Dossier - (En)quête d'identités : du moi aux autres

10 coups de coeur : une identité, des identités

Delphine Dussert,
Françoise Silvestre.

Un individu, des identités

"L'identité : qui sommes-nous ?"
Citoyen junior.
Citoyen junior, janvier 2014, n° 38

Dans son numéro de janvier 2014, la revue Citoyen junior propose un état des lieux des multiples identités qui définissent un être humain. Le dossier s'ouvre sur l'étymologie du mot identité, du latin idem signifiant "même", mot qui recouvre à la fois la notion de différenciation et de regroupement. Notre identité recouvre donc toutes nos caractéristiques personnelles, mais également les traits communs aux groupes d'êtres humains auxquels nous appartenons. Trois grandes catégories d'identités sont distinguées : l'identité légale ou juridique, en principe stable (nom, prénom, date de naissance, nationalité, sexe, adresse...) ; l'identité personnelle (religion, métier, intérêts...) qui peut évoluer tout au long de notre vie ; enfin, née avec les nouvelles technologies de l'information, l'identité numérique, sorte de carte d'identité virtuelle que nous utilisons pour communiquer sur Internet, filtrer des informations (profil utilisateur, données informatiques diverses...).

Des photographies de qualité, des dessins colorés et des jeux parsèment ce dossier facile et agréable à lire. Des encarts et des documents historiques donnent d'autres pistes de réflexion, tel cet encadré rappelant la privation d'identité dans les camps de concentration de la seconde guerre mondiale où l'identité juridique était remplacée par un numéro tatoué sur la peau, ou ces autres encadrés qui précisent des notions comme "données à caractère personnel " ou "usurpation d'identité".

Voici un support de travail intéressant à exploiter au collège en éducation civique.

Mots-clés : Identité légale, identité personnelle, identité numérique / À conseiller de la 6e à la 3e

65 millions de Français... Et moi, et moi, et moi !
Stéphanie Duval et Sandra Laboucarie. Illustrations Vincent Caut et Clémence Lallemand, Bayard, 2012.

Qui sont les 65 millions de Français ? Qu'est-ce qui les unit et qu'est-ce qui les différencie ? Voici trois questions auxquelles ce livre documentaire répond avec humour, en offrant une photographie de la France d'aujourd'hui, et en amenant le lecteur à s'en poser une quatrième : peut-on vraiment parler d'une identité française ?

Les auteurs rappellent tout d'abord qu'en France se superposent deux modes d'acquisition de la nationalité française, le droit du sang et le droit du sol. Ils montrent ensuite la diversité des territoires français s'étendant dans quatre océans et sous sept types de climats différents, développant forcément des modes de vie très variés. Ils s'interrogent ensuite sur ce qui fait le ciment de cette nation. La langue française ? Pas vraiment, puisque les 75 langues régionales reconnues, enseignées et parlées aujourd'hui témoignent de l'histoire locale et forgent d'autres identités linguistiques très fortes. À cela, s'ajoute le monde de la francophonie qui, en s'étendant au-delà des frontières de la France actuelle, brouille encore les pistes !

Quant à la culture française, font-ils remarquer, riche et variée, elle témoigne des influences des différents peuples conquis ou migrants qui ont contribué à la faire évoluer. C'est peut-être vers les institutions démocratiques françaises, avec ses droits et ses devoirs, ses symboles, qu'il faut se tourner pour dégager une identité citoyenne commune, basée sur la liberté, l'égalité et la fraternité. Mais, là encore, à l'identité nationale française, s'ajoute une identité européenne qui gagne peu à peu du terrain.

Avec ses double-pages très aérées dans lesquelles les informations sont organisées en bandes colorées guidant la lecture, ce livre documentaire très dense, est, grâce à ses petits dessins amusants, ses infographies dynamiques, ses nombreux témoignages et ses jeux, d'une lecture très agréable. À proposer absolument en éducation civique.

Mots-clés : France, peuple Français, langue française, institutions politiques, nationalité française, culture, migrations/ À conseiller pour les quatre niveaux du collège

Racines

Couleur de peau : miel
Jung Sik Jun.
t. 1, MC productions-Jung, 2007 ; t. 2, MC productions-Quadrants-Jung, 2008 ; t. 3, Éditions soleils-Quadrants, 2013.

