Dossier - "Rions ensemble : l'humour à l'école"

Renforcer l'image de soi par des productions humoristiques : le projet "Journal du Passé"

Magali Eymard Piquette, enseignante de français (collège Marc Seignobos de Chabeuil)

C'est souvent en classe de 4e, lors de la seconde année du cycle central du collège, que se manifeste l'inappétence scolaire. Et c'est aussi dans cette classe qu'on demande aux élèves d'adopter une attitude plus mature face aux savoirs et aux savoir-faire. C'est à partir de ce double constat qu'est né notre projet "Journaux du passé". Nous voulions permettre à deux classes d'élèves de 4e sans option de "s'affirmer positivement", selon notre projet d'établissement, et surtout de concentrer leur énergie autour d'un objectif fédérateur.

Il s'agissait aussi de favoriser l'interdisciplinarité dans la perspective de l'histoire des arts, en donnant plus de cohérence aux enseignements de français, d'histoire, géographie et éducation civique, d'arts plastiques et d'éducation musicale. Et il est apparu, au fil des séances, que l'humour a rendu plus efficiente notre entreprise et a permis une plus forte mobilisation des élèves.

Le XIXe siècle est au coeur des programmes de français et d'histoire, c'est ce qui nous a amenées, ma collègue d'histoire-géographie et moi-même, à imaginer un travail autour des journaux de cette période.

Notre objectif est de faire rédiger, mettre en page et imprimer deux numéros d'un journal du passé, nommé par les élèves l'an dernier "La Gazette du XIXe". Ce projet, initié en 2012/2013, se poursuit cette année scolaire 2013/2014.

Nous sommes donc encore dans l'expérimentation, mais nous pouvons tirer un bilan pour la première année de ce dispositif.

Les élèves de ces deux classes sont valorisés au collège par la publication du journal du passé. Certains, potentiellement décrocheurs, sont restés relativement motivés jusqu'en fin d'année.

Ils travaillent souvent en groupes autour de tâches complexes où des compétences diverses sont exploitées et reconnues, telles que l'esprit d'initiative, la capacité à écrire un texte, à chercher de l'information, à faire des liens entre les disciplines, mais aussi à formuler sa pensée autrement que par un texte : par un dessin, une affiche, ou un schéma.

Cette activité nous permet d'amorcer une réflexion sur les médias et leur histoire en s'intéressant au XIXe, siècle de l'essor de la presse écrite.

Surtout, la rédaction d'articles et de contenus de tous types pour le journal du passé amène les élèves à prendre de la distance par rapport aux programmes et aux enseignements dispensés dans les différentes disciplines.

C'est justement dans cette prise de distance que l'humour entre en jeu. En effet, de manière inconsciente d'abord, puis plus délibérée, nous avons demandé aux élèves de manifester leur sens de l'humour dans les différentes productions destinées à La Gazette du XIXe.

Mais qu'entend-on par "humour" ? C'est un pas de côté, une façon de voir les choses avec distance, qu'il est presque impossible de définir, alors que chacun le reconnaît lorsqu'il se manifeste. Le Trésor de la Langue Française en donne la définition suivante : "Une forme d'esprit railleuse qui attire l'attention, avec détachement, sur les aspects plaisants ou insolites de la réalité". Elle correspond assez bien à l'attitude que nous proposons aux élèves d'adopter. En effet, lors des deux premières années du collège, les élèves ont été familiarisés dans le cours de français à diverses formes de comique, à travers l'étude de pièces de théâtre dès la 6e, et de textes comme les fabliaux ou le Roman de Renart en 5e. Ils sont donc capables, en 4e, de voir plus clairement les rapports qui lient comique, distanciation, parodie, travestissement et humour. Plus globalement, c'est en 4e que les programmes de nombreuses disciplines amènent les élèves à manifester leur sens critique, à adopter une attitude distanciée par rapport aux informations qui leur sont transmises, à mettre en perspective ce qu'ils ont appris. Deux activités, notamment, ont rendu possible cette prise de distance à travers l'humour.

