Dossier : Théâtre aujourd'hui

La place du théâtre dans l'académie de Grenoble

Interview de Carmen Ferro (DAAC)

Corinne Sallée,
Carine Miletto.

Entretien avec Carmen Ferro.

Professeur de lycée professionnel, Carmen Ferro est chargée de mission à la Délégation Académique pour l'Action Culturelle (DAAC) depuis 2001, conseillère dans le domaine du théâtre et pour l'enseignement professionnel dans tous les domaines artistiques et culturels. Son rôle est d'accompagner ou d'impulser les actions et les projets, de diffuser des informations. Elle participe à l'organisation d'évènements culturels académiques, régionaux ou départementaux.

Quelle est la place du théâtre dans la politique académique ?

La place du théâtre est très importante dans l'académie de Grenoble en quantitatif et en qualitatif. Il existe de nombreux ateliers artistiques dont le nombre ne cesse d'augmenter, ainsi que les classes à PAC ou les projets artistiques mettant en place l'école du spectateur accompagnée d'une initiation pratique. La DAAC, par conséquent, est très attentive à toutes les actions menées autour du théâtre tout en privilégiant la qualité et en mettant l'accent sur les auteurs contemporains.

Le théâtre a donc une grande importance dans les projets que vous accompagnez ?

Les jumelages avec les structures culturelles et artistiques liées au théâtre représentent une grande partie de mon activité en partenariat, notamment ceux dans lesquels nous avons un relais enseignant. Celui-ci fait le lien entre les établissements scolaires travaillant avec la structure ou désireux de découvrir le théâtre et la structure, à travers l'école du spectateur, les ateliers et autres actions.

Le théâtre est également présent dans la diffusion, les actions, l'information et la formation ainsi que le montage de projets. Ce ne sont pas des propositions clé en main, mais des démarches accompagnées en amont et en aval et pilotées par des enseignants. J'accompagne aussi des partenaires comme le Troisième bureau qui associe des classes à la lecture de textes de théâtre contemporain, dans les options facultatives et de détermination ; je fais autant que possible le suivi des ateliers artistiques de l'académie qui apprécient qu'un membre du rectorat leur rende visite. L'importance du théâtre dans notre académie passe aussi par la formation, notamment ce qu'on appelle la formation jumelage, en partenariat entre l'Education nationale et une structure.

Enfin, mon rôle double de chargée de mission me permet d'allier le théâtre et l'enseignement professionnel. Ainsi, un de mes objectifs est de faire connaitre les possibilités de travail ou de parcours à partir de formes ou de dramaturgies contemporaines et de montrer qu'on peut amener les élèves à différentes lectures de l'oeuvre. En outre, le théâtre et ses diverses formes peuvent aussi contribuer à mieux comprendre les classiques, à y être plus sensible. C'est souvent le choix du partenaire artistique et la négociation préalable entre lui et le comédien qui vont déclencher des découvertes, de l'implication, une richesse tant culturelle que relationnelle, ce qui entraine un plaisir d'apprentissage par des voies différentes.

Cette place est-elle suffisante ? Faudrait-il l'améliorer ?

Beaucoup d'élèves montrent leur engouement et souhaiteraient que cette activité constitue une partie intégrante de leur enseignement en temps scolaire. Mais il faudrait davantage de formation de formateurs et de formation continue pour les enseignants. Les lycées professionnels ont la possibilité de faire des demandes d'équipe, puis d'intégrer les acquis de la formation dans les PPCP (projet pluridisciplinaire à caractère professionnel). Malheureusement, les enseignants et parfois les chefs d'établissement méconnaissent les dispositifs et les possibilités offertes. Il serait donc souhaitable d'avoir plus de temps pour les renseigner, les informer, leur apporter des témoignages. Dans les lycées professionnels, le théâtre (l'art en général) est un moyen de souder les équipes pédagogiques, de motiver les élèves en leur permettant de devenir des lecteurs un peu plus assidus, des spectateurs critiques, des citoyens respectueux d'eux-mêmes et de leur environnement scolaire, des personnes, des contraintes. Le théâtre n'est pas seulement un art, c'est aussi un art de vivre dans l'espace scolaire et dans la vie de tous les jours.

