Pistes de lecture

Construire un feu
Chabouté (d'après la nouvelle de Jack London).
Vents d'ouest, 2007

Un homme et son chien marchent à travers de vastes contrées enneigées. Il s'agit d'un prospecteur qui rejoint son campement et ses associés, chercheurs d'or. Mais nous sommes à la fin du XIXe, au coeur de la région du Klondike, dans le grand nord canadien, par un froid polaire (températures de moins trente à moins soixante degrés). Cependant, pour cet homme d'expérience, aguerri, familier des dangers d'un voyage aussi périlleux, par de telles températures, ce périple ne présente pas de difficulté particulière. Mais, c'est compter sans les obstacles qui surgissent sur sa route et, surtout, le froid. Le narrateur fait vivre au lecteur cette épopée commencée avec détermination, qui, peu à peu, va se transformer en tragédie, le personnage ayant surestimé ses capacités à affronter une nature de plus en plus hostile.

Christophe Chabouté propose, avec Construire un feu, adapté d'une nouvelle de Jack London, un bel album mais noir et désespéré, comme la majorité des oeuvres qu'il a déjà produites. Le dessin renforce l'ambiance dégagée par le récit : immensité des paysages, neige abondante, froid intense, difficultés de la progression, incidents aux conséquences de plus en plus tragiques. Le rythme du récit se ralentit, au fur et à mesure que le trappeur s'affaiblit, paralysé par le froid qui s'accentue. L'isolement, la fatigue, le désespoir, l'engourdissement, la mort sont palpables, grâce à la force du dessin, à l'utilisation des plans d'ensemble (forêt, désert blanc...), plans rapprochés et gros plans (visage, moufles, doigts gelés, flamme ténue d'une allumette...). Les couleurs atténuées, essentiellement dans les tonalités froides (nuances de marron et beige, bleu marbré de blanc...), s'intègrent, se fondent au blanc des paysages et au noir des forêts ; seule note d'espoir, la couleur rouge orange du feu, synonyme de vie, alors que toutes les autres marquent le drame, la mort.

L'auteur ponctue ses planches de bulles, dont on ne sait si elles constituent les pensées du personnage ou les remarques et réflexions d'un observateur externe, neutre (la nature, le froid, la mort...). Ces phylactères s'espacent, dans le récit, à mesure que le personnage se fige, vaincu par le froid. Rien de spectaculaire dans cet album, mais, porté par un dessin magnifique, le lent déroulement d'une tragédie qui conduit à la mort.

Gérard Belle-Pérat.

Lire au lycée professionnel, n°55, page 40 (09/2007)

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