Le jeu des faits divers

En cours de français, nous avons travaillé en début d'année sur une séquence intitulée "Les écrivains et la presse au XIXe siècle", afin de lancer notre "atelier d'expression" qui réunit sur une heure hebdomadaire les élèves des deux classes de 4e et les deux professeurs de français et d'histoire. Notre deuxième séquence fut consacrée à la nouvelle réaliste, et nous avons commencé par proposer aux élèves une dizaine de Nouvelles en trois lignes de Félix Fénéon, en leur demandant de réagir librement à la lecture des textes par le professeur. En recueillant les premières impressions, un questionnement est apparu dans les deux classes, autour du terme "nouvelle". Nous avons donc rattaché ces "brèves" à la fois aux actualités, ou faits divers (ce sont des événements1 caractéristiques d'une époque mais assez singuliers et inclassables pour mériter d'être publiés dans cette rubrique) et au genre littéraire de la nouvelle (un récit de dimension modeste dont la structure est tendue, le plus souvent, vers une chute). C'est ainsi que nous avons pu présenter la consigne pour la tâche d'écriture finale : "Écrire en groupe une nouvelle réaliste en développant une des nouvelles de Fénéon".

La plupart des groupes ont demandé de l'aide afin de mieux comprendre les textes de Fénéon : nous leur avons donc proposé de trouver des points communs à ces "nouvelles". C'est ainsi qu'ont émergé la concision de cette écriture et sa dimension humoristique, basée le plus souvent sur le principe de contradiction ou de décalage.

Cette première étape de lecture nous a permis de mettre en place, avec le professeur d'histoire géographie, une autre activité d'écriture lors de "l'atelier d'expression".

Cette seconde activité consiste à rédiger des faits divers, s'inspirant du principe d'opposition, de décalage, observé dans les textes de Fénéon. Nous n'avons donné aucun critère de longueur, et les textes produits ont excédé les "trois lignes", se développant plus volontiers sur une quinzaine de lignes.

Les élèves ont été mis en groupes selon leurs "centres d'intérêt" thématiques : mode, sport, arts, sciences et techniques, politique, société, voyages, cuisine... Puis nous avons établi un planning, estimant à deux séances d'une heure le temps nécessaire à la rédaction, à l'illustration et à la saisie informatique du texte. Les élèves ont travaillé par groupes de quatre, trois groupes étaient présents à chaque séance, avec les deux professeurs, soit douze élèves.

Pour chaque thème, nous leur avons proposé de tirer au sort une carte "objet", une carte "personnage", une carte "lieu" et une carte "action", comme dans une sorte de Cluedo. Nous avons donné simplement comme consigne, oralement, de raconter une histoire qui comporterait ces quatre éléments, et qui mériterait d'être publiée dans la rubrique "Faits Divers" d'un journal du XIXe, supposant que le principe de contradiction ou d'incongruité était implicite.

Notre ambition première n'était pas l'humour. Nous voulions seulement utiliser une forme journalistique de dimension modeste, le fait divers, et la faire pratiquer aux élèves afin qu'ils produisent au final une dizaine de textes différents les uns des autres, à publier dans notre gazette, à partir d'une consigne semblable. Cela nous permettait de différencier la pédagogie et d'obtenir une variété de thèmes correspondant aux centres d'intérêts de chacun.

Cependant, la rencontre "fortuite" sur une table de travail non pas "d'une machine à coudre et d'un parapluie", mais par exemple d'une cuillère en bois et d'un arbitre dans les tribunes d'un stade vélodrome, fut en elle-même à l'origine de la dimension humoristique des intrigues. L'objectif d'écriture a alors évolué, et nous avons proposé oralement aux élèves de mettre en scène cette incongruité en en soulignant le caractère comique, tout en rendant l'anecdote vraisemblable. Dans l'exemple proposé ici, le groupe a dû construire de nouveaux savoirs concernant la société au XIXe et l'histoire de la presse. Lors de la première séance, alors qu'ils avaient tiré les cartes "Émile de Girardin", "machine à écrire", "salle de rédaction" et "incendie", nous avons orienté les élèves vers le site de la BNF et l'exposition virtuelle "La Presse à la Une", afin qu'ils visualisent l'agencement des différents services à l'intérieur de l'immeuble d'un quotidien. Plusieurs propositions ont été ensuite formulées, et c'est celle qui paraissait la plus loufoque qui a été retenue par le groupe. L'idée fut de construire le comique sur le décalage entre la respectabilité supposée d'Émile de Gérardin, grand homme de presse du XIXe siècle, et une situation qui en ferait une victime puis un forcené. Son comportement devenait ridicule parce qu'il était démesuré et que ce personnage, aveuglé par la colère, était pris à son propre piège. Selon un ressort dramatique classique, il a été puni alors qu'il était, au début, victime d'un vol, l'histoire mêlant comique de situation et comique de caractère. Lorsqu'ils ont commencé à imaginer l'intrigue, les élèves ont dû approfondir leurs connaissances dans plusieurs domaines. Pour que l'anecdote soit amusante, il fallait d'abord la rendre crédible en s'informant par exemple sur le système de commercialisation et de diffusion des journaux au XIXe siècle. On pouvait alors raconter comment E. de Girardin prenait connaissance de la publication de l'article volé, en achetant un exemplaire du quotidien concurrent à un "crieur". Ainsi, pour réussir cette tâche, les élèves posséder des connaissances historiques sur le XIXe, ou les approfondir, afin de raconter un événement qui aurait pu se dérouler, tout en prenant assez de distance pour que le récit fasse rire ou sourire. On a pu remarquer que bien souvent, c'est la situation comique qui fut élaborée d'abord, puis les élèves ont validé leurs propositions d'intrigues en vérifiant si ce qu'ils imaginaient était possible à cette époque, et en se lançant alors dans une recherche documentaire. Parfois, la phase de vérification historique a abouti à l'abandon ou au remaniement d'un embryon de récit, lorsque les élèves se sont aperçus que ni le téléphone, ni l'automobile (qui fournissent des ressorts scénaristiques commodes) n'étaient répandus au milieu du XIXe siècle.

