Dossier - "Rions ensemble : l'humour à l'école"

Des sourires et des hommes

Rire, sourire et humour dans les cultures

Jean-Charles Berthet, chargé de mission au CASNAV de Grenoble

Besoin d'humour ?

L'humour et le rire ou le sourire, qui en découlent, supposent une connaissance fine de la langue et des codes culturels. Rire d'une plaisanterie ou faire un trait d'esprit dans une langue (étrangère) passe ordinairement pour l'indice de la maîtrise de cette langue. Au rebours, manquer d'humour est un des opprobres de notre temps. Malheur alors à celui qui ne rit pas ou rit en décalage, faute de comprendre les sous-entendus ! Il se voit exclu du camp des rieurs et aussi coupé de tout un pan d'un champ culturel donné. Par le biais du rire et de l'humour, on rejoint le champ et les problématiques de l'enseignement de la culture ou de la civilisation. Mais peut-on faire découvrir des unités aussi discrètes, qui, de surcroît, jouent sur le trouble de la cohérence des systèmes, comme on le fait, par exemple, pour la culture matérielle d'un pays1 ? Ou alors : sachant que langue et culture se présupposent l'une l'autre, comment aborder la question du rire et de l'humour sans verser dans des représentations ou des préjugés attachés à ces actes ? Pour démêler cet écheveau d'interrogations, il convient avant tout de disposer ces éléments dans un champ plus large afin d'en prendre conscience et de réaliser un effort de décentration.

En contexte scolaire, on comprend aisément qu'un élève allophone nouvellement arrivé se heurtera rapidement à des limites en termes de capacités de compréhension, et donc d'apprentissage, devant un texte comique. En effet, il devra décoder (assez rapidement pour accéder au sens) et, presque simultanément, repérer un trait humoristique qui relève d'un autre code culturel que le sien. Bien entendu, on pourrait faire valoir que l'humour ne s'explique pas ou que le traduire et l'analyser le "tue". Toutefois, dans un contexte exolingue quasi permanent, cet apprenant rencontrera nécessairement l'humour tout au long de sa journée. Il est donc impensable de ne pas prendre en compte ces notions et d'en éviter la connaissance.

Dans ces conditions, quelle pédagogie mettre en place pour construire progressivement une compétence culturelle étrangère (ici française) chez l'apprenant ?

Pour répondre à cette question, il convient de commencer par poser, sur le thème du rire et de l'humour, quelques éléments théoriques utiles, c'est-à-dire nécessaires pour réaliser cet effort de décentration dont nous parlions plus haut, dans les champs qui sont les nôtres, à savoir le Français Langue Seconde (FLS) et l'interculturalité. On proposera ensuite quelques pistes pédagogiques concrètes susceptibles d'être intégrées dans la programmation annuelle et présentées, pour ce faire, à la manière de l'Inventaire de Prévert.

Les études sur le rire distinguent traditionnellement deux rires : un rire universel et un rire socialisé. Envisageons-les d'abord successivement.

Un ancêtre, deux héritiers et une souris

Le premier n'est pas le propre de l'homme malgré Aristote et son illustre relais, Rabelais. Il s'apparente à un réflexe hérité d'un ancêtre commun à l'espèce humaine et aux grands primates comme le démontrent les données comparatives en éthologie2. Sur ce point, il n'y a pas de rupture nette entre le règne animal et l'homme. Pour l'espèce humaine, cette aptitude procède d'une construction complexe et multidimensionnelle (phylogénétique, ontologique, individuelle, émotionnelle). Il entretient une relation archaïque avec le jeu (au sens de play) dont il est le partenaire mimique (comptine de La Souris verte)3.

L'ethnologie confirme ce caractère d'invariant humain du rire (et du sourire) même si les chercheurs du domaine ne s'intéressent qu'exceptionnellement à cet acte. Malgré l'éparpillement des données dans la littérature de l'anthropologie culturelle, ces travaux témoignent pourtant du fait que tous les peuples, étudiés directement ou accessibles indirectement, rient et connaissent la catégorie du risible (farces, blagues, chatouillis) même dans des conditions de survie extrême (famine)4.

Des rires fossilisés, un concept oxymorique et deux souris

Le second rire, culturellement codé, est un mode de communication non-verbale qui permet d'exprimer différents messages affectifs (joie, plaisir, agressivité, angoisse). Les différentes langues du monde décrites possèdent un riche lexique pour témoigner d'une diversité de sens face à l'unicité comportementale. La paléontologie linguistique retrouve même cette diversité lexicale dans la préhistoire. Ainsi, pour l'indo-européen, quatre racines pour "rire" et une pour "sourire" sont reconstruites. Peut-être qu'une trace de plaisanterie subsiste dans le nom du "muscle" qui, dans quatre dialectes, coïncide avec celui de la souris /mus/ (latin musculus "petite souris")5.