-Etes-vous sollicitée ou devez-vous impulser les projets ?

Les deux ! Je suis très sollicitée par les enseignants et les chefs d'établissement, surtout à l'époque où ils montent les projets. Ils me soumettent leurs idées et je les aide à trouver des partenaires, à aller vers des projets réalisables, de qualité et qui seront soutenus par les commissions académiques, la Région, etc. Les compagnies font souvent appel à moi pour imaginer un accompagnement pédagogique d'un spectacle. Par exemple, le projet de la rentrée 2008 du Chapiteau de l'Isère avec la Compagnie Mu autour du spectacle Iago : après la rencontre avec le metteur en scène, l'accompagnement pédagogique et artistique du spectacle a été complété par une formation sur le théâtre d'objet, proposée aux enseignants dans le cadre du plan académique de formation.

A la DAAC, avec nos partenaires institutionnels (DRAC, Conseil Régional, collectivités territoriales...), nous privilégions cette qualité qui émane du partenariat avec des professionnels. Tout ce qui représente de la consommation pure sans réel accompagnement pédagogique ou négociation avec les enseignants est exclu. Cela ne signifie pas que cette règle interdit toute possibilité à de nouvelles compagnies de s'associer avec des classes, car je me contrains à aller découvrir les propositions et compagnies dont je ne sais rien afin d'avoir un avis raisonné...

Bien sûr, j'impulse des actions, surtout là où il n'existe pas de dynamique de projet ou de partenariat ou bien pour valoriser ce qui existe déjà, en proposant des journées réseau ou en créant des manifestations. Mais la plupart du temps, je conseille, j'adapte, afin que les actions soient réalisables dans les meilleures conditions. Je propose par exemple d'autres compagnies plus professionnelles ou de qualité, l'association du théâtre à d'autres domaines culturels et à d'autres disciplines...

Est-ce difficile de trouver des partenaires dans et hors Education nationale ?

En général, non. Mais la difficulté concerne essentiellement la localisation géographique, c'est plus simple dans les agglomérations. Je conseille toujours de se rapprocher du théâtre le plus proche, de la médiathèque, du CDDP, par exemple et de toutes les collectivités territoriales qui vont faciliter les déplacements des comédiens ou des classes.

Parlez-nous des Rencontres lycéennes de théâtre ?

Elles sont nées en 2006, mises en place par la DAAC, en collaboration avec plusieurs structures artistiques et culturelles grenobloises (MC2, Espace 600, Théâtre Prémol, Théâtre de création). C'est un temps de présentation, d'échanges, d'écoute et de découverte de démarches théâtrales diverses et de travail sous forme d'ateliers. Elles se déroulent sur deux journées et une soirée, permettant aux lycéens et aux enseignants des options (obligatoires ou facultatives) ou des ateliers artistiques des lycées généraux, techniques et professionnels de valoriser leur travail et d'élargir leur culture théâtrale.

Les enseignants apprécient ces rencontres où ils découvrent d'autres démarches et dialoguent dans une réflexion collective avec collègues, élèves et artistes, partageant expériences et nouveaux savoirs. Pour les élèves, c'est l'occasion de partager un moment hors les murs avec d'autres adolescents animés par la même passion. En réponse à un questionnaire sur l'intérêt pour eux de voir du théâtre, ils ont mis en avant " comprendre le monde, ses semblables, développer des relations ". Le théâtre répond aux questions qu'ils se posent par la découverte de textes et d'univers différents, dans un partage entre acteurs et spectateurs. La pratique du théâtre leur apporte bien souvent la possibilité de se réaliser et d'exprimer ce en quoi ils croient.

Photographies de Carmen Ferro

Lire au lycée professionnel, n°57, page 58 (11/2008)

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