Pistes de lecture

Notes de lecture ("Lire au lycée professionnel, numéro 54")

Gérard Belle-Pérat,
Emilie Dantonel,
Marie-Cécile Guernier,
Anne-Laure Héritier-Blanc,
Claire Lachaize,
Vincent Massart-Laluc,
Carine Miletto,
Karine Ribouton,
Christine Rivoire,
Robert Roussillon,
Corinne Sallée,
Nadine Travacca,
Valérie Vignoboul,
Annie Vuillermoz.

BD

Rosangella
Berlion / Corbeyran.
Dargaud, 2007

Beau personnage de femme créé par Corbeyran et dessiné par Berlion, Rosangella n'a pas eu la vie facile : battue par Max, le père de ses deux premiers enfants, Manu et Lisa, spoliée ensuite par l'homme avec qui elle vécut et géniteur de Bruno, son deuxième fils. Elle exploite deux manèges de fête foraine, dans une petite ville du midi de la France. Dans cette localité, Jo, vigile de centre commercial, devient son ami, veille sur elle discrètement, sans oser lui avouer son amour. Quinze ans plus tard, Max revient et, sous prétexte de fêter l'anniversaire de Lisa, essaie de renouer avec Rosangella ; ce retour déstabilise la famille, fait revenir des souvenirs violents et douloureux. Mais l'héroïne, beaucoup plus forte, ne se laisse pas abuser par ce nouveau Max. Agissant comme un révélateur, la fête constitue un moment dramatique où s'éclaircissent les non-dits du récit, s'expliquent différents épisodes de la vie de Rosangella qui, enfin, peut connaitre, si ce n'est le bonheur, au moins l'apaisement et la sérénité.

Le scénariste a développé un magnifique personnage féminin, brisé par la vie mais capable de se relever, de montrer une grande force de caractère dans les moments difficiles. Il fait avancer le récit à partir du point de vue de la fille de Rosangella, mais livre au lecteur tous les sentiments, toutes les pensées des personnages, si bien que celui-ci se retrouve dans la situation de focalisation zéro. Le scénario, de ce fait, apparait très original.

Berlion, le dessinateur, propose un dessin de grande qualité, fortement lumineux, réalisé directement en couleur ; les couleurs pâles et froides pour la majeure partie de l'album, correspondent à la vie difficile, monotone de l'héroïne (sortie de prison de Manu, place de la cité où sont installés les manèges...). Elles deviennent plus chaudes quand monte l'intensité dramatique (anniversaire de Lisa...), pour être particulièrement éclatantes dans l'épilogue.

Cet album illustre parfaitement ce drame familial (femme battue, famille éclatée...), banal par certains aspects mais pourtant effrayant par la violence qui explose à certains moments.

Le cycle de Cyann, tome 4
Bourgeon / Lacroix.
Vents d'Ouest, 2007

Avant dernier album de la saga, le tome quatre continue le récit des aventures de Cyann, poursuivant son exploration du réseau de portes qui structurent l'espace et permettent de passer d'un monde à l'autre, afin de regagner sa planète, Olh. Après avoir vécu des péripéties mouvementées sur des étoiles aux reliefs accidentés, recouverts d'une végétation luxuriante et variée, Cyann tombe sur Marcade, univers totalement différent : milieu fortement urbanisé, monde où tout est considéré comme une marchandise et, donc, a un coût. Il faut acheter, non seulement les objets, les biens, mais aussi le moindre renseignement, la moindre conversation, la plus anodine comme la plus élaborée. Sur Marcade s'est développée une société mercantile, fortement individualiste ; de ce fait, la personne qui n'a pas les moyens n'existe pas. Cyann va connaitre des joies (rencontre avec Akhmar, inspecteur d'empire, plaisirs charnels...) mais aussi de nombreuses désillusions, à cause des mauvaises intentions, des mesquineries des habitants. En utilisant une porte sur l'espace, elle va retourner sur Ohl, sa patrie, mais quarante ans plus tard, et tout a changé...

Les deux auteurs se penchent, ici, sur les voyages dans l'espace mais surtout dans le temps, ce qui redynamise le récit et ouvre des perspectives intéressantes pour le tome cinq qui doit conclure Le cycle de Cyann. Ils prennent le temps d'approfondir la psychologie des individus, de mettre en place des personnages secondaires, au caractère complexe, qui ont une réelle profondeur, s'intègrent parfaitement à l'intrigue. D'autre part, ils créent des univers insolites, merveilleux et cohérents : c'est une des grandes qualités de cette BD de science-fiction.

