Dossier : Prescrire

Que reste-t-il de nos sélections ?

Un regard rétrospectif et autocritique

Marie-Cécile Guernier

Pouvions-nous consacrer tout un dossier à la problématique de la prescription sans nous interroger sur nos propres sélections ? Evidemment non ! Nous avons donc passé au crible dix numéros de Lire au lycée professionnel, du numéro double 35/36 (été 2001) au 45 (été 2004). Nous avons pointé les notices consacrées aux textes narratifs et publiées dans la rubrique " Livres en vrac ". Ces 117 notes de lecture ont été soumises aux contraintes de diverses grilles d'analyse. La synthèse de cette étude réserve quelques surprises...

Champ éditorial

Ces notices ont été rédigées par 17 rédacteurs, sans que l'un d'entre eux ne domine. On ne craint donc pas un effet rédacteur. Elles rendent compte des choix du comité de rédaction de la revue depuis 4 ans ; mais aussi en partie de ce que propose la littérature de jeunesse, susceptible d'intéresser (selon Lire au lycée professionnel bien évidemment) les lecteurs entre 15 et 23 ans.

Parmi ces 117 notices, 46 ouvrages appartiennent à la littérature de jeunesse et 71 ( soit 60 %) à la littérature dite adulte ou générale. On voit que le comité de rédaction accorde la majeure partie de ses choix à cette littérature adulte. Ce qui est aisé à comprendre, l'âge des élèves de LP empêchant que l'on se cantonne à la littérature écrite plus spécifiquement pour les plus jeunes. On voit aussi que le comité de lecture tente d'oeuvrer dans le sens d'un passage de la littérature jeunesse à la littérature générale.

En littérature jeunesse, 17 éditeurs sont cités, avec des références multiples pour Thierry Magnier, l'Ecole des loisirs (collection Médium). En littérature adulte, sont cités 26 éditeurs, avec une légère avance pour les collections de Gallimard (Frontières, Série noire, Folio, Du monde entier, etc.) et l'éditeur Albin Michel. C'est donc la diversité éditoriale qui est de rigueur, puisque les ouvrages sélectionnés ont été édités par les plus grands : Seuil, Flammarion, Gallimard, Hachette, mais aussi les plus petits : Gaïa, Phébus, Picquier, L'esprit des péninsules, entre autres, qui offrent des textes différents et originaux.

La guerre

L'analyse thématique des ouvrages présentés offre peu de surprise. Malheureusement, a-t-on envie d'ajouter. Remarquons tout d'abord la place relativement importante (12 % des notices) occupée par le thème de la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale. La littérature, de jeunesse en particulier, revient régulièrement sur ce thème et nos choix sont le reflet de cet incontournable de la littérature actuelle. On comprend la nécessité de ne pas oublier, de transmettre. Mais osons regretter que la question de la barbarie totalitaire soit essentiellement évoquée à propos du nazisme et pratiquement jamais dans le cadre du stalinisme, du maoïsme pur et dur, des dictatures argentine ou cambodgienne, etc.

A l'inverse certains sujets sont très peu présents. Il en est ainsi du sport : deux références, dont seulement une pour le foot. Seulement deux références également évoquent la télévision (dont une seule sur les reality shows). On a envie de dire que c'est peu par rapport à la place que ces deux loisirs occupent dans la vie des jeunes d'aujourd'hui. D'autant que ce sont aussi des phénomènes de société qui ne sont pas sans poser problème. Les auteurs ne semblent pas s'y intéresser. Aussi peu représentées sont la question de l'engagement politique (les personnages des récits que nous avons lus semblent ne pas avoir d'opinion politique) et la question de l'écologie. Une question aussi actuellement brûlante que la religion n'apparait que dans trois de nos notices. Bien évidemment, nous n'avons pas tout lu (impossible !). Mais beaucoup d'ouvrages nous passent entre les mains, et même si nos choix sont sélectifs, on peut aussi considérer qu'ils sont quelque peu représentatifs de la production littéraire.

La vie est difficile

En revanche, nombreux sont les ouvrages présentés dont le personnage principal est un jeune ou un adolescent (17 %). C'est le fait même de la production littéraire pour la jeunesse, mais aussi de nos choix. Il semblerait que nous pariions (à tort ou à raison) sur l'identification. Mais, les jeunes des récits que nous avons lus ne vont pas bien : drogue, fugue, délinquance, prison, dérive sociale, anorexie ou surpoids sont leur lot. Et quand ils sont présentés avec leur famille, c'est encore pour évoquer des problèmes : violence, inceste, relations houleuses avec les parents. Peu d'ouvrages évoquent l'amour, l'amitié. La représentation littéraire de la jeunesse est sombre, et il semble difficile d'y échapper. Une question se pose forcément : les élèves de LP ont-ils envie de retrouver tous ces problèmes (les leurs pour certains) dans les livres qu'on propose à leur lecture ?