Cependant, si tous les peuples rient, ils ne rient pas toujours pour les mêmes raisons. Encore ne doit-on se concentrer uniquement sur les écarts mais aussi prendre en compte ce qui est commun. Ceci se vérifie d'ailleurs aussi bien en diachronie qu'en synchronie.

Les civilisations de l'Europe ancienne (Antiquité, Moyen Âge) dont notre société est pourtant l'héritière attestent de rires qui échappent totalement à nos catégories actuelles mais elles connaissent aussi des formes de comiques encore compréhensibles. Ainsi, les mots valises d'Aristophane nous divertissent toujours mais le rire de Démocrite, celui des dieux de l'Olympe (Homère, Iliade, chant I) ou le rire rituel des Lupercales à Rome (Plutarque, Romulus, XXI)6 ne laissent pas de surprendre. De même, les gaillardes énigmes du Codex d'Exeter (Xe siècle), rédigées en vieil anglais et dont certaines supposent la connaissance des runes, recourent à des métaphores encore utilisées de nos jours alors que le rire oraculaire d'un Merlin (XIIe siècle)7 est d'une essence spéciale, surprenante pour notre société.

En synchronie, la Chine est un exemple riche d'enseignement car ce pays constitue l'extériorité absolue pour l'Europe. Ainsi, en Chine, le rire accompagne toujours la colère mais aussi la joie8.

L'écart entre l'humour chinois et l'humour européen paraît maximal. L'énigme chinoise suivante illustrera notre propos. Question : ài chī yóu dē dòng wù, c'est-à-dire quel est l'animal qui aime manger de l'huile ? À moins d'être sinologue, vous ne saurez la résoudre. Quant à la solution, elle est, dans un premier temps, d'une intelligence désespérée puisqu'il s'agit de lăo shŭ, disons la souris. Cependant, la devinette comme sa solution deviennent compréhensibles si l'on prend la peine d'expliquer qu'il s'agit d'une allusion à une anecdote, très connue en Chine, qui associe Bouddha et le petit rongeur. Ce dernier se serait métamorphosé en un humain après avoir bu l'huile (?) du Bouddha et aurait déclenché une guerre épouvantable.

Autre exemple, celui des jeux de mot. Le mandarin standard (pŭtōnghuà), comme toutes les langues tonales, permet des "jeux de mots" très variés et intraduisibles en français. Ainsi, (lăo) shŭ, littéralement "(vieille) souris" (± rat) est prononcé avec un ton modulé et devient shù "arbre" (ton descendant) et shū "livre" (ton uni). C'est certes intraduisible (écart des langues) mais le principe du fonctionnement de la langue chinoise et, partant, son humour, devient compréhensible dans la mesure où il s'agit d'une forme de paronomase. Là où le français jouerait sur un à-peu-près phonétique (souris/soumis), le chinois exploite - richesse supplémentaire - des traits mélodiques distinctifs qu'offre sa langue.

Ces quelques éléments sur les deux types de rire invitent à classer le rire et l'humour dans la catégorie de "l'universel singulier", un concept hégélien appliqué à la didactique des cultures par Louis Porcher9. Ce concept opératoire permet en effet de comprendre que l'humour, qui produit les mêmes effets partout, procède de modalités particulières. Ce concept permet en outre d'éviter deux écueils : d'une part, un universalisme simpliste (tout est immédiatement accessible en vertu du caractère universel du rire et de l'humour) et, d'autre part, un certain relativisme qui envisagerait les cultures closes sur elles-mêmes et totalement homogènes (avec un risque de folklorisation ou de ghettoïsation d'un humour présupposé national). Ajoutons qu'un enfant de dix ans ne saurait être érigé au rang d'ambassadeur culturel et que, nécessairement, des aspects de sa culture d'origine lui sont inconnus.

Le travail pédagogique se concentre sur ce qui est intelligible, donc transférable d'une sphère culturelle et personnelle à l'autre pour construire progressivement une cohérence10. Parallèlement, on s'affranchit de l'idée selon laquelle il faudrait connaître le pays et maîtriser la langue de l'élève allophone pour bien lui enseigner le français. Cela rend d'indéniables services mais n'oublions pas que la région d'origine de la langue et de l'humour de cet enfant est, en classe, à quelques mètres du professeur : c'est son cerveau.

