Pistes de lecture

27 janvier 1945, libération du camp d'Auschwitz

Bibliographie

Gérard Belle-Pérat,
Marie Guelpa,
Marie-Cécile Guernier,
Anne-Laure Héritier-Blanc,
Françoise Montloi,
Geneviève Ravex,
Robert Roussillon,
Nadine Travacca,
Valérie Vignoboul,
Annie Vuillermoz.

L'Allemagne nazie a mis en place un système d'asservissement des peuples et d'extermination systématique de ceux qu'elle définissait comme des "sous-hommes". Des millions d'hommes, femmes et enfants ont été déportés de toute l'Europe, ont connu les voyages infernaux en wagons à bestiaux, ont subi la sélection, à leur arrivée, les orientant soit directement vers les chambres à gaz et les fours crématoires pour les plus faibles, soit vers le camp où des conditions inhumaines (froid, faim, travail, coups, humiliations...) les attendent, pour les plus forts. Les rescapés déjà peu nombreux (du camp d'Auschwitz, en particulier) voient leur nombre diminuer inéluctablement. Pourtant leurs témoignages sont indispensables pour transmettre aux générations actuelles et futures le souvenir de ces horreurs, afin qu'on ne voie, comme ils le disent, le répètent : "Plus jamais ça !".

Les supports les plus variés permettent d'aborder la question de la déportation et de l'extermination, en s'appuyant sur les témoignages des rescapés, les documents, les archives et les travaux des historiens. Le livre, le film documentaire ou de fiction, mais aussi l'album et la bande dessinée constituent autant d'outils accessibles aux élèves pour l'étude, le travail et la réflexion en classe.

Notre objectif n'est pas de constituer une bibliographie exhaustive sur la question mais de signaler, parmi les références les plus récentes, celles qui, dans des genres variés, sont susceptibles d'être proposées au lycée professionnel. Dans le contexte actuel de remise en cause de la Shoah, de négationnisme par certains historiens, de déclarations douteuses et malvenues d'hommes politiques, il nous parait nécessaire de tout mettre en oeuvre pour transmettre, se souvenir, ne pas oublier...

Des BD en noir et blanc

La BD, grande consommatrice d'évènements historiques a abordé les camps de concentration et d'extermination dans peu d'albums : le sujet est sans doute difficile à traiter en images. En effet, pourquoi une BD réaliste sur l'holocauste ? Est-il possible de représenter le génocide dans une oeuvre de fiction ? Pourtant des oeuvres de qualité peuvent participer au travail de transmission aux jeunes générations pour ne pas oublier : trois albums se détachent et méritent de se trouver dans le CDI, mis à la disposition des élèves.

Maus
Spiegelman, Art.
Flammarion (L'intégrale), 1998

Ouvrage disponible en 1 seul volume (collection L'intégrale) ou 2.

Cet album, paru en France en 1987, a connu un succès phénoménal dans le monde et donné à son auteur une renommée internationale. Le récit développe, en parallèle, d'une part la vie de l'auteur aux Etats-Unis et, d'autre part, les souvenirs de son père rescapé des camps : sa jeunesse en Pologne, les persécutions nazies, la déportation à Auschwitz. Art Spiegelman a choisi de représenter les différents personnages avec des têtes d'animaux : les juifs sont des souris, les nazis des chats, les Polonais des cochons... Comme il l'explique (A suivre, n° 117, novembre 1987), les personnages ne sont pas réellement des animaux, "leurs visages sont plutôt des masques ; j'éprouvais le besoin de prendre de la distance par rapport aux paroles de mon père, d'interposer un écran entre les horreurs qu'il a traversées et moi, pour me protéger, pour ne pas tomber fou..."

L'auteur développe ainsi une histoire particulièrement poignante qui met en évidence le système nazi d'extermination des Juifs ; c'est de l'intérieur que l'on vit cette tragédie à travers les souvenirs du père d'Art Spiegelman. Le traitement graphique est minimaliste : dessin simplifié, cases régulières, utilisation du noir et blanc. Et pourtant, le récit dégage une force et une émotion intenses.