Jung Sik Jun est né à Séoul en 1965. À l'âge de 5 ans, il est trouvé par un policier, errant seul à la recherche de nourriture. Il est confié à un orphelinat, puis adopté par une famille belge composée de quatre filles et un garçon auxquels s'ajoutera quelques années plus tard une autre petite coréenne adoptée. Dans cette famille bourgeoise francophone, Jung ne manque de rien sur le plan matériel. Et puis, dès son arrivée, une réelle complicité s'installe entre tous les membres de la fratrie : "Nous étions tous frères et soeurs, sans chercher à comprendre... C'était presque une évidence". Les parents, bienveillants mais très peu démonstratifs et parfois maladroits, veillent à donner à tous les enfants une éducation stricte. Cependant, Jung ne parvient pas à s'épanouir. Il lui est impossible d'effacer le souvenir fugitif de sa mère biologique dont il ne connaît pas l'histoire et qui le hante. Cette obsession, l'auteur l'exprime de manière bouleversante en glissant dans ses planches, tel un leitmotiv, une gracieuse silhouette féminine idéalisée, sans visage, avec à la main, une ombrelle. À l'absence de sa mère s'ajoute aussi la coupure avec sa culture, son pays natal.

Tout au long des trois tomes qui composent son autobiographie, Jung montre comment son adoption l'a forcé à opérer une rupture brutale insupportable, un véritable traumatisme. Comment, il lui a fallu, pour s'intégrer, oublier d'abord ses origines, pour ensuite comprendre qu'il avait besoin de s'appuyer sur son histoire personnelle et son double héritage culturel pour se construire et s'accepter tel qu'il était, lui l'asiatique, avec sa peau couleur miel, au milieu de cette fratrie européenne.

Un témoignage très fort, nécessaire, débordant d'humour et de tendresse. Un témoignage intéressant, également, par son évocation de la dictature du général Park Chung-hee en Corée du Sud et le destin souvent dramatique de milliers d'enfants coréens adoptés à travers le monde dans les années 70.

À noter que cette bande dessinée a fait l'objet d'une version animée en 2012, réalisée par l'auteur et Laurent Boileau.

Mots-clés : Autobiographie, adoption, abandon d'enfant, déracinement, différence, Corée du Sud / À conseiller à partir de la 3e

À la guerre comme à la guerre : dessins et souvenirs d'enfance
Tomi Ungerer.
L'École des Loisirs, 2002

Dans cette courte autobiographie, Tomi Ungerer raconte ses souvenirs d'enfance en Alsace, entre 1940 et 1945. Il y montre comment ces années de guerre ont marqué à jamais sa personnalité. Aujourd'hui artiste aux talents multiples, citoyen du monde, militant pour la paix, auteur de dessins et d'affiches satiriques (Black power White power, 1967), écrivain pour les adultes, il est aussi l'auteur de grands classiques irrévérencieux de la littérature jeunesse : Les Trois Brigands, Le Géant de Zeralda, Pas de baiser pour Maman...

Il a 9 ans quand, en 1940, l'occupant allemand entreprend la "nazification" de l'Alsace dont les habitants ont vu plusieurs fois leur culture bousculée au gré de l'histoire et des guerres successives. Orphelin de père très tôt, gamin débrouillard et rebelle, il est à bonne école avec une maman protectrice à l'esprit libre et fervente patriote. Il vit cette période de guerre un peu comme des grandes vacances, car sa région natale vient d'être annexée au troisième Reich et devient pour lui un incroyable terrain d'expériences et de... bêtises qui vont forger son caractère, le faire grandir. Dès la première page de son livre, il écrit : "Je suis un produit de cette époque. Il ne suffit pas de naître avec des dons, encore faut-il à la semence un terrain fertile et bien cultivé. J'ai eu la chance de tomber sur un potager culturellement bien entretenu". Grâce à l'habileté et la vivacité de sa mère, sa famille et lui-même seront plutôt épargnés durant la guerre. Cependant, il tient à le préciser, aucun n'a à rougir de leur comportement. De nombreux épisodes, cocasses, de désobéissance civile ou d'actes de résistance, en témoignent, comme le salut hitlérien ("Heil Hitler") détourné par la fratrie en "ein Liter " (un litre) !, ou comme leur fidélité, très risquée, au français, langue alors interdite en Alsace.

