Dossier : L'exploration poétique

Pour une approche poétique autour de la rencontre amoureuse

Marie-Luce Tardy, professeur de français/histoire-géographie,
Nadine Travacca, professeur-documentaliste.

Cet article est le compte rendu d'un travail collaboratif entre une enseignante de français et une enseignante documentaliste.
Il s'agissait, avec une classe de terminale Bac Pro Elec de tenter de développer la sensibilité des élèves, en leur permettant de découvrir d'autres textes poétiques que ceux étudiés en cours de français, dans le cadre d'une séquence dédiée à la poésie.

Le déroulement de la séquence

Autour de la thématique retenue par l'enseignante de français et la documentaliste, "la rencontre amoureuse", nous organisons, lors de la première séance d'une durée de 1h30, un brainstorming au tableau en leur demandant de nous proposer un certain nombre de mots liés au ressenti - personnel ou supposé - d'une rencontre amoureuse. A l'issue d'un premier jet, essentiellement composé de noms et de verbes, nous les invitons à associer des couleurs, des sentiments, des comparaisons de manière à enrichir notre réservoir de mots et à nourrir l'imaginaire. Pour ne pas limiter leur approche à la seule rencontre, nous élargissons de fait un peu la thématique initiale à l'amour. Dans cette classe qui ne compte qu'une seule fille, qui d'ailleurs restera un peu en retrait lors de ce premier travail, il est à noter que les élèves jouent le jeu avec un certain enthousiasme et que nous n'aurons pas besoin de recourir à l'exercice d'aide et de relance que nous avions prévu en cas de mutisme prolongé : la constitution d'un abécédaire amoureux.

A la fin de la séance, les élèves parviennent à associer certains mots de leur choix pour fabriquer une expression et lui donner ainsi une épaisseur symbolique.

Nous leur dévoilons, alors, la suite du travail en leur demandant d'imaginer un volume pouvant illustrer l'expression retenue et de réfléchir aux matériaux nécessaires à sa fabrication, puisqu'il est entendu qu'il s'agit bien de produire un objet personnel pouvant matérialiser leur perception de la rencontre amoureuse. La documentaliste a sorti de ses cartons, pour l'occasion, des batteries de papiers Canson, crépon et ondulés, des feutres multicolores et des marqueurs, un lot de ciseaux et de tubes de colle, ainsi qu'un assortiment de fils de fer, d'attaches parisiennes et d'agrafes. En discutant avec les élèves, les enseignantes se disent qu'ils pourraient utiliser aussi, puisque c'est en lien avec leur spécialité professionnelle, des fils électriques et des tubes en plastique récupérés à l'atelier. Certains s'exercent à dessiner une maquette, échangent des conseils : cette première séance se clôt dans l'effervescence avec l'engagement de rapporter également de chez eux tout matériau qui pourrait contribuer à les aider à mettre en forme leur idée.

La semaine suivante, les idées ont évolué ou se sont précisées et la classe se consacre à la finalisation de l'objet. Certains, plus avancés dans la réalisation de cette tâche, commencent à compulser l'anthologie de textes composée par la documentaliste afin de sélectionner 3 courts extraits poétiques différents qu'il leur faudra ensuite taper à l'ordinateur en leur attribuant auteurs et titres respectifs. Il n'est pas toujours facile, tant par leur contenu qu'ensuite matériellement, de mettre en correspondance ces phrases poétiques avec l'objet dans lequel elles devront s'insérer. Les élèves feuillètent les recueils avec l'aide des deux enseignantes venues les aiguiller en cas de difficultés. La collègue de français constate avec amusement que certains d'entre eux redécouvrent, par ce biais, le nom du poète Apollinaire travaillé précédemment en classe.

A la fin de la troisième séance, ils ont tous sélectionné et tapé leurs textes sur les ordinateurs du CDI en s'interrogeant sur les polices de caractère les plus adaptées à leur projet. Quelques-uns se sont aussi essayés à composer quelques vers rimés de leur cru destinés à figurer à côté des autres, plus illustres.

L'évaluation

Les productions terminées sont finalement co-évaluées par les deux enseignantes. A l'exception d'un élève resté passif et qui ne parviendra pas à élaborer quoi que ce soit, et d'un travail demeuré inachevé par suite d'un nombre important d'absences, les réalisations confectionnées par la classe sont appliquées, certaines - et ce sont, bien sûr, les plus intéressantes - témoignant même d'une recherche minutieuse. Nous prenons donc le parti de valoriser leurs travaux, dans notre barème de notation puisqu'il permet à tous les élèves ayant terminé leur travail d'obtenir la moyenne, puis en les exposant au CDI. Les critères ainsi dégagés en commun concernent le respect des consignes (sur 5 points) - la production réalisée possède un titre, les 3 extraits sont correctement référencés, les élèves ont élaboré un texte poétique personnel -, la qualité de leur investissement dans le travail réalisé au CDI (sur 3 points), l'originalité et le soin apportés à la confection de leur objet (sur 5 points), et puisque ce travail s'inscrit dans le prolongement d'une séquence de français nous réservons 7 points pour la pertinence des extraits retenus, leur variété, leur volume et leur richesse poétique, leur mise en cohérence avec l'objet confectionné.

Nous prenions le risque, avec cette proposition, d'aborder un thème délicat et un genre littéraire peut-être peu porteur dans une classe de garçons. Néanmoins, soutenue par une étroite collaboration, elle s'est avérée motivante pour les élèves qui ont fourni, en quelques séances, un travail fructueux et de qualité.

Lire au lycée professionnel, n°63 (02/2011)

Lire au lycée professionnel - Pour une approche poétique autour de la rencontre amoureuse