Ce travail fut porté par un évident enthousiasme. Certains élèves, censés participer à deux séances, sont spontanément venus à cinq reprises pour poursuivre leur travail, fait assez exceptionnel pour être souligné, quand on sait que l'heure d'atelier d'expression a lieu le jeudi de 16h à 17h. L'ambiance de ces ateliers est d'ailleurs très agréable, le contenu des productions rejaillissant sans doute sur l'humeur des élèves et des professeurs.

Émile de Girardin, le rédacteur en chef du Journal "La Presse" a été incarcéré le jeudi 26 décembre à Paris. Mais que lui est-il passé par la tête ?

Revenons au mardi 24 décembre, la veille de Noël, Émile de Girardin, seul dans la salle de rédaction, finissait de taper son article. Quand il le retira de la machine à écrire, il se fit assommer. Le lendemain matin il se réveilla et vit que son texte avait disparu. Il descendit les escaliers pour se retrouver dans la rue. Croisant un vendeur à la criée, il lui achète le journal "La Nouvelle France". À sa grande surprise, il retrouva son article dans le quotidien concurrent. Fou de rage, il se rendit chez lui, prit deux bouteilles d'alcool et un paquet d'allumettes, puis se dirigea, d'un pas très décidé, vers l'agence "ennemie". Il défonça la porte de l'immeuble du journal. Il versa du whisky partout sur les bureaux et les plans de travail inoccupés. Il monta à l'étage et fit la même chose puis alluma la boisson répandue partout. Quand il sortit du bâtiment en feu il cria : " Vengeance !". La police et les pompiers ne tardèrent pas à arriver car un incendie dans Paris ne passe pas inaperçu. Les policiers arrêtèrent Girardin le pyromane. Pendant sa nuit en cellule, l'aliéné a mordu un gardien, s'est arraché les ongles et les dents de devant. Aujourd'hui le fou furieux est enfermé à Bicêtre, mais pour combien de temps ?

Mattéo, Lucas, Léa et Satyam

Les caricatures

Une deuxième activité interdisciplinaire a permis aussi de mobiliser le sens de l'humour de nos élèves.

Le travail s'est déroulé cette fois en cours de Français. Notre troisième séquence fut consacrée aux caricatures. Le programme de Français de la classe de quatrième propose, à travers l'étude de l'image, de s'y intéresser : "L'étude peut porter sur le thème de la critique sociale, qui est approfondi en 3e, a` travers la caricature, le dessin d'humour ou le dessin de presse" (Bulletin officiel spécial n°6 du 28 août 2008).

Nous voulions donc approfondir cette notion de caricature, abordée rapidement en première séquence avec un portrait charge d'Alexandre Dumas reproduit dans le manuel, en en faisant cette fois produire aux élèves.

Cela nous permettait aussi de mobiliser autrement les connaissances des élèves relatives à certains personnages abordés en histoire, ou à certaines notions centrales d'histoire des arts, comme le réalisme, l'impressionnisme... Le professeur d'arts-plastiques des deux classes travaillait à ce moment-là autour de la Tour Eiffel. Après avoir lu des témoignages de l'accueil mitigé qui lui fut réservé, il a proposé aux élèves de réaliser une affiche prenant parti pour ou contre le monument, en axant son travail sur l'argumentation et les moyens graphiques pour convaincre et persuader.

