Pistes de lecture

Notes de lecture ("Lire au lycée professionnel, numéro 53")

Le roman pour adolescents aujourd'hui

Le roman pour adolescents aujourd'hui : écriture, thématiques et réception
Delbrassine Daniel.
CRDP de l'académie de Créteil/ La joie par les livres, 2006. 444 pages - 23 euros

Nul doute que les lecteurs de Lire au lycée professionnel apprécieront cet ouvrage qui dresse un panorama des romans pour adolescents publiés entre 1997 et 2004. Issue d'une thèse soutenue à Liège en 2005, cette étude a pour objectif de décrire le roman publié dans les collections destinées explicitement aux adolescents et identifiées comme appartenant à la littérature pour la jeunesse, soumises donc en France à la loi de 1949. Cette littérature a-t-elle des procédés d'écriture spécifiques ? Peut-on considérer qu'elle a autant de valeur que la littérature générale ?

Après une partie historique qui retrace l'émergence du roman pour adolescents et met en évidence les influences auxquelles la production francophone a été soumise, Daniel Delbrassine s'empare d'un corpus de 247 ouvrages, dont certains sont des traductions de la littérature de jeunesse étrangère : allemande, américaine, anglaise, scandinave, qu'il analyse selon plusieurs perspectives. Il montre ainsi que les romanciers pour la jeunesse recourent à des procédés narratifs complexes : polyphonie, analepse, parodie, intertextualité, avec quelques spécificités liées au lectorat : voix narrative le plus souvent à la première personne pour développer un discours de la confidence et faciliter l'identification, signalisation explicite des changements de voix, usage d'un paratexte explicatif et d'un lexique accessible. La comparaison établie entre la réécriture par Michel Tournier lui-même de Vendredi ou les limbes du Pacifique, rebaptisé Vendredi ou la vie sauvage et l'original, met en évidence que l'effet de simplification n'est que superficiel : le nouveau récit gagne en force et en intensité, à tel point que Tournier considère que la réécriture était meilleure. Ce qui permet de fonder l'idée que cette réécriture, et partant la production pour la jeunesse, ne doit pas être considérée comme une sous littérature mais bien comme une forme d'écriture spécifique mettant en oeuvre des choix esthétiques réfléchis et en rapport avec le lectorat visé.

Observés du point de vue des thématiques développées, les romans pour la jeunesse manifestent aussi leur originalité. Tout d'abord le héros est le plus souvent un garçon, et non une fille. Ce qui étonne quand on sait que les lectrices sont plus nombreuses que les lecteurs. Deuxième source d'étonnement, la place importante de la violence : violence parentale et donc développement du stéréotype de l'enfant victime, violence entre jeunes, violence de la guerre et plus particulièrement de la Shoah qui occupe une place importance dans le corpus. Ce que certaines analyses de Lire au lycée professionnel ont également mentionné (cf. n° 47 et 48, 2005). Le roman pour la jeunesse accorde aussi la part belle à l'amour, dont la découverte est souvent l'enjeu du récit. Mais cet amour, et c'est certainement en raison de l'âge des héros et des lecteurs, en reste le plus souvent aux prémisses. Et bien qu'on puisse lire quelques scènes un peu explicites, les auteurs usent de toutes les ruses de l'implicite narratif pour suggérer les actes sans les décrire. Pour autant le roman d'amour semble remplir son double rôle didactique et lyrique. Daniel Delbrassine indique ainsi que la littérature pour la jeunesse obéit au principe du respect du lecteur en ne se dispensant pas d'aborder les thèmes tabous : violence, mort, sexualité et religion, mais d'une manière qui ne le heurte pas.

Ainsi il apparait que, depuis son émergence après 1945, la littérature romanesque pour adolescents a construit ses modes d'écritures et son esthétique et a de ce fait construit son identité et sa place dans le champ littéraire. Ce faisant, elle peut jouer son rôle d'initiation à la lecture et aider ainsi les jeunes lecteurs à entrer dans la littérature générale. Cet ouvrage a le mérite de montrer ce que chaque lecteur de Lire au lycée professionnel a pu constater. Mais rien ne vaut une étude rigoureuse.

Cependant la lecture de cet ouvrage soulève quelques questions qu'il nous semble important de signaler afin de ne pas édulcorer les débats concernant cette production éditoriale et de rester dans la ligne éditoriale de notre revue qui consiste à essayer de ne pas réduire le paysage littéraire à sa partie la plus légitimée.

A ce propos Daniel Delbrassine mentionne à juste titre que la littérature de jeunesse, comme la littérature générale, connait un phénomène de bipolarisation patent. Cependant le corpus sur lequel il choisit d'appuyer son étude ne tient compte que de la partie la plus légitimée de la production éditoriale, celle des collections les plus en vue (Seuil, Gallimard, Flammarion, Ecole des Loisirs, avec forte représentation de la collection Médium). Ainsi ne sont pas prises en compte des collections comme Chair de poule, Danse ou Heartland qui sont appréciées des adolescents.

On comprend bien que dans le cadre d'une thèse le corpus doit être le plus homogène possible, cependant, tel qu'il a été constitué, il nous semble être surtout représentatif du pôle supérieur du phénomène de bipolarisation. Ce qui peut aboutir à nuancer certains résultats. On peut regretter aussi que la comparaison entre les procédés stylistiques de la littérature de jeunesse et ceux dont use la littérature générale n'ait concerné que des auteurs qui écrivent dans les deux modes de production. On comprend bien qu'il s'agissait de rester dans les auteurs du corpus, mais de ce fait l'effet auteur n'a pas été annulé et on peut supposer qu'un auteur ne change pas radicalement sa manière d'écrire quand il passe d'un mode à l'autre. Là aussi les conclusions restent incomplètes et le lecteur sur sa faim. Il serait par exemple intéressant de procéder à une comparaison avec des romanciers strictement généralistes ou avec les romans dits pour la jeunesse antérieurs à 1945. Il n'est pas sûr que nous aurions les mêmes résultats que ceux énoncés ici. Avec ces deux regrets on a parfois l'impression que l'entreprise de légitimation de la littérature de jeunesse à laquelle se livre Daniel Delbrassine par la démonstration de la qualité stylistique équivalente emprunte des chemins un peu trop balisés. D'autant que cette question de la qualité stylistique n'est peut-être pas essentielle, mais osons-le dire, nous semble dénoter d'une conception élitiste de la littérature.

