Pistes de lecture

Un endroit pour vivre
Jean-Philippe Blondel.
Actes Sud junior, 2007. (D'une seule voix)

J'ai lu Un endroit pour vivre tard dans la nuit. Le lendemain, j'en parlais. A une, deux, trois personnes. Et le jour d'après aussi. Ce livre fait ça : décrire un moment d'enthousiasme, un moment où l'on sait que l'on va déplacer une montagne.

C'est un texte qui se lit presque comme un scénario, avec des tirets qui apparaissent sans cesse dans les phrases comme des nouveaux plans de cinéma. L'histoire - très courte - que Jean-Philippe Blondel raconte se passe en quelques jours dans un lycée. Un nouveau proviseur arrive. Et personne ne semble choqué par son discours. " Vous ne savez plus ce que veulent dire les termes dignité, respect et valeur du travail ". Toute ressemblance avec l'actualité est - je le souhaite - volontaire. Le lycée ne doit plus être avant tout" un lieu de vie ", mais un lieu de travail.

Alors on va montrer la vie. Le héros de ce texte prend sa caméra et se met à filmer l'intérieur de l'établissement. Les baisers des amoureux, les révisions dans les couloirs, des sanglots étouffés dans les toilettes. Au montage, cinq minutes trente de vie. Qui vont lui coûter un renvoi, évident. Mais lire ce texte, c'est une respiration, nécessaire. C'est la scène finale du Cercle des Poètes disparus. Un endroit pour vivre raconte en quelques pages un sursaut de vie, des yeux qui s'ouvrent. Et ce texte, très bien écrit, donne au lecteur le droit de penser ça :" Il faut avoir confiance en l'humanité ".

Elle est plutôt rare, la vie donnée comme ça, comme un coup de poing. La certitude que ce sera beau. Même - et surtout - quand tout le monde veut vous faire croire le contraire.

Madeline Roth.

Lire au lycée professionnel, n°55, page 42 (09/2007)

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