Cette oeuvre, considérée à juste titre comme une des BD majeures de ces dernières années, constitue une approche très fidèle de la Shoah.

Auschwitz
Croci, Pascal.
Editions du Masque, 2000

1993, en Yougoslavie : un couple de vieillards, Lessica et Kazik, pourchassé par des soldats, rompt le silence sur sa déportation à Auschwitz en mars 1944. A l'entrée du camp, ils sont séparés, homme d'un côté, femme et fille de l'autre : c'est le début de l'enfer. Chacun des deux raconte à son conjoint le calvaire tu pendant cinquante ans : sélection, appels, vie, ou plutôt survie dans les baraquements, exactions des kapos et SS, travail des sonderkommandos... C'est toute l'horreur d'Auschwitz que l'auteur montre en personnalisant les témoignages, en décrivant une vie quotidienne où la mort est toujours présente. L'album évite tout effet de style : dessin très simple, en noir et blanc, s'attachant à l'essentiel, nombreux détails parfois dérisoires, souvent poignants, horribles... L'auteur ne montre pas les fours crématoires, mais l'univers du camp, gris et poisseux. Et pas seulement à cause du temps et de la fumée des buchers et des fours (ce sont des cendres qui tombent, non de la neige). Le désespoir, mais aussi la terrible envie de vivre pour se souvenir et témoigner, sont palpables : les regards sont particulièrement éloquents. Il faut se louer de la parution d'Auschwitz car la mémoire doit être maintenue et la BD peut participer à cette mission. Pascal Croci entraine le lecteur au coeur des heures les plus noires, les plus effroyables de l'humanité. C'est un livre dur, parfois insoutenable, mais indispensable.

Vient de paraitre un document de travail à partir de l'album Auschwitz.

Dessiner l'indicible, autour de Auschwitz de Pascal Croci
Lesné, Sylvie/Clastres, Patrick.
CRDP Poitou-Charentes (La BD de case en classe), 2005

Cet ouvrage propose une étude de l'album : analyse de planches, questionnaires concernant le récit, les personnages... D'autre part, en complément du travail sur la BD, sont proposés des groupements de textes (témoignages, analyses...) ainsi qu'une abondante bibliographie.

Cet ouvrage pédagogique peut permettre une approche originale de la question de la déportation et de l'extermination dans les camps, dans le cadre de l'étude de l'Allemagne nazie (programme d'histoire de Terminale Bac pro).

Yossel, 19 avril 1943 : une histoire du soulèvement du ghetto de Varsovie.
Kubert, Joe.
Delcourt, 2005

Originaire de Pologne orientale, la famille de Joe Kubert a émigré aux Etats-Unis en 1926. Devenu américain, l'auteur a échappé aux persécutions et à l'extermination mises en place par les nazis en Allemagne, puis en Europe occupée, pour les Juifs, les tziganes, les communistes, les résistants... Kubert, comme il l'indique dans l'introduction de son album, avait 13 ans lors de l'invasion de la Pologne, était lycéen au moment de la solution finale ; il s'interroge beaucoup sur son destin : et si ses parents n'avaient pas fui la Pologne ? Devenu un des plus grands auteurs de BD américaine, il donne sa réponse dans ce magnifique ouvrage.

C'est à travers le destin de Yossel, fils de boucher (comme Kubert), passionné de dessin (comme Kubert) que l'auteur décrit l'autre vie qu'il aurait connue si... S'appuyant sur des faits historiques et sur les témoignages de rescapés des camps, Joe Kubert suit cet adolescent dans les égouts du ghetto de Varsovie où les derniers combattants attendent l'assaut des soldats allemands. Yossel se rappelle son arrivée à Varsovie après avoir quitté son village par obligation, la vie difficile dans le ghetto, les rafles, les exécutions, les sélections pour la déportation vers le "camp de travail" d'Auschwitz ; le témoignage de l'ancien rabbin du village après son évasion d'Auschwitz lui fait découvrir l'horreur des camps d'extermination. N'ayant plus rien à perdre, il participe au soulèvement du ghetto, qui débute le 19 avril 1943. Il faudra plus d'un mois à un millier de soldats surarmés pour venir à bout de la résistance de ceux qui ne voulaient "plus vivre à genoux".