Dans ce récit d'enfance, Tomi Ungerer livre un point de vue rare sur l'occupation en Alsace. Il évoque, bien sûr, les rafles de juifs alsaciens, mais il raconte aussi le drame des "malgré-nous", le peu d'empressement des Alsaciens à collaborer, et surtout, à travers sa propre expérience, la brutalité parfois de la Libération et de l'après libération vécues comme de nouveaux bouleversements identitaires.

Mots-clés : Autobiographie, seconde guerre mondiale, Alsace, enfance, souvenirs, famille / À conseiller en classe de 3e

Masculin, féminin ?

Garçon ou fille
Terence Blacker. Traduction par Stéphane Carne.
Gallimard, 2005

Chez les Burton, une famille anglaise sans histoire, débarque un jour Sam, 13 ans, le fils de la tante Galaxy qui a autrefois fait partie d'un groupe de heavy metal américain des années 80. Galaxy vient de mourir, et, dans son testament, elle a confié son fils à la famille de sa soeur, car, son second compagnon, le père de Sam, est en prison et n'est donc pas en mesure de l'élever. Avec l'arrivée de Sam, adolescent en souffrance, bagarreur, sale, grossier, c'est l'équilibre familial qui bascule, la vie quotidienne tranquille de Matthew, le garçon unique, qui est bouleversée. Il va lui falloir en effet accepter cet intrus et l'inclure dans sa bande de copains, les Sheds. Que faire de ce cousin d'Amérique arrogant, chercheur d'embrouilles aux cheveux longs et à la voix qui mue ? Les adolescents ont l'idée de le soumettre à une épreuve : Sam, s'il veut rejoindre le groupe des Sheds, devra faire sa rentrée au collège habillé en fille, et garder son déguisement pendant une semaine, le but étant de semer la zizanie dans le gang adverse de toujours, celui de quatre filles de leur âge. Le plan marche à merveille. Sam endosse sans peine le rôle d'une nouvelle arrivée américaine, cousine de Matthew. Il se prend même au jeu et, contre toute attente, se civilise, se métamorphose au milieu des filles qu'il prend plaisir à côtoyer et auprès desquelles il glane de nombreux petits secrets. Dans le même temps, il éduque ses amies, les initie au football américain et leur apprend à combattre le machisme des garçons.

C'est une histoire très drôle aux dialogues pétillants qui ne manque pas de suspense, car Sam a hérité des droits de production de l'ancien groupe de sa mère, ce qui lui assure une belle petite fortune que son beau-père, tout juste sorti de prison, aimerait bien intercepter...

C'est une histoire avec des personnages secondaires hauts en couleurs, une histoire racontée de façon dynamique, selon plusieurs points de vue pour faire tomber les idées toutes faites sur les garçons et les filles et pour déconstruire les oppositions entre masculin et féminin. Un ton rare dans un paysage littéraire actuel plutôt noir, un texte intelligent à faire lire d'urgence à tous les collégiens, ainsi qu'à leurs parents.

Mots-clés : Humour, adolescence, éducation, relations garçons-filles, identité sexuelle, amour, amitié, relations parents-enfants, relations père-fils, musique / À conseiller dès la classe de 5e

Rouge Tagada
Charlotte Bousquet (texte) et Stéphanie Rubini (dessin).
Gulf Stream, 2013

Pour sa rentrée en 4e, Alex n'a d'yeux que pour la belle Layla. Trop timide pour pouvoir l'aborder, Alex attendra quelques coups de pouce du destin pour enfin la rencontrer puis lui parler. Naît alors entre les adolescentes, une amitié très forte faite d'une très grande complicité. Mais au retour de vacances scolaires, Lalya avoue à Alex qu'elle a rencontré un garçon dont elle est amoureuse. Le monde d'Alex s'effondre. Elle prend conscience que ses sentiments pour Layla étaient bien plus forts et un peu différents que ce qu'elle croyait. Alors quand Layla lui demande de l'embrasser pour s'entraîner, la confusion est totale.

Dans cette courte bande dessinée au format livre, il est surtout question de l'ambiguïté des sentiments à l'adolescence. Amour, amitié, la limite est parfois perméable, surtout à cet âge où l'on se cherche, où la personnalité, physique et psychologique, est en plein bouleversement et où l'on aime exclusivement. Le fait que les deux personnages soient des filles permet d'envisager la question de l'homosexualité, mais ce thème n'est finalement abordé qu'en filigrane.

