Notes de lecture

La Marseillaise
Hervé Mestron, illustrations Christine Dècle.
Éditions Chant d'orties, 2011

Voici un texte qui ne mâche pas ses mots. Momo est un jeune Français, sans histoire, dont la famille, d'origine algérienne, est installée en France depuis les années 20, jusqu'au jour où, intentionnellement, il siffle la Marseillaise lors d'un match de football. Le quartier où il vit, à Marseille, est alors encerclé par les forces de police, lui-même, poursuivi pour "outrage à l'État français", s'échappe déguisé en femme avant de venir prendre son passeport pour partir : "C'est la Marseillaise ou moi."

Yasmina, la jeune soeur de Mohamed, raconte cette histoire d'un ton gouailleur : personnage attachant, sensible et combatif à la fois, elle donne à entendre une voix et une réflexion sur l'intégration, sur l'histoire de l'immigration maghrébine qui sonnent juste. Depuis l'histoire de cette présence des Algériens en France qui ne date pas des années 60, leur place dans la défense de la patrie, la ségrégation spatiale ("les tribus excentrées, au-delà du périphérique [...] une sorte de Harlem sans désir"), l'école, l'islam et les traditions, le Bled comme Eden perdu, bref, tous les thèmes centraux sont abordés et symbolisés dans cette remise en cause de la Marseillaise, hymne national dans lequel devraient se reconnaître tous les Français mais hymne guerrier qui stigmatise le "sang impur".

On l'aura compris, c'est un texte extrêmement polémique mais qui réussit un triple tour de force : aborder en aussi peu de pages (39) autant de thèmes et échapper totalement à l'impression de catalogue, traiter un sujet brûlant d'actualité et garder la fiction (le rythme est tendu, l'ensemble fonctionne avec une suite de saynètes, les personnages, esquissés en quelques traits, sont convaincants) comme arme argumentative, être dans le combat et ménager des pauses de tendresse, de poésie et d'humour, grâce à une langue très percutante et pleine de trouvailles. Et dix illustrations crayonnées, en noir et blanc, qui disent sobrement toute la difficulté d'être de ces personnages.

Une vraie réflexion civique, historique et littéraire à proposer aux plus grands.

Elsa Debras.

Lire au lycée professionnel, n°67 (01/2012)

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