D'autant que l'on peut aussi considérer que la littérature peut ou doit être appréhendée par ce que les lecteurs en pensent, en disent, en lisent. Or dans cette étude, la question dite de la réception n'est abordée que du point de vue de l'écriture et non de la réception réelle par les lecteurs réels. Ainsi concernant ces 247 romans : quels sont les chiffres de vente ? lesquels sont lus ? par qui ? sont-ils appréciés ? Nous ne disposons pas de ces données. Là aussi on comprend bien qu'envisager le corpus de cette manière aurait constitué un autre sujet de thèse. Mais il est dommage que ce point n'ait pas même été signalé. C'est d'autant plus étonnant qu'en revanche le succès marchand de Harry Potter est analysé comme une preuve de la légitimisation vers laquelle la littérature de jeunesse est en chemin. Mais là non plus ce succès n'est pas resitué dans le contexte de l'énorme investissement médiatique dont il a fait l'objet. Harry Potter n'est pas un livre, mais avant tout un produit marchand. On peut rétorquer que tous les livres sont des produits et qu'il faut les vendre. Oui, bien sûr. Mais alors pourquoi tous les livres ne bénéficient-ils pas de la même promotion et des mêmes subterfuges pour appâter le chaland, qui ne sera pas forcément un lecteur. De ce fait, il parait difficile de dire à partir de l'exemple d'Harry Potter que la littérature de jeunesse a le vent en poupe. On aurait souhaité plus de nuances, voire un peu de scepticisme. Bien évidemment, étant donnée l'érudition romanesque dont fait preuve Daniel Delbrassine, il est presque certain que ces questions ne sont pas absentes de sa réflexion, mais qu'elles n'ont pas trouvé leur place dans un travail universitaire. Enfin, dernier petit regret : Daniel Delbrassine ne semble pas connaitre les revues Lire au collège et Lire au lycée professionnel du CRDP de Grenoble, qu'il ne mentionne pas dans son panorama des revues qui s'intéressent à la lecture adolescente. Nous avons la faiblesse de penser qu'après cette note de lecture qui recommande son ouvrage, il nous fera l'amitié de nous lire.

En dépit de ces quelques remarques, on ne peut que recommander la lecture de cet ouvrage qui dresse un panorama intéressant de la production romanesque pour la jeunesse de ces dernières années et dont certains chapitres, comme par exemple celui sur le roman d'initiation et de formation, donnent des points de repères rigoureux au lecteur ou prescripteur de livres aux adolescents.

Marie-Cécile Guernier.

La collection Exprim', chez Sarbacane

L'objectif de Tibo Bérard, le directeur de ce nouveau secteur, est de redonner aux ados le goût de l'écrit en offrant à de jeunes auteurs la possibilité de différents modes d'expression " axés sur l'oralité " et en invitant le lecteur à participer au récit. Par le biais d'échanges sur un blog, les ados-lecteurs pourront faire leurs commentaires, proposer leurs textes en lien avec les auteurs, s'affronter en " battle slams " ou découvrir d'autres formes d'écriture ; l'idée du jeune directeur de collection est de valoriser des modes d'expression plus près des goûts des jeunes, car si les ados rechignent à lire, ils aiment les mots, les joutes verbales et ont le goût des formules. La parole est donc donnée à des écrivains comédiens, rappeurs, slameurs, qui s'attachent avant tout au rythme, à l'écriture et à l'invention verbale. Il s'agit d'écritures hybrides qui mêlent imaginaire et réalisme, description du quotidien dans sa brutalité et envolées poétiques. La collection publiera " des contes urbains, fables hip-hop, des classiques remixés ".

Voici les trois premiers titres parus :

  • Treizième avenir de Sébastien Joanniez
  • La fille du papillon de Anne Mulpas
  • Sarcelles Dakar d'Insa Sané

Deux ont retenu notre attention. :

Treizième avenir
Joanniez Sébastien.
Sarbacane, 2006. (Exprim').

Sur un rythme de slam, deux jours dans la vie du narrateur, deux jours seulement, entre sa famille raciste, ses copains au bout de l'allée, les seins de Justine. Et l'amour avec elle... Le récit en forme de prose poétique permet l'approche intimiste de la vie d'un ado.

Christine Rivoire.

Sarcelles Dakar
Sané Insa.
Sarbacane, 2007. (Exprim).

Insa Sané est slameur, comédien et membre du groupe de hip-hop 3K2N. Sarcelles-Dakar est son premier roman.

Ce roman violent, rapide, entrecoupé de pauses poétiques slamées, où le souffle de l'harmatan - ce vent africain porteur d'une culture ancestrale - vient diffuser à intervalles réguliers son message de paix, est une plongée dans le quotidien de Djiraël, jeune noir d'une cité de Sarcelles. Ce récit est l'histoire d'une réconciliation entre un fils et son père, entre la France et l'Afrique, entre le stress de la rue et la lenteur du conte et des traditions. Dans la première partie nous suivons Djiraël dans sa banlieue parisienne où il zone entre drague et drogue, sèche les cours et a du mal à donner un sens à sa vie. Puis bon gré, mal gré, c'est le départ pour le Sénégal, avec sa famille, pour les funérailles de son père, mais surtout pour renaitre à la vie : peu à peu il se laisse imprégner par le rythme des coutumes, se laisse accueillir par les membres de la communauté et se rend disponible à toute la magie de sa terre natale. A travers les rituels il découvre d'autres valeurs, d'autres repères. Il comprend mieux son père et le pourquoi de cette incompréhension entre eux. Il voit différemment sa vie de petit " francenabé ", faisant le parallèle entre la France, où tout est rationnalisé, où la rue ne fait de cadeau à personne, et l'Afrique où l'esprit des morts parle aux vivants, ce qui perpétue le lien entre les générations. Une autre image de l'amour s'impose aussi à lui. Après avoir fanfaronné et collectionné les filles, il accepte de " laisser tomber son costume de tombeur au placard ". Sa relation avec sa petite amie se transforme du tout au tout, de même que sa vision du monde, il envisage les choses avec beaucoup plus de clairvoyance et de sérénité.