Kubert raconte l'histoire de Yossel à travers les dessins de celui-ci. L'album est composé de dessins pratiquement à l'état brut : portraits, croquis se succèdent sous forme de crayonnés, sans encrage. Les scènes comme saisies sur le vif, non retouchées, donnent une vérité et une force très grandes au récit. Les récitatifs fournissent les indications nécessaires au déroulement de l'histoire, précisent et complètent les dessins. Tant par son contenu que son traitement, Yossel, 19 avril 1943 est une réussite indéniable, un album aux grandes qualités.

Ces trois albums de BD peuvent permettre une approche intéressante du problème des camps avec les élèves. Leurs grandes qualités graphiques et narratives constituent des atouts positifs, leur assurant toute leur place dans une démarche autour du devoir de mémoire.

Gérard Belle-Pérat.

Un scénario

La vie est belle
Benigni, Roberto/Cerami, Vincenzo.
Gallimard (Folio), 1998

"Une famille brisée cherche désespérément à survivre à l'extermination. L'opposition entre leur envie d'être de toute façon heureux et les monstruosités qui les entourent, c'est cela qui est important". Voici comment Benigni présente l'argument de son film où il a pris le parti de faire rire avec la plus grande horreur du siècle... En effet, "le rire sauve [...], nous aide à résister pour réussir à passer la nuit, même lorsqu'elle parait longue".

Un roman

1944-1945 Les sabots
Vittori, Jean-Pierre.
Nathan (Les romans de l'histoire), 2003

Un soir de mai 45, les parents de Rémy accueillent chez eux Martin, un jeune maquisard blessé. Prenant des risques énormes, ils décident de le garder jusqu'à ce qu'il se rétablisse. Malheureusement, suite à une dénonciation, toute la famille de Rémy est embarquée par les Allemands. Son père sera fusillé sous ses yeux. Sa mère, Martin et lui seront envoyés en déportation. Seule sa petite soeur Michelle sera épargnée. Rémy du haut de ses dix-sept ans va connaitre l'enfer des camps de la mort...

L'intérêt de ce récit réside dans le fait que l'histoire se déroule sur une période courte. Un an s'écoulera entre la déportation de Martin et son retour à la Libération. Entre temps, il aura connu l'horreur : elle l'aura transformé définitivement. L'auteur n'épargne aucun détail. Il dépeint avec réalisme l'ambiance qui règne dans les camps de concentration : la cruauté des SS, la saleté, la misère, mais aussi le réseau de solidarité qui s'instaure entre les différents prisonniers, l'entraide et la volonté de s'en sortir coute que coute. Rémy mettra du temps à accepter la décision de sa famille d'avoir fait acte de résistance en sauvant Martin. Ce n'est qu'à son retour parmi les vivants qu'il comprendra que lui aussi est un résistant.

Ce roman coup de poing est à prescrire absolument et change de ce que l'on peut lire sur le sujet. Il parle du système concentrationnaire, mais aussi de la période délicate d'avant la Libération, l'avancée des Alliés, le retour en France et la prise en charge des déportés, le regard que l'on porte sur ces "fantômes"... Le héros est un adolescent et cela contribue à interpeller les lecteurs de cet âge. De plus, il est facile à lire et très court. Un lexique et un rappel historique clôturent le roman. Cet ouvrage représente un excellent point de départ pour aborder la période de la Seconde Guerre mondiale au programme d'histoire en CAP.

Anne-Laure Héritier-Blanc.