Faisons une place à part aux récits (9 %) qui mettent ces jeunes en contact avec la mort : celle du père, d'un frère, ou encore le suicide. Le sujet est grave et il semble que l'on considère que le récit est un bon moyen de l'aborder. Là aussi, c'est peut-être une idée reçue.

Autre sujet de prédilection : les problèmes sociaux (9 % de nos notices). Travail des enfants, vie en prison, vie dans la banlieue, prostitution, condition de la femme, mais pas en France, ni même en Europe, puisque ces livres évoquent l'Iran, l'Afghanistan, la Cisjordanie, l'URSS totalitaire, ou encore le Kosovo. Dans cette veine, la thématique de l'exil et de l'intégration occupe une place à part et offre une perspective plus optimiste, les protagonistes finissant le plus souvent par retrouver leurs marques.

Un tour du monde

Enfin, il faut signaler les livres que nous avons sélectionnés parce qu'ils se déroulent ailleurs. Nous faisons pratiquement le tour du monde... D'abord l'Europe : Naples, Londres, l'Allemagne, l'Espagne. Mais aussi le Maghreb (Tunisie, Maroc, Algérie), l'Afrique (Bénin, Namibie, Sénégal), le Proche et le Moyen Orient (Liban, Cisjordanie, Egypte, Iran, Afghanistan), la Russie. Plus loin encore : la Chine, le Vietnam, le Japon, puis nous rentrons par les USA. Une grande absente : l'Amérique latine. Aucune de nos notices ne rend compte d'un livre évoquant ce continent. Négligence de notre part ? ou réelle sous représentation dans la littérature qui nous semble accessible aux grands adolescents ?

Nos choix peuvent paraitre sombres. Certes, mais ils correspondent à l'offre éditoriale. Qui semble tout aussi sombre. Bien évidemment, on ne peut que s'interroger sur l'attractivité de telles thématiques. Le comité de rédaction aimerait lire un peu plus souvent des livres gais, optimistes, drôles, et qui lui permettent d'oublier les problèmes de notre monde. La littérature n'est-elle pas faite aussi pour rêver ? On ne peut pas imaginer que les élèves soient si différents de nous. Une lueur d'espoir quand même. Elle vient du côté des "petits" éditeurs, qui semblent offrir une littérature différente : qui nous emmène ailleurs pour nous faire découvrir d'autres peuples (les nomades du désert, les Indiens d'Amérique), d'autre modes de vie (dans le Haut Altaï), qui osent la poésie et nous sortent de nous-mêmes.

Parler des livres

Que disons-nous des livres ? pourquoi les retenons-nous ? qu'apprécions-nous dans les livres que nous sélectionnons ? Répondre à ces questions revient à dresser le profil du bon livre pour élève de LP. Ces commentaires ne sont pas toujours faciles à décoder. D'abord parce qu'ils sont le fait du chroniqueur : ses goûts, sa personnalité, ses représentations des élèves, ses convictions, son projet de prescripteur. Ensuite parce que c'est la partie de la notice dans laquelle le chroniqueur use des termes les plus variés et des tournures les plus imagées, voire recherchées, pour rendre compte au plus juste de son appréciation. C'est à cela que l'on remarque que parler des livres n'est pas toujours facile et qu'en dehors de la terminologie que proposent les études stylistiques ou littéraires, le lecteur doit essayer d'inventer sa propre langue. Cependant, on remarque aussi des constantes et des expressions communes. Professeurs, documentalistes et bibliothécaires se sont forgé un langage commun, reflet de leur connivence et de leur appartenance à la communauté des lettrés.

Les notices analysent les thématiques des livres proposés. Elles valorisent ceux qui sont en rapport avec le réel, ancrés dans la vie dite concrète. Le réalisme est donc un critère fort de sélection. Dans cette optique, les témoignages et histoires de vie emportent nos suffrages. Ils sont considérés comme crédibles, authentiques, sincères, susceptibles d'avoir un impact sur le lecteur (ce qu'on appelle un témoignage fort), à condition cependant qu'ils évitent les clichés et qu'ils soient bien documentés. Font partie bien évidemment de cette catégorie les journaux intimes et les autobiographies, qui combinent ancrage dans le réel et récit à la première personne.

