. On travaille sur les notions d'objectivité et de subjectivité, d'angle.

Le film du CLEMI fait comprendre qu'avec les images il faut apprendre à être vigilant car on peut, à partir d'images réelles, faire mentir la réalité comme on le voit dans l'excellent clip de promotion de la chaîne Canal+ en 2006. Ce clip montre un premier film de guerre et le sens du montage nous fait comprendre que des soldats cherchent un ennemi dans une maison qu'ils fouillent, dérangeant une famille à table mais sans leur faire aucun mal. Les mêmes images exactement sont reprises dans un deuxième film mais montées différemment. On comprend alors que les soldats ont tué la famille.

Le fait divers et le reportage

Le programme de Bac pro invite à travailler le fait divers, la brève, le reportage. Le CLEMI propose des dossiers pour travailler Le fait divers à la télévision et Les émissions de reportage à partir d'extraits de journaux télévisés et de reportages (archives de l'INA). On les trouve sur le site du CLEMI dans la rubrique Ressources pour la classe, Décryptage http://www.clemi.org/fr/ressources_pour_la_classe/decryptages/

Le traitement par la télévision du fait divers peut être utilisé pour développer la capacité à distinguer information, commentaire et opinion. Dans la seconde partie de ce dossier intitulé Chronique et chroniqueur, on confronte l'ouverture du journal de Roger Gicquel sur l'assassinat d'un enfant par Patrick Henri et le reportage de Dominique Verdeilhan sur l'affaire Grégory. On assiste à deux traitements opposés : le discours de l'un laisse apparaître jugements et commentaires, celui de l'autre s'en tient aux faits et les rapporte avec beaucoup de détachement. Ces deux ressources amènent à préciser les notions d'objectivité et de subjectivité. http://www.clemi.org/fr/ressources_pour_la_classe/decryptages/chroniques-et-chroniqueurs/ L'analyse des sujets (vidéos) sur l'affaire Marie Besnard et sur l'affaire Omar Raddad (même dossier, première partie Énigmes) montre à nouveau que le montage vidéo, l'angle de traitement influencent la compréhension du spectateur.

Cet objet d'étude devrait conduire les élèves à se demander s'il est raisonnable d'attendre des médias la vérité, non pas parce qu'ils sont sans rigueur et sans principes mais peut être parce que sur une même réalité, un même événement on peut dire plusieurs vérités. Les médias disent des vérités pourvu que leurs sources soient fiables et leurs informations vérifiées. Exiger des médias la vérité (au singulier) risquerait de nous faire tomber dans une pensée unique et atrophierait l'information. Or nous avons besoin pour comprendre le monde d'une information juste mais plurielle.


(1) Bernard Poulet, la fin des journaux et l'avenir de l'information, p°70-71, Débat, Gallimard, 2009.

(2) Bernard poulet., déjà cité.

(3) Presstalis : Découvrez la presse au quotidien http://www.presstalis.fr/SemaineDeLaPresseEtDesMedias2010.htm

(4) Florence Aubenas et Miguel Benasayag, La fabrication de l'information, éditions La Découverte, 1999.

Lire au lycée professionnel, n°64 (02/2011)

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