Des témoignages

La traversée de la nuit
Gaulle Anthonioz, Geneviève de.
Seuil, 1998

Le 20 juillet 1943, Geneviève de Gaulle Anthonioz est arrêtée par les Allemands et déportée au camp de Ravensbrück. Le 29 octobre 1944, elle est enfermée dans un des cachots du camp, appelé bunker, et y restera 45 jours. Solitude, privations, souffrance. C'est cette nuit qu'a racontée, cinquante ans après, la fondatrice d'ATD Quart Monde, aujourd'hui décédée. Le livre est bouleversant, non pas parce qu'il évoque la barbarie, mais parce qu'il fait partager au lecteur l'expérience intérieure de celui qui vit dans l'inhumanité la plus sombre : l'angoisse, la peur, la solitude, mais aussi les souvenirs et les rêves, les joies et les espérances qui permettent de ne pas sombrer complètement, de résister.

Marie-Cécile Guernier.

Paroles d'étoiles, mémoire d'enfants cachés 1939-1945
Librio, 2002

Ce petit ouvrage émouvant rassemble de nombreux témoignages d'enfants juifs cachés pendant la Seconde Guerre mondiale. Collectés grâce à Radio France, à l'Association des enfants cachés et au Mémorial de Caen, Paroles d'étoiles propose une compilation des plus de 800 témoignages recueillis. Classés par thèmes et de manière chronologique, ils évoquent les six étapes d'un long et incertain voyage maritime. Ainsi, "Marée basse" rassemble les témoignages sur la vie quotidienne de ces enfants. "Tempête" évoque la montée du nazisme, l'antisémitisme, les premières mesures discriminatoires prises à l'égard des Juifs. "Naufrage" relate les déchirements, les séparations parents-enfants lors des rafles. "Nuit" raconte l'attente, le désarroi et la clandestinité de ces enfants cachés. "Echouage" témoigne des retrouvailles entre parents et enfants séparés par la guerre, mais aussi des déchirements de ceux qui comprennent qu'ils ne verront plus les leurs, ou de ceux qui devront quitter les parents adoptifs qui les ont aidés. Enfin, le chapitre "Terre" propose les réflexions de certains de ces enfants aujourd'hui âgés de 65 à 80 ans. Elles permettent de connaitre leurs blessures, leurs traumatismes et leurs émotions enfouis depuis l'enfance, pour que le lecteur connaisse ce qui est encore difficilement divulgué.

Valérie Vignoboul.

A la guerre comme à la guerre
Ungerer, Tomi.
Ecole des loisirs (Médium), 2002

Ouvrage autobiographique, ce livre de Tomi Ungerer est constitué, comme l'indique le sous titre, de dessins et souvenirs d'enfance. C'est à travers le regard d'un enfant que la vie de famille est vécue. L'intérêt supplémentaire de ce récit s'appuie sur la situation particulière de Tomi Ungerer : il est Alsacien.

L'Alsace a connu tout au long de la période contemporaine un sort particulier : annexée à l'Allemagne de 1870 à la fin de la Première Guerre mondiale, elle redeviendra française de 1918 à 1940 ; la débâcle et l'occupation en referont une province allemande et la victoire contre le nazisme en 1945 une région française, définitivement. Le rattachement successif à deux nations antagonistes se traduit par un processus d'intégration (langue allemande obligatoire et interdiction du français, utilisation du français et abolition de l'alsacien), vécu souvent comme un jeu par Tomi Ungerer qui a 9 ans en 1940. Il réagit en Allemand à l'école et à l'extérieur, conserve son appartenance française à la maison (langue, manières, jeux...) et cultive avec ses copains sa situation d'Alsacien. Il doit gérer toutes ces contradictions, ce qui se traduit par des situations cocasses, difficiles ou dramatiques. Les relations entre population et soldats allemands, ceux qui acceptent l'intégration et ceux qui la refusent, permettent à l'auteur de dresser un tableau contrasté de l'Alsace pendant cette période. Le texte est illustré par des photos de famille, des documents d'époque et des dessins de l'auteur, soigneusement conservés par sa mère... De lecture facile et plaisante, cet ouvrage constitue une approche et une vision intéressantes de l'Occupation et de la Seconde Guerre mondiale.

