Pistes de lecture

Notes de lecture (Lire au lycée professionnel, numéro 55)

Les clés de l'info : une nouvelle collection chez Gallimard Jeunesse

Une nouvelle collection poche arrive chez Gallimard Jeunesse : Les clés de l'info. Ces documentaires pour adolescents ont un format pratique à manipuler, une présentation colorée et une mise en page conviviale. Chaque thème traité est abordé sous trois angles différents : le décryptage à travers quatre évènements importants, la compréhension de l'information à l'aide d'un lexique des notions, des acteurs et des dates clés, et une dernière partie intitulée " Textes et documents " afin d'approfondir le sujet. Cette nouvelle collection donne aux jeunes de façon synthétique et structurée une information facile à décrypter. Très agréables à lire, ces petits documentaires proposent des informations synthétiques et objectives immédiatement exploitables.

Le réchauffement climatique
Elisabeth Combres et Florence Tinard.
Gallimard jeunesse, 2007. (Les clés de l'info)

Au coeur du débat écologique et politique, le réchauffement climatique est dans un premier temps mis en exergue par des évènements. Il s'agit de décrypter le message scientifique avec le protocole de Kyoto, le message écologique avec le sombre bilan du vivant, ainsi que le message humain (les catastrophes naturelles). D'autre part, afin de mieux comprendre ces évènements, un lexique des notions les plus importantes est proposé : il reprend des notions comme développement durable, écologie ; des acteurs tels que Greenpeace et des dates clés. La troisième et dernière partie propose des textes et documents ainsi que des sites internet pour approfondir le sujet. On y trouve le site de l'Organisation mondiale de protection de la nature ; le site sur les questions de " l'effet de serre "...

Carine Miletto.

L'Union Européenne
Elisabeth Combres et Florence Tinard.
Gallimard jeunesse, 2007. (Les clés de l'info)

Dans ce documentaire en trois parties, la première met en exergue quatre évènements en relation avec le thème : l'élargissement de l'Union Européenne, l'Union Européenne et le monde, la France et l'Union Européenne, les institutions de l'UE. Pour mieux comprendre les enjeux de cette Union, un lexique développe les notions, les acteurs et les dates clés, tels que : la banque centrale européenne, la commission européenne, l'eurocrate, l'Europe bleue, la PAC... Enfin, pour aller plus loin, des textes et des documents tels que : le discours de Robert Schuman, le 9 mai 1950, la directive européenne du 23 octobre 2000...

Carine Miletto.

Le terrorisme
Elisabeth Combres et Florence Tinard.
Gallimard jeunesse, 2007. (Les clés de l'info)

Chacune des trois parties de ce documentaire aborde le thème du terrorisme sous un angle différent, mais toujours en lien avec l'actualité. La première décrypte quatre évènements qui ont ébranlé l'équilibre du monde, en rappelant à tous combien le terrorisme est omniprésent. La seconde porte sur le vocabulaire du thème traité et répond à des questions telles que : que veut dire " la lutte antiterroriste " ? qu'est-ce qu'un Moudjahid ? quel est ce courant que l'on appelle le " salafisme " ? La dernière partie propose des textes et documents ainsi que des sites Internet afin d'approfondir ses recherches sur d'autres supports. On y trouve entre autres : la résolution de l'ONU du 12 septembre 2001, le discours de Bush en Irak...

Carine Miletto.

Livres en vrac

Le sauveteur
Jirô Taniguchi.
Casterman, 2007. (Sakka). 333 p. : ill

Shiga, gardien de refuge, n'est jamais retourné dans la capitale depuis la disparition de son meilleur ami Sakamoto, treize ans auparavant lors d'une expédition en montagne. " Je te confie Yoriko (sa femme) et Megumi (sa fille) " : par ces derniers mots, il a demandé à Shiga de veiller sur sa femme et sa fille. Aussi lorsque Yoriko, affolée, lui apprend que Megumi a été enlevée, Shiga n'hésite pas à quitter ses montagnes pour se rendre en ville. Ce qu'il va découvrir là-bas est au-dessus de ce qu'il pouvait imaginer : derrière l'image rieuse et faussement lisse de Megumi se cache une adolescente secrète, qui fréquente les quartiers chauds de la ville, en compagnie d'une amie délurée. Accompagnée dans sa recherche par Yoriko, Shiga est prêt à tout pour sauver la fille de son ami, même si pour cela il doit risquer sa vie et faire tomber le jeune PDG Oribé, amateur de jeunes filles...

