Dossier - "Rions ensemble : l'humour à l'école"

La parodie au cinéma

Guillaume Deheuvels, professeur de lettres et cinéma-audiovisuel (lycée Louis Armand, Chambéry)

Il est particulièrement intéressant de passer par le détour du cinéma pour essayer de faire comprendre aux élèves les procédés de la parodie littéraire, ainsi que ses liens avec l'humour.

Pour ce faire, nous vous proposons un parcours pédagogique du regard à travers deux oeuvres : l'extrait d'un film de fiction, Le dictateur (1940) de Charlie Chaplin et le passage d'un film (auto)documentaire Général Idi Amin Dada : autoportrait (1974) de Barbet Schroeder1.

Comme prérequis, il n'est pas nécessaire que les élèves soient spécialistes de cinéma et en maîtrisent le vocabulaire technique. Après que les élèves ont vu une première fois chaque film et qu'ils ont pu démêler les problèmes de compréhension littérale avec leur professeur, il est judicieux de partir de leur ressenti et de leur questionnement pour bâtir une lecture et une lecture analytique de la séquence.

Un exemple d'utilisation de la parodie au cinéma : Le Dictateur (1940) de Charlie Chaplin

Extrait à 15m25'-21m58' (durée 6 minutes 33)

Dans Le Dictateur, le barbier est le pendant burlesque d'Hynkel, lui-même parodie d'Hitler, les deux personnages étant interprétés par le même acteur, Charlie Chaplin. Chaplin (Hynkel) caricature Hitler, par le grossissement de ses défauts physiques et moraux. Hitler, homme politique, était à lui seul une caricature. Hynkel prononce ensuite une harangue politique sous le signe de la double croix. À l'arrière-plan sont assis les dignitaires, immobiles, figés dans la même attitude, ce qui donne l'impression de marionnettes, d'automates, redoublée par l'effet de symétrie de la double croix et la répétition des motifs des costumes et des micros. Le rythme du discours va crescendo (exaltation d'Hynkel et galvanisation de la foule ; invectives contre les juifs...). Le décalage entre les mouvements agités et l'exaltation d'Hynkel d'un côté et l'immobilité impassible des dignitaires à l'arrière-plan de l'autre est volontairement entretenu.

Notons aussi la composition du décor et l'effet de surcadrage (multiplication des cadres à l'intérieur du cadre) : la barrière, les micros, la bannière, les rangs des dignitaires, le décor du fond aux lignes géométriques. Tout se passe comme si Hynkel se prenait à son propre piège, isolé dans sa propre folie au milieu de tous.

Chaplin parodie (il imite en s'en moquant) le langage, le décorum et les symboles nazis : la double croix (qui n'est pas sans rappeler la croix gammée nazie), le costume d'Hynkel (couleur, cravate, écusson, moustache), ses gestes, ses expressions du visage et vociférations. Les hoquets d'Hynkel, son charabia, sont comparables à la séquence de la chanson de Charlot dans les Temps modernes, mélange de différentes langues (italien, français, allemand, espagnol, anglais...). Dans les deux cas, le spectateur assiste à un détournement du langage au profit de la fonction comique et critique de la profération.

La différence cependant est que la chanson des Temps modernes constitue une parodie des chansons traditionnelles de cabaret et une autoparodie amusée des histoires filmiques ainsi que de la vie de Chaplin (une jeune femme et un homme plus âgé tombent amoureux, voir les paroles inscrites sur les manches de Charlot) tandis que le discours d'Hynkel correspond au versant plus critique et tragique de ce procédé parodique du détournement du langage : il s'agit ici de parodier la figure politique d'Hitler : Hynkel lève la main à plusieurs reprises. Ses vociférations tendent à se confondre avec ses hoquets et ses toussotements. Voix et bruitages sont ainsi mis sur le même plan. Hynkel profère un charabia exalté, un imbroglio langagier dans lequel nous pouvons reconnaître quelques mots comme "Blitzkrieg". La harangue politique qui n'est qu'un charabia de vociférations, de hoquets et de mimiques se change progressivement en soliloque.

Jusque-là, Chaplin crée un effet d'attente prolongé sur le contre-champ c'est-à-dire sur ce qui serait censé être le véritable auditoire d'Hynkel : le spectateur a le sentiment grandissant qu'Hynkel se parle finalement à lui-même ou à un auditoire déjà acquis ou obligé d'acquiescer.