Gérard Belle-Pérat.

Des albums

Les trois secrets d'Alexandra
Daeninckx, Didier/Pef.
Rue du Monde (Histoire d'Histoire), 2002, 2003, 2004

Coffret comportant trois volumes :
1. Il faut désobéir (2002)
2. Un violon dans la nuit (2003)
3. Viva la liberté ! (2004) et un poster.

On connait l'engagement de Didier Daeninckx et de Pef contre le racisme et les totalitarismes de tous bords. Pour cette collection "Histoire d'histoire" dont le projet est de publier "un conte d'aujourd'hui et des documents d'époque pour interroger l'histoire du monde", ils se sont associés pour raconter ces trois secrets d'Alexandra qui évoquent la France sous Vichy (vol.1), les camps de concentration (vol. 2), la résistance et la libération (vol.3).

Au premier abord la forme surprend : on hésite entre l'album - Daeninckx raconte comment le grand-père et la grande tante d'Alexandra lui révèlent les secrets de leur famille relatifs à cette période -, la bande dessinée - les dessins de Pef évoquent en effet la bande dessinée satirique - et le documentaire historique - des photos "historiques" commentées émaillent l'ensemble. Il y a donc des télescopages qui semblent brouiller les pistes. Mais le texte de Daeninckx est alerte et prend le lecteur. Il mêle les générations, aujourd'hui et hier, la fiction et le témoignage, et convainc qu'il ne faut pas se souvenir pour se souvenir, mais qu'il faut témoigner pour mieux lire le monde d'aujourd'hui. Le dessin de Pef est plein de vitalité : couleurs, traits dynamiques, gueules des personnages. C'est fort. On voit le quotidien bouleversé par la brutalité, on lit sur les visages la surprise, l'angoisse, le désespoir. Les vraies photos, couleur sépia, rappellent que tout cela s'est bien déroulé et invitent le lecteur à rester grave.

Cet ouvrage est différent des autres. Comme eux, il évoque, bouleverse et fait réfléchir, mais avec des moyens simples et originaux. Il n'est pas dans le passé, mais dans le présent et trace les lignes de force de la mémoire, non pas ressassement du pire, mais connaissance pour construire le meilleur. Il doit pouvoir surprendre et interpeller les élèves sur un sujet qu'ils estiment peut-être d'un autre temps.

Marie-Cécile Guernier.

Un foulard dans la nuit
Lemoine, Georges.
Editions du Sorbier, 2000

L'enfant voit la porte entrouverte à l'autre bout du camp. Sans réveiller personne, il s'enfuit. Pourtant, dehors le paysage semble avoir pris, lui aussi, les couleurs de la mort. Après des journées de marche dans un froid glacial, il revient sur les traces de son enfance. De sa vie d'avant, il se remémore l'été et les "champs de blé dorés parsemés de bleuets et de coquelicots", l'étang où il se rendait avec ses amis, son village aux jolies maisons bleues, où juifs et chrétiens vivaient en paix. Il revoit très nettement sa mère, son visage doux et délicat et le foulard coloré qui entourait ses épaules. L'odeur du pain noir frotté à l'ail, la chaleur du feu, tout semble si réel... David a rêvé. De son enfance ne lui reste plus rien si ce n'est son frère Jonas étendu à côté de lui sur les châlits et ce morceau de foulard rouge enroulé autour de son cou. Et sans doute l'espoir fou de survivre en dépit de la dureté de sa vie présente.

Le texte implicite suggère plus qu'il ne démontre. Il nous entraine sur les traces de David. Comme lui, nous ne savons plus où se situe la frontière entre le rêve et la réalité. Les images, sobres et émouvantes, ponctuent discrètement le récit comme pour ne pas empiéter sur l'horreur. La mise en page est, par ailleurs, réalisée avec beaucoup de soin. Les tonalités froides des couleurs employées par Lemoine (hormis le rouge du foulard) font douloureusement écho en nous. Le rouge, symbole de l'espoir est un peu le fil conducteur du récit, on le comprendra mieux à la fin.

