Dossier : Adulte/ado, une question de relation

Pratiques de santé des jeunes

Présentation des études sur les pratiques de santé des jeunes suivis par les missions locales et sur les jeunes en apprentissage en Isère

Patricia Médina, Sociologue à l'Observatoire Régional de la Santé Rhône-Alpes.

Voici les résultats de deux études que l'Observatoire Régional de la Santé Rhône-Alpes a menées en 2005 et 2006. Auparavant, il convient de rappeler qu'il existe en France un Observatoire de la santé par région, que ces organismes - associatifs - d'étude et d'aide à la décision en matière de santé publique sont amenés à travailler sur toutes les tranches d'âge de la population, et notamment sur les jeunes, en effectuant des études quantitatives ou qualitatives. En l'occurrence, il s'agit de deux études qualitatives.

L'objectif

L'objectif de ces deux études était de renouveler l'approche des pratiques et représentations des jeunes en matière de santé, en recueillant directement leur parole, par le biais d'entretiens. La première étude menée en 2005 concernait les jeunes en insertion suivis par les missions locales sur quatre sites différents en Isère, et la seconde étude, qui s'inscrivait dans le prolongement de la première, a été réalisée en 2006 et concernait les jeunes en apprentissage en 1ère ou 2ème année de CAP dans le cadre d'un Centre de Formation des Apprentis (CFA-IMT de Grenoble et CFA de Bourgoin-Jallieu). Ces études ont été soutenues par la DDASS de l'Isère, la DRASS et le Conseil général de l'Isère.

Les synthèses et l'ensemble de ces deux études sont consultables et téléchargeables gratuitement sur notre site, à la rubrique "Nos publications" :
www.ors-rhone-alpes.org

La méthodologie

La méthodologie utilisée pour ces deux études qualitatives était basée sur des entretiens individuels semi-directifs approfondis, d'une durée variant entre une et deux heures et sur des entretiens de groupe (8 à 10 personnes), ou de mini-groupes, d'une durée de deux heures, avec une approche qui intégrait une dimension d'histoire de vie, ce qui a permis de creuser les problématiques familiales car, comme le dit Marie Choquet, la famille est véritablement la pierre angulaire de beaucoup de problématiques.

Nous avons rencontré 66 personnes au total. La moyenne d'âge des jeunes était environ de dix-huit ans, c'est-à-dire que nous avons rencontré des gens qui étaient assez jeunes, de 16/17 ans, et que nous avons également vu des personnes ayant jusqu'à 24/25 ans. Pour les jeunes en apprentissage, nous avons rencontré un peu moins de personnes, soit 31 jeunes, qui étaient un peu plus jeunes que les personnes suivies en mission locale.

Il s'agissait dans ces études d'explorer les représentations des jeunes sur la santé, leur santé, et sur leurs pratiques en matière d'utilisation des ressources de santé. Il ne s'agissait pas d'analyser leur relation aux adultes. Néanmoins, je vais tenter de reprendre l'essentiel des résultats au travers de cette autre porte d'entrée qu'est la relation entre les jeunes et les adultes.

Constats préliminaires

Des jeunes en bonne santé mais en souffrance psychique

Quelques constats préliminaires pour poser le contexte de ces études, qui s'inscrivent complètement dans la lignée de ce qui dit Marie Choquet. La première chose, c'est qu'effectivement on peut souligner que les jeunes sont globalement en bonne santé au plan somatique, c'est d'ailleurs la tranche d'âge qui va probablement le mieux. Le point noir de la santé des jeunes est ce que l'on peut appeler la déprime, le stress, le mal-être, enfin toutes ces problématiques qui ont trait à la souffrance psychique et qui constituent véritablement la préoccupation centrale pour cette tranche d'âge.

Des jeunes qui s'intéressent à leur santé

Un autre point mis en exergue par ces deux études, et qui est également apparu dans d'autres études que nous avons menées par ailleurs, auprès d'autres publics plus jeunes dans les collèges ou les lycées, va à l'encontre d'une idée qu'ont certains professionnels qui serait que les jeunes se désintéressent de la santé... S'il est vrai que les jeunes se désintéressent de la santé en tant que thème un petit peu abstrait, en revanche, leur propre santé les intéresse. Dès que l'on parle de leur santé, de leur corps, de leurs émotions, les jeunes deviennent extrêmement précis, se prêtent très bien au jeu des entretiens et finalement trouvent un certain plaisir à explorer ces thèmes qui, au fond, ne sont pas si souvent évoqués dans leur parcours.