Ce roman est facile à lire malgré quelques longueurs, notamment lorsque Kadiom le sage messager conte son histoire. Il est tonique, rythmé par de courts chapitres qui s'allongent lorsque le héros est au Sénégal. L'évolution du personnage, grâce à ce qu'il a appris en Afrique, est spectaculaire. Les jeunes peuvent être très sensible à ce message. Par contre le dernier chapitre en forme d'épilogue est assez pessimiste. Si Djiraël a changé, la cité, elle, n'évolue pas : c'est " la merde " encore et toujours...

Christine Rivoire.

Livres en vrac

Manga

Survivant, vol. 1
Kankô, 2006. (Classiques).

Alors qu'un jeune homme de 14 ans visite une grotte avec ses amis d'école, le Japon est victime d'un tremblement de terre et les enfants se retrouvent enfouis. Le héros, aidé de sa lampe de poche, quitte la grotte et se retrouve dans une île déserte. Seul, à la manière de Robinson, il découvre la vie sauvage et ses dangers : il est envahi par les rats, menacé par un ours, empoisonné par des champignons alléchants mais vénéneux, tétanisé par le froid, parsemé d'engelures qui le font souffrir... Mais la vie sauvage le renforce et lui forge un caractère nouveau, plus affirmé et résistant. Il devient un véritable Robinson et surnomme son amie la chouette Vendredi. Au long de son périple, il découvre un livre dans lequel la confection des pièges est expliquée ainsi que les règles de survie en milieu sauvage et hostile.

Il s'agit là d'un premier tome fidèle à Robinson et à sa découverte de l'île déserte. Peu de dialogues dans ce manga qui reflète sans doute encore le traumatisme d'Hiroshima, mais des images fortes qui expriment les émotions puissantes de l'homme seul, telles que la folie, le sentiment de solitude, la souffrance physique...

Carine Miletto.

L'orchestre des doigts, vol 1
Yamamoto Osamu.
Kankô, 2006.

Takahashi, jeune et brillant étudiant, est passionné par la musique, mais son frère, chargé de son éducation, lui impose de renoncer à cet art. Son professeur, le voyant désemparé, lui propose alors une place à Osaka dans un institut pour enfants sourds et aveugles. Takahashi devient professeur à son tour. A son arrivée, il est confronté à Issaku Toda, un jeune garçon sourd qui s'exprime en tapant et en crachant. Après une lutte acharnée, Taka réussit à apprivoiser l'enfant en lui faisant avouer les coups reçus de ses parents. Taka prend alors Issaku sous son aile et entre avec passion dans ses nouvelles fonctions.

Issaku est la risée et la honte de sa famille, seule sa mère essaie de le comprendre et décide même, chose extraordinaire à l'époque, d'apprendre le langage des signes. En effet, au Japon, à l'ère Shôwa, la langue des signes était reniée. Takahashi se chargera donc de cet enseignement. Le tome 2 montrera comment la vie de ce jeune garçon sourd évoluera aux côtés de sa mère qui désormais le comprendra et remplacera les coups par des mots.

Ce manga au sujet original est traité avec émotion et justesse et montre des personnages attachants, passionnés et prêts à affronter les " dures épreuves " de la vie : lorsqu'on est différent, comme Issaku, on doit apprendre à vivre avec le racisme ambiant envers les sourds.

Carine Miletto.

Sky of Weiss
Yoshitoh Asari.
Kankô, 2006.

Le plus cher désir de Weiss est de voir le ciel. En effet, Weiss, Néro et ses amis vivent dans un monde où le ciel n'existe pas. Mais Weiss est persuadé du contraire. Il fuit l'école pour retrouver son ami Néro, et découvrir l'ascenseur qui leur permettra de l'atteindre. Mais la Polizei Noire veille sur la ville et empêche les trouble fête comme Weiss et Néro d'aller voir si le ciel existe. Les deux amis rencontrent Kuro, la fille d'en haut qui elle aussi veut voir la ville, puis les dirigeants qui veillent à la protection de Gaïa, leur monde menacé de disparition.

Ce manga écologique montre les dangers encourus par la planète et la fin irrémédiable qui nous attend si nous ne faisons rien. Le côté tragique du scénario accentue la prise de conscience du lecteur face au problème de la protection de la planète. De plus le graphisme donne au scénario une dimension apocalyptique par une succession de plongées et de contre plongées qui pointent l'effet tragique.

Carine Miletto.

BDDVD

Quand la BD se tranforme en DVD !

BDVD Thorgal : Entre les faux dieux (2005) et Dans les griffes de Kriss (2006)
Rosinski / Van Hamme.
Le Lombard, Seven sept

A partir de la série dessinée par Rosinski et écrite par Van Hamme, deux DVD transforment les intrigues, planches, vignettes en images animées et les bulles en dialogues. Il s'agit d'animer les dessins, en utilisant toutes les techniques cinématographiques, en termes de mouvements de caméra et de cadrages ; ces films donnent vie aux albums de Thorgal.

Le premier DVD, Entre les faux dieux, est consacré au cycle du Pays Qâ, à partir des albums : Les archers, Le pays Qâ, Les yeux de Tanatloc, La cité du dieu perdu, Entre terre et lumière. Le second, Dans les griffes de Kriss, s'intéresse plus particulièrement aux albums : L'épée soleil, La forteresse invisible, La marque des bannis, La couronne d'Ogotaï, Géants, La cage.

Il est possible de suivre l'intrigue, soit d'une manière linéaire, soit à partir du point de vue d'un des principaux personnages (Thorgal, Jolan, Aaricia, Kriss de Valnor...) que l'on peut changer au cours du récit.