C'est un très bel album, très sensuel mais pudique, au graphisme et aux couleurs tout en douceur, avec un trait allant à l'essentiel qui permet à chacun de s'identifier aux personnages de l'histoire. Le titre, clin d'oeil à une confiserie très prisée des adolescents, évoque à merveille ces années au sortir de l'enfance, avec ces amitiés parfois transgressives, ces passions naissantes fusionnelles, intransigeantes, au goût sucré, dont il est impossible de se détacher.

Mots-clés : Adolescence, amitié, amour, homosexualité / À conseiller dès la classe de 5e

Grandir, changer

Celle que...
Vanyda.
t. 1, Celle que je ne suis pas, Dargaud, 2008 ; t. 2, Celle que je voudrais être, Dargaud, 2009 ; t. 3, Celle que je suis, Dargaud, 2011.

Entre la bande dessinée et le manga, au coeur de cette trilogie, le thème de la construction de soi à travers la vie d'une adolescente, que l'on suit depuis la fin du collège jusqu'aux années lycée.

Dans le premier tome, Valentine a 14 ans. Elle vit avec sa mère qui l'élève seule. Elle est en classe de 3e et aime Félix en secret. Dans son groupe d'amies, elle n'est pas toujours très à l'aise et se demande qui elle est.

Dans le second tome, Valentine arrive au lycée où son groupe d'amies est dispersé dans différentes classes. Chacune de son côté fait de nouvelles rencontres. Mais, pour Valentine, le beau Félix reste son amour secret, inaccessible. On la voit qui doute, se cherche. Mais elle commence également à savoir ce qu'elle veut et ce qu'elle ne veut pas.

Dans le dernier tome, Valentine sait faire les choix qui lui conviennent : de nouvelles activités et de nouveaux amis partagent sa vie. Elle s'épanouit et prend confiance en elle. Même en amour, la voilà sur la bonne voie !

Comme l'illustrent clairement les titres de cette trilogie, on suit l'évolution de Valentine dans cette période si cruciale de construction de soi qu'est l'adolescence. On y voit les doutes, les malaises, les influences, et les différents chemins qui s'ouvrent, le plus difficile étant de savoir lequel choisir... Ce que réussit à faire Valentine.

Les collégiennes (de la 6e à la 3e) s'arrachent cette série qui passe de mains en mains par le bouche-à-oreilles. Selon les âges, elle leur permet de s'identifier ou de se projeter et de dédramatiser, car elles trouvent facilement quelque chose d'elles dans ce personnage attachant et positif. Quant aux adultes, ils sont plongés avec nostalgie dans cette période si riche et si intense de leur vie. Une série à prêter aux adolescentes en leur conseillant de la faire lire à leur mère : voilà un bon point de départ pour un dialogue sur les tumultes de l'adolescence !

Mots-clés : Adolescence, amitié, amour, fille, construction de soi / À conseiller au collège

"Je est un autre" (Arthur Rimbaud)

Entre les deux mon coeur
Nadine Brun-Cosme.
L'École des loisirs, 2013

Dans une maison de campagne des jumeaux de 12 ans, Théo et Tom s'installent avec leur mère pour les vacances d'été. Ils attendent leur amie Élise qui doit les rejoindre. Les jumeaux sont amoureux d'Élise qu'ils n'ont pas vue depuis 2 ans et sont impatients de savoir qui des deux elle préfère. Mais quand Élise arrive, elle les confond. Elle prend Tom pour Théo et inversement. Le quiproquo se prolonge, car les deux garçons ne parviennent ou ne veulent pas vraiment rétablir leur identité. Élise leur avoue qu'elle a toujours préféré Tom, qui est en fait Théo. Ce n'est qu'à la fin de la pièce que Tom, à la suite d'une partie de colin-maillard qui se termine mal, parvient à expliquer à Élise sa méprise. Celle-ci, ne sachant plus vraiment où elle en est, décide de partir. Parallèlement à ces amours enfantines, au cours d'un monologue, Irène évoque les raisons de l'absence d'Anne, la mère d'Élise, une amie d'enfance. Elles ont vécu l'été dernier une expérience similaire à celle de leurs enfants, un chassé-croisé amoureux avec Thomas, le compagnon d'Anne. Cet incident, qui a, lui aussi, eu lieu au cours d'un jeu, a pour un temps terni leur amitié.

