Petite édition

Bonnes nouvelles de la petite édition

Si je n'avais pas été chanteur, je n'aurais pas écrit de poésie. Toutes ces plaquettes dans des placards...
Claude Nougaro

En parallèle avec la grosse machinerie de l'édition traditionnelle qui est le lieu actuellement de profonds bouleversements, il existe un secteur un peu différent, que l'on appelle la petite édition ou l'édition indépendante. Nous en empruntons la définition à Aurélie Charpentier1 : "Nous entendons par éditeur indépendant une structure petite (par la taille, la production et l'effectif en particulier), privilégiant la qualité à la quantité et ne faisant pas partie d'un groupe éditorial". Cette petite édition tente de survivre en ayant une approche et un fonctionnement différents. Ce qui la démarque assurément le plus, c'est l'auto diffusion et l'auto distribution, ce en quoi elle affirme sa "volonté d'être autonome face aux choix éditoriaux et financiers, de ne pas suivre une politique majoritairement commerciale". Le petit éditeur, qui fonctionne fréquemment en structure associative, est souvent celui qui prend le temps. Pour reprendre les propos de Michel Defourny dans le numéro 212 de "La revue des livres pour enfants", il travaille à contre courant. Il est aussi celui qui emprunte les sentiers de traverse pour arriver jusqu'aux lecteurs. "Aller à notre allure, donner à découvrir et lire ce que nous aimons, réaliser des livres dans le calme aux côtés d'écrivains et essayistes amis, demeurer singuliers sans avoir pour seul motif de l'être, croire à l'avenir des bons livres, conserver dans le professionnalisme un côté "amateur" (...) ne rivaliser qu'avec nous mêmes, être en permanence curieux et capables d'étonnements..." (Marc Kopylov, Bulletin N°1 du Comptoir, Petits éditeurs et métiers du livre, Liège 2001, repris dans La revue des Livres pour enfants n° 212).

A quoi reconnaît-on un petit éditeur ? Il étonne à la fois par la forme et le contenu. Il choisit une ligne éditoriale originale et exigeante tout à la fois : découverte d'auteurs et liens privilégiés instaurés avec eux ; offre différente en termes de contenu autant que dans l'objet livre lui-même. La forme tout d'abord : beau papier, présentation originale, formats peu communs, tout petits formats (qui font rouspéter les bibliothécaires et documentalistes : "Où va t-on bien pouvoir ranger ça ?"). Cela va de pair avec une grande liberté au niveau du graphisme, les productions sont parfois proches du livre objet ou du livre d'artiste. "Les petites maison d'éditions visent la rareté. Assignées à cela, elles seules savent remplir le blanc ou le trou que laissent les grandes" (Hubert Lucot, in "La maison des mots", catalogue de présentation des petits éditeurs publié à l'occasion du 10e salon de la Petite Edition, Crest, 2001 repris dans La revue des Livres pour enfants n° 212). Progressivement, et le succès des salons qui lui sont consacrés le prouve, la petite édition se hisse plus haut. Il va sans dire qu'elle ne pourra pas le faire seule : les bibliothèques, les librairies, les CDI ont un rôle certain à jouer afin de la faire connaître à un public plus large. Certains esprits chagrins la taxent d'élitiste... Il nous semble au contraire qu'elle est là pour déranger, bousculer, dérouter. Mais quel plaisir de se laisser surprendre !


(1) A la recherche de l'édition indépendante, définition et mise en place d'outils pour la prise en compte des éditeurs indépendants de littérature au sein des bibliothèques municipales de Grenoble. Stage de maîtrise IUP Métiers du livre réalisé de mai à juillet 2003 par Aurélie Charpentier, sous la tutelle de J.M. Vidal (Conservateur)

Lire au lycée professionnel, n°45, page 14 (06/2004)

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