Est régulièrement notifiée la longueur du livre proposé, pour dire qu'il est court, bref, ou petit. Ainsi le livre "pas trop gros" est souvent sélectionné. C'est certainement parce que nous savons que c'est un critère de choix pour les élèves, que les pavés rebutent. Mais de là à dire que la brièveté est un gage de facilité, il faut être prudent. En effet, certains livres pas épais sont très ardus, et certains pavés se lisent comme... un roman !

De manière moins fréquente, nos notices s'intéressent à la composition du récit. Se piquent donc d'un peu de narratologie. Le plus souvent c'est pour remarquer une construction dite non linéaire, c'est-à-dire avec retours en arrière, qui pourrait dérouter le lecteur. Dans le même ordre d'idée les récits à focalisations multiples, perçues comme un foisonnement des subjectivités, sont presque systématiquement signalés et là aussi pour en indiquer une possible difficulté de lecture. En revanche, sont valorisés les intrigues dites bien ficelées et les récits dits à construction rigoureuse. Il semble donc que tout ce qui dans l'ordre du récit peut apparaitre comme une circonvolution est perçu comme un risque de lecture plus complexe. Pour autant, les récits à la première personne, "vus de l'intérieur", ont la réputation de plaire aux élèves. D'où la place particulière, notée plus haut, accordée aux journaux intimes ou aux autobiographies.

Toujours en ce qui concerne la composition générale du livre, est analysé le rythme de la narration. Sont préférés les récits rapides, vifs, dynamiques, voire haletants ou menés tambour battant. Il faut de l'action, des péripéties, du suspens, et des dialogues nerveux. Il n'y a pas de temps à perdre !

Les livres proposés sont également auscultés du côté de leur facture stylistique. Quel type d'écriture est apprécié ? Comme le livre court semble valorisé, il en est de même de la phrase courte, qui dessine une langue simple et un style limpide. Là encore les circonvolutions ne sont pas de mises. Une telle écriture, dite aussi concise, est considérée comme mélodieuse et fluide. Ainsi est préféré un style sans trop d'effet, sobre, qui peut aller jusqu'au dépouillement et qui pèse les mots. Pour autant sont appréciés aussi les images, les langages métaphoriques qui s'apparentent à la poésie, ainsi que les auteurs qui donnent des détails ou n'hésitent pas à construire des descriptions précises. Une mention particulière est accordée aux récits qui restituent la langue parlée, ou encore qui osent un langage cru, voire vert. Mais ce ne sont là que quelques exceptions pour lesquelles l'auteur est capable d'une maitrise incontestable, voire de virtuosité. La langue qu'on se propose de faire lire aux élèves ne peut pas être simplement relâchée.

Dans ce domaine, quelques chroniqueurs s'intéressent au lexique des ouvrages. Ils préfèrent en général un vocabulaire jugé simple, et s'il doit être technique (ce qui n'est pas considéré comme un défaut), la présence d'un lexique est particulièrement appréciée. Quelques ouvrages obtiennent une mention spéciale, parce qu'ils travaillent spécifiquement cette dimension, par le biais par exemple des jeux de mots.

Les chroniqueurs de la rubrique "Livres en vrac" sont particulièrement sensibles à la tonalité des récits qu'ils sélectionnent. Pour être remarqué un texte doit sonner juste et être mesuré. Il doit montrer, il peut démontrer, mais sans être racoleur et en refusant le sensationnel, sans dramatiser et sans misérabilisme. Mais quand même sans complaisance, sans concession. Ce qui peut autoriser la froideur, voire des constats implacables. Ainsi le récit peut émouvoir, mais sans tomber dans le pathos, le sentimentalisme et le larmoyant. Il doit être sensible, tendre, voire intimiste, mais avec pudeur. Pour résumer, la force d'un récit est dans sa sobriété et sa simplicité, dans la recherche d'un équilibre entre gravité, densité et légèreté. Les récits qui semblent le mieux à même de réunir toutes ces qualités sont ceux qui s'adonnent à l'humour, particulièrement apprécié des chroniqueurs.