À présent, voyons quelques pistes pédagogiques sur ce thème.

Un ogre hilarant, un éléphant dans un arbre et... deux ou trois souris

L'approche consiste à repérer les différentes manifestations directes du rire et de l'humour dans notre société et de les intégrer dans les enseignements.

1. Manifestation sociale

==> Savoir saluer avec le sourire (instrument de politesse). À travailler à l'occasion de jeux de rôle, préalablement rédigés, lors de la préparation de la recherche d'un stage en entreprise (3e) ou l'oral de HDA. Éventuellement, un binôme d'élèves natifs présente une version comique (non-improvisée) de ces rituels sociaux pour mettre en évidence, grâce au rire des autres élèves, les gestes et les paroles qui transgressent le comportement attendu et socialement valorisé. Ainsi, pendant un moment devant l'élève allophone, on "désordonne le monde pour [lui faire] comprendre comment il s'ordonne" (Bernard Golse).

==>  Savoir utiliser les émoticônes : intégrer les smileys et autres binettes penchées pour marquer une émotion (clin d'oeil, sourire) lors d'une séance sur les SMS et les courriels (noter/donner les adresses et coordonnées). Les enfants chinois, par exemple, utilisent (+_+) comme équivalent de notre :-). On aborde aussi les acronymes, type "mdr" (mort de rire), qui varient d'une langue à l'autre.

==> Découverte d'une profession : comédien et humoriste, sachant que ce dernier n'est pas connu dans tous les pays.

==> Loisirs : organiser une sortie au cinéma pour voir un film comique. On travaille successivement la lecture de l'affiche (comparaison d'affiches) puis celle d'un programme des séances (tableau à double entrée).

==> Quelques curiosités françaises à découvrir lors d'activités diverses : les blagues Carambar (voir l'éditorial d'Olaf Niebling dans le blog de Karambolage, Arte.tv), celles de certaines papillotes auxquelles s'ajoute le jeu de "Monsieur et Madame X ont un fils/une fille..." (imprimées sur coques fromagères, par exemple) qui est inconnu de beaucoup de pays.

2. Manifestation linguistique

==> Les activités métalinguistiques : elles regroupent les jeux de mots, les rébus et les charades. Leurs vertus sont nombreuses (manipulation du dictionnaire pour les charades) et ce genre d'exercices est très présent dans les manuels de FLE. Pour aborder le genre parémiologique, le couplage avec l'image augmente les chances de faire comprendre un mécanisme de l'humour. Ainsi, pour saisir l'humour de la scène de la souris sportive11, on réalise : 1. une décomposition des éléments, sur une autre feuille, et de l'action - souris, vêtements, "tapette" (mode de piégeage à expliquer) - et de la phrase "ce qui ne tue pas rend plus fort" ; 2. les désigner séparément ; puis 3. relier les différents objets et le texte pour reconstruire finalement la scène.

==> La leçon d'une souris multilingue : cette activité concerne tous les élèves d'une classe. Car il s'agit de travailler simultanément avec des textes en plusieurs langues pour développer des stratégies d'intercompréhension (en partant du connu vers l'inconnu) pour parvenir à traduire un texte proposé. "La souris multilingue" en offre un exemple humoristique dont voici la version française.

Une souris se promène dans la maison avec son souriceau. Tout à coup, ils entendent un chat. Le souriceau a très peur. Le chat s'approche. La maman dit à son souriceau : "N'aie pas peur et écoute !" Et, devant son petit tout étonné, elle se met à aboyer : "Wou, wou, wou...". Le chat repart aussitôt en courant, apeuré à son tour. La maman dit alors à son souriceau : "Tu vois que c'est utile d'être bilingue !".

Les différentes phases de cette activité sont décrites dans le Glossaire d'EOLE (avec traduction de ce texte en de nombreuses langues)12. Une lecture "légère" permet aussi partager un moment d'humour.

==> Création interlinguistique en (dé)codant une blague. Cette activité, intitulée "Parlez-vous europanto ?", a été élaborée par Marinette Matthey dans le cadre du projet européen Socrates Lingua. Les enjeux sont les suivants : "en cherchant à comprendre ou à créer des messages en europanto [mélange de diverses langues dans un même énoncé], les élèves exercent des stratégies de compréhension des langues qui leur seront utiles dans l'apprentissage des langues étrangères. L'aspect ludique de l'activité et la mise en évidence du fait qu'il n'est pas besoin de comprendre chaque mot pour saisir le sens général d'un message leur permettent également de dédramatiser leur rapport à l'étrangeté/altérité linguistique. Par ailleurs, les connaissances linguistiques de la classe sont exploitées : les compétences des enfants bilingues sont reconnues et leur fonction d'interprète potentiel est valorisée"13.