On reconnaitra dans ce manga le style Tanigushi... Et Shiga ressemble par bien des traits, au sens propre comme au figuré, au héros du Sommet des dieux : même graphisme, même fascination pour la montagne. Mais la comparaison s'arrête là. Outre l'intrigue et le thème de la prostitution adolescente, c'est la confrontation de deux visions, celle de la montagne et celle de la ville, qui retient l'intérêt. Il va sans dire que Shiga affronte cette épreuve comme un sommet, avec détermination, mais aussi ténacité, prudence et courage. Du même coup, les valeurs véhiculées par l'alpinisme se retrouvent tout au long de l'histoire et l'on voit à quel point elles sont essentielles dans la vie (pour Shiga) mais aussi dans la survie (pour Megumi). Et le coup de génie réside à la toute fin. Shiga va devoir accomplir l'ultime défi : grimper les parois de verre d'un immeuble afin de porter secours à Megumi. Une belle façon de rendre hommage à son ancien compagnon de cordée et de tenir promesse.

Anne-Laure Héritier-Blanc.

BD

Long John Silver. Tome1, Lady Viviane Hastings
Mathieu Lauffray et Xavier Dorison.
Dargaud, 2007

Long John Silver, personnage mythique de L'île au trésor de Stevenson, reprend vie dans ce premier tome de la nouvelle série écrite par Xavier Dorison et dessinée par Mathieu Lauffray. Ce n'est pas une adaptation du roman mais plutôt une suite des aventures du célèbre pirate.

Ce premier album retrace les préparatifs d'un voyage, organisé pour rechercher un trésor : Lord Byron Hastings, un aventurier, a retrouvé dans la jungle amazonienne la cité fabuleuse de Guyanacapac qui abriterait le fabuleux trésor des Incas. Se rassemble donc un groupe hétéroclite d'aventuriers, d'aristocrates, de pirates, attirés par la légendaire cité d'or. Se retrouvent, embarqués pour l'aventure, le frère de Lord Hastings, officier de la marine anglaise, Lady Hastings, femme de Byron et sa suivante, Livesey, médecin, homme intègre et loyal, John Silver, pirate, chargé de recruter un équipage composé d'individus plus inquiétants les uns que les autres. Le scénariste développe alors des évènements et situations qui peuvent paraitre digressifs mais permettent de mieux cerner chacun des protagonistes. En effet, chaque personnage a plus d'une raison de vouloir se débarrasser de certains membres de l'équipe, mais tous vont se retrouver sur le même navire. Toutes ces péripéties, qui semblent s'éloigner de la trame principale, composent, a contrario, un puzzle qui, définitivement assemblé, renforce l'atmosphère dramatique de l'album, permet de mieux cerner les différents personnages et prépare des rebondissements tumultueux et variés au récit.

Le dessinateur montre une grande aisance dans l'illustration de cet album palpitant. Son graphisme flamboyant met en valeur l'ambiance noire, glauque des situations et des lieux (les bouges, ruelles du port... sont magnifiquement présentés), rend particulièrement bien une galerie de portraits variés (trognes patibulaires, beauté sauvage de Lady Hastings...), la violence de la mer, la puissance et la majesté des voiliers : ce qui se traduit par de grandioses planches marines.

Référence à l'oeuvre de Stevenson, Lady Viviane Hastings est aussi l'occasion pour Mathieu Lauffray de " traiter la piraterie de manière inédite ", pour Xavier Dorison " de rendre hommage à Stevenson, pas de le concurrencer ", ainsi qu'ils le déclarent dans BoDoï (n°107, mai 2007). Cette volonté et les qualités reconnues des auteurs ( West, Sanctuaire, Le Troisième Testament pour Dorison, Prophet, Le serment de l'Ambre pour Lauffray) annoncent une série palpitante. Ce premier volume, Long John Silver, est, sans aucun doute, une des grandes réussites de l'année.

Gérard Belle-Pérat.