Aux marges de cette tonalité mesurée, media voce, certains livres complètement différents ont emporté l'adhésion du comité de rédaction parce qu'ils étaient loufoques, fantaisistes, voire cocasses, ou relevant d'un humour absurde, ou encore jubilatoire. A l'autre borne, il y a les ouvrages intenses ou dramatiques, aux images fortes, voire noirs, pessimistes, sombres, désespérés, tristes et même glauques. Mais attention, ils ne sont pas nombreux. Des exceptions qui pimentent le tableau de nos lectures.

Et puis, encore à part, il y a les livres poétiques, voire magiques ou oniriques, qui font entrer dans un univers étrange, voire fantastique ou inquiétant, aux marges du réel. Mais ceux-là non plus ne sont pas nombreux.

Les notices s'intéressent peu aux personnages de ces récits. C'est un peu surprenant dans la mesure où le personnage est quand même l'élément accrocheur d'un récit. On peut s'y identifier, on éprouve pour lui de la compassion, on voudrait qu'il réussisse ou alors on le déteste quand il est trop méchant. On sait aussi que les élèves aiment les personnages (certainement plus que les paysages). Et effectivement les chroniqueurs qualifient de faibles les récits insuffisamment centrés sur le personnage principal, ou dont les personnages sont figés. Ainsi, sont appréciés les personnages sympathiques, attachants, ou extravagants, voire truculents. On le voit, sont retenus les personnages pas ordinaires, et surtout pas caricaturaux. En même temps, il faut que le lecteur puisse s'en faire une idée précise. On apprécie donc les portraits précis, mais pas trop longs et l'investigation psychologique.

Le bon livre

L'analyse des notices de la rubrique "Livres en vrac" permet de dessiner le profil du bon livre pour élève de LP. Pour autant, cela suffit-il à rendre ces ouvrages accessibles aux élèves de LP ? Les rédacteurs de Lire au lycée professionnel se posent la question et tentent d'évaluer ce que l'on pourrait appeler la lisibilité de ces récits. Comme on l'a noté plus haut, sont considérés comme d'une lecture facile les ouvrages dont la construction est linéaire, davantage centrés sur l'action que sur le discours (explicatif ou argumentatif). Livres qui se lisent d'un trait. Sont également réputés accessibles les ouvrages faciles à interpréter, c'est-à-dire qui évitent l'implicite et qu'il n'est pas nécessaire de lire entre les lignes. Mais les chroniqueurs n'oublient pas qu'ils sont aussi des médiateurs (professeurs, bibliothécaires et documentalistes) et conseillent donc l'accompagnement de la lecture quand l'ouvrage parait trop difficile.

Une fois (à peu près) réglée la question de l'accessibilité du texte, que pense-t-on qui puisse plaire aux élèves ? Les récits distrayants et qui amusent, ou les récits qui captivent, ou encore ceux qui émeuvent. Ce qui est sûr c'est qu'il faut que le livre provoque un état émotionnel et touche d'une manière ou d'une autre le lecteur. En revanche, il faut qu'il évite de dérouter ou déconcerte parce qu'il emmène dans un monde trop loin du nôtre ou qu'il se livre à des investigations tatillonnes ou trop fouillées. Cependant, les récits ne sont pas forcément destinés à tous les élèves, sans distinction. Le clivage essentiel réside entre les filles et les garçons : certains ouvrages sont plutôt féminins, d'autres plutôt masculins. C'est ce que montrent les enquêtes, les chroniqueurs de Lire au lycée professionnel semblent le considérer aussi. Ensuite, on peut distinguer les bons lecteurs, qui seraient plutôt en Bac Pro (est-ce si sûr ?) et les moins bons qui seraient plutôt en BEP, et qui peuvent quelquefois être en panne. Les CAP sont moins présents. Mais c'est sans doute du fait de la difficulté de trouver des ouvrages adéquats du point de vue du contenu pour ces élèves, et lisibles. On peut aussi s'interroger sur cette catégorisation par niveau scolaire. A-t-elle une quelconque validité ? Enfin, certains livres sont ciblés en fonction du centre d'intérêt : on se voit donc bien les proposer à des élèves qui se destinent à travailler avec des enfants (finalité professionnelle), à des élèves d'origine étrangère (finalité identitaire), à des élèves qui aiment les voyages (finalité culturelle ou ludique), qui sont inquiets sur leurs performances amoureuses (initiation), qui manquent de mots (finalité éducative). On le voit, au fil de la lecture du chroniqueur se dessine un profil d'élève et/ou de lecteur à qui il pourrait proposer l'ouvrage. Réflexe de médiateur ou déformation du prescripteur ? En tout cas, celui-ci lit bien pour les autres, ici en l'occurrence les élèves.