C'est une très bonne illustration de la focalisation qui devient évidente ; les vignettes utilisées, les cadrages et mouvements de caméra se modifient selon le personnage dont on prend le point de vue, transformant le déroulement du récit. En outre, l'interactivité permet d'accéder à des interviews des auteurs qui expliquent leur rencontre, leur manière de travailler ensemble ou seuls. Surtout la caméra permet de voir le dessinateur Grzegorz Rosinski au travail ; les visages des personnages principaux apparaissent, comme par magie, sous les crayons de Rosinski : mines de plomb, crayons fins, gras, pinceaux variés, fusain, gouache, acrylique, bombe à peinture, doigts, paume de la main... Un trait, une ombre... et l'expression se modifie, le trait de caractère se transforme... Une véritable leçon de dessin nous est donnée.

C'est une autre manière de lire, de découvrir une série, un héros majeur de la BD, au succès considérable. Pour profiter pleinement des possibilités offertes par ces DVD, avoir lu les albums référencés plus haut permet d'accroitre le plaisir du lecteur spectateur. Ces deux BDVD peuvent être utilisés avec profit, me semble-t-il, par les enseignants de français et d'éducation artistique.

Gérard Belle-Pérat.

BD

L'écharde
Duvivier Marianne, Giroud Franck.
Dupuis (Empreintes), 2005, 2006.

Le scénariste Franck Giroud développe une série de récits appelés Secrets qui se déroulent en France ou ailleurs en Europe, récits en lien avec des évènements et périodes historiques contemporains. Giroud, ce faisant

lève le voile sur des secrets de famille dont la révélation a des conséquences dramatiques pour les protagonistes et les témoins. Chacun des récits est dessiné par un auteur différent : plusieurs séries sont parues ou en cours de parution.

Dans L'écharde, Giroud aborde un des points les plus sensibles, les plus honteux de notre histoire : l'occupation allemande, les dénonciations, les rafles de juifs, l'internement dans le camp de Drancy, antichambre des camps de la mort.

A la fin des années soixante, le suicide de Robert Picot laisse sa famille désemparée, ses deux filles Annette et Hélène, dans le doute. Quelles peuvent être les raisons d'un tel geste ? L'enquête menée par Annette, sa fille aînée, à la recherche de ses origines, va la conduire à remonter le temps jusqu'aux années noires de l'occupation : née d'une mère juive, qui fut arrêtée sur dénonciation et embarquée dans un train pour les camps d'extermination, et élevée par sa tante qu'elle considérait jusqu'alors comme sa mère, elle découvre une horrible vérité qui va faire voler en éclat sa famille. Parallèlement, les premières manifestations étudiantes éclatent, prémices des événements de Mai 68.

Dessin efficace de Marianne Duvivier, scénario aux multiples implications de Franck Giroud, L'écharde, même si, parfois, les péripéties en sont difficiles à suivre, constitue une série très intéressante, abordant des évènements peu traités en BD.

Gérard Belle-Pérat.

Un homme est mort
Kriss / Davodeau.
Futuropolis, 2005.

La ville de Brest et son port ont été complètement détruits par les combats et les bombardements de la Deuxième Guerre mondiale. En 1950, ils ne sont qu'un immense chantier de reconstruction. Peu à peu, la vie reprend mais si les promoteurs et les entrepreneurs du bâtiment profitent amplement de cette situation, la population et en particulier les ouvriers vivent dans des conditions difficiles (bidonvilles, salaires de misère...). La grève éclate, les manifestations se multiplient dans les rues. La police finit par tirer sur la foule de " voyous et de fainéants " comme les qualifient les puissants locaux dont le préfet. De nombreux blessés et un mort, Edouard Mazé, restent sur le pavé. Le syndicat CGT demande à René Vautier (cinéaste, réalisateur de Afrique 50 et d'Avoir vingt ans dans les Aurès) de tourner un documentaire sur les évènements. Le film réalisé sur ce conflit social est montré dans les usines, les quartiers... si bien qu'à force d'être manipulé, projeté, la pellicule va finir par tomber littéralement en poussière et ce témoignage disparaitre.

Sur un scénario de Kriss et des dessins d'Etienne Davodeau, cet album recrée cette période exaltante et tragique. Le lecteur se trouve plongé au coeur des évènements, grâce à une reconstitution qui mêle souvenirs, reportage vécu, actions, situations tragiques ou comiques et fait revivre cet épisode de l'histoire brestoise. Les auteurs mettent en avant les actions collectives et les travailleurs en lutte, privilégient la population laborieuse se battant pour de meilleures conditions de vie, contre les guerres coloniales (le conflit d'Indochine vient de débuter).

Un dossier constitué d'un rappel historique (déroulement des faits, situation politique, économique...) de documents d'époque (photos, journaux...), d'entretiens avec les principaux acteurs et témoins encore vivants replace ce bel album dans une perspective historique, explique la genèse d'Un homme est mort qui traduit un véritable engagement militant de la part des deux auteurs.

Gérard Belle-Pérat.

Les petits ruisseaux
Rabaté Pascal.
Futuropolis, 2006.

Emile, paisible veuf retraité, coule une routine tranquille entre parties de pêche au côté de son ami Edmond, petits blancs avec les collègues du bistrot du village, le jardin à arroser et le chat à nourrir... Mais voilà que, juste avant de décéder, Edmond qu 'il croyait si bien connaitre lui avoue non seulement une vie amoureuse encore sémillante, mais aussi une inattendue passion pour la peinture de nus. Perturbé, Emile se met à souffrir de sa solitude de veuf qu'il ne parvient pas à rompre, et déprime... Alors qu'il pensait tout abandonner, une rencontre inattendue le relance dans la vie...

Une bande dessinée remarquable, dans la lignée des Davodeau, Larcenet, qui savent si bien nous décrire le quotidien, les bonheurs et les tracas des gens ordinaires. Avec en prime un thème complètement insolite : la sexualité des vieux ! Et ici, point de misérabilisme ou de voyeurisme. Le trait simple et doux, sans fioriture, accompagné de dialogues truculents, donne à ce dernier album de Rabaté une humanité, une tendresse et une joie de vivre revigorants.