Miss Hendicott
Xavier Fourquemin et Jean-Christophe Derrien.
Le Lombard, 2007. (Collection Signé)

De retour de voyages à travers le monde, Prudence Hendicott, préceptrice du jeune Kevin le jour, dès la nuit venue se transforme en conciliatrice, dans le but de résoudre les problèmes des plus démunis, dans l'Angleterre victorienne. Elle s'est préparée pour assumer cette tâche et succéder, dans le rôle, à sa mère dont la disparition accélère le cours des évènements. Elle est amenée à régler des affaires de disparition, de racket, de bruits étranges... Mais, suite à une querelle de voisinage, elle va découvrir le monde des oubliés, petit peuple qui vit dans les sous-sols de la ville ; ces derniers, au bord de la révolte, sont prêts à déclencher une guerre contre ceux du dessus. Malgré son aspect fragile et effacé, l'héroïne se montre énergique, capable de tenir tête aux plus forts ou de rosser ceux qui lui cherchent querelle, avec ses techniques de combat et deux aiguilles à tricoter qu'elle manie avec virtuosité, comme des épées ou des poignards.

Cette série fantastique, en deux volumes parus presque simultanément, présente une héroïne délicate et attachante (" Je rêvais, depuis toujours, d'une super héroïne, une nana toute mimi mais qui ne joue pas de ses charmes, entre Mary Poppins et Amélie Poulain " déclare le scénariste Jean-Christophe Derrien, DBD n°16 de septembre 2007). D'autre part, elle aborde, en filigrane, le problème de la dualité (double activité, double personnalité du personnage principal), les relations mère-fille, confrontées aux mêmes difficultés, suivant le même destin. La qualité du dessin et des couleurs, en particulier pour le Londres, à la fois réaliste et mythique de l'époque victorienne, qui sert de décor et de lieu d'affrontements (ce Londres n'est pas sans rappeler celui du Peter Pan de Loisel), constitue un atout supplémentaire pour cet album qui est, en définitive, une belle réussite.

Gérard Belle-Pérat.

Construire un feu
Chabouté (d'après la nouvelle de Jack London).
Vents d'ouest, 2007

Un homme et son chien marchent à travers de vastes contrées enneigées. Il s'agit d'un prospecteur qui rejoint son campement et ses associés, chercheurs d'or. Mais nous sommes à la fin du XIXe, au coeur de la région du Klondike, dans le grand nord canadien, par un froid polaire (températures de moins trente à moins soixante degrés). Cependant, pour cet homme d'expérience, aguerri, familier des dangers d'un voyage aussi périlleux, par de telles températures, ce périple ne présente pas de difficulté particulière. Mais, c'est compter sans les obstacles qui surgissent sur sa route et, surtout, le froid. Le narrateur fait vivre au lecteur cette épopée commencée avec détermination, qui, peu à peu, va se transformer en tragédie, le personnage ayant surestimé ses capacités à affronter une nature de plus en plus hostile.

Christophe Chabouté propose, avec Construire un feu, adapté d'une nouvelle de Jack London, un bel album mais noir et désespéré, comme la majorité des oeuvres qu'il a déjà produites. Le dessin renforce l'ambiance dégagée par le récit : immensité des paysages, neige abondante, froid intense, difficultés de la progression, incidents aux conséquences de plus en plus tragiques. Le rythme du récit se ralentit, au fur et à mesure que le trappeur s'affaiblit, paralysé par le froid qui s'accentue. L'isolement, la fatigue, le désespoir, l'engourdissement, la mort sont palpables, grâce à la force du dessin, à l'utilisation des plans d'ensemble (forêt, désert blanc...), plans rapprochés et gros plans (visage, moufles, doigts gelés, flamme ténue d'une allumette...). Les couleurs atténuées, essentiellement dans les tonalités froides (nuances de marron et beige, bleu marbré de blanc...), s'intègrent, se fondent au blanc des paysages et au noir des forêts ; seule note d'espoir, la couleur rouge orange du feu, synonyme de vie, alors que toutes les autres marquent le drame, la mort.