Un des exemples de matériel donné aux élèves (4e ou 3e en raison d'une LV2) d'un même groupe est la blague suivante : comment font les éléphants dans la jungle pour descendre d'un arbre ? Réponse : ils s'asseyent sur une feuille et ils attendent l'automne.

Déroulement de l'activité : les élèves codent ensuite cette blague en europanto grâce un mini-dictionnaire fourni. Une des transcriptions possibles peut être : "Como machen the elefants en el bosque pour descendre von einem Baum ? They sit down sur one foglia e aspettano den Herbst.".

L'activité se conclut sur une séance de recensement des stratégies concrètes de compréhension, lesquelles sont notées dans une grille, un "canevas" : identifier les langues du texte, chercher dans les dictionnaires (bilingues), s'aider du contexte, demander à un copain bilingue, trouver des mots qui ressemblent au français, repérer des mots connus.

3. Manifestation médiatique

==> Dans la presse écrite : les dessins humoristiques. Le travail porte sur les thèmes, les contenus, les tabous, les intertextes, les stéréotypes et les effets produits sur la cible sur laquelle repose le trait humoristique. On procède de la même manière que pour l'image de la souris sportive.

==> Dans la presse visuelle et sonore : c'est le même travail que pour la presse écrite. Un extrait ciblé des Guignols de l'info permet, par exemple, de faire prendre conscience du lien entre l'acte énonciatif humoristique et l'actualité, c'est-à-dire le contexte.

4. Manifestation dans la culture savante ou dominante

==> En littérature : les textes courts et en langue moderne, accompagnés d'un étayage approprié, sont introduits en priorité. Ce peuvent être des petits poèmes amusants (Prévert, Desnos, Roubaud, etc.). Après un travail de lecture à haute voix (fluence), de mémorisation, une production écrite "à l'imitation de..." donne des résultats très encourageants. Pour les élèves bien installés en français ou francophones (mais faibles scripteurs), la lecture et l'étude de récits permettent de recenser les divers types de comiques avant l'étude de textes classiques dont l'archaïsme de la langue est un obstacle supplémentaire. Parmi ces textes relativement accessibles, on citera les oeuvres de Pierre Gripari ou, plus long, Le Hollandais sans peine de Marie-Aude Murail. Avec des élèves allophones, mieux vaut travailler d'abord des sketches avant les oeuvres classiques car la communication littéraire est construite sur un rire différé et son analyse tend à détruire le caractère spontané lié au rire.

==> La chanson : activité "brise-glace" par nature, c'est-à-dire ludique et conviviale. C'est aussi l'occasion de découvrir le répertoire français où les chansons drôles sont nombreuses. Le karaoké ("avec les paroles" sur Toi Tuyau14) offre une authentique séance de lecture à voix haute, après découverte et analyse rapide du sens du texte écrit. Dans le cadre d'un module FLS (premières générale et technologique), et parallèlement à l'étude de L'Écume des jours (épreuve anticipée de français), j'ai mis en place une activité de découverte du jazz à travers les goûts musicaux de Boris Vian et de découverte de ses chansons telles que La Complainte du progrès ou Le Blouse du dentiste. Pour adapter cette activité au collège, on consultera la revue Le Français dans le Monde (http://www.fdlm.org/) qui propose la fiche pédagogique d'une chanson dans chacun de ses numéros.

==> Les images fixes et mobiles : pour les premières, la bande dessinée est incontournable mais nécessite un accompagnement de la part de l'enseignant. C'est en effet un objet culturel très particulier qu'il faut donc lire à et avec ses élèves pour éduquer leur regard et, dans certains cas, construire une attitude physique de lecteur (lecture de gauche à droite). Étudier un album des Aventures d'Astérix s'impose pour plusieurs raisons : c'est une oeuvre connue de tous les Français ; elle comporte du texte (les BD sans paroles restent difficiles d'accès) ; elle est drôle et joue sur les stéréotypes et la dérision ; les albums sont traduits en 109 langues et on peut éventuellement se procurer l'oeuvre dans la langue de l'élève. La version turque du Tour de Gaule (Galya Turu), par exemple, témoigne d'un vrai travail de traduction au point que le barde Assurancetourix est devenu Kakofoniks, nom plus conforme au mode d'action de ce personnage. Cet album en particulier permet aussi de découvrir la France de manière humoristique et d'installer quelques notions rudimentaires de géographie et de curiosités locales.

