Notes de lecture

La Fourmilière
Jenny Valentine.
L'École des loisirs, 2011, "Médium"

Tout laisse à penser que Sam a quitté définitivement sa famille pour une raison très grave et qu'il a un besoin impératif de rompre avec le passé, de se fondre dans l'anonymat d'une grande ville. Très vite, à Londres, il trouve un travail de nuit dans une épicerie et loue un studio dans un immeuble délabré. Le propriétaire, peu regardant, ne questionne pas ce jeune homme solitaire de 17 ans qui, visiblement vient de la campagne et qui n'a, pour tout bagage, que quelques vêtements dans un sac. Ce n'est pas le cas d'Isabel, la vieille dame curieuse du premier, l'âme de la maison que le jeune homme intrigue. Ni celui de sa voisine du dessus, Bohemia, 10 ans, une petite fille débrouillarde que sa mère immature abandonne nuit et jour et qui, en quête d'un ami, va habilement collecter des indices sur la vie de Sam. Ce dernier ne sait pas qu'il a mis les pieds dans une sorte de refuge où, sous l'influence d'Isabel, les locataires, des cabossés de la vie à l'allure peu engageante, pratiquent une solidarité discrète.

Le récit à deux voix, alternativement, celle de Sam et celle de Bohemia, permet de poser, petit à petit, les pièces du puzzle des vies de ces deux principaux personnages, tout en maintenant jusqu'à la fin le mystère qui entoure le "campagnard" comme le nomme Isabel. Un très beau roman social ayant pour décor le Londres de la nuit, le quartier de Camden, haut lieu de l'anticonformisme. Un texte fluide, bien écrit, bien traduit qui dégage une grande tendresse. Une galerie de portraits de marginaux finement observés, attachants, des scènes burlesques comme le tri du courrier sur lequel Paillasson, le vieux chien d'Isabel pisse régulièrement, de la compassion exprimée par un geste furtif, une main qui se pose sur une épaule, pas de ton larmoyant malgré les situations dramatiques vécues par les uns ou les autres. Un livre à conseiller en fin de collège comme au lycée pour réfléchir sur les mécanismes des comportements violents et discriminatoires entre adolescents, mais aussi pour lire une belle histoire d'apprentissage, ou tout simplement pour le plaisir.

Françoise Silvestre.

Lire au lycée professionnel, n°67 (01/2012)

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