Pistes de lecture

Un foulard dans la nuit
Lemoine, Georges.
Editions du Sorbier, 2000

L'enfant voit la porte entrouverte à l'autre bout du camp. Sans réveiller personne, il s'enfuit. Pourtant, dehors le paysage semble avoir pris, lui aussi, les couleurs de la mort. Après des journées de marche dans un froid glacial, il revient sur les traces de son enfance. De sa vie d'avant, il se remémore l'été et les "champs de blé dorés parsemés de bleuets et de coquelicots", l'étang où il se rendait avec ses amis, son village aux jolies maisons bleues, où juifs et chrétiens vivaient en paix. Il revoit très nettement sa mère, son visage doux et délicat et le foulard coloré qui entourait ses épaules. L'odeur du pain noir frotté à l'ail, la chaleur du feu, tout semble si réel... David a rêvé. De son enfance ne lui reste plus rien si ce n'est son frère Jonas étendu à côté de lui sur les châlits et ce morceau de foulard rouge enroulé autour de son cou. Et sans doute l'espoir fou de survivre en dépit de la dureté de sa vie présente.

Le texte implicite suggère plus qu'il ne démontre. Il nous entraine sur les traces de David. Comme lui, nous ne savons plus où se situe la frontière entre le rêve et la réalité. Les images, sobres et émouvantes, ponctuent discrètement le récit comme pour ne pas empiéter sur l'horreur. La mise en page est, par ailleurs, réalisée avec beaucoup de soin. Les tonalités froides des couleurs employées par Lemoine (hormis le rouge du foulard) font douloureusement écho en nous. Le rouge, symbole de l'espoir est un peu le fil conducteur du récit, on le comprendra mieux à la fin.

Ce très bel album est un hommage vibrant à tous ceux qui ont connu l'enfer des camps. L'émouvant texte de la fin est là pour rappeler au lecteur son devoir de mémoire.

Anne-Laure Héritier-Blanc.

Lire au lycée professionnel, n°47, page 37 (03/2005)

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