Pour l'image mobile, une séance sur la bande-annonce (libre de droits) d'un film comique est très riche. Ainsi, au terme d'une séquence sur le conte merveilleux (un genre universel), on peut étudier la bande-annonce de The Shreck, qui a été pensé pour un très large public (mondial) et qui est accessible en plusieurs langues15. Un des principaux intérêts de ce dessin animé est que le comique se fonde sur l'inversion des rôles traditionnels : le héros est un ogre, le noble destrier est un âne, le prince charmant ne l'est pas et la bonne fée est une horrible mégère, etc. En démêlant ce jeu d'inversion, on emploie de nouveau des notions propres au français de l'école et on passe de l'intelligible à la mise en mots.

Évaluation d'une cerise culturelle posée sur le gâteau des compétences langagières

L'évaluation est envisageable dans la mesure où le rire (codé) peut provoquer ou constituer un comportement-réponse dans une activité de communication didactisée ou non-didactisée (rire avec des camarades). Ainsi, faire de l'humour ou réagir à l'humour (rire, sourire) relève du domaine de la compétence socio-culturelle très proche de la composante socio-linguistique telle que l'envisage le Cadre européen commun de référence pour les langues (CECRL)16. Certes, le descripteur des compétences sociolinguistiques ne fait apparaître le verbe "plaisanter" qu'au niveau C117 mais dès le niveau A1, il est parfaitement possible d'évaluer cette compétence pendant les activités où l'on travaille, par exemple, "les formes de politesse les plus élémentaires ; accueil et prise de congé". C'est une question de progression et d'observation.

On voit combien, dans le domaine des phénomènes sociaux, il reste de passionnantes séances à préparer et à tester avec les élèves. Sur cette question en particulier, nous faisons nôtres les conseils du vieux curé de Bernanos : "Applique-toi bien. Rappelle-toi l'écolier penché sur sa page d'écriture, et qui tire la langue".


(1) Même en ce domaine, nos classements fluctuent : distinction fruit/légume (tomate), mode d'habitat (caravane, yourte), etc.

(2) P. Picq (paléoanthropologue, maître de conférences au Collège de France), Le propre de l'homme ? Il y a de quoi rire !, Lille, MESHS, 2013.

(3) E. Smadja, Le Rire, Paris, PUF, 1993.

(4) C. Turnbull, Les Iks, Paris, Plon, 1987. Les Iks ont subi une sédentarisation rapide et forcée car leur territoire a été transformé en parc national par le gouvernement ougandais dans les années 70.

(5) J.P. Mallory et D.Q. Adams, The Oxford Introduction to Proto-Indo-European and the Proto-Indo-European World, Oxford, Oxford University Press, 2006. J. Pokorny, Indogermanisches etymologisches Wörterbuch, Berne, A. Francke, 1959.

(6) S. Reinach, Cultes, mythes et religions, Paris, Leroux, 1912.

(7) J.-Ch. Berthet, "Énigmes : les aventures d'un art perdu", dans Cacher, se cacher au Moyen Âge, Paris, PUPS, 2011.

(8) M. Fize, Faites l'humour pas la gueule. Fonction du rire, Paris, Édition de l'homme, 2009.

(9) L. Porcher, "L'Enseignement de la civilisation", Revue Française de pédagogie, n° 108, 1994.

(10) F. Jullien, "Comment penser le dialogue entre les cultures ?", Les Cahiers de l'ASDIFLE, 2006.

(11) Tapez "lo que no te mata te hace mas fuerte", rubrique images, sur Internet.

(12) C. Perregaux, C. De Goumoëns, D. Jeannot, J.-F. De Pietro, Glossaire des langues et lexique plurilingue, Neuchâtel, SG/CIIP, 2003.

(13) C. Perregaux et alii, Éducation et Ouverture aux langues à l'école (EOLE), Neuchâtel, SG/CIIP, 2003, vol. 2. La séquence est décrite en détails dans le livre du maître (p. 133-142) et les documents d'activité sont réunis "Documents élèves" (p. 41-48). Tous ces documents sont reproductibles.

(14) Si cela ne fonctionnait pas, tapez : "with lyrics" sur You Tube...

(15) Pour la version italienne, par exemple, tapez Google.it puis cherchez la bande annonce.

(16) http://eduscol.education.fr/cid45678/cadre-europeen-commun-de-reference-cecrl.html

(17) "Peut utiliser la langue avec efficacité et souplesse dans des relations sociales, y compris pour un usage affectif, allusif ou pour plaisanter".

Lire au collège, n°95 (02/2014)

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