Le dessin de François Bourgeon, d'une précision rare, foisonne de détails, de précisions qui apportent crédibilité, charme et poésie à la série : "J'espère que les lecteurs, eux, auront le temps de revenir sur tous ces détails que je place ici ou là et qu'ils n'ont peut-être pas aperçus en première lecture " (interview du dessinateur, dans le mensuel, dBD, n°11, mars 2007). Cet album est une réussite indéniable, tant du point de vue de la narration que du graphisme et de la couleur.

War and dreams
Charles, Jean-François et Maryse.
Casterman, 2007

Dans un village de la Côte d'Opale (entre la baie de Somme et Dunkerque), arrive Erwin, artiste peintre, en vacances avec sa nièce, Marian. Il effectue un pèlerinage dans ce lieu où il était affecté comme soldat pendant la Deuxième Guerre mondiale. Il recherche une jeune Française, à laquelle il avait promis de revenir. D'autres personnages se retrouvent ici : un Anglais qui vient d'acheter une maison dans le village, un Américain, gravement malade, en visite avec son petit-fils, à qui il veut léguer un secret, un Français qui assure le gardiennage du petit musée local. Le pays ranime, chez chacun d'eux, des souvenirs anciens, liés à la guerre. Tout d'abord, Erwin se rappelle Opale, belle jeune fille mystérieuse dont il sauva la jeune soeur de la noyade. Archie, l'Anglais, est hanté par les images de sa campagne dans les sables de Libye et d'Egypte où il occupait le poste d'officier de renseignements et vécut un grand amour avec Sahara, son contact de guerre. Le Français, personnage énigmatique, assure également le rôle de narrateur ; il doit vraisemblablement devenir déterminant dans la suite de l'histoire (il fait constamment référence à une certaine Laure, élément perturbateur, nécessaire à la relance du récit).

L'album est construit en un incessant aller-retour entre époque contemporaine et Seconde Guerre mondiale. Il met en place les personnages, noue des destins différents qui s'enchevêtrent les uns avec les autres et prépare la suite de ce cycle. La scénariste, Maryse Charles, mêle adroitement, Histoire (avec un grand H), aventure et passion. Tous les ingrédients sont en place pour que se développe un récit intéressant qui rassemble évènements historiques, personnages variés, situations complexes, actions, sentiments, rebondissements, drames... Jean-François Charles, le dessinateur, construit des planches soignées qui mettent en valeur les paysages maritimes du Pas-de-Calais, baignés d'une douce lumière. Les magnifiques couleurs pastel constituent, dans certaines vignettes et planches, de véritables tableaux. Les deux auteurs nous proposent, avec ce premier album, une série attrayante, prévue, en principe, en quatre volumes, dans la veine d'oeuvres comme Les pionniers du nouveau monde (saga de trappeurs en Amérique du Nord) ou India Dreams (aventures et amours en Inde, encore colonie anglaise).

Paroles de Poilus
Soleil, 2006

En 1914, au début du conflit, nombre de soldats pensaient partir se battre pour quelques semaines, voire quelques mois... Mais la guerre va durer quatre longues années. Les combattants vont être confrontés au froid, à la peur, à la boue, aux poux, aux gaz, à la mort. Ils vont voir tomber, à coté d'eux, leur copain, leur ami, leur frère. Malgré la censure et les difficultés, les Poilus écrivaient à leur famille, décrivaient leur quotidien et les horreurs de la guerre, dans les courriers envoyés à leurs proches. Un certain nombre de ces lettres ont été rassemblées par Pierre Guéno, à partir des envois (près de huit mille lettres et documents) faits à Radio France suite à un appel, et publiées en 1998, sous forme de livre. Paroles de poilus constitue un témoignage irremplaçable de ceux qui ont fait l'histoire par leur sacrifice et ont participé à la boucherie qu'a constitué la Guerre de 14-18.

Le recueil de lettres est adapté en bandes dessinées. Vingt lettres de Poilus sont illustrées dans cet album peu ordinaire. Chaque dessinateur a eu toute liberté pour choisir un texte, en faire l'adaptation et le mettre en images. Les auteurs les plus divers ont participé à cette entreprise : Lepage, Lidwine, Guarnido, Hérenguel, Bajram, Gimenez, De Metter... Chacun d'eux apporte sa propre sensibilité, sa propre lecture ; le résultat se traduit par une plongée dans la réalité, avec horreur mais aussi avec tendresse, parfois même avec ironie et drôlerie. Cet album rend hommage à ces Poilus, héros anonymes, trop souvent oubliés.