C'est une courte pièce pleine de fraîcheur et facile à lire. On pense à Beaumarchais, à Musset pour le thème des échanges d'identité, les jeux de cache-cache et les interrogations autour de l'amour. "Seulement c'est qui, celui que j'aime ? "se demande la petite Élise. On pense également à Tchékhov pour le thème de la campagne, de l'attente. Voilà, pour de jeunes collégiens, une excellente introduction aux grands thèmes et textes du répertoire classique.

Mots-clés : Quiproquo, amour, adolescence, relation entre frères / À conseiller dès le CM et jusqu'en classe de 5e

e-machination : devenez ce héros dont vous rêvez
Arthur Ténor.
Le Seuil, 2013

Clotaire Morin est un jeune informaticien passionné de jeux vidéo. Lucile, elle, est une professeure de français célibataire. Tous deux, assez seuls, un peu inhibés dans la vie, se réfugient dans leur passe-temps favori, les jeux de rôles en ligne. C'est à travers leur avatar respectif, Compagnon d'Ambre, pour le premier et Luciole pour la seconde, qu'ils se rencontrent dans un jeu tout nouveau, très en vogue et très sophistiqué, "Héros". Chacun, derrière son personnage virtuel, plastiquement parfait, fort, intelligent se libère, jusqu'à ce qu'ils prennent conscience que les meurtres commis dans le jeu le sont également dans la vie réelle. Qui est derrière ce scénario machiavélique ? Il va leur falloir extraire leur héros virtuel du jeu pour mener l'enquête dans la vie réelle.

Le fait de jongler entre virtuel et réel dans la littérature, n'est pas très original. Souvenons-nous, par exemple de No Pasaran de Christian Lehmann, mais Arthur Ténor actualise ce thème de manière magistrale dans une aventure à suspense où il prend un malin plaisir à égarer le lecteur entre monde réel et virtuel. Ce texte à rebondissements, contient tous les ingrédients du bon livre d'aventure : action, amour, humour, critique sociale (le commerce autour des jeux vidéo) et réflexion. On ne manquera pas de remarquer au passage les nombreuses références ou clins d'oeil au cinéma, aux jeux et à la littérature, même antique ! Et puis, on ne peut s'empêcher de sourire en notant que l'auteur a choisi d'égarer un professeur de lettres dans un roman qui porte un titre proche d'un serious game pédagogique très apprécié dans le monde de l'enseignement : le programme 2025 ex machina !

Mots-clés : Fantastique, fantasy, aventure, amour, jeux vidéo, double virtuel / À conseiller à partir de la classe de 4e

Qui était... ? Enquête sur un personnage historique

Marie-Antoinette à fleur de peau
Éric Simard.
Oscar Éditions, 2006

Qui était Marie-Antoinette, quelle part de responsabilité a-t-elle, au côté de Louis XVI, dans les événements qui ont conduit à la Révolution française et à la fin tragique du couple royal ?

Éric Simard, à partir de la correspondance de Marie-Antoinette et de sa mère, l'impératrice Marie-Thérèse d'Autriche, a construit une biographie romancée très originale, qui fait entrer le lecteur dans l'intimité de la souveraine. Pour cela, il revient sur son éducation, son mariage, sa vie à la cour, en donnant la parole à deux voix qui se répondent. L'une, à la première personne, est la voix de Marie-Antoinette, qui se raconte. L'autre voix, plus objective, en écho, tel un choeur grec, vient contrebalancer le point de vue de la reine en l'interpellant : "Comment est-ce possible ? Comment avez-vous pu en arriver là, Antonia ? Vous à qui tout était promis ?". Ce dialogue imaginaire, plus efficacement que ne le ferait un travail d'historien, nous introduit dans le quotidien de cette adolescente de 15 ans, coupée de ses racines et projetée brutalement dans une époque en ébullition qu'elle ne pouvait comprendre, avec, pour seul viatique, quelques clés pour s'intégrer à la cour du roi de France.

Jamais l'auteur ne révèle qui est ce narrateur mystérieux si bien informé. Seuls quelques indices indiquent qui il n'est pas. Une partie du plaisir de lecture de ce livre se trouve là : percer l'identité de cette voix, rechercher dans des sources historiques de qui il pourrait s'agir, reprendre ce texte écrit tout en finesse, pour y découvrir une éventuelle piste.

Voilà donc une biographie passionnante, vivante et rigoureuse sur le plan historique.

Mots-clés : Marie-Antoinette, Révolution française / À conseiller à partir de la 4e et après

Lire au collège, n°96 (05/2014)

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