Editorial

Editorial du n° 95

Delphine Dussert

Bouffée d'oxygène en des temps parfois moroses, l'humour a bien d'autres vertus, pédagogiques notamment. Si, comme en témoignent plusieurs articles de ce numéro, le dessin de presse, la parodie, la satire, la caricature sont étudiés en classe, nous nous sommes demandé si l'humour pouvait être considéré comme objet d'étude. Une question parmi tant d'autres sur un sujet actuellement sous les feux des projecteurs.

Les contributions présentées ici montrent que l'humour est le fruit de la créativité, de l'imagination, de l'intelligence. Il peut également être un facilitateur des apprentissages et de la relation pédagogique ("Enseigner avec et par le rire"), souvent apparenté au jeu, qui n'en exclut pas le sérieux. L'humour a toute sa place en classe et dans les relations entre élèves et professeurs. Il entre dans le champ des compétences linguistiques et socio-culturelles, dans le cas du Français Langue Seconde notamment ("Des sourires et des hommes"). Par la mise à distance et l'appropriation des concepts qu'il implique, l'humour favorise la construction de compétences et de connaissances variées, le travail de groupe et l'interdisciplinarité (projet "Journal du Passé"), l'expression de son ressenti.

Plusieurs articles évoquent également le recours à l'humour (plus ou moins intentionnellement) dans des travaux d'écriture menés avec les élèves. Car l'humour facilite, dédramatise l'acte d'écrire ("Écrire est un jeu d'enfant", "Chut, on écrit !"), une compétence sur laquelle l'accent est actuellement remis. En poésie, il peut être l'expression de notre participation bienveillante à la cocasserie du monde ("L'envol du faisan : poésie, humour et haïku").

Humour et littérature se conjuguent enfin de bien d'autres façons. Un projet s'inspirant du travail de Clémentine Mélois sur le détournement de couvertures peut par exemple être proposé aux élèves comme une invitation à entrer en littérature.

L'actualité nous montre enfin que le terme "humour" (et par extension "humoriste") est parfois galvaudé, revendiqué à d'autres fins que celle de faire rire. Certaines formes d'humour (l'ironie, la moquerie, le sarcasme...) peuvent être destructrices et objets de manipulation. Un argument supplémentaire, s'il en fallait, qui justifie de sensibiliser élèves et enseignants aux différentes formes de l'humour et à ses limites.

Lire au collège, n°95 (02/2014)

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