Chaplin multiplie alors tous les ressorts comiques (comiques de mots, de situation, de gestes, de caractère) et burlesques (recours aux gags visuels des microphones, de la ceinture de Herring, de la peau de banane...). Il ne faut pas oublier que l'essence du comique chaplinien repose sur le geste (coups de pieds, titubement, trébuchement, chute...).

Pendant que la voix commentatrice radiophonique traduit les propos incompréhensibles d'Hynkel, notre personnage prend une carafe, en remplit un verre d'eau qu'il boit et vide ensuite dans son pantalon. Il s'agit ici d'une allusion parodique au plaisir érotique qu'Hitler prenait à haranguer et aimanter les foules par son discours. De la même manière que Chaplin détourne le langage, il détourne aussi les objets (ici, le verre d'eau).

Autre moment burlesque : le gag de la ceinture du ministre Herring.

Hynkel tient un discours véhément devant la foule dont l'attitude exaltée n'est pas sans rappeler celle des films de propagande nazie : "La démocratie sent mauvais. La liberté est détestable. La liberté de parole est contestable. La Tomainie a la plus grande armée du monde. La plus grande marine du monde. Mais pour rester grands, faisons des sacrifices. Serrons-nous la ceinture.".

À ce moment-là, son ministre Herring se lève et pour montrer l'exemple, se sert la ceinture (passage du sens figuré des propos d'Hynkel au sens propre, ce qui aboutit à un gag burlesque), se rassoit et sa ceinture saute.

La séquence se termine en nous montrant Hynkel trébucher sur une peau de banane. De la parodie, on glisse alors au registre plus classique du gag traditionnel des slapstiscks ou comédies burlesques américaines.

La parodie chaplinienne repose aussi sur le jeu onomastique (nom du ministre d'Hynkel "Garbitsch" et du traducteur "Stick"). Relevons la proximité sonore du nom "Garbitsch" avec l'anglais "garbage" et "rubbish" (détritus). Ce ministre semble d'ailleurs moins obséquieux qu'Herring : il regarde sa montre au moment où Hynkel s'adresse à lui. Le traducteur, Hyndrich Stick semble, comme son nom l'indique, mené à la baguette par Hynkel (notons que le nom "sitck" signifie "bâton, baguette" en anglais).

Extraits

Nous pouvons noter le basculement de la sympathie montrée par Hynkel à l'égard de ses ministres à l'expression brusque et absurde de sa haine envers les juifs. Ce revirement intérieur et inexplicable d'Hynkel est risible, ce qui fait penser à la définition que le philosophe français Bergson donne du rire comme "étant du mécanique plaqué sur du vivant". Hynkel se met à émettre des cris porcins. Les micros se plient comme s'ils refusaient de relayer la voix d'Hynkel ou la craignaient. Un microphone récalcitrant refuse de se plier : il crie plus fort pour le faire se retourner. "Son excellence vient juste de faire référence au peuple juif".

Le décalage entre le ton euphémique de la traduction, les vociférations et la réalité des propos d'Hynkel prête à rire.

Le traducteur résume : "En conclusion, il rappelle que pour le reste du monde, il n'a que paix en son coeur". Ironie dramatique quand on connaît la suite de l'Histoire.

Voix : "Une annonce. Radio Pari-Mutuel vous a transmis en direct de Tomainie le discours d'Hynkel aux enfants de la double croix. Le traducteur anglais est Hyndrich Stick, son traducteur personnel, lisait, semble-t-il, un texte préparé. La suite dans un instant. À vous, Tomainie.". Cette annonce finale crée un effet de surprise, contribue à démonter les deux discours (Hynkel + traduction) précédemment entendus et aboutit à un comique de situation absurde et burlesque.

Autre décalage : celui entretenu entre la traduction euphémique et les propos réels d'Hynkel.

Autre procédé de la parodie chaplinienne : le détournement du son

Ce procédé qu'opère Chaplin dans cette séquence du Dictateur (qui fait pendant à la séquence finale de plaidoyer humaniste du même film) vient des résistances et du refus exprimé dans un premier temps par Chaplin lors de l'arrivée du son en cinéma en 1927. Il faudra attendre Les Lumières de la ville (1931), Les temps modernes (1936) et Le dictateur (1940) pour que Chaplin introduise le son dans son cinéma.

