Pistes de lecture

Jésus et Tito
Vélibor Colic.
Gaïa, 2010. 190 p.

"Ma mère dit que nous sommes croates, mon père yougoslaves. Moi je n'en sais rien."Vélibor a 6 ans, il fréquente l'école de son village avec ses camarades d'origines différentes. C'est un garçon ordinaire et spontané. Comme tous les yougoslaves, dans les années 70, il vénère le Maréchal Tito (comme son père qui en est fan), qu'il appelle mon Maréchal et pour qui il souhaite très rapidement savoir lire et écrire le cyrillique afin de pouvoir réaliser un poème en son honneur. Sa mère (groupie de la Vierge Marie et de son bébé), l'initie à la religion et lui demande de prier Jésus tous les soirs avant le coucher. La maison de Vélibor affiche avec fierté les deux portraits de Jésus et du Maréchal.

Le roman se présente sous forme de chapitres très courts qui décrivent des personnages proches du narrateur, ses parents, sa grand-mère, ses oncles et surtout ses camarades de classe aussi atypiques les uns que les autres. Mais les chapitres les plus spontanés et dévoués sont ceux qui parlent du Maréchal aux différentes étapes de sa vie. Le narrateur explique avec sa vision de petit garçon, puis d'adolescent ce qu'il ressent le jour de l'anniversaire de Tito, mais aussi le jour de sa mort et nous explique avec passion le Train Bleu et le jour où Tito a perdu sa jambe. D'autres chapitres récurrents ont pour titre "la mécanique des rêves" et décrivent la chute de Vélibor et sa peur du vide ainsi que ses fantasmes.

Une description très intéressante et détaillée de la jeunesse yougoslave avant la guerre. On y côtoie la naïveté de l'adolescence, les goûts musicaux (le Hard Rock) de la jeunesse des années 80 mais aussi la naissance d'histoires d'amour et d'amitié dans un monde où le calme règne avant la tempête.

Il s'agit d'un "roman inventaire" comme le définit son auteur, qui donne un éclairage sur une époque révolue.

Ce roman fait partie de la sélection 2010 du Prix Littéraire Rhône Alpes.

Carine Miletto.

Lire au lycée professionnel, n°63 (02/2011)

Lire au lycée professionnel - Jésus et Tito