Ce très bel album est un hommage vibrant à tous ceux qui ont connu l'enfer des camps. L'émouvant texte de la fin est là pour rappeler au lecteur son devoir de mémoire.

Anne-Laure Héritier-Blanc.

Grand-père
Rapaport, Gilles.
Circonflexe, 1999

Après le décès de son grand-père, l'auteur revient sur la vie de cet homme qui a connu l'horreur des camps de concentration et la déportation à Auschwitz. L'album suit le parcours de ce grand-père né en Pologne au début du siècle et qui a connu une vie que l'on pourrait qualifier de banale pour un jeune juif, si elle ne se heurtait au nazisme et à la solution finale : enfance polonaise, Première Guerre mondiale, métier de tailleur, persécutions, émigration, engagement dans la Légion française, arrestation et déportation à Auschwitz dont il sera l'un des rares rescapés.

L'auteur dresse un constat implacable de la barbarie, des conditions inhumaines des camps où l'homme disparait, devient un numéro, une chose que l'on exploite (même mort) à l'extrême avant de le réduire en cendres. Les dessins schématiques, l'utilisation des deux seules couleurs : le noir et le bleu, donnent une grande force aux images. Au fur et à mesure que la liberté et l'espoir disparaissent et que l'horreur et la bestialité prennent le dessus, le noir est de plus en plus présent. Avec un texte minimaliste (phrases simples et courtes, nombreuses propositions interrogatives sans réponse...), l'auteur fait une énumération brute des évènements ; sentiments ou réflexions ne sont pas de mise. Dans la partie de l'album consacrée à Auschwitz, le texte apparait en blanc sur fond noir (symbole de la vie par opposition à la mort ?). Facile d'accès, cet album permet une approche intéressante de la question.

Gérard Belle-Pérat.

Des documentaires

J'ai vécu les camps de concentration
Guillaud, Véronique.
Les dossiers Okapi, Bayard jeunesse, 2004

La collection a pour objectif de traiter l'époque contemporaine et les évènements les plus importants à partir de témoignages de personnes qui les ont vécus. La tragédie des camps de concentration apparait à travers trois récits de rescapés. Le premier est celui d'une femme déportée à Auschwitz à 13 ans avec toute sa famille (ses parents n'en reviendront pas) parce qu'elle est juive. Le second concerne une jeune Polonaise parquée dans le ghetto de Varsovie : elle survivra avec une partie de sa famille grâce à son courage, son opiniâtreté, sa grande envie de vivre, en se cachant dans les égouts du ghetto. Le dernier témoin est arrêté à 16 ans pour faits de résistance ; son origine juive ne sera pas découverte mais, après avoir séjourné dans divers prisons et camps en France, il sera déporté au camp de concentration de Neuengamme en Allemagne.

Chacun des témoignages précise les circonstances de l'arrestation, les différents moments vécus dans les camps (la faim, le froid, les maladies, les coups, les humiliations, mais aussi l'entraide et la solidarité), le retour à la vie normale (mais peut-il y en avoir une ?). Ces récits sont durs, difficiles à supporter, mais ils montrent aussi l'intense envie de vivre des rescapés, leur engagement dans un devoir de mémoire et de transmission aux jeunes générations, actuelles et futures ; comme l'indique Mme Lagrange, l'une des rescapées : "Ma vraie revanche, c'est de continuer à parler, alors que les nazis ont tout fait pour me faire taire !". Le livre se termine par un dossier qui replace cette tragédie dans une perspective historique : prise de pouvoir par les nazis, théories racistes, mise en place des mesures anti-juives, développement des camps, exécution de la solution finale. L'ensemble constitue une bonne introduction au problème de la déportation et de l'extermination dans les camps. Textes et documents sont d'un abord facile, ce qui les rend accessibles à tous les élèves.