"Le film parlant s'attaque aux traditions de la pantomime que nous avons essayé d'établir avec tant de peine à l'écran, et sur quoi l'art cinématographique doit être jugé. Le film parlant détruit toute la technique que nous avons acquise. Histoire et mouvement se soumettent à la parole pour permettre une reproduction exacte de sons que l'imagination du spectateur peut entendre. Insensiblement notre jouet s'est mué en une forme d'art reconnue. Les acteurs savent que l'objectif enregistre non des mots mais des pensées. Des pensées et des émotions. Ils ont appris l'alphabet du mouvement, la poésie du geste.

Maintenant, le geste commence où la parole finit [...].

Les spectacles de Karno (théâtre et prestidigitation) respectaient toutes les traditions de la pantomime. Acrobaties et clowneries, rire tragique et secourable, mélancolie, sketches, danses et jongleries sobrement mêlés traduisaient le comique anglais sans rival. Ce n'étaient que voleurs de bicyclettes, joueurs de billards, ivrognes rentrant chez soi, leçons de boxe dans les coulisses d'un music-hall, illusionnistes qui ratent leurs effets, chanteurs qui s'apprêtent à chanter et n'y parviennent pas. On exécutait chaque tour avec cette impassibilité qui ne manque jamais de provoquer le rire. Chaque coup portait aussi sûrement qu'un poing de boxeur. Chaque stratagème atteignait l'auditoire comme un coup de canon.

Il ne pouvait y avoir de meilleure école pour un mime à l'écran car l'essence du cinéma est le silence. Dans mes films je ne parle jamais. Je ne crois pas que ma voix puisse ajouter à l'une de mes comédies. Au contraire, elle détruirait l'illusion que je veux créer, celle d'une petite silhouette symbolique de la drôlerie, un faites-passer-muscade (une présence magique), non un personnage réel, mais une idée humoristique, une abstraction comique."

Extrait de la revue Motion Picture Magazine, 1930, "L'essence du cinéma est le silence"

Le détournement du son est sensible aussi dans une séquence des Temps modernes (1936) située à 1h14m56' du début jusqu'à 1h19m41' (durée 4 minutes 45) dans laquelle Chaplin interprète une chanson de cabaret composée qui est en réalité un véritable charabia, un mélange de différentes langues (anglais, italien, espagnol, allemand, français...). Chaplin décide d'intégrer le son dans son cinéma et d'utiliser le langage non pas dans sa fonction dénotative mais plutôt expressive, poétique et comique.

C'est ensuite Jacques Tati, en digne héritier de Chaplin, qui, dans la séquence de déjeuner de Mon Oncle (1958) dans la villa Arpel, détourne aussi le langage, ainsi que le son par rapport à sa source. Il joue du décalage entre le son et la source sonore, donnant ainsi à la mise en scène du son dans son cinéma une fonction comique, poétique et critique.

Parodie et autoportrait dans le cinéma documentaire : Général Idi Amin Dada, autoportrait (1974) de Barbet Schroeder

En 1974, Barbet Schroeder, critique aux Cahiers du Cinéma, réalise un film autour de la figure politique du général Idi Amin Dada, dictateur ougandais sanguinaire, qui n'a pas hésité à jeter en pâture aux lions et aux crocodiles ses opposants politiques.

La démarche cinématographique est risquée : à la sortie du film en salle, Idi Amin Dada exigera d'ailleurs deux minutes de coupures, allant, d'après Barbet Schroeder, jusqu'à retenir en otage des ressortissants français dans un hôtel pour obtenir satisfaction.

Barbet Schroeder, afin de gagner la confiance du dictateur, lui propose un projet de film hagiographique. Idi Amin Dada s'y met donc en scène, réclamant de voir chaque jour les prises de vue réalisées. Schroeder arrive à démonter la parole politique de la personne ou du personnage politique d'Idi Amin Dada grâce à un montage ironique et une juste distance par rapport à la personne qu'il filme.

La séquence analysée ici se situe de 13m10' jusqu'à 19m14' (nous reproduisons en annexe l'intégralité des propos qu'y tient le général Idi Amin Dada).

D'emblée, et ce pour gagner la confiance du général, Barbet Schroeder lui propose de se mettre en scène devant la caméra, si bien qu'Idi Amin Dada semble réaliser son autoportrait et diriger l'équipe technique du film composée de Barbet Schroeder à la réalisation, Nestor Almendros à l'image, Antoine Petijean et Alain Sempé au son et Denise de Casabianca au montage.

