Notes de lecture

Argentina, Argentina
Christophe Léon.
Oskar Éditions, 2011

Pascal est journaliste. Il souhaite écrire un article sur la période trouble de la dictature en Argentine. Il s'envole donc pour l'Amérique du Sud, afin d'y rencontrer Ignacio Guttierez, un jeune Argentin qui a vécu un véritable drame lors de cette sinistre période.

Pascal s'installe chez Ignacio pour quelques jours. Ce dernier commence par lui révéler qu'il ne s'appelle pas Ignacio, mais Pablo Lomas. Pascal branche son magnétophone : Ignacio/Pablo va alors se raconter.

Son enfance heureuse, tout d'abord, entouré de sa mère, son père et ses grand-parents. Puis les ennuis qui commencent, les militaires qui débarquent, le départ forcé de la ferme familiale pour s'installer à Buenos Aires, et de nouveau les militaires ; cette seconde fois, ils arrêtent le père, la mère - enceinte de son deuxième enfant - et lui, alors petit garçon. Séparé de ses parents, il est alors interrogé, battu, violemment : on veut qu'il parle, de son père notamment, de ses activités "syndicalistes". Mais Pablo se tait, terré au fond de sa sordide cellule.

Puis un matin, on l'emmène dans une immense propriété, où il cesse d'être Pablo Lomas, pour devenir Ignacio Guttierez, le fils adoptif du colonel Guttierez, le meurtrier de ses parents.

Plusieurs thèmes sont abordés dans ce roman bouleversant : l'histoire tragique de l'Argentine durant les sombres années de la junte militaire, le combat des mères (ici la grand-mère) de la Place de Mai à Buenos Aires, qui réclament chaque dimanche qu'on leur rende leurs enfants disparus, enlevés...

Mais à travers l'histoire singulière d'Ignacio, Christophe Léon soulève également d'autres questions : l'importance des origines, la dualité famille biologique/famille adoptive, la transmission du passé, tout ce qui finalement touche à la construction de soi. Et rien n'est simple ; pas de manichéisme dans cette histoire : si les Guttierez restent les "bourreaux", Ignacio évoque tout de même de bons moments passés dans leur propriété.

Ignacio lutte sans cesse contre les sentiments contradictoires qui l'habitent ; et les souffrances qu'il a endurées et continue d'endurer nous bouleversent pleinement.

Le talent d'écriture de Christophe Léon est à nouveau au rendez-vous avec ce roman. Sans jamais tomber dans le sordide (même si certaines scènes sont parfois très dures à "digérer"), il nous offre un témoignage poignant, d'un réalisme saisissant, dont on ne sort pas indemne.

Je vous le recommande vivement.

Virginie Chavant.

Lire au lycée professionnel, n°67 (01/2012)

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