L'auteur ponctue ses planches de bulles, dont on ne sait si elles constituent les pensées du personnage ou les remarques et réflexions d'un observateur externe, neutre (la nature, le froid, la mort...). Ces phylactères s'espacent, dans le récit, à mesure que le personnage se fige, vaincu par le froid. Rien de spectaculaire dans cet album, mais, porté par un dessin magnifique, le lent déroulement d'une tragédie qui conduit à la mort.

Gérard Belle-Pérat.

Antarès (épisode 1)
Léo.
Dargaud, 2007

Après Aldébaran, où la petite Kim, jeune fille écervelée, devient " grande " par la découverte et l'exploration d'un monde original, avec les pionniers des colonies humaines, à des années lumière de la terre, puis Bételgeuse, nouvelle planète où elle accomplit un sauvetage, Léo nous fait explorer un monde étrange, dans un troisième cycle.

Antarès est une planète que la terre veut coloniser mais d'étranges disparitions finissent par devenir inquiétantes et pourraient remettre en cause l'exploration. Le groupe industriel qui finance l'expédition décide de cacher le problème et parvient à convaincre Kim, devenue une scientifique, grande spécialiste des mondes nouveaux, de prendre la tête d'une mission, avec ses anciens compagnons, devenus, comme elle, pratiquement immortels, grâce au pouvoir de la Mantrisse, être-animal, très puissant qui leur apporte son aide. Kim a mis au monde une petite fille qui respire sous l'eau, suite à sa rencontre avec un extra-terrestre, dans le cycle Bételgeuse.

Tout est mis en place (planète, personnages, environnement...), pour que la série (en principe, cinq albums sont prévus) confirme le grand talent de Léo.

Reconnu, entre autres, pour avoir renouvelé la BD de science fiction (dans la lignée d'un François Bourgeon), Léo entraine le lecteur dans un monde extraordinaire, dans la continuité des albums précédents, tout en modifiant le milieu, la flore, la faune... L'auteur a toujours fait preuve, dans ces domaines, d'une imagination débordante, créant des univers fascinants, attachants, sans, pour autant, se désintéresser des personnages et de l'avancement de l'intrigue. En effet, les principaux acteurs, tout au long des séries, ont pris une épaisseur psychologique, une profondeur humaine. Kim, que rien ne semblait prédestiner à devenir l'héroïne du récit, est, aujourd'hui, un personnage incontournable qui fédère, autour d'elle, les talents, les énergies des autres.

Cet album complète et poursuit les oeuvres antérieures de Léo, tout en approfondissant et enrichissant les univers et ambiances qu'il propose au lecteur. Avec Aldébaran, Bételgeuse, Antarès, Léo construit une saga de qualité, qui s'inscrit dans une continuité, une logique et une richesse remarquables.

Gérard Belle-Pérat.

Nouvelles

La chambre d'Albert Camus et autres nouvelles
Ron l'infirmier.
Editions Privé, 2006. (Les Clandestins)

Ron débute dans le métier d'infirmier et effectue de nombreux remplacements. D'hôpitaux en maisons de retraite, de foyers de jeunes travailleurs en soins à domicile, il nous fait partager son quotidien, ses rencontres avec les malades, leurs proches et le personnel médical.

Dans ce recueil de nouvelles, Ron l'infirmier raconte la maladie avec beaucoup d'aisance, de talent et d'humanité. Ses témoignages émeuvent, embarrassent, dérangent, parfois amusent le lecteur. Situations bien choisies, chroniques très brèves, anecdotiques, agrémentées de dialogues vifs et succulents ; le rythme est enlevé, sur fond de rires et de larmes. Quelques regrets cependant sur le choix des première et quatrième de couverture, peu représentatives du contenu.

Françoise Montloi.

3 nouvelles noires
Didier Daeninckx, Chantal Pelletier et Jean-Bernard Pouy.
Gallimard, 2007. (La bibliothèque Gallimard). Accompagnement pédagogique de Françoise Spiess

Gallimard lance une série de recueils de trois nouvelles destinée aux élèves à partir de la troisième. Les 3 nouvelles noires nous semblent convenir à des élèves de BEP. Il s'agit de trois nouvelles à chute, palpitantes, efficaces, chacune d'un registre différent et bien marqué : une occasion de faire découvrir aux élèves les nuances d'un genre à travers des oeuvres complètes.