Poésie

Peut-être oui
Friot, Bernard ; Ferté, Elisabeth (Ill).
De La Martinière, 2006

Le titre plein de promesses est un peu à l'image de ce qu'est l'adolescence. Car dans ce livre de poésie il est bel et bien question d'adolescence et de son cortège : l'amour et ses blessures, la violence des sentiments et leurs excès, la mélancolie, la fougue de la jeunesse, la fragilité, l'espoir, la tristesse, l'intensité du bonheur, la difficulté d'être au monde, les rêves à venir, la solitude... En fait les mille et une facettes d'un être en devenir. Et l'auteur, bien qu'adulte, a su parfaitement trouver les mots pour dire et célébrer cette adolescence. Avec une grande acuité et beaucoup de sensibilité, il rend hommage à cette période si délicate. Rythme parfois syncopé, aphorismes, mots qui dansent sur la page au gré de la typographie, l'écriture est fluide et légère sans oublier d'être percutante. Enfin dernière chose, l'intérêt du livre ne réside pas seulement dans les mots mais aussi dans les images. Très graphiques, elles sont en accord parfait avec le texte, elles forment un tout, à la fois fortes et évocatrices, elles jonglent entre l'abstraction des formes et le réalisme. Malgré leur forte présence graphique, le texte trouve assez bien sa place. Un bel objet livre (la couverture est originale), à feuilleter au gré des humeurs, qui plaira sans aucun doute aux adolescents filles et garçons.

Romans

La mémoire trouée
Combres, Elisabeth.
Gallimard, (Scripto), 2007

Emma, après avoir assisté au massacre des siens dans un Rwanda à feu et à sang, se réfugie chez une vieille dame. Mukecuru, (grand-mère en rwandais), accepte de la cacher en respectant le trouble et le traumatisme de celle-ci. Les deux femmes tentent alors de survivre malgré les assassinats et les fouilles.

Elisabeth Combres, plus connue pour sa collaboration à de nombreux documentaires (Les clés de l'info, entre autres) écrit ici son premier roman sur un sujet difficile et oppressant. Notons son aisance à décrire une réalité tourmentée et à mettre en scène des personnages brisés par la vie. Un réel talent pour décrire l'état psychologique profond de ses héros face à un évènement on ne peut plus bouleversant.

L'oracle
Fischer, Catherine.
Pocket jeunesse, 2005.

L'Archonte, haut magistrat dans l'antiquité grecque, s'apprête à donner sa vie pour que son pays ne souffre plus du manque d'eau. Hélas, son sacrifice n'apporte pas l'eau sur terre, mais transforme la vie de Mirany, la nouvelle " porteuse ". Avant de mourir, le vieillard lui confie un terrible secret et une mission vitale pour son peuple :retrouver le véritable Archonte, qui prendra sa succession, en défiant Hermia, la porte-parole, manipulatrice du peuple. Mirany, critiquée et rejetée par les autres filles, essaie alors d'accomplir avec sérieux et discipline les volontés ultimes du haut personnage.

Un livre passionnant, aux personnages attachants et déterminés, une quête de la vérité dans le but de rétablir l'ordre : le lecteur, orienté vers différentes pistes, est captivé. Cette quête initiatique pour sauver un peuple passionnera les adolescents. Pénétrer dans ces mondes parallèles, avec des hiérarchies nouvelles et une organisation de la société matriarcale, principalement, (les femmes sont des figures emblématiques du roman, c'est par elles que le destin s'accomplira) communique aux adolescents une ouverture sur l'imaginaire. De plus, il s'agit là encore d'une trilogie. Ces lectures en série du genre fantasy fidélisent le lecteur au fil des volumes.

Là-bas
Giulivo, Romuald.
Ecole des loisirs, (Médium), 2006

Présentatrice du journal télévisé, la mère de Badr n'a que très peu de temps à lui consacrer.

L'adolescent ne supporte plus les absences répétées de sa mère, les rendez-vous manqués, et sombre peu à peu dans la dépression. Badr prend alors ses distances avec ses amis de toujours. Il sèche l'école et passe son temps à visionner les anciens reportages de sa mère. Il refait l'histoire à travers les évènements commentés par sa maman. Une image cependant retient son attention, celle de sa soeur. Il consacre alors tout son temps à retrouver celle qui lui tenait la main petit. Badr découvre ainsi brutalement, à travers le petit écran, qu'il a été adopté. Il encaisse seul...

Ce roman raconte avec justesse et pudeur les rapports mère fils et l'impossibilité de communiquer entre deux êtres qui s'aiment trop, mais ne se le disent pas. La description des étapes successives de la descente aux enfers d'un adolescent en manque d'amour maternel est originale et tragique. L'émotion transparait entre les lignes.