Dans le même ordre d'idée, les rédacteurs de Lire au lycée professionnel se demandent quel peut être l'intérêt de l'ouvrage présenté. A quoi peut-il servir pour le lecteur ? Que peut-il lui apporter ? En effet, pour les prescripteurs que nous sommes, la lecture ne peut pas être gratuite. Il semble qu'il faut qu'elle serve. Avons-nous tort ? Certains le pensent, qui considèrent que lire est une activité suffisante pour elle-même. Nous le pensons aussi. En partie. Mais le contexte scolaire marque certainement notre conception. Et nous savons aussi que lire représente parfois un tel effort pour les élèves, qu'ils cherchent dans la lecture un profit : symbolique, intellectuel, initiatique, culturel, encyclopédique, etc. Nous essayons donc de répondre à cette exigence des élèves. Prioritairement, notre sélection montre que les chroniqueurs préfèrent les livres qui font réfléchir : sur la pratique d'un sport, sur la double appartenance culturelle, sur le monde du travail, sur les évolutions sociales, sur l'exil, à des destins. Les récits apportent des connaissances, on peut apprendre beaucoup de choses en les lisant. Les récits sont aussi initiatiques, ils s'intéressent aux choses de la vie : les relations entre les gens, les parcours de vie (adolescence, vieillesse, orientation, etc.). Et puis ils permettent de pratiquer la langue française, de montrer l'importance de l'écrit pour se dire, communiquer, transmettre, et d'en montrer la diversité : du policier à la science fiction en passant par le récit de vie, le journal intime, le roman d'initiation. Autant de bonnes raisons de valoriser un ouvrage.

Enfin, nous n'oublions pas que ces notices, que nous rédigeons avec application, seront lues (enfin nous l'espérons) par des enseignants (professeurs de lettres et documentalistes) qui cherchent des ouvrages à faire lire en toute autonomie, en classe, en extraits, en oeuvre complète, pour compléter une étude, pour nourrir un dossier. Les rédacteurs essaient de préciser quel peut être l'intérêt pédagogique de l'ouvrage choisi. Deux grandes orientations se dessinent. Tout d'abord est envisagé le mode d'exploitation pédagogique de l'ouvrage. Il peut permettre une activité d'écriture, être lu à voix haute, par extraits, intégralement, en groupement de textes. Il peut servir à construire une séquence sur la lettre, sur le récit, à aborder un auteur, à comparer l'adaptation cinématographique. Ensuite, le récit peut s'inscrire dans les thématiques abordées en histoire. L'importance des récits qui traitent de la Shoah réapparaît ici. Mais les livres qui se passent "ailleurs" ouvrent des horizons géographiques. Quant à ceux qui s'intéressent aux problèmes sociaux, on imagine bien comment les relier aux problématiques traitées en ECJS, pour alimenter un débat, parfaire une documentation ou nuancer un point de vue. On le voit, le récit n'est pas l'apanage du cours de français. Et c'est tant mieux.

Lire pour les autres

Bien évidemment ces notices ne sont le reflet que d'une toute petite partie de la production littéraire de ces quatre dernières années. Loin de nous la prétention de faire croire que nous lisons tout (ce qui est totalement impossible) et que notre sélection tend à l'objectivité. Rien de plus subjectif que la lecture ! Elles montrent simplement des tendances qui à la fois nous rassurent : nous trouvons des livres à faire lire aux élèves de LP, sur des sujets qui les intéressent, qui nous intéressent ; mais aussi qui nous interrogent, voire quelquefois nous inquiètent ou nous irritent : pourquoi si peu de livres gais ? pourquoi si peu de livres d'amour (si possible, qui finiraient bien) ? pourquoi si peu de livres pour rêver, s'évader, oublier et pas seulement pour réfléchir et comprendre ? Pourquoi si peu de livres échevelés, ou "trop"? Est-ce parce que la littérature actuelle s'abime dans le noir et le pessimisme ? ou parce que nous sommes tellement empreints de notre rôle d'éducateurs culturels que nous figeons nos choix ? Et peut-être de ce fait empêchons que les élèves se sentent vraiment bien avec les livres ? Nous osons espérer que non. Mais restons vigilants.

Texte associé : Ces livres " trop " qui n'ont pas été sélectionnés

Lire au lycée professionnel, n°47, page 19 (03/2005)

Lire au lycée professionnel - Que reste-t-il de nos sélections ?