La première, Tirage dans le grattage, de Didier Daeninckx, a été éditée pour la première fois chez Denoël en 1992. Cyrille, Stan et Norbert braquent la banque Gravelot et s'enfuient avec le magot se cacher dans un gite rural à proximité du village de Saint-Esquirol. La police est à leurs trousses et la banque promet une forte récompense à qui les retrouvera.

La seconde, A vol d'oiseau, est une histoire de Chantal Pelletier, parue chez Gallimard en 2001. Antoinette, jeune retraitée, vient de tenter de se suicider. Elle vit avec son mari, Adrien, à quatre kilomètre à vol d'oiseau de sa fille Eliane, en Franche-Comté, dans une jolie maison, entretenue avec soin, meublée patiemment de pièces trouvées chez des brocanteurs. Certaines ont valeur d'antiquités et représentent une vie de travail. Mais ce confort interdit au couple de s'évader, ne serait-ce que quelques jours, de peur que les voleurs ne viennent lui ravir ses trésors... Antoinette déprime, sa fille lui en veut, Adrien voudrait que la famille retrouve le sourire. Et si on offrait à Eliane la pièce maitresse de la maison : une commode XVIIIe ?

La troisième, Ah, que la montagne est belle !,écrite par Jean-Bernard Pouy et publiée en 1999 aux éditions Baleine/Le Seuil, associe humour et genre noirs. Trois vieux messieurs vivent à l'écart dans un village déserté de haute montagne, jusqu'au jour où l'un d'entre eux, Lucien, emmené d'urgence à l'hôpital en état d'ébriété avancée, meurt après avoir un peu bavardé... Marcel n'explique pas autrement l'arrivée de chasseurs armés et conquérants : ils savent qu'il y a de l'argent à trouver et ce ne sont pas deux vieux, dont personne n'irait se préoccuper, qui vont les empêcher de mettre la main sur le magot.

L'appareil pédagogique est de qualité : les trois nouvelles sont commentées par Françoise Spiess, qui propose une définition minutieuse du polar noir, une analyse de chaque nouvelle et de récents entretiens avec les auteurs.

Judith Rosenfeld.

Romans

Lune indienne
Antje Babendererde.
Bayard jeunesse, 2007. (Millézime)

Oliver est un adolescent heureux, satisfait de sa vie entre le lycée et la maison. Il s'entend bien avec sa mère Susan ; certes, il n'a pas vu son père depuis un an, celui-ci étant très occupé à faire le tour du monde, mais il en a pris son parti. Il passe de bons moments avec Markus, son meilleur copain. Et surtout, il y a Nina, l'amour de sa vie !

Enfin, il était heureux... jusqu'au moment où sa mère lui annonce sa décision d'épouser Rodney, un indien Lakota vivant dans une réserve indienne. Et, bien sûr, Oliver doit tout quitter et venir avec elle pour rejoindre Rodney, là-bas, dans l'Ouest américain.

Transplanté contre son gré dans la réserve, Oliver est bien décidé à tout faire pour rentrer en Allemagne le plus vite possible. Soit, ne parler à personne et être désagréable avec tout le monde ! Mais c'est compter sans l'accueil et la gentillesse de Rodney, de sa fille Sadie et de grand-père Joe. Et puis, il y a Ryan, le fils de Rodney, qui le déteste et souhaite son départ ; il est hors de question de se laisser chasser par Ryan !

Dans la réserve, Oliver découvre le racisme, la misère et le désespoir d'un peuple qui a été peu à peu dépossédé de tout, mais aussi sa volonté de survivre, de lutter pour conserver des droits et des traditions. Et il se retrouve aux côtés de Rodney, les fusils des agents du FBI pointés sur eux... Il se sent alors " fier comme un jeune guerrier après son premier affrontement avec l'ennemi ".

Finalement, Oliver restera peut-être dans la réserve où il s'est trouvé une grande famille : le " Tiospaye ", plus un petit frère à naitre et un grand frère enfin apprivoisé... Oh ! et puis il y a Tammy et ses si beaux yeux...

" J'étais chez moi. Qui l'aurait pensé ? Ce n'était que le début, et il n'y aurait jamais de fin ".

Corinne Sallée.