L'héritage de Maëlzegast, 1, Princesses maudites
Laporte, Michel.
Hachette jeunesse, 2007

Encore un cocktail réussi composé d'une quête de la vérité, d'une famille aux pouvoirs magiques et d'une héroïne, haute en couleur, qui affronte les forces maléfiques ! Sylvia mène une existence paisible entre ses deux frères et son père, Maitre Peire, à qui elle voue une grande admiration. Un matin, il disparait, la laissant seule avec les deux enfants. Courageusement, elle décide de se rendre chez sa grand-mère, Diafronisse, afin de comprendre le pourquoi de ce départ. Elle bascule alors dans un monde nouveau, où ses compagnons de route sont aussi originaux les uns que les autres. Jaufré, troubadour amateur, fait chavirer le coeur de Sylvia, la Dame Claire ; Azalaïs, sa soeur jumelle et ennemie, qui refuse toute tentative de réconciliation ; Gamaël, le nain, dévoué à Sylvia ; La dame Blanche, mère de l'héroïne, prise de folie depuis la naissance des jumelles ; L'Ermite, qui donne à Sylvia, le pain sans fin... Tous ces personnages joueront un rôle important dans le devenir de Sylvia, princesse maudite. Quel destin va t-elle choisir d'épouser ?

M. Laporte explore des contrées inconnues avec passion et transmet au lecteur des émotions intactes liées au monde parallèle évoqué. Un roman de fantasy, romantique et héroïque, susceptible de toucher un public de filles, encore réfractaire aux héros guerriers et combatifs de ce genre.

Rester vivante
Leblanc, Catherine.
Actes Sud Junior, 2007

Josépha, ou plutôt Jo, est une élève de terminale mal dans sa peau, dont l'objectif est de rester vivante. Elle ne supporte pas son apparence physique, trop maigre, effacée, sans intérêt. Elle subit la cohabitation avec ses parents : un père passionné par l'Equipe, mais non sportif, une mère, lectrice assidue de Marie Claire, revue dans laquelle elle puise les conseils prodigués à sa fille chérie. Elle vit dans une angoisse perpétuelle qui accentue son état dépressif. Catherine Leblanc écrit là un roman intimiste dans lequel elle décrit avec justesse les sentiments d'une jeune fille de 17 ans. Ce malaise adolescent, cette période aux changements critiques, transporte le lecteur dans la tête de Jo. On la découvre tour à tour déprimée, amoureuse, énervée, déçue, mais toujours justement évoquée.

Phaenomen
L'Homme, Erik.
Gallimard jeunesse, 2006

Claire, Nicolas, Arthur et Violaine sont ce que l'on peut appeler des phénomènes. En effet, abandonnés par leurs parents, ils vivent à la Clinique du Lac (celle de l'Espoir comme le disent les prospectus publicitaires). Tous atteints d'une maladie particulière, l'autisme pour Arthur par exemple, ils jouissent de pouvoirs exceptionnels grâce auxquels ils vont vivre une aventure extraordinaire. Ces enfants apprécient la présence et le soutien du docteur Pierre Barthélémy, le seul à leur témoigner de l'attention et de l'amitié. Mais, un jour, il est enlevé. Les enfants sont alors prêts à tout pour le retrouver jusqu'à monnayer sa libération... Commence alors une course poursuite passionnante et angoissante qui met en scène quatre adolescents et des hommes de loi prêts à tout pour mettre la main sur des documents ultra secrets.

Soutenu par des personnages déroutants (des enfants fous et internés, aux pouvoirs étranges), ce roman policier à l'allure fantastique tient en haleine jusqu'à la fin, car rien ne laisse imaginer le secret qui sera découvert.

Si loin de chez soi
Wiseman, Eva.
Ecole des loisirs, (Médium), 2006

En octobre 1956, une insurrection populaire tente de chasser les communistes au pouvoir en Hongrie. Le mouvement est vite maté par l'intervention des chars soviétiques. Nelly Adler et sa famille ont peur, d'autant plus que des actes antisémites se déclarent et les touchent de près. La fuite s'impose aux parents. Une première tentative pour rejoindre l'Autriche échoue, la seconde réussit et fait de Nelly, sa petite soeur et ses parents de simples réfugiés désormais obligés d'assurer leur avenir. Adieu confort, sécurité, insouciance ! L'adolescente mûrit d'un coup et s'adapte au mieux à cette nouvelle situation. Mais l'exil ne s'arrête pas là : toute la famille s'embarque pour le Canada, pays idéal leur semble-t-il pour redémarrer de zéro. Les épreuves ne manquent pas : gagner de l'argent, reprendre l'école et apprendre l'anglais, se reconstituer un réseau d'amis... Nelly raconte sans s'apitoyer sur son sort. Elle confine son récit à une stricte relation des faits déroulés et ne donne pas dans l'anecdote humoristique qui encombre parfois ce genre d'ouvrage. Une lecture simple, attachante, qui ouvre les yeux aux lecteurs sur un événement historique qui a secoué l'opinion mondiale après la Seconde Guerre mondiale.