Gérard Belle-Pérat.

Auschwitz expliqué à ma fille
Wieviorka, Annette.
Seuil, 60p., 1999

En partant de l'histoire d'une amie, Berthe, déportée à Auschwitz à l'âge de 19 ans, l'auteur tente de raconter simplement à sa fille le sort des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale. Construit sous la forme de questions-réponses, le récit a le privilège de cerner les mots clés de cette période noire de l'histoire : rafle, camp de concentration, S.S, génocide, holocauste, Shoah... Grâce à des témoignages et des descriptions précises, cette historienne répond ainsi clairement aux questions que peuvent se poser les élèves.

Valérie Vignoboul.

Une étude historique

Auschwitz, 60 ans après
Wieviorka, Annette.
Robert Laffont, 2005

Auschwitz représente le symbole de la barbarie nazie à l'égard des peuples opprimés, et surtout des juifs. Construit en Pologne dès les débuts de l'offensive allemande contre l'URSS, il deviendra le plus grand camp de concentration du IIIe Reich, où plus d'un million d'hommes, femmes et enfants seront assassinés (de ce fait c'est le plus grand cimetière du monde).

L'auteur décrit la construction, l'aménagement, l'extension du camp d'Auschwitz-Birkenau au fur et à mesure de la mise en oeuvre de la solution finale pour répondre aux besoins : tuer et faire disparaitre les corps de milliers de déportés par jour. C'est un véritable complexe industriel d'exploitation et d'extermination : juifs (dans une proportion écrasante), mais aussi Tsiganes, prisonniers de guerre soviétiques, Polonais, témoins de Jéhovah, politiques ou criminels allemands, qui se développe à Auschwitz (nom d'une petite ville polonaise de haute Silésie). Comme pour la plupart des camps, sa libération fut fortuite : bien que connus des Alliés, les camps de concentration ne constituaient pas un objectif militaire.

L'auteur, dans son rôle d'historienne, rend compte de la place d'Auschwitz dans le déroulement de la Seconde Guerre mondiale, mais soulève de nombreuses questions quant au symbole qu'il représente et au devoir de mémoire. Annette Wieviorka s'interroge notamment sur la visite d'Auschwitz-Birkenau : quelle attitude adopter (les téléphones portables sonnent aussi dans ce camp) en parcourant le site, comment rendre visible, sensible, la réalité et l'horreur de ce qui s'est passé, replacer ce qui relève du souvenir dans une perspective historique, relier les leçons de cette tragédie à l'époque actuelle, mettre en valeur les témoignages, alors que les rescapés sont de moins en

moins nombreux, comment mettre en valeur les lieux, conserver, restaurer (Birkenau, longtemps négligé, a servi de paturage, de terrain de chasse et de pêche) ?

Cette étude sur Auschwitz, d'un abord facile, permet d'avoir une bonne connaissance du phénomène concentrationnaire dans son contexte historique, avec tous les prolongements, depuis sa libération jusqu'à la période actuelle. Livre d'histoire s'adressant plus particulièrement aux enseignants, il peut cependant intéresser des élèves sensibles à cette question et désireux de s'informer.

Gérard Belle-Pérat.

Une revue

Le magazine littéraire
Le magazine littéraire, n° 438, Janvier 2005

Le dossier " la littérature et les camps " évoque, par le biais de portraits d'écrivains, de philosophes et de poètes, l'expérience concentrationnaire.

Une question demeure toujours en exergue : comment écrire et raconter l'indicible ? De nombreux ouvrages sont cités en référence pour nourrir des échanges à tous les niveaux.

Robert Roussillon.

En ligne

Nous renvoyons également le lecteur à deux bibliographies en ligne :

Lire au lycée professionnel, n°47, page 32 (03/2005)

Lire au lycée professionnel - 27 janvier 1945, libération du camp d'Auschwitz