Extraits de 13m10' à 19m14'

Dans notre séquence, Idi Amin Dada joue au guide touristique et emmène l'équipe remonter la source du Nil, fleuve mythique africain, tout en leur montrant ce qu'il faut voir : lions, crocodiles, éléphants, hippopotames, pintades, chutes de Madison.

"Nous y allons maintenant et c'est un endroit très attractif. Et vous pouvez voir ici des centaines de crocodiles. Il y a des milliers d'hippopotames, vous voyez ? Des pintades là sur leur dos. Vous voyez ? Des pintades. Et cet éléphant est vraiment grand. Vous voyez ? Et ici, c'est un endroit où vous pouvez trouver plus de crocodiles que n'importe où au monde. À cet endroit."

L'exubérance et la mégalomanie du général en font très vite un personnage politique à la théâtralité et à la folie très marquées. Matamore politique, il n'hésite pas à se décrire comme porte-parole des peuples africains sur un ton prophétique :

"La raison pour laquelle je suis très populaire, c'est ma politique dans toute l'Afrique et pour tous les peuples d'Afrique qui exige la liberté pour ses peuples. Ils m'ont demandé de dire à leurs chefs politiques de leur accorder la liberté. Et c'est la même politique que j'ai menée ici en Ouganda... Parce qu'ici, j'ai donné une indépendance économique totale au peuple d'Ouganda."

Idi Amin Dada, tout au long de la croisière en bateau, mêle considérations politiques (liens entre Afrique, Moyen-Orient et Israël) et commentaires touristiques, sérieux et rire, réalité et fiction, normalité et mégalomanie, cultivant ainsi la fantaisie verbale et la bigarrure langagière. Le montage cinématographique file d'ailleurs la métaphore animalière d'Idi Amin Dada mis en scène en roi des animaux : il salue l'éléphant croyant être aussi reconnu par lui, se compare implicitement à un lion, roi de la jungle et pense ordonner aux crocodiles de se mouvoir.

L'ironie est perceptible, grâce à la juste distance de la caméra et à la position en retrait du cadreur et de l'intervieweur. Le démontage de la parole politique d'Idi Amin Dada se produit grâce à la dimension auto-parodique du personnage. Nous pouvons dès lors le rapprocher du personnage d'Hynkel dans Le Dictateur (1940) de Charlie Chaplin : mêmes alternances entre le sérieux et le rire, mégalomanie, attitudes et mimiques burlesques, jeux de décalage entre l'image et les propos tenus, ironie sous-jacente.

L'ironie tragique est volontairement entretenue tout au long de la séquence. Idi Amin Dada répète souvent le mot "liberté" alors qu'il est un dictateur sanguinaire :

"J'aime aussi beaucoup les éléphants parce qu'ils sont un signe de libération, de liberté et qu'ils bougent librement. L'éléphant a besoin de beaucoup d'espace. C'est comme ça, un éléphant. Et c'est un symbole que vous pouvez voir en Afrique. Il y a beaucoup de territoires où l'éléphant peut se déplacer en liberté. Il peut manger largement sans être dérangé. Et vous le trouvez uniquement en Afrique. Et c'est pourquoi vous trouvez que l'animal sauvage est surtout libre en Afrique. Et... euh... c'est actuellement ce que j'essaie de faire ici en Afrique. La raison pour laquelle je suis très populaire, c'est ma politique dans toute l'Afrique et pour tous les peuples d'Afrique qui exige la liberté pour ses peuples. ils m'ont demandé de dire à leurs chefs politiques de leur accorder la liberté."

Idi Amin Dada montre à l'équipe technique du film le quartier général des crocodiles auxquels il a l'habitude de jeter en pâture ses opposants politiques. Le réseau métaphorique déployé par Idi Amin Dada qui se peint en roi de la jungle, se retourne contre lui : il est à la fois l'éléphant et le crocodile qu'il salue. Deux animaux qui peuvent renvoyer à la force cruelle, aveugle, fanatique et impitoyable, qui écrase tout sur son passage.

La parodie filmique, dans cet extrait, tient donc au montage et au démontage de la parole politique du général Idi Amin Dada. Elle repose aussi sur le décalage entre le fait que le général parle au premier degré et qu'il est filmé au deuxième.