Un endroit pour vivre
Jean-Philippe Blondel.
Actes Sud junior, 2007. (D'une seule voix)

J'ai lu Un endroit pour vivre tard dans la nuit. Le lendemain, j'en parlais. A une, deux, trois personnes. Et le jour d'après aussi. Ce livre fait ça : décrire un moment d'enthousiasme, un moment où l'on sait que l'on va déplacer une montagne.

C'est un texte qui se lit presque comme un scénario, avec des tirets qui apparaissent sans cesse dans les phrases comme des nouveaux plans de cinéma. L'histoire - très courte - que Jean-Philippe Blondel raconte se passe en quelques jours dans un lycée. Un nouveau proviseur arrive. Et personne ne semble choqué par son discours. " Vous ne savez plus ce que veulent dire les termes dignité, respect et valeur du travail ". Toute ressemblance avec l'actualité est - je le souhaite - volontaire. Le lycée ne doit plus être avant tout" un lieu de vie ", mais un lieu de travail.

Alors on va montrer la vie. Le héros de ce texte prend sa caméra et se met à filmer l'intérieur de l'établissement. Les baisers des amoureux, les révisions dans les couloirs, des sanglots étouffés dans les toilettes. Au montage, cinq minutes trente de vie. Qui vont lui coûter un renvoi, évident. Mais lire ce texte, c'est une respiration, nécessaire. C'est la scène finale du Cercle des Poètes disparus. Un endroit pour vivre raconte en quelques pages un sursaut de vie, des yeux qui s'ouvrent. Et ce texte, très bien écrit, donne au lecteur le droit de penser ça :" Il faut avoir confiance en l'humanité ".

Elle est plutôt rare, la vie donnée comme ça, comme un coup de poing. La certitude que ce sera beau. Même - et surtout - quand tout le monde veut vous faire croire le contraire.

Madeline Roth.

La rebelle
Thierry Crifo.
Syros, 2007. (Rat noir)

Coumba partage sa vie entre sa fille Assata, deux ans, le Mac Do où elle travaille et le lycée où elle étudie avec conviction, bien décidée à couper avec le passé. Mais ce jour là, elle est convoquée dans le bureau du proviseur du lycée où l'attend la police... Aldo, le père d'Assata, vient de s'évader de prison Il va probablement chercher à la revoir. C'est pourquoi là voilà sous haute surveillance.

Nous suivons Coumba au long de cette journée infernale, décisive pour sa vie. Elle ne se laisse impressionner ni par le jeune policier qui la drague ni par les commentaires des lycéens. Elle garde la tête froide, confrontée à des choix terribles, tandis qu'Aldo ne trouve pas d'alternative à la fuite et à la tragédie.

Passionné de cinéma, Thierry Crifo anime des ateliers d'écriture en milieu carcéral et travaille comme cameraman pour la télévision. Il construit son livre comme un scénario et fait de ce roman très visuel un texte crédible, passionnant et émouvant. Ancré dans la société actuelle, ce roman permet d'aborder des questions telles que l'honneur, la fidélité, la responsabilité de chacun, les conséquences de nos actes...

Christine Rivoire.

Sans un cri
Siobhan Dowd.
Gallimard Jeunesse, 2007. (Scripto)

Shell s'occupe seule de son frère et sa soeur depuis le décès de sa mère. Son père joue les dévôts et s'adonne à la boisson, ce qui le rend violent. Dans cette Irlande, pourtant contemporaine, la jeune fille mène une vie sans joie. Elle finit un jour par céder aux avances de Declan, ce qui rompt son amitié avec Birdie qui flirtait déjà avec lui. Bientôt, elle se découvre enceinte et incapable d'expliquer sa situation autour d'elle. Elle accouche en secret, aidée de son jeune frère, mais doit enterrer l'enfant mort-né. Lorsqu'on découvre le cadavre d'un nourrisson qui n'est pas le sien, son tourment prend un autre visage...

Pluie et prières jalonnent ce roman très pudique (inspiré de faits réels) qui offre un beau portrait d'adolescente éperdue de solitude, victime de la paupérisation et s'adresse davantage aux bonnes lectrices.

Problèmes familiaux/ Irlande/ Croyance-foi/ Image de la femme.

