Petite édition

La librairie Bonnes Nouvelles

Pascaline Garnier,
Muriel Blanchi.

C'est une boutique discrète, sans enseigne, dans une petite rue du centre ville de Grenoble, mais loin du coeur piétonnier. C'est ouvert l'après-midi. C'est tenu par deux passionnées, Muriel et Pascaline. Qu'est-ce que c'est ? Une librairie appelée Bonnes Nouvelles et consacrée à l'édition indépendante ou petite édition. Selon les libraires, c'est la seule librairie de France à ne faire que ça... Pourquoi un tel choix ? "Les petites maisons d'édition proposent une production très riche sur le plan littéraire ainsi qu'un travail intéressant sur la forme". Ces fondues de littérature consacrent essentiellement leur fonds à la littérature et à la poésie (d'un tiers à la moitié), ainsi qu'à la littérature jeunesse et à quelques livres d'artistes. Lorsque l'on s'exclame : "Vous êtes très sélectives !", elles rétorquent : "Non, on est très subjectives. On ne prend que ce qu'on aime..." Et c'est alors qu'on les soupçonne d'avoir choisi ce profil atypique de libraire précisément pour échapper à ce qui fait l'ordinaire condition du libraire. Ici, pas d'offices. Les livres ne sont livrés que parce qu'on les a commandés. Ils sont choisis parce qu'ils ont plu, parce qu'on a des affinités avec l'auteur, l'éditeur ou tout simplement le papier de couverture... C'est un fonctionnement différent, au feeling, à l'affectif. Et l'ensemble de ces petites structures constituent un réseau au sein duquel tout le monde finit par se connaitre. En effet ces éditeurs diffusent dans les salons (comme celui de Saint Priest, voir encadré) ou par correspondance, ce qui induit et facilite l'établissement de relations personnelles voire amicales. Il existe, disent nos boutiquières, environ 600 petits éditeurs. Elles sont donc encore loin d'avoir fait le tour... Le phénomène s'établit à procédure identique avec la clientèle. Les libraires vendent les livres qu'elles aiment parce qu'elles en parlent ; elles se rendent disponibles pour partager les coups de coeur ou pour répondre à la demande sur un thème. Le bouche à oreille enclenche une sorte d'effet boule de neige : les amis de mes amis deviennent les amis de la libraire... Il semble que ce qui pouvait passer pour un acte risque tout corresponde en fait à un besoin : moins de deux ans après son ouverture, l'entreprise semble viable. Telles "Madame Arthur" sont Muriel et Pascaline : "Sans jour- naux, sans bruit, sans réclame, elles eurent une foule de clients"...

La sélection de la librairie Bonnes Nouvelles

A l'automne 2003, Pascaline Garnier vient présenter des ouvrages à des élèves du lycée technique Louise Michel.

Une semaine lecture a eu lieu du 15 au 19 décembre 2003 au Lycée Louise Michel, toutes sections confondues. La semaine est banalisée, aucun des cours habituels n'a lieu ; les élèves sont répartis dans des ateliers dont le but est de sensibiliser les élèves à d'autres formes de lecture, notamment la lecture sur logiciel pour tester ses capacités de compréhension et de rapidité de lecture ; la lecture avec son corps ; un "rallye-lecture" pour apprendre à saisir un message et exécuter une consigne dans l'action. On retiendra ici la rencontre avec une libraire un peu particulière, Pascaline Garnier, puisqu'elle travaille uniquement avec des petits éditeurs. Elle parle de son travail avec beaucoup d'enthousiasme et présente des livres originaux. Elle fait son choix en fonction du public de lycéens auquel elle s'adresse, mais aussi en fonction de son goût personnel, ce qui donne une note chaleureuse et authentique à la présentation. Les élèves sont étonnés que des livres puissent prendre des formes aussi variées : de nouveaux horizons s'ouvrent à eux ! Au delà de leurs aprioris sur la lecture, ils découvrent que le livre peut être objet de jeu, d'expression artistique, d'intimité, et cela semble les réjouir.

Elle nous a proposé les titres qui, selon elle, ont le plus retenu l'attention des jeunes. Ses critères : parce qu'elle s'adresse à des jeunes qui ne lisent pas, la proposition doit être de qualité, en raison de leur âge, pas de livres pour enfants. Voici donc dans l'ordre, et bien entendu en toute subjectivité, le top 10 de cette action !

  • Pierre Bettencourt. Fables fraiches pour lire à jeun. Editions Lettres vives, coll. Entre 4 yeux.
    300 petites histoires courtes, voire très courtes, à lire à voix haute ou non. Ce livre séduit sans doute par cette évidente, et pourtant accessible, qualité littéraire, due à une forme courte mais très structurée. De plus, c'est un livre à l'ancienne, épais, de petit format, avec des feuilles à couper.
  • Patrick Bertrand. Un champ pour des grands-pères qui n'ont jamais été pépés. La renarde rouge, 2002.
    Recueil constitué d'une alternance de portraits et de lettres fictives de Poilus. Ce texte court, proche, qui s'appuie sur le vécu émeut en montrant l'égalité du sort face à l'absurdité de la guerre.
  • Dimitri Vazemsky. Patamorphe. La nuit myrtide (Lille)
    Ce petit bouquin carré est un folioscope ou flipbook : vous le feuilletez rapidement de la main droite pour voir s'animer les photos. Bien sûr, après, vous pouvez prendre le temps de lire les textes de la page de gauche...
  • Fabienne Yvert. Papa part/Maman ment/Mémé meurt. Harpo & (Marseille)
    Cette trilogie est à rayures banches sur fond bleu, dans un format rectangulaire étroit. Si l'emballage, qui évoque un transat, est joyeux, le contenu lui est plutôt sombre, dans le genre tranche de vie pas drôle...
  • Maïté Kessler. Déjà 195 pardons. Harpo & (Marseille)
    Dans la même collection et avec donc la même allure, une litanie à la manière des "Je me souviens".
  • Grave dur ce taf/T'es pas une fille, t'as les cheveux courts/Tu causes tu causes/On avait dit/On ne choisit pas sa famille. Passage piétons, coll. Lieu commun.
    Format carré et collage de textes et d'images caractérisent cette collection pour réfléchir.
    Photos noir et blancs, un peu insolites, drôles ou émouvantes pour nous parler de thèmes aussi divers que la famille, la féminité, le travail, les relations humaines... Chaque livre comprend aussi des extraits de textes classiques et contemporains (cela va de Proust, en passant par Hugo, à Baudelaire..., afin d'éclairer nos lanternes et nous faire réflechir...).
  • Claire Volniewicz. Sainte Rita, patronne des causes désespérées. Finitude (Bordeaux)
    Des nouvelles...
  • Pascale Petit/Benoit Jacques. Salto solo. L'inventaire.
    Dans ce conte illustré, les hommes sont des baudruches et les femmes des archères...
  • Jean-Pierre Blanpain/Valérie Dumas. Les reines.
    Ces portraits de dames sont réalisées en écriture par Jean-Pierre Blanpain et en peinture par sa reine, Valérie Dumas : les deux formes sont jouissives.
  • Jean-Pierre Blanpain. Minuit.
    Un petit livre carré à reliure en spirale : canson noir, lettres et dessins blancs.
  • Jean-Pierre Chambon. Goutte d'eau. Cadex
    Conte cruel à la manière orientale : le prince amoureux et jaloux miniaturise la femme aimée pour ne pas la perdre.

Lire au lycée professionnel, n°45, page 15 (06/2004)

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