Activités pédagogiques proposées en lien avec les deux séquences Le Dictateur (1940) de Charlie Chaplin et Général Idi Amin Dada, autoportrait (1974) de Barbet Schroeder

Il est particulièrement intéressant d'éveiller des élèves de collège à l'étude de la parodie littéraire en passant par le détour d'exemples filmiques liés à des contextes historiques et esthétiques assez différents et éloignés dans le temps car c'est l'occasion de les inviter à effectuer des rapprochements entre les deux oeuvres : dans Le dictateur, de Chaplin, comme dans Général Idi Amin Dada, autoportrait de Barbet Schroeder, il est question de la parodie d'une figure dictatoriale historique (Hitler, Idi Amin Dada). Certains procédés de la parodie se retrouvent dans les deux extraits filmiques (ironie, (auto)caricature, décalages...) et pourraient être réinvestis par les élèves dans le cadre d'un atelier d'écriture. D'autres pistes pédagogiques sont encore proposées ci-dessous.

  1. Demander aux élèves de décrire la séquence filmique sans utiliser de vocabulaire cinématographique technique (échelles de plan, mouvements de caméra, raccords...).
  2. Partir de leurs réactions, de leur ressenti et de leur questionnement pour construire collectivement une interprétation de la séquence cinématographique.
  3. Demander aux élèves de faire une recherche d'informations concernant la biofilmographie de chaque réalisateur (Charlie Chaplin, Barbet Schroeder) et le contexte historique dans lequel l'oeuvre cinématographique a été réalisée.
  4. Essayer de faire repérer aux élèves les différents procédés de la parodie à l'écran : comiques (mot, situation, caractère, geste..) ; quiproquo ; humour de l'absurde ; burlesque (gags visuels) ; ironie (jeux de contrepoint et de décalage entre les propos tenus par le personnage et l'image, entre l'image et le son, entre le son et la source sonore...).
  5. Inviter les élèves à faire des rapprochements entre les deux séquences proposées : Le Dictateur (1940) de Chaplin et Général Idi Amin Dada, autoportrait (1974) de Barbet Schroeder.
  6. Comparez la séquence de discours d'Hynkel et la séquence finale de plaidoyer humaniste du Dictateur de Chaplin.
  7. Inciter les élèves à tisser des liens entre les deux extraits projetés et d'autres films : Les temps modernes (1936) de Chaplin, Mon Oncle (1958) de Jacques Tati ou encore les films de propagande de Leni Riefensthal pour l'extrait du Dictateur par exemple.
  8. Partir de la lecture et de l'analyse des procédés cinématographiques de la parodie pour lancer un atelier d'écriture avec les élèves : "écrire à la manière de..." (pastiche d'un extrait filmique parodique). Plusieurs pistes de travail sont possibles : partir du personnage, de ses propos, mimiques, gestes, des thèmes abordés. Écrire la parodie d'une figure dictatoriale.

Conclusion

Ainsi, nous avons pu remarquer que le détour pédagogique par la lecture des films (Le dictateur de Chaplin et Général Idi Amin Dada, autoportrait de Barbet Schroeder) permettent d'éveiller les élèves à la compréhension de la parodie. Comme nous l'avons vu dans les deux extraits cinématographiques étudiés, la parodie est un procédé stylistique qui consiste en une imitation (soit du fond, soit de la forme) dans une intention critique et moqueuse : Chaplin singeant les expressions et les gestes d'Hitler ; Idi Amin Dada s'autoparodiant et se mettant en scène comme le roi des animaux.

À ce titre, la parodie, qu'elle soit filmique ou littéraire, utilise les ressorts de l'humour (quiproquos, surprise, gags burlesques et visuels, comiques de mots, de geste, de situation, de caractère, de moeurs) mais, à la différence de celui-ci qui est convivial, la parodie se fait toujours aux dépens d'une institution, d'une idée ou d'une personne. Elle revêt aussi une dimension ironique (jeux de contrepoint et de décalage entre les propos tenus par le personnage et l'image, entre l'image et le son, entre le son et la source sonore...), satirique (caricature : grossissement des défauts physiques ou moraux) et critique.