Robert Roussillon.

Tobie Lolness
Timothée de Fombelle.
Gallimard jeunesse, 2006

Tobie, treize ans et demi, un millimètre et demi de haut, est caché dans une anfractuosité de l'écorce pour tenter d'échapper à ses poursuivants. Cinq ans plus tôt, son père, un savant reconnu et adulé par son peuple, a refusé de livrer le secret de l'énergie de l'arbre dans lequel vit son peuple. Chassé, il a quitté son " pays " avec sa famille pour s'installer dans les basses-branches, un endroit hostile et froid, dans lequel il va vivre des aventures enrichissantes. L'auteur décrit une société de petits êtres peuplant les arbres, au sein de " l'arbre monde ". De multiples interrogations émergent au fil des pages : pourquoi le père de Tobie n'a-t-il pas voulu livrer sa formule ? Le progrès est-il un danger pour la société de l'arbre ? Qui s'emparera de cette découverte et dans quel but ? Les illustrations de François Place mettent en valeur ce monde miniature. Ce voyage au coeur de l'infiniment petit est bien agréable à lire.

Carine Miletto.

Derrière l'écran
Pascal Garnier.
Bayard jeunesse, 2007

Il y a, chez Pascal Garnier, une tendresse toute poétique pour évoquer le mal être des adolescents à la dérive qui rend d'emblée le personnage de Jimmy sympathique. L'opportunité de quitter un univers scolaire étriqué se présente lorsque son père, récemment sorti de prison et passionné de cinéma, lui propose de faire équipe avec lui pour mener à bien un projet qu'il a eu tout le temps de concocter pendant sa détention. Il rêve de sillonner l'Ardèche à bord d'une camionnette transformée en cinéma itinérant. Une aventure qui se déroule sans trop d'encombres les premiers temps, même s'ils ne possèdent qu'une dizaine de films et si, quelquefois, les spectateurs se font rares.

Jusqu'au jour où la camionnette tombe en panne dans la nuit et où ils sont recueillis dans un château occupé par une jeune fille énigmatique et sa grand-mère. Taxidermiste et ventriloque, la jeune Diane fascine Jimmy qui en tombe amoureux tandis que son père, en attendant que le véhicule puisse être réparé, s'occupe à remettre en état un film étrange où les bribes de vie présente et passée des occupants du château semblent inexplicablement s'enchevêtrer...

Une jolie métaphore que ce basculement du récit dans le fantastique, pour évoquer le charme puissant qu'exercent sur nos vies la force de nos illusions...

Nadine Travacca.

Ados sous contrôle
Johan Heliot.
Mango, 2007. (Autres Mondes)

Dans une société à la technologie avancée, des organismes sont chargés de repérer les adolescents rebelles pour les boucler dans des camps de redressement disséminés un peu partout dans le pays. Les jeunes sont séquestrés, placés sous le contrôle permanent de mentors qui n'hésitent pas à employer la méthode forte pour les rééduquer : humiliations, marche forcée, privations... et pour certains récalcitrants, implants qui les transforment en obéissants robots et les dépossèdent de toute volonté.

La plupart de ces enfants appartiennent à la zone " out ", placée à la périphérie des villes où s'entassent les populations les plus défavorisées tandis que prospèrent en zone " in " les familles aisées protégées par des systèmes de détection sécuritaires ultra-perfectionnés. Le comportement de Lou, mauvaise élève un peu trop portée sur la fumette qui vit dans un quartier protégé, inquiète ses parents qui la confient à l'un de ces camps de rééducation. Pour la jeune fille qui découvre la peur, l'électrochoc est brutal...

Un roman d'apprentissage rondement mené, malgré quelques clichés, accompagné d'une postface où l'auteur précise ses sources et ses intentions en racontant cette histoire édifiante qui devrait accrocher nos lecteurs de lycée professionnel.

Nadine Travacca.