Le poids des facteurs socioéconomiques dans l'accès aux soins

Egalement dans la lignée de ce disait Madame Choquet, le contexte socioéconomique n'explique pas tout, mais il a un impact certain. On sait bien aujourd'hui que l'espérance de vie d'un ouvrier n'est pas tout à fait celle d'un cadre et qu'il existe des différences selon le niveau de vie des personnes, notamment pour tout ce qui concerne l'accès financier aux soins. Dans ce domaine, on voit bien que le contexte a un poids déterminant. Ainsi, lorsqu'un jeune mineur vit dans une famille où les deux parents sont bénéficiaires de la CMU, le jeune hérite aussi, heureusement et malheureusement pour lui, de cette façon d'accéder aux soins, ce qui implique pour lui un certain nombre de difficultés parce que l'on sait que la CMU n'est pas toujours acceptée par tous les spécialistes, les dentistes, etc. Donc, en ce qui concerne l'accès aux soins, on peut redire et souligner encore que le niveau socioéconomique du jeune pèse fortement sur ses pratiques, même s'il fait partie d'une tranche d'âge où les choses vont plutôt bien.

Les résultats de l'étude

La famille : un vecteur de valeurs et de ressources

On repère plusieurs adultes autour du jeune en matière de santé. Les premiers adultes sont indéniablement les parents, la famille. La famille élargie compte aussi parce qu'on s'aperçoit que les grands-parents, les tantes, les cousins, les cousines, sont parfois proches géographiquement et affectivement et qu'ils jouent un rôle réel dans la vie du jeune... Quand la famille va bien, quand le lien jeunes-parents est bon, cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de conflits dans la famille ni que tout est idyllique, mais qu'il existe un lien suffisamment fort pour que la protection du jeune ne soit pas remise en cause, notamment son l'hébergement. Quand ce lien est bon, il y a beaucoup de choses qui se transmettent, en premier lieu, des représentations, des valeurs. Ainsi, si la mère à recours l'homéopathie, les enfants vont également l'utiliser parce qu'ils ont incorporé que c'est de cette façon qu'il faut se soigner. Cette transmission de valeurs va également se refléter dans la façon de manger, de se reposer, dans l'accès aux loisirs et plus précisément dans tout ce qui peut être utilisé comme "outil" de prévention de la déprime.

Enfin quand la famille est présente auprès du jeune, elle va créer l'accès aux ressources de santé. Ces ressources, ce sont d'abord des réseaux de professionnels. Ce sont notamment les médecins généralistes mais aussi les gynécologues, les ophtalmologues, les dentistes. En ce qui concerne ces professionnels, la famille joue comme un repère, c'est-à-dire que quand le lien est bon, la famille transmet un capital de confiance dont le jeune va se servir. Ainsi, les jeunes apprentis qui vont prendre des cours dans les CFA entre les périodes où ils sont en entreprise, sont parfois hébergés dans la ville où ils ont cours, mais ils ne se servent pas des professionnels de santé dans la ville où ils étudient : ils préfèrent attendre la fin de la semaine pour rentrer chez leurs parents - chez eux - et voir leur médecin généraliste (le "médecin de famille") ou le professionnel auquel ils sont habitués.

Il y a également la question du "souci" des parents, c'est-à-dire des jeunes qui sont portés/protégés par le souci que les parents ont de leur enfant. Ces jeunes ont accès à beaucoup de choses, notamment aux loisirs, au dialogue avec les parents, à des choses qui vont leur permettre de résoudre un certain nombre de malaises, de difficultés. Il y a par ailleurs tout ce qui relève du conseil et aussi de l'accompagnement vers les ressources de santé. En effet, les jeunes, aussi bien ceux qui sont suivis par les missions locales que ceux qui sont en apprentissage, qui ont 16/17/18 ans, sont encore souvent accompagnés chez le médecin par leurs parents et notamment chez les spécialistes. Cet accompagnement parait normal aux jeunes. Ils ne vivent pas cela comme une surprotection de la part du parent. Ces jeunes trouvent normal que les parents soient là, parce qu'ils les véhiculent, ce qui est crucial et indispensable dans les zones rurales, mais aussi qu'ils soient simplement présents. Sans compter le fait que, souvent, les parents financent la santé : ce sont eux qui vont payer les soins, même pour les apprentis qui reçoivent un petit salaire dans le cadre de leur formation en entreprise. Les parents sont souvent là pour aider financièrement... Ces différents soutiens sont très importants et ils sont indispensables à un bon accès aux ressources de santé.