Claire Lachaize.

Lecture de l'image

Images des livres pour la jeunesse / Lire et analyser
Sous la direction d' et Sophie Van der Linden.
CRDP de Créteil et Thierry Magnier, 2006.

Ce bel ouvrage, abondamment illustré, brosse le portrait de douze grands noms de l'illustration et fournit des repères pour mieux comprendre et analyser la création contemporaine. Les univers graphiques de ces artistes qui s'expriment au travers d'albums de fiction sont tous différents, et le livre met en valeur la diversité de leurs productions. On y croise les papiers déchirés de Sara, la tendresse d'Elzbieta, les livres de Bruno Munari, les géants de François Place et bien d'autres encore qui témoignent de la vitalité de l'illustration dans le secteur jeunesse.

Au portrait de l'artiste succède une présentation de l'ensemble des techniques utilisées dans ses oeuvres, accompagnée de l'analyse plus approfondie de l'un de ses albums. Sous forme d'entretiens, un professeur de sémiotique et un artiste plasticien apportent leur expertise à ces contributions. Une bibliographie, en fin de chapitre, complète utilement l'exposé. A la fin du livre, des activités à proposer à des élèves du primaire ou des plus grands, ouvrent des pistes pédagogiques. Autant de clés d'entrée pour s'offrir un parcours de lecture très complet dans le monde des albums ! A noter aussi le soin apporté à la mise en page de l'ouvrage qui en rend la lecture particulièrement agréable (arrêt sur une double page des albums analysés, marquage des chapitres pour distinguer chacun des illustrateurs en reprenant la dominante colorée de la première de couverture de ces albums : le bleu de Chien bleu de Nadja, l'orangé caractéristique de la couverture de Luchien d'Olivier Douzou, etc.

Un livre pour tous ceux qui s'intéressent aux images, pour découvrir que l'album illustré n'est pas réservé aux très jeunes enfants, une mine pour les enseignants qui choisiraient de s'aventurer sur de nouveaux supports, et un vrai régal pour tous les amoureux des albums de fiction.

Nadine Travacca.

Romans

Plus un mot
Konigsburg E.L.
Bayard jeunesse, 2006

Depuis que sa petite soeur de six mois est tombée dans le coma et que sa responsabilité s'est trouvée engagée, Branwell refuse de prononcer un seul mot. Alors qu'il est placé dans un centre qui reçoit les mineurs en attente de jugement, son ami Connor tente de le faire sortir de son mutisme et de comprendre ce qui s'est réellement passé le jour de l'accident. Ses visites quotidiennes, son écoute attentive et ses astuces lorsqu'il a recours à des cartes et à des signes, ou lorsqu'il s'emploie à raviver le souvenir de leur ancienne complicité, tous ses efforts patients pour essayer de rétablir une communication avec Branwell, tout comme le soutien solide que lui offre sa demi-soeur Margaret pour conduire son enquête, vont l'amener peu à peu à débrouiller les fils de l'intrigue.

Une belle histoire d'amitié qui explore avec finesse les méandres et la complexité des sentiments vécus à l'adolescence au sein des familles recomposées.

Nadine Travacca.

Le problème avec les maths
Catherine Leblanc.
Actes Sud, 2007. (Babel J)

"Je" est écrivain. De cette narratrice, on ne sait pas grand-chose, sinon qu'elle est disponible et accueillante. Dans ses placards, il y a du thé et du Nutella. Alors sa petite voisine de dix ans, Lola, vient goûter et dire la difficulté de trouver une place dans une famille avec parents, beaux-parents, demi-soeur et quart de frère, dire aussi le désir de grandir malgré la peur de quitter l'enfance. Joëlle, la maman de Lola passe en coup de vent et s'installe finalement devant une tasse fumante. Elle raconte son envie de réussir sa vie professionnelle et familiale et sa certitude de ne pas y arriver, ses relations avec Marc son mari et Jérôme son ex, sa crainte de voir s'éloigner son fils de quinze ans, ses conflits avec Lola. Marc offre l'apéritif et parle de Joëlle, de Thomas, son fils qu'il ne comprend pas. Lequel reste silencieux, à son habitude. Il y a aussi Aïcha, la copine de Lola, avec sa famille apparemment plus traditionnelle et un petit frère autiste qui modifie la donne. Jusqu'à Jérôme, le père de Lola, qui frappe à la porte pour parler de sa fille...

A travers la narratrice se dessine peu à peu une famille recomposée, compliquée, conflictuelle mais également émouvante et attachante, une famille où chacun essaie de faire de son mieux sans toujours y parvenir, pris dans l'urgence du quotidien et les aléas de la vie. Une famille normale, en somme. Ce livre décode les relations familiales, le couple, le passage de l'enfance à l'adolescence, les paroles trop lourdes et les non-dits, sans jamais être pesant ni didactique. Il est écrit sur un ton vif, enlevé, et les dialogues sonnent agréablement juste.

Corinne Sallée.

La fille du docteur Baudoin
Murail Marie Aude.
Ecole des Loisirs, 2006. (Médium)

Le docteur Baudoin, la cinquantaine, aurait tout pour être heureux : trois enfants pleins de vie, une femme aimante et un cabinet médical réputé, qui ne désemplit pas. Or, il s'ennuie dans son travail, ne supporte plus ses patients et enchaine les consultations le plus rapidement possible. Pour alléger sa charge de travail, il s'associe avec un jeune médecin, le docteur Chasseloup Vianney, à qui il réserve tous les cas désespérés. Vianney, lui, applique les principes du serment d'Hippocrate à la lettre et donne de son temps en tenant une permanence au Centre de planification familiale. C'est là qu'il fera la connaissance de Violaine Baudoin, la fille ainée du docteur Baudoin, venue pratiquer à son grand désarroi une interruption volontaire de grossesse. Entre eux, c'est un coup de foudre, non encore avoué...

