Notes de lecture

L'Enfant du jeudi
Sonya Hartnett.
Éditions Les grandes personnes, 2011

Harper, fillette de 10 ans, vit avec les siens dans la campagne australienne, à la fin des années 20. C'est l'époque de la Grande Dépression et la famille Flute est plongée dans une extrème pauvreté. Le père va apprendre, à ses dépens, mais aussi à ceux de son épouse et de ses enfants, qu'on ne s'improvise pas éleveur, ni fermier.

Les catastrophes s'abattent sur les Flute tout au long du roman : vol de bétail, incendie de la maison, mort accidentelle d'un bébé, harcèlement d'un riche propriétaire du coin...

Racontée par Harper, ce livre nous plonge dans une atmosphère bien particulière. On ressent la chaleur étouffante de cette campagne australienne, où la terre semble ne rien vouloir offrir aux Flute. La famille vit vraiment dans une misère totale, mais Harper ne se plaint pas. L'insouciance de l'âge, associée à sa douceur naturelle, fait qu'elle nous offre un récit subjectif et teinté de naïveté enfantine, mais également d'une extrème justesse.

Harper va donc nous guider au fil de la vie de sa famille, nous brossant le portrait de chacun des membres : il y a le père, Pa, et ses choix plus qu'hasardeux, mais que Harper vénère plus que tout ; il y a la mère, Ma, dévouée corps et âme à ses enfants : les aînés, Audrey et Devon, Harper donc, et les plus jeunes, Tin et le bébé Caffy.

Tin : l'enfant du jeudi, "celui qui voyagera loin", selon une comptine anglaise. C'est sous terre qu'il décide de vivre, creusant des galeries, tout d'abord au plus près de la maison, puis s'éloignant, pour devenir un véritable enfant sauvage.

Le personnage de Tin est déterminant dans le roman : il offre un contre-poids " fantastique ", presque poétique, en tout cas métaphorique, aux différents drames qui s'abattent sur ceux restés à la surface.

Ce très beau roman se lit d'une traite : l'histoire est très prenante, le style de Sonya Hartnett très visuel, nous plonge littéralement dans cette ambiance si particulière de la campagne australienne. Son écriture, à travers la voix d'une fillette de 10 ans, est à la fois délicate et exigeante.

Je vous recommande vivement ce roman, dense en émotions, fascinant : très belle sortie de la rentrée 2011.

Virginie Chavant.

Lire au lycée professionnel, n°66 (11/2011)

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