Notes de lecture

End, t. 1, Elisabeth
Barbara Canepa et Anna Merli.
Éditions Soleil Productions, "Métamorphoses", 2012

Commencer par mourir ... Nous assistons dès la première page à des funérailles. Celles d'une jeune fille de 13 ans, Elisabeth ... l'héroïne de ce livre. Et pourtant, ce qui semble être la fin du récit, en marque bel et bien le début.

En effet, peu de temps après son décès, Elisabeth se verra offrir une nouvelle vie. Toutefois, une vie bien étrange, dans un monde où elle est prisonnière, qu'elle ne connaît pas mais dont les décors sont à la fois très semblables à son passé et pourtant si différents ... Un monde où ses animaux de compagnie sont des êtres hybrides : un serpent-chat persifleur, une chauve-souris-poulet peu téméraire, et une grenouille-araignée aux sages paroles ... Un monde où elle ne peut être vue par ceux qu'elle côtoyait alors et où elle peut encore moins les toucher, un simple contact de ses doigts suffisant maintenant à ôter la vie de quiconque ... Mais que fait-elle là ? Pourquoi n'a-t-elle pas goûté au repos éternel ? Sa nouvelle "vie" va l'amener à découvrir les lourds secrets que cache sa soeur jumelle et comprendre enfin les circonstances mystérieuses de sa propre mort ...

Si ces différentes hypothèses sont soulevées, aucune n'aboutira dans ce tome-ci, le mystère s'épaississant au contraire au fil des pages pour nous laisser finalement avec bien peu d'éléments en mains ... mais qu'importe ?

Je dirais qu'End est d'emblée une BD magnifique car on connaît l'exigence graphique de Barbara Canepa. L'univers qu'elle a su mettre en place en travaillant à 4 mains avec Anna Merli est tout simplement somptueux ... La mort est un sujet particulièrement difficile à aborder dans l'illustration. Pourtant si nous aimons tant l'explorer dans ses représentations graphiques, c'est qu'elle fascine. Ici, le monde que nous proposent Barbara et Anna colle parfaitement à ce paradoxe récurent : celui de quelque chose qui nous attire et nous repousse, celui d'une obscure clarté qui obéit à des lois qui nous échappent complètement.

On se plait à parcourir les sublimes planches de ces grands espaces victoriens, à arpenter ces escaliers majestueux, à admirer ces immenses verrières qui filtrent une minuscule lumière. On frémit en suivant les pas de ces jeunes filles au destin tragique, à la recherche de la vérité sur la disparition de leur soeur. Enfin, on trépigne à l'idée de retrouver tout cela dans le prochain opus, qui se révèlera, j'en suis sûre, aussi beau que le premier.

Laetitia Dubuis.

Lire au lycée professionnel, n°69 (11/2012)

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