Inversement, dans certains cas, le lien est tendu ou rompu, quand il y a des conflits très importants avec les parents, au point que le jeune se demande s'il va pouvoir continuer à vivre au domicile parental. On repère alors des situations où l'on sent le jeune en situation de rupture, de crise, qui essaye par tous les moyens de partir de chez lui pour vivre ailleurs. Et puis on a des situations beaucoup plus dramatiques où il y a une rupture décidée par les parents (le jeune peut alors être "mis à la porte") et où le jeune va essayer de se débrouiller pour se faire héberger à droite ou à gauche et va connaitre des périodes d'errance dans les cas les plus difficiles. Quand ce lien est mauvais, la première chose qui apparait, c'est une anxiété très forte, avec à la fois une perte d'estime de soi, (on sent que ce rejet parental ou cette perte de la protection parentale entraine quelque chose au niveau de l'image que l'on a de soi) et puis aussi un sentiment de fragilité, qui peut se traduire par l'impression qu'on va être atteint ou qu'on est atteint de pathologies graves. On a beaucoup de jeunes dans des situations difficiles qui, contrairement à tout ce que l'on peut savoir sur les jeunes en matière de santé somatique, se sentent fragiles et menacés par des tas de maladies. Quand le lien aux parents est mauvais, cela se traduit également par la perte des réseaux sociaux. En effet, il y a souvent des déménagements, des séparations géographiques et des pertes de réseaux qui font que même lorsque éventuellement il pourrait y avoir un accès financier correct aux ressources de santé, le fait que l'on perde le médecin généraliste de "famille", que l'on ne soit plus à l'endroit où l'on avait l'habitude de consulter, tout cela crée une rupture. Enfin, il va sans dire que quand les problèmes de logement deviennent importants, la santé s'en ressent immédiatement. Le fait d'être hébergé chez les parents et d'être protégé au sens matériel par les parents, a une importance déterminante.

La relation aux professionnels de santé

Parmi ces professionnels, on a repéré trois catégories importantes.