Ce roman, facile à lire, aborde le thème de la sexualité avec un angle négatif puisque la jeune héroïne est confrontée à une grossesse non désirée après un rapport non protégé. Cette thématique me parait tout à fait actuelle et c'est pourquoi je recommande la lecture de cette histoire car le public féminin de nos classes de LEP, confrontée à une situation similaire, peut facilement s'y retrouver.

Valérie Vignoboul.

Sexy
Oates, Joyce Carol.
Gallimard Jeunesse, 2007. (Scripto)

Darren Flynn, archétype du lycéen américain, a des prédispositions en sport, la natation, et des notes quelconques en cours. Doté d'une beauté qu'il ignore, il ne laisse pas indifférent. Ainsi, lorsqu'un soir Lowell Tracy, un de ses professeurs, le raccompagne chez lui, cela lui laisse une impression de malaise. Cet homme est-il homosexuel ? Voulait-il le séduire ? L'enseignant, peu apprécié par certains camarades de Darren, est victime d'un traquenard atroce qui le pousse au suicide. Darren, qui n'a rien à voir avec ce complot, n'arrive pas à réagir. Il tend l'oreille à toutes les rumeurs qui circulent sur le défunt. Moralement faible, et d'une certaine façon complice avec les auteurs du complot qui a acculé cet homme à la mort, il cherche à reprendre son souffle, à trouver des repères pour se disculper.

Prolifique et talentueuse, à la tête d'une oeuvre considérable proposée au Prix Nobel de littérature, Joyce Carol Oates élargit depuis peu son fonds de commerce, le passage au scanner de la société américaine, à un lectorat de jeunes adultes. Le monde lycéen dépeint dans ce roman exclut quasiment toute compassion et baigne dans un cynisme qui fait force de loi. Un ouvrage qui invite à réfléchir sur les valeurs morales de la plus grande démocratie du monde.

Robert Roussillon.

Pas facile de voler des chevaux
Petterson, Per.
Gallimard, 2006.

Trond, le narrateur, entrelace les souvenirs lointains, mais très précis, de l'été de ses quinze ans en 1948, au récit de sa vie d'aujourd'hui, alors que, âgé de soixante-sept ans, il vit seul dans un chalet au milieu de la forêt, près d'un lac, menant une vie austère, préoccupé de couper son bois ou de déblayer la neige, alors qu'il se sent fatigué et vieillissant. Une nuit il est réveillé par un bruit insolite et c'est ainsi qu'il fait la connaissance de son voisin Lars, un vieil homme qui a perdu son chien...

Surgit alors le souvenir de cette journée de l'été 1948 où il se trouvait à l'alpage avec son père. Son ami Jon venait le chercher pour aller "voler des chevaux", comme il disait. Mais un jour, Jon ayant laissé son fusil dans la maison, l'un de ses frères jumeaux s'en est emparé et a tué l'autre accidentellement. Peu après, le père de Trond s'engage dans un gros chantier de déboisement auquel participe le père et la mère de Jon. Le père de Jon se brise la jambe. La relation amoureuse entre la mère de Jon et le père de Trond devient alors évidente. C'est ensuite le départ du chalet d'alpage : père et fils ne se reverront jamais.

Le narrateur semble tirer le filet de ses souvenirs comme un chalut remontant des profondeurs. Il amène petit à petit des éléments discrets, précis, faits de notations sensorielles, le plus souvent visuelles, où la nature est très présente. Cinquante ans après, il semble avoir encore besoin de tout se raconter dans les moindres détails, comme pour se convaincre que cela a bien eu lieu et pour dégager le sens véritable de ces évènements qui, en dépit de toutes ces années, lui ont en quelque sorte échappé et qui ont conduit à l'éclatement de deux familles. En dépit d'un arrière plan historique (la mère de Jon et le père de Trond ont appartenu à un réseau de résistance), il s'agit bien là d'un roman intimiste. Comme un jeu de construction (comme la pile de grumes que l'on débloque pour qu'elle parte à la rivière), les évènements s'enchainent sans pitié : le père de Trond quitte sa famille pour aller vivre avec la mère de Jon. Mais lorsque, épuisé par un voyage interminable à la Rimbaud pour tenter d'oublier qu'il a causé la mort de son frère, Jon revient à la ferme pour la reprendre, Lars, prenant conscience qu'il ne pourra pas rester, part sans se retourner. Il a vingt ans et ne reverra jamais ni son frère ni sa mère. Ce sont donc deux êtres profondément solitaires qui se retrouvent fortuitement, deux vieux messieurs blessés à jamais par les pertes subies dans l'adolescence. Ce n'est pas pour autant qu'ils se parleront... Lorsque Lars rend visite à l'improviste à Trond qui l'invite à diner, il lui dit : "Je sais qui tu es". Et Trond répond : "Moi aussi, je sais qui tu es". Ce sera tout.

L'évocation poétique du paradis perdu de l'adolescence et de l'amour familial et l'aspect tragique des personnages font de ce livre un roman très attachant.

Marie Guelpa.

Pensée assise
Robin, Mathieu.
Actes sud (Cinéroman), 2005

Depuis qu'il est amoureux de Sofia, une idée obsède Théo : embrasser son amie debout. Théo est handicapé, il se déplace en fauteuil roulant. S'il semble bien vivre son handicap, il ne se sent pas à la hauteur quand il est avec son amie et ne supporte plus qu'elle doive se baisser pour l'embrasser. Il va mettre en oeuvre plusieurs stratagèmes pour atteindre la position souhaitée.

C'est une très jolie histoire, à deux écritures, autour de ce jeune homme qui vit sa première grande histoire d'amour. Le court-métrage ne sort pas du cadre du thème de départ, il est centré sur Théo qui intervient en voix off. Le récit se construit entre autres par les gros plans sur les personnages, les cadrages serrés, la lumière douce qui baigne les scènes de couple, des lumières artificielles indirectes. Pour le roman, Mathieu Robin a construit un passé à Théo, son enfance, son accident, sa vie de handicapé socialement très bien adapté. Il serait intéressant de faire travailler les élèves sur les deux versions et voir l'impact de l'image dans le court-métrage et le passage à l'écriture du réalisateur qui donne plus d'épaisseur à son récit quand celui-ci devient roman (en perdant peut-être l'intensité du court-métrage...).