Nous avons proposé aux mêmes élèves de produire une caricature en image d'un des personnages suivants : Le Baron Haussmann, Claude Monet, Guy de Maupassant, James Watt, Stephenson, le bourgeois, l'ouvrier, la presse, le réalisme... La consigne rendait possible aussi bien le dessin que le collage, et un texte de dimension variable, allant du titre au paragraphe, en passant par la légende rimée ou le slogan. Après un rappel rapide de ce qui était acquis à propos de la caricature depuis la première séquence (exagération, disproportion, visée satirique, présence d'éléments symboliques), les élèves furent mis immédiatement en activité, par groupes.

Des coups de pouce permirent à certains d'identifier ce qui dans le personnage choisi pouvait être l'objet de la charge et ce qui devait graphiquement, permettre son identification.

Une séance d'analyse et de classement d'images du XIXe, extraites d'un corpus de journaux authentiques, permit d'identifier les différents procédés graphiques et textuels de la caricature.

Les séances suivantes furent consacrées à la réalisation des caricatures elles-mêmes. Cette proposition de travail a été bien accueillie par les deux classes, et les réalisations furent de qualité. Les groupes ont fonctionné correctement, exploitant les compétences diverses de ses membres. Il est à noter cependant, que seul un groupe d'élèves en grande difficulté, n'a pas suivi la consigne, malgré les conseils et l'étayage du professeur, et a réalisé une affiche à visée purement argumentative, reproduisant exactement la démarche menée en arts plastiques, et faisant simplement la publicité de l'oeuvre d'Eiffel, sans aucune nuance d'humour. C'est bien la preuve que l'humour nécessite une appropriation profonde et une prise de distance importante par rapport aux connaissances. Ils n'ont pas été en mesure de de transférer ce qu'ils savaient de la Tour Eiffel - le contexte de sa construction, sa dimension symbolique de l'âge industriel, son caractère novateur - et d'adopter la posture d'un observateur de l'époque qui voudrait s'en moquer. Il aurait fallu alors pouvoir formuler le point de vue d'un homme du XIXe, réactionnaire à cette manifestation du progrès - donc comprendre ce qu'étaient l'esthétique et la mentalité d'une France préindustrielle - et enfin manifester son "esprit", à l'occasion d'un jeu de mots, d'une saillie, ou d'une raillerie. Or, les élèves en grande difficulté n'entretiennent pas un rapport ludique avec le langage, lorsqu'il s'agit de s'exprimer à propos d'un savoir scolaire. C'est pourquoi nous multiplions les occasions de les confronter à la réalité concrète de cette époque. Notre activité "Journal du Passé" trouvera son point d'aboutissement au printemps, dans un séjour de trois jours à Paris, capitale du XIXe siècle. Notre ambition est de renforcer plus concrètement encore la proximité des élèves - notamment de ceux qui manifestent peu d'appétence aux apprentissages scolaires - avec les oeuvres d'art et autres témoignages du XIXe siècle.

Nous pouvons maintenant nous interroger sur les raisons qui font que l'humour, à travers ces deux activités, fut un moteur de production pour les élèves. Comment la visée humoristique leur a-t-elle permis de s'impliquer davantage dans ces tâches ?

Tout d'abord, il s'agit dans les deux cas d'un travail interdisciplinaire, ce qui implique automatiquement une prise de distance favorable à l'émergence de l'humour. Parler en Français de ce qu'on a vu en histoire nécessite une appropriation suffisante des concepts. Par exemple, il faut avoir élaboré une image mentale assez précise de ce qu'est l'industrialisation et la place du train au XIXe, pour reformuler la notion avec ses propres mots et écrire un récit mettant en scène le chauffeur d'une locomotive à vapeur. Et c'est le même recul intellectuel qui est nécessaire pour faire rire, comme le montre l'exemple de la caricature reproduite ici. Le concept d'"éphémère", abordé en Français et en histoire est maîtrisé et mis à distance suffisante pour être tourné en dérision et à l'origine d'un bel exemple d'humour noir. La prise de distance est donc commune à l'humour et à l'interdisciplinarité.