  • La relation de confiance, voire affective, avec le "médecin de famille"
    D'abord le médecin généraliste, le "médecin de famille", c'est comme ça que les jeunes en parlent, apItemit en matière de santé comme le deuxième "pilier". Souvent, c'est un médecin qui les suit depuis leur enfance (s'il n'y a pas eu de déménagement). C'est le médecin qui suit toute la famille ou au moins une partie de la famille et qui s'occupe à peu près de tout sauf, bien souvent apparemment, de la sexualité et de la contraception. La confiance des jeunes est très importante envers le médecin généraliste pour tout ce qui ne touche pas à la sexualité. On peut même dire que cette confiance prime sur la distance en cas de déménagement. Ainsi quand il n'y a pas de rupture avec les parents et que les jeunes vont s'installer de manière autonome, qu'il commencent à voler de leurs propres ailes et qu'ils changent de quartier ou de ville, on observe que certains préfèrent continuer à se faire soigner par leur médecin de famille plutôt que de trouver un nouveau médecin là où ils habitent. Cette relation, presque affective, avec le médecin, qui est tissée initialement par la famille et les parents, perdure dans le temps. Donc l'histoire des relations avec les professionnels de santé est quelque chose de très important pour ces jeunes. Cela a été une surprise pour nous car nous pensions que ces jeunes étaient dans une phase où le désir d'autonomie était aussi un désir de changer, de trouver de nouveaux réseaux, de nouveaux professionnels... Mais pour les populations que nous avons vues, ce n'était pas du tout le cas. Les jeunes souhaitaient s'inscrire dans une protection familiale, dans leur histoire familiale, qui les rassurait, confortait leur sentiment d'être protégés.
  • Le besoin de s'adresser à des spécialistes en matière de sexualité
    Pour tout ce qui est sexualité ou contraception, ce sont parfois d'autres professionnels qui entrent en jeu. Du fait de cette grande confiance dans le médecin généraliste et en particulier de cette grande confiance des parents dans le médecin, il arrive que certains jeunes redoutent que le généraliste ne parle "trop" aux parents, qu'il y ait des dérapages, qu'il finisse par faire quelques remarques aux parents sur le fait que la jeune fille souhaite mettre en place une contraception ou qu'elle a eu des difficultés par rapport à tel ou tel sujet qui touche la sexualité. Donc, quand le jeune ne veut pas parler aux parents de ses projets ou pratiques en matière de sexualité (même si la relation avec les parents est globalement bonne), le jeune va essayer de développer des stratégies autonomes pour trouver d'autres professionnels de santé (en allant par exemple dans un centre d'éducation et de planification familiale).
    Ce n'est pas toujours le cas, et on voit que des jeunes filles qui parlent très librement de sexualité, de contraception avec leurs parents, et notamment avec leur mère, vont consulter le gynécologue de leur mère ou même de leur grand-mère. Et, comme pour le "médecin de famille", on s'aperçoit que le poids du réseau familial, du réseau féminin est très important.... Enfin, que les filles en parlent ou non à leurs parents, à leurs mères, le spécialiste, le gynécologue Itemit souvent plus approprié que le "médecin de famille"...
    En ce qui concerne les gynécologues il peut s'agir de gynécologues qui exercent en libéral ou encore de ceux qui exercent dans les centres de planification et d'éducation familiale (CPEF), ce que les jeunes appellent communément le "planning familial". Qu'il s'agisse de gynécologues en libéral ou de gynécologues des CPEF, la sexualité renvoie à quelque chose d'extrêmement délicat et de fragile pour les jeunes et le poids du regard des adultes, des professionnels devient particulièrement important. Ainsi, le généraliste connait le jeune depuis longtemps, depuis l'enfance, et ce dernier n'hésite pas à lui confier un certain nombre de problèmes, mais pour tout ce qui touche à la sexualité, un domaine à la fois neuf et qui relève de l'intime, le besoin de réassurance, de confidentialité - voire d'anonymat - de déculpabilisation, de mise en confiance est énorme. C'est sans doute ce qui explique que certains jeunes se sentent mal accueillis, soit par le gynécologue en libéral, soit par le gynécologue dans les CPEF. Les jeunes femmes, jeunes filles se sentent jugées, voire méprisées par certains gynécologues. Certaines jeunes filles pensent qu'on ne va pas leur donner la pilule si elles "avouent" qu'elles fument tant de cigarettes par
    jour, d'autres ont l'impression qu'elles sont trop jeunes pour faire ceci ou cela et que le professionnel va mal les "juger"... En somme, le regard de l'adulte, du professionnel devient presque le regard de la société sur le jeune, et notamment la jeune. Il y a donc là à la fois ce besoin de neutralité et surtout de déculpabilisation et de bienveillance qui est très important pour ces jeunes.
  • Une relation aux professionnels de la santé mentale parfois anxiogène
    La troisième catégorie de professionnels importante en matière de santé pour les jeunes, ce sont les professionnels de santé mentale, et notamment parce que ce domaine constitue effectivement le point noir pour cette tranche d'âge. De nombreux jeunes parmi ceux que nous avons rencontrés, et c'est notamment vrai pour les jeunes suivis par les missions locales, avaient déjà eu des suivis dans leur enfance ou au début de leur adolescence par des professionnels de santé mentale, qu'il s'agisse de psychologues ou de psychiatres. Il s'agissait dans la plupart de suivis qui avaient commencé lorsque ces jeunes étaient mineurs, sur décision des parents et proposition de l'école, il s'agissait donc de soins subis. Le jeune n'avait pas choisi d'entrer dans ces soins, dans cette démarche, il n'avait pas choisi le professionnel. Ce sont des soins qui ont mal été compris, avec une relation au professionnel de santé mentale qui est apparue comme étrange, car c'est une relation qui ne ressemblait à aucune autre... Dans cette relation "inédite" il y a en effet une personne assise en face d'eux, qui prend des notes, et qui souvent, dans les descriptions qui sont faites par les jeunes, ne parle pas ou ne parle "pas assez". Il s'agit donc d'un mode de relation à la fois surprenant et inquiétant. Parfois, lorsque les jeunes ont "grandi" et qu'ils ont réussi à instaurer une relation avec le "psy", ou parce que, après leur majorité, ils ont décidé de faire eux-mêmes cette démarche de recherche d'un psychologue ou d'un psychiatre et qu'ils sont volontairement entrés dans un travail, un dialogue arrive à se mettre en place. Mais là aussi, il y a un rapport à des adultes professionnels qui peut être extrêmement anxiogène, mal compris, difficile, même si finalement, les jeunes le reconnaissent de manière assez unanime, ils se disent que cela fait du bien de parler. Mais parler à qui et parler comment ? Ce que l'on peut aussi ajouter, en ce qui concerne ces professionnels de santé par rapport à ce que disait Marie Choquet sur les consommations addictives, c'est qu'il s'agit d'un thème qui, pour beaucoup de jeunes, ne constitue pas un problème de santé. C'est vrai aussi pour la violence, qui ne rentre pas dans le champ de la santé pour un certain nombre de jeunes. Tout ce qui est fièvre, traumatismes... rentre assez facilement dans le champ de la santé, mais la consommation de tabac, d'alcool, de cannabis ou même les bagarres entre garçons sont parfois fortement déconnectés du champ de la santé, ce qui explique que beaucoup des jeunes que nous avons rencontrés, même ceux qui souhaitaient diminuer ou arrêter leur consommation de tabac, de cannabis, d'alcool, ne faisaient pas appel à des professionnels. Pour eux, il ne s'agit pas de problèmes de santé, et quand ces consommations finissent par leur poser un problème, ils ont le sentiment de devoir/pouvoir le résoudre seul... Enfin, ils ne voient pas à quels professionnels ils pourraient s'adresser dans cette démarche.