Gaelle Sallaberry.

Les anges n'ont pas de sexe
Sampiero Dominique.
De la Martinière (Confessions), 2006.

Comment raconter une énième histoire d'amitié "à la vie, à la mort", de celles qui vous marquent à vie ? Dominique Sampiero le fait simplement, avec délicatesse et poésie. L'histoire se passe dans le Nord, à l époque où l'auteur était un adolescent. Jean-Claude, élève de CM2, se sent seul et brulerait d'avoir un vrai ami. Et comme le hasard fait bien les choses, il rencontre Riri. Ils sont voisins sans le savoir, Jean-Claude est doué en français et Riri en maths, ça tombe bien ! A partir de là se noue entre eux deux une belle et grande histoire d'amitié. A eux, l'école buissonnière, les vacances en camping, les jeux de garçons, les filles, les bêtises et les secrets douloureux aussi... Une maman "prise des nerfs" et qui a peur la nuit, pour Jean-Claude, et, pour Riri, quelque chose d'inavouable pour un adolescent, quelque chose qui fait que vous ne serez jamais vraiment un homme : un sexe petit et rabougri. Cela pourrait porter à rire mais elle est bien là, la déchirure de Riri. La vie continue malgré tout, les amours de vacances, les étés interminables, les baisers sucrés de Myriam pour Jean-Claude et puis rien pour Riri, alors que Catherine le dévore des yeux. Première incompréhension, première rupture, l'amour à 15 ans, ça rend léger sauf que pour Riri, ça ne lui fait ni chaud ni froid. Il y aurait bien la fille du gendarme, Marie-France, mais la honte est là. Riri s'interdit d'aimer et Jean-Claude ne le comprend pas. Ils se revoient plus tard au lycée. Un jour, Jean-Claude invente une lettre que Marie-France aurait écrit pour Riri, il croit bien faire, il faut sortir Riri de l'impasse. Rien ne se passe comme il l'a prévu, et un matin on retrouve Riri pendu dans sa chambre...

La fin inattendue est rude et nous terrasse tout comme Jean-Claude, le héros. L'auteur montre bien à quel point tout s'est joué ce jour là, et que cet évènement a été décisif dans sa vie à venir. A travers un roman simple et court, l'auteur aborde plusieurs thèmes chers à l'adolescence. Mais surtout il nous parle des blessures parfois indécelables pour que jamais l'on n'oublie qu'à cet âge "Attention, fragiles"...

Anne-Laure Héritier-Blanc.

Poussière rouge
Slovo Gillian.
Gallimard (Scripto), 2006.

Smitsrivier, petite ville d'Afrique du sud, essaie de vivre dans l'après apartheid, mais les blessures sont trop fortes pour se reconstruire. L'Etat a mis en place la commission Vérité et Réconciliation pour amnistier les policiers, bourreaux de l'époque, en échange de leurs aveux. Ben Hoffman, un avocat blanc défendeur de la cause des Noirs depuis toujours, est appelé par la famille Sizela pour retrouver le corps de leur fils enlevé et torturé quelques années plus tôt. Ils veulent faire leur deuil et ensevelir le corps. Monsieur James Sizela est persuadé que Pieter Muller, policier de l'époque est responsable dans la disparition de Steve, mais les preuves sont minces. Ben fait appel à Sarah Barcant, une de ses anciennes étudiantes, devenue procureur à New York pour l'aider. Ils souhaitent profiter de la demande d'amnistie de Dirck Hendricks - autre policier - pour avoir torturé Alex Mpondo, ancien militant de l'ANC, pour faire pression sur Pieter Muller. Pour cela, il faut qu'Alex Mpondo accepte de comparaitre devant la commission alors qu'il a effacé ce passé trop douloureux. Si Alex accepte, Hendricks sera obligé de révéler ce qu'il sait de la complicité de Muller dans cette affaire. Sarah Barcant va orchestrer les rencontres entre victimes et bourreaux. Elle va replonger dans ce pays où elle est née et assister à une purgation collective pour permettre à tous de cohabiter et de vivre dans un avenir meilleur.

Ce roman très dense marqué par la poussière d'Afrique du sud, se lit comme un roman policier. On découvre à la dualité des personnages confrontés à leurs actions passées et à leur présent. Le lecteur assiste aux tensions entre bourreaux et victimes et à la complexité de leur relation. Un livre passionnant, pour bons lecteurs, qui nous éclaire sur la situation en Afrique du sud après l'apartheid.

Gaelle Sallaberry.

Les murs bleus
Ytak, Cathy.
Syros (Les uns les autres), 2006.

Un ouvrage court et incisif sur le destin d'un homme qui choisit de déserter pendant la guerre d'Algérie et qui, de retour en France dix ans après, doit affronter le regard de ses proches et choisir entre le passé et l'avenir qui se présente à lui sous les traits d'un enfant... Ecrit de façon limpide et évitant le pathos avec brio, le récit entrelace trois époques, trois lieux différents : l'Algérie et le temps de la guerre destructrice d'identité ; le Brésil et le temps de la reconstruction et la France, le temps du récit, de l'anamnèse et de la décision. Ce livre raconte une guerre où l'on tire sur des enfants qui courent pieds nus sur les cailloux, il raconte des hommes pris dans un engrenage auquel on n'échappe parfois que pour sombrer dans celui de la folie. En évitant les grands discours sur la conscience et les valeurs, le récit pose la question de la liberté de conscience et des contradictions que traverse l'humain, ainsi tel protecteur des déserteurs va être surpris en train de battre sa femme. Au final ce n'est pas tant un discours contre la guerre d'Algérie qu'une réflexion ténue sur ces moments où chacun est sommé de choisir entre succomber à la banalité du mal, ou prendre le parti de la vie toujours fragile incarnée par des destins de femmes et d'enfants. Cet ouvrage qui se lit rapidement saura passionner ses lecteurs qui ne manqueront pas de réagir et, si l'enseignant en a le désir, d'engager le débat.