Témoignage

A l'ombre des Justes
Billet, Marie.
Elytis éditions, 2004

Ce livre, préfacé par le Docteur Pierre Fugain, Président de l'Association des Anciens Combattants de la Résistance en Isère, est un témoignage à plusieurs voix d'une histoire vraie de la dernière guerre, le destin croisé de citoyens ordinaires. L'auteure, Marie Billet, réside à Grenoble où elle exerce son métier d'éducatrice spécialisée. Elle a déjà rencontré de nombreux lycéens de la région grenobloise.

Egon Timar est un jeune roumain d'origine hongroise qui débarque à Paris en 1927. Avec ses frères, il monte une petite entreprise de maroquinerie, mais en 1940 sous les menaces antisémites il est obligé de s'exiler dans le sud-ouest puis à Grenoble où il débarque avec sa femme et son bébé et frappe à la porte du premier nom de sa liste de clients, un certain Pierre Brunet, qui l'accueille et l'aide à tout reconstruire. Sa fidélité et son soutien seront sans faille.

Louise est employée à la Préfecture, elle est mariée à un militaire, ils n'ont pas d'enfant. Elle croise Egon, lui procure de faux papiers ; ils se lient d'amitié et s'engagent activement dans la Résistance. Grenoble bénéficie d'un statut de ville calme et la présence des Italiens modère la tyrannie nazie, mais dès 1943 la traque des juifs se fait beaucoup plus pressante et Egon est à nouveau obligé de fuir. Pour mettre à l'abri leur enfant et se cacher plus facilement, Egon et sa femme demandent à Louise de garder leur petit Jean le temps nécessaire. Louise accepte et s'attache à cet enfant qui lui procure de grandes joies. Elle fait tout pour le protéger et lui assurer une sécurité maximum. Mais à la fin de la guerre les parents viennent rechercher leur enfant et c'est un déchirement ! Cependant de cette expérience bouleversante a surgi un évènement inespéré mais très désiré : Louise est enceinte ! " L'enfant confié, désormais restitué, avait-il permis à un autre d'advenir à son tour ? "

Pierre Brunet, Louise, et quelque 3000 citoyens non juifs reconnus en France font partie des Justes, ces résistants de l'ombre qui ont osé s'opposer à l'occupant et à sa doctrine nazie. Ils ont agi selon leur conscience et ont sauvé au péril de leur vie, des hommes et des femmes désignés à l'extermination.

A l'heure où le Président de la République et Madame Simone Veil inaugurent au Panthéon une plaque en hommage à ces Justes, il est bon de faire connaitre aux jeunes ce livre court, de lecture facile et émouvant. Il relate des faits réels qui touchent chacun d'entre nous, nous renvoie à notre responsabilité et à notre capacité de résistance.

Documentaires

Les 1000 mots de l'info : pour décrypter les discours de l'actualité
Combres, Elisabeth.
Gallimard jeunesse, 2006

Ce documentaire est composé de trois parties : l'introduction qui décrit la profession de journaliste, le lexique qui donne la définition de plus de mille mots et les thémas et débats. Les " thémas " font le point sur des sujets complexes à l'aide de textes courts, d'infographies ou de cartes. Les débats permettent de saisir les enjeux et les arguments. Par exemple, un théma sur le clonage et la multiplication des animaux est associé à un débat pour ou contre le clonage.

Ce dictionnaire encyclopédique est un outil pédagogique dont l'objectif principal est d'apporter des réponses aux questions que soulève l'actualité du monde. Il s'agit de donner du sens à l'information en développant l'esprit critique de notre jeune public. Les illustrations, les photos (un lexique avec 150 photos de l'agence Magnum), apportent de la clarté à l'information et montrent les différents angles de traitement d'un sujet. Voici une synthèse intéressante et judicieuse des différents thèmes de l'actualité, sans trop détails, mais en allant à l'essentiel de la problématique.

Lire au lycée professionnel, n°54, page 39 (06/2007)

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