Une relation individuelle aux professionnels de l'insertion très appréciée

Outre les professionnels de la santé, il y a les professionnels de l'insertion qui peuvent également jouer un rôle dans le parcours du jeune, et surtout qui peuvent avoir un impact dans le domaine de la souffrance psychique. Ce sont essentiellement les éducateurs de prévention et les professionnels des missions locales. Ils ne touchent qu'une minorité de jeunes, mais ils peuvent intervenir quand la famille ne suffit pas, soit parce qu'il y a des conflits ou des ruptures, soit parce que la famille elle-même connait des difficultés au plan social, économique et qu'elle n'a pas les ressources pour répondre aux attentes des jeunes. Ce qu'apportent ces professionnels de l'insertion n'est pas un substitut parental, mais il s'agit bien d'un véritable apport qui se tisse dans une relation individuelle. Ainsi, notamment en ce qui concerne les jeunes qui sont suivis par les missions locales et qui peuvent assister avec plus ou moins d'intérêt à des animations de groupe, à des groupes de parole (tout cela pouvant être bien vécu et perçu comme intéressant), on s'aperçoit que l'élément vraiment fort de cette aide, de ce suivi, s'inscrit dans les relations individuelles où l'adulte professionnel va pouvoir poser un autre regard sur le jeune, un regard plus valorisant parfois que celui des parents ou de l'école - ce qui est déterminant - et puis proposer une aide concrète. En matière de santé, il pourra s'agir des possibilités financières d'accès au soin, de l'ouverture de certains droits, mais il est clair que ce regard, cette écoute, ce portage individuel vont constituer une aide extrêmement appréciée. Il faut également souligner que c'est lorsque les jeunes traversent des périodes très difficiles, quand ils sont "perdus", en rupture avec leur famille, qu'ils ont le plus de difficultés à demander de l'aide et à aller vers des professionnels. C'est finalement souvent parce que des éducateurs de prévention les ont repérés dans les endroits où ils interviennent, ou parce que, finalement, au cours d'un suivi avec la mission locale, les entretiens individuels ont permis de creuser certaines problématiques et de mettre à jour certaines attentes, que l'aide se met en place et les situations se débloquent.