Vincent Massart-Laluc.

Documentaires

Le grand livre des sciences et inventions arabes
Anne Blanchard, Emmanuel Cerisier.
Bayard jeunesse, 2006.

Ce documentaire se compose de deux parties : l'empire musulman du VIIIe au XVe siècle et les aventures des savants que nous découvrons à la manière d'une fiction. A chaque page le nom d'un inventeur célèbre apparait accompagné de son invention et du contexte de sa création. C'est un parcours, tout d'abord géographique (puisque nous allons de ville en ville, de Bagdad au Caire en passant par Ispahan et Palerme), mais aussi scientifique avec la découverte du secret de la pâte à papier, de la médecine comme science expérimentale à part entière, entre autres

L'intérêt de cet ouvrage se trouve également dans sa forme littéraire qui relève plus du roman que du documentaire scientifique. Quelques anecdotes permettent au lecteur d'associer une vérité originale à une découverte scientifique. Les exemples qui fleurissent au fil des pages donnent à l'ouvrage une dimension culturelle avant tout. L'intérêt pédagogique en découle.

Un glossaire en fin d'ouvrages permet de retrouver les mots clés. Les illustrations, malgré une recherche certaine du trait en rapport avec le thème, se rapprochent plus de l'album jeunesse que du documentaire adolescent. Cependant cet ouvrage donne un panorama intéressant et objectif du monde scientifique arabe au temps de l'Empire musulman. Avec une chronologie précise on traverse les siècles au rythme des expériences et des découvertes.

Carine Miletto.

Le zizi, questions et réponses
Sargueil-Chouery, Sylvie.
De la Martinière jeunesse (Oxygène), 2006.

Voici un livre rien que pour les garçons, écrit par une femme journaliste et médecin, qui n'en est pas à son premier documentaire. Mais là, vous " saurez tout, tout, tout sur le zizi..." comme dirait Pierre Perret.

Dans un style simple, amusant et sérieux, Sylvie Sargueil-Chouery répond aux vraies interrogations des adolescents en apportant à la fois des réponses scientifiques, psychologiques, affectives et humoristiques (des illustrations fines et drôles). En sept chapitres, distincts, l'auteur fait le tour de la question en passant par la taille et la forme du zizi, les érections et éjaculations, mais aussi les testicules, les poils, le plaisir, le désir et la culture du zizi. On aborde par ailleurs avec justesse le thème de l'homosexualité, mais aussi la transexualité et le travestissement. Un ouvrage à recommander à nos adolescents de lycée professionnel qui partiront à la découverte de leur organe en toute sérénité. Et pour les filles, cela peut aussi être intéressant de pénétrer les secrets du sexe opposé de façon simple et efficace.

Carine Miletto.

Le livre des garçons
Vaisman, Anne.
La Martinière jeunesse, 2006.

Les éditions La Martinière propose un second ouvrage réservé aux garçons, écrit une fois de plus par une femme : Anne Vaisman, journaliste et spécialiste des questions d'éducation et de psychologie, traite, sans tabou ni fausse pudeur, des préoccupations intimes des adolescents.

Ce livre est composé de six chapitres qui portent sur le corps et ses changements, la famille, les relations avec les autres garçons, les filles, l'amour et les mauvais moments ou le " quand ça va mal ". Chaque chapitre apporte des témoignages d'adolescents, des conseils tels que : comment faire la guerre aux boutons ou encore le fonctionnement de l'érection et les maladies liés au sexe (phimosis, varicocèle). L'adolescent est au coeur de la problématique. Il est établi des liens intéressants avec la famille, les copains, les filles en prenant soin de montrer tous les aspects des relations d'un adolescent : relation familiale, amicale et amoureuse. Ce documentaire apporte aux adolescents des réponses pertinentes aux questions qu'ils se posent : pourquoi les filles ne font-elles pas le premier pas ? Suis-je suffisamment viril ? Comment savoir qu'une fille est d'accord pour faire l'amour ?

A noter le thème de l'homosexualité dans le chapitre " faire l'amour avec un garçon ". Le ton y est juste, pudique et rassurant. Sans tabou ni pudeur l'auteur explique la relation amoureuse avec un garçon. Cette " bible " de la sexualité pour adolescents curieux se lit comme un récit de vie. A découvrir et faire découvrir.

Carine Miletto.

100% technologique : ces objets qui nous changent la vie
Woodford, Chris.
Gallimard Jeunesse (2006).

Un documentaire pour comprendre comment marchent les objets que les nouvelles technologies mettent à notre disposition. Cet ouvrage à la couverture lenticulaire essaie de rendre familière l'évolution technologique. Six chapitres présentent tour à tour les objets de la communication, ceux de la maison, mais aussi la modernité dans le sport, les progrès des transports et du monde du travail ainsi que l'avancée spectaculaire de la santé. Chaque objet (lecteur MP4, appareil photo numérique...) ou technique (la fécondation in vitro, le laser, les néons...) se présente sur une double page dans laquelle on trouve une rubrique appelée : comment ça marche, ainsi que des textes courts associés à un schéma explicatif et une bulle qui met en opposition le passé de l'objet ou de la technique et son futur. Avant chaque chapitre, une introduction claire propose un parcours dans le temps permettant de comprendre les différentes étapes de l'évolution des produits étudiés. Cet ouvrage collectif bénéficie d'illustrations inédites aux rayons X qui accentuent la précision du schéma.

Ce documentaire agréable à parcourir, intelligemment illustré, est adapté à des élèves de lycée professionnel dans la mesure où l'information est vite trouvée et où le commentaire va droit au but en éliminant les détails trop techniques qui pourraient décourager. Une vulgarisation du monde technologique adaptée à notre public adolescent.

Carine Miletto.

Lire au lycée professionnel, n°53, page 34 (03/2007)

Lire au lycée professionnel - Notes de lecture ("Lire au lycée professionnel, numéro 53")