Dossier : Lire à voix haute

Lire à voix haute pour les élèves

Françoise Montloi

Ecouter lire

Les élèves de lycée professionnel connaissent souvent des difficultés face à l'écrit et vivent la lecture comme une contrainte scolaire. Pratiquer la lecture à haute voix permet à des jeunes de culture orale d'entendre une écriture et de prendre plaisir à l'écouter. Car la voix donne du sens, fait vivre un texte et favorise la compréhension. Mettre en voix un texte amène à clarifier le lien entre écriture et oralité. La "voix lectrice" crée des représentations mentales, provoque des interrogations et des réactions. Lire des histoires permet d'engager des discussions, l'écrit devient espace de paroles où les jeunes découvrent le monde et de nouveaux horizons. Un poème, un conte, une nouvelle, le début d'un roman ou d'une pièce de théâtre se prêtent bien à ce genre de lecture... On peut amener les élèves à connaître un genre, un auteur, à apprécier la qualité d'un texte ou de ses illustrations. Et finalement ouvrir les portes de l'écrit et remettre en appétit des jeunes que la lecture "contrainte-scolaire" a beaucoup déroutés voire dégoûtés.

Débuter en lecture

Pour se rassurer et pour capter plus facilement son auditoire, le lecteur débutant choisit des textes courts, peu éloignés des préoccupations des jeunes, des histoire achevées, avec un vocabulaire accessible, un rythme vif et un univers concret. Il arrive humblement dans sa classe, un texte à la main. Sans ambition, il annonce aux élèves un "espace cadeau" en début de cours, il donne une lecture à voix haute. Il offre cinq minutes, dix peut-être, qui ne sont pas un prologue à une séance pédagogique, le texte mis en voix ne fait pas objet d'étude. Les élèves n'ont pas de support textuel sur le bureau, pas de stylo, ils prêtent simplement une oreille. Dans la salle, s'élève seulement le son, la voix pour fabriquer ou amplifier des images, pour retrouver l'univers sonore de l'écrit, réservé à tort au monde de la petite enfance. Et puis un jour, fort de son expérience, l'enseignant ou le documentaliste tente le texte qu'il aime, un livre qui peut surprendre son auditoire ou qui va l'émouvoir ; jusqu'à installer un rituel dans la classe en lisant une histoire ou les lettres d'une correspondance en début de cours. Le professeur égrène la lecture et joue quotidiennement le rôle de révélateur de l'écrit. Les relations par rapport au groupe classe évoluent, une forme d'intimité ou de complicité se crée... La sociabilité autour de la littérature s'installe. Les jeunes acceptent d'écouter celui qui lit et respectent sa lecture.

Donner de soi-même

Pendant la lecture, l'adulte prend position en tant qu'individu, car il fait des choix d'interprétation, il donne une version personnelle du texte. Inévitablement, il s'identifie à un personnage, privilégie des passages qu'il choisit d'animer afin de donner vie au texte. Le lecteur est très présent physiquement, il prête sa voix et son corps au texte, la gestuelle l'amenant parfois à lever les yeux de la page au risque de perdre quelques mots en route. Pour retenir l'attention des jeunes, le lecteur livre un peu de lui-même, prend le risque de se dévoiler pour éviter l'écueil de la lecture ennuyeuse et vide de sens.

Chacun a sa manière de raconter, mais transmettre et communiquer à l'auditoire le plaisir des mots demande un effort de diction, un travail sur la voix et même sur les gestes. Avant de se retrouver devant un public d'élèves, le lecteur peu aguerri doit prendre conscience de sa voix et savoir la placer. La mise en voix d'un texte passe par le repérage des mots inducteurs de rythme. Les intonations et les accentuations se travaillent. Les phrases courtes permettent au lecteur, comme à son auditoire, de souffler un peu, jusqu'à se ménager des pauses, des silences dans le but d'ajouter du suspense ou d'accentuer les effets dramatiques. L'alternance rapidité lenteur se gère assez facilement si l'on place dans son texte des indicateurs de lecture. Moduler, changer sa voix en l'adaptant aux personnages, aux situations, aux sentiments s'avère une excellente façon d'apprendre à s'exprimer.

C'est payant de faire du gratuit !

Certains enseignants peuvent légitimement exprimer des réticences à accorder une "offre gratuite de lecture" qui, pour eux, tient de la haute voltige. Pourtant, la pratique de la lecture n'est pas une tâche écrasante, ni un exercice acrobatique. Sans être des professionnels, on peut aborder la lecture publique et partager du plaisir avec les élèves. Raconter des histoires réconcilie les jeunes avec la langue et, petit à petit, lecteur et auditeur tissent des liens et trouvent le bien-être voire le bonheur dans la mise en voix d'un texte.

Lire au lycée professionnel, n°45, page 2 (06/2004)

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