Les professionnels des Centres de Formation des Apprentis

Un petit point encore sur les professionnels des centres de formation des apprentis puisque la question qui nous était posée était également de savoir si, finalement, ces différents publics de jeunes pouvaient présenter des points communs et si le fait d'être encadré par une entreprise et par un centre de formation créait quelque chose de positif ou de négatif en matière de santé. Nous avons observé que le fait d'avoir "accès" à des enseignants, d'une manière régulière, d'avoir accès à des relations qui peuvent se construire dans la durée avec les enseignants de VSP (Vie Sociale et Professionnelle) ou avec les autres professionnels des CFA, constitue une ressource possible pour les jeunes. Il ne s'agit pas d'une ressource valable pour tous... Néanmoins, lorsqu'un dialogue arrive à se mettre en place, notamment entre un jeune et un professeur de VSP ou un professeur d'atelier, il peut y avoir des choses qui se débloquent, des informations qui se transmettent, une aide qui se met en place. En soi, la possibilité de discuter avec un adulte est très appréciée des jeunes, mais il n'existe pas de confiance a priori. Quand on a affaire à des adultes qui sont extérieurs à l'histoire familiale, quand c'est le jeune qui se met lui-même à tisser une relation, en dehors des réseaux familiaux et recommandations familiales, il faut du temps pour que la confiance s'installe et qu'il y ait un dialogue, une écoute qui se mettent en place. Le monde du travail, les effets de l'entreprise, du travail sur la santé somatique ne sont pas toujours très positifs pour les apprentis : rappelons qu'il y a de nombreux métiers dans lesquels la pénibilité physique - voire, la dangerosité - est extrêmement importante. Ce que l'on peut fortement souligner, c'est que, pour les apprentis, qu'ils aient 16, 17 ou 18 ans, la question de la relation entre adultes et adolescents ne se pose plus dans ces termes en entreprise. On se retrouve essentiellement dans une relation employé/employeur où la question des spécificités de l'adolescence, des relations éventuellement problématiques des adolescents aux adultes ne se pose pas. Les particularités de l'adolescent ou du "très jeune travailleur" ne sont pas prises en compte ou très peu dans la réalité du travail (parfois même à l'encontre de ce qui est prévu dans le code du travail...). Dans le cadre de l'apprentissage, du monde du travail, le jeune bascule très vite dans des contraintes et dans des problèmes de santé qui sont ceux des adultes. Contraintes et problèmes qui sont d'autant plus durs à vivre que le soutien parental est faible...

Conclusion

En guise de conclusion, on peut souligner qu'à travers ces deux études on voit bien que la qualité du lien entre les jeunes et leur famille est déterminante et qu'il y a une très forte attente de protection de la part des jeunes. Une attente qui est explicite et qui parait normale aux jeunes, qui prend racine dans un besoin de reconnaissance, de réassurance et de bienveillance, et aussi dans un besoin d'écoute et d'échange, car il est vrai que l'écoute seule (de type "psy") est parfois anxiogène... On le voit bien en ce qui concerne les professionnels de santé mentale : il y a une non habitude de ce type de relation qui peut créer de l'anxiété. Enfin, quand la famille ne suffit pas - et cela rejoint ce que disait Marie Choquet - il faut qu'il y ait d'autres gens qui prennent le relais et qui accompagnent ces jeunes en difficultés. Des professionnels (missions locales, éducateurs de prévention, enseignants...) qui sont appelés à faire un travail individuel, sur la durée, approfondi car il y a un certain nombre de difficultés, de raisons de mal-être, de sources de souffrance psychique, qui ne peuvent pas se traiter globalement, en groupe, par des actions ponctuelles... Quant aux entreprises dans lesquelles se forment les jeunes apprentis, elles semblent bien loin du questionnement sur les relations entre adultes et adolescents, voire elles ne se préoccupent pas des spécificités psychiques ou physiques (croissance non terminée...) des adolescents. Pour certains jeunes l'adolescence s'arrête aux portes de l'entreprise... Où se posent en revanche d'autres questions concernant les relations employeurs-employés...

Lire au lycée professionnel, n°54, page 26 (06/2007)

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