De plus, travailler en groupe rend possible l'humour puisque ce dispositif permet de tester sur ses pairs l'effet des procédés comiques. Il n'y a pas de recette pour faire rire à coup sûr, mais l'échange dans le groupe permet de ne valider que les propositions efficaces. Ce fut vrai notamment lors de l'élaboration des caricatures où chaque membre du groupe faisait oralement des propositions graphiques à celui qui était chargé de réaliser le dessin.

Enfin, ces productions furent réalisées dans une situation de communication réelle. Les élèves savent que la gazette va être publiée et diffusée dans l'établissement, leurs textes et images auront un autre public que le seul professeur. Être spirituel dans ce cadre signifie se montrer spirituel et renforcer son "ethos" - ou image de soi2 - aux yeux de ses pairs (les autres élèves des deux classes) et de l'ensemble de l'établissement. Plus qu'une connaissance approfondie du XIXe, ce qui est valorisé dans une communauté d'adolescents, c'est avoir de l'humour. La dimension sociale de la communication explique donc l'intérêt porté à ces deux tâches.

En définitive, nous avons voulu, lors de la première activité sur les faits divers, proposer aux deux classes un projet d'écriture basé sur le réalisme, afin que les élèves puissent acquérir des connaissances sur la société et la vie au XIXe siècle et en donner dans leur texte une image crédible. Mais finalement, c'est la possibilité de faire de l'humour en jouant sur l'incongruité et le décalage, que nous n'avions pas mise au premier plan de nos critères de réalisation, qui leur a permis de s'impliquer dans cette production. Cela leur a ouvert le champ des possibles narratifs. Il était bien plus stimulant pour eux de faire sourire que de peindre scrupuleusement la vie quotidienne, les sports ou les arts du XIXe.

La seconde séquence avait quant à elle pour objectif de renforcer la connaissance de personnages ou de notions ancrés dans le XIXe, tout en utilisant un langage visuel et textuel qui a connu son apogée à cette époque-là, la caricature. Nous pensions que les élèves allaient exploiter une veine satirique, en utilisant les procédés de la caricature dans un but argumentatif. Mais finalement, hors de son contexte, une représentation exagérée, déformée, stylisée d'un personnage, d'une habitude, d'un vice ou d'un mouvement artistique ne peut pas être une charge. On perd nécessairement la visée polémique de l'image, n'étant plus dans la contestation réelle, mais dans la fiction d'une contestation. L'objectif de ces productions ne fut donc pas de convaincre le public par le rire, mais plutôt d'adresser à son lecteur un clin d'oeil, depuis cette posture anachronique assumée. L'humour, alors, n'est pas une arme, mais un outil au service de l'harmonie de la communauté : il permet de construire un savoir-être de l'élève, au sein de deux classes de 4e hétérogènes dont plusieurs éléments semblaient potentiellement décrocheurs.

Bibliographie

  • Kalifa D. et alii (dir.), La Civilisation du journal. Histoire culturelle et littéraire de la presse française au XIXe siècle, Nouveau Monde, 2011.
  • Salles D., Images de Presse, CRDP de l'Académie de Grenoble, 2006.
  • Tillier B., À la charge ! La caricature en France de1789 à 2000, Les Éditions de l'Amateur, 2005.

(1) Nous n'avons pas mis en avant le caractère fictif de ces textes.

(2) On pourra à ce propos se référer à ce passage de l'article de Dominique Hözle à paraître en 2014 "Humour et sociabilite´ dans les re´cits galants et les e´crits mondains au XVIIe et au XVIIIe sie`cles en France", Eighteenth-Century Fiction, numéro spécial The Senses of Humor, qui établit au préalable que l'esprit, ou "humour" est le principe qui fonde la galanterie dans les sociétés mondaines : "Si la galanterie propose une esthétisation des rapports humains, la délicatesse, le raffinement renvoyant au 'je ne sais quoi' lié à la théorie du sublime chez les classiques, cette esthétisation a une visée éthique. Bien loin de dissoudre l'être dans les manèges du paraître, la préoccupation centrale de tous les jeux galants - ce travail constant de l'image projetée (de l'éthos) qu'il s'agit de polir - a pour finalité d'entraîner une amélioration sur un plan moral, qui sera individuelle, mais aussi collective, par le jeu de la conversation, qui permet, par un mécanisme mimétique, un raffinement de chacun et de tous, et un partage des savoirs.".

Lire au collège, n°95 (02/2014)

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