Des baisers pour plus tard
Rose Lagercrantz.
De la Martinière, 2007. (Confessions)

L'auteur raconte la vie de son père Georges, surnommé Orge, à partir des enregistrements qu'il a laissé sur vingt-neuf cassettes vers la fin de ses jours : un homme au tempérament de feu, qui joue des poings dès son plus jeune âge, à tort ou à raison, qui rêve de s'enrichir dans une Allemagne secouée par maintes crises. A l'avènement du nazisme, l'antisémitisme devient religion d'état. De même, toute opposition au pouvoir est réprimée. Pour divers motifs, Orge goute aussi de la prison mais cela n'altère pas sa formidable soif de vivre. C'est à l'occasion d'un déplacement professionnel qu'il rencontre à Prague la fragile Anna dont il tombe amoureux et qui va lui procurer des papiers pour fuir en Suède alors qu'elle disparaitra en déportation. Loin dans son pays d'exil, Orge n'oubliera jamais celle qui lui a sauvé la vie.

Rose Lagercrantz utilise un style d'une grande simplicité pour camper ses personnages, cependant l'horreur de la toile de fond historique en ressort avec plus d'intensité. Elle dédie son livre à Anna, dont nous savons peu de choses ; elle essaie aussi de comprendre, par le biais de cette fiction, comment ont survécu les Juifs pendant la guerre. Son cheminement ne manque ni d'émotion ni d'efficacité. La collection " Confessions " propose ici, sans doute, son livre le plus réussi.

Robert Roussillon.

Marguerite
Leila Sebbar.
Actes sud, coll. BabelJ, 2007

" J'ai eu un chagrin... un chagrin immense. J'ai compris ce jour-là qu'on peut mourir de chagrin. Mourir d'amour... mais je ne suis pas morte."

C'est ainsi que commence ce roman, par la fin et à la première personne. Mais dès le second chapitre, l'auteur nous place à une distance polie et pudique de Marguerite et un narrateur prend le relais pour nous raconter son histoire. Par petites touches, à la façon d'un impressionniste. Marguerite jeune fille, puis jeune mariée, puis jeune mère et puis la vie qui passe... une vie sans relief, mais pas sans rêve. Et lorsqu'arrive Sélim, Marguerite a le courage de transformer ses rêves en vie. Le temps qu'elle dure.

En filigrane, Leïla Sebbar décrit la France d'une autre époque, celle des années 60 à 80. Elle nous raconte la désertification des campagnes et le chemin qui conduit les paysans vers le monde ouvrier, la condition de la femme en pleine évolution, ainsi que l'ambigüité des relations franco-algériennes.

Corinne Sallée.

Documentaires

Une France pluriculturelle : le débat sur l'intégration et les discriminations
Salvator Erba.
Librio, 2007

Un documentaire en quatre chapitres, de l'origine de l'immigration en France à la politique d'intégration, en passant par l'intégration et les valeurs républicaines, mais aussi les discriminations liées au travail, au sexe... Cet ouvrage donne un point de vue à la fois historique, politique et social sur un sujet actuel qui fait débat chez les jeunes : les discriminations. Il est illustré de nombreux exemples : témoignages, mesures législatives, chronologie, tableaux statistiques... Ce thème, souvent traité dans le programme d'ECJS entre autres, trouve ici un support objectif et synthétique qui s'accorde parfaitement avec les attentes des professeurs concernés.

Carine Miletto.

Autobiographie de lecture

Une enfance au pays des livres
Michèle Petit.
Didier Jeunesse, 2007. (Passeurs d'histoires)

Anthropologue de la lecture, Michèle Petit est connue pour ses travaux de recherche. Dans Eloge de la lecture (Belin, 2002), elle allait à la rencontre des lecteurs, interrogeant le rôle de la lecture dans la construction de soi. Une enfance au pays des livres, récit autobiographique, croise travaux de recherche et travail sur soi, sciences sociales et psychanalyse. Michèle Petit creuse un sillon dans le terreau des souvenirs, ravivant les émotions de lecture de l'enfance et mettant à jour à petits points le rôle essentiel qu'a joué la lecture dans sa propre vie. Construit en courts chapitres et écrit dans une langue précise et poétique, il se lit comme un récit, mais le lecteur pourra en faire un point de départ fécond pour une réflexion personnelle sur son propre rapport au livre.

Marie Guelpa.

Lire au lycée professionnel, n°55, page 37 (09/2007)

Lire au lycée professionnel - Notes de lecture (Lire au lycée professionnel, numéro 55)