Discours du Général Idi Amin Dada dans l'extrait étudié (de 13m10' à 19m34') de "Général Idi Amin Dada, autoportrait" de Barbet Schroeder (1974)

[Amin] Vous voyez, le lion, si vous ne le dérangez pas, il ne peut pas vous faire de mal. J'aime aussi beaucoup les éléphants parce qu'ils sont un signe de libération, de liberté et qu'ils bougent librement. L'éléphant a besoin de beaucoup d'espace. C'est comme ça, un éléphant. Et c'est un symbole que vous pouvez voir en Afrique. Il y a beaucoup de territoires où l'éléphant peut se déplacer en liberté. Il peut manger largement sans être dérangé. Et vous le trouvez uniquement en Afrique. Et c'est pourquoi vous trouvez que l'animal sauvage est surtout libre en Afrique. Et... euh... c'est actuellement ce que j'essaie de faire ici en Afrique. La raison pour laquelle je suis très populaire, c'est ma politique dans toute l'Afrique et pour tous les peuples d'Afrique qui exige la liberté pour ses peuples. Ils m'ont demandé de dire à leurs chefs politiques de leur accorder la liberté. Et c'est la même politique que j'ai menée ici en Ouganda... Parce qu'ici, j'ai donné une indépendance économique totale au peuple d'Ouganda.

[Un homme] Combien de crocodiles y-a-t-il ici ?

[Amin] Beaucoup, oui. Et c'est un très bon endroit pour les crocodiles. C'est le quartier général du crocodile, comme vous le voyez. Vous voyez comme il court très vite. Je pense que ce doit être le capitaine des crocodiles. Oui. Il me comprend maintenant. Il bouge. [Amin tape dans ses mains]. Il est très grand. Oui. Oui, très bien. Oui. Et nous sommes en train de nous diriger vers le quartier général des crocodiles où l'on trouve beaucoup d'oeufs et ils produisent beaucoup de petits.

Nous y allons maintenant et c'est un endroit très attractif. Et vous pouvez voir ici des centaines de crocodiles. Il y a des milliers d'hippopotames, vous voyez ? Des pintades là sur leur dos. Vous voyez ? Des pintades. Et cet éléphant est vraiment grand. Vous voyez ? Et ici, c'est un endroit où vous pouvez trouver plus de crocodiles que n'importe où au monde. À cet endroit. [Il salue l'éléphant.]

[Il parle swahili.] Nous disons, "comment allez-vous ?". Il rit. Très bien. Il mange. Il rit. Il me salue aussi. Et même ce crocodile est en train de nous regarder.

"Est-ce que je peux te demander de bouger ? Euh... On veut vraiment voir ça."

[Il parle swahili.]

[Amin] Vous voulez que je lui demande de bouger?

[Une femme] Oui.

[Amin] [Il tape dans ses mains.] He ! Vous voyez, il ouvre sa bouche pour que les fourmis rentrent dans sa bouche et qu'il puisse les manger. C'est pour cette raison qu'il ne veut pas être dérangé. Il dort. Et la plupart d'entre eux couvent leurs oeufs à cet endroit. En bas.

[Une homme] Vous étiez en train de nous dire que vous pensiez que le Nil est un lien entre votre pays, le Soudan et l'Égypte. Mais pendant des siècles, il a été un enjeu de conflit entre les populations arabes et africaines. Qu'en pensez-vous ?

[Amin] Oui, il l'a été parce que les leaders politiques arabes avant n'étaient pas des leaders révolutionnaires. Mais aujourd'hui, alors que je suis leader révolutionnaire, je veux rassembler les mondes arabe et africain, ainsi qu'asiatique et européen. Et, ainsi, nous, leaders révolutionnaires, nous voulons être gentils avec tous les peuples pacifiques du monde entier. Et c'est vraiment très apprécié par la plupart des leaders révolutionnaires arabes. C'est pourquoi vous trouvez aujourd'hui plus d'unité entre Africains et Arabes qu'auparavant, particulièrement pendant mon séjour au Moyen Orient. J'ai rendu visite à beaucoup de pays et je les ai rassemblés en une seule famille. Vous voyez ? L'éléphant est entraîné par l'eau. Je pense qu'il ne peut pas sortir. [Il rit.] C'est une très belle image que vous pouvez faire. C'est la plus belle partie du continent africain qu'on a l'habitude d'appeler les chutes de Madison mais maintenant on les appelle les chutes du parc national Kabalega. Ce sont elles et c'est une attraction touristique.


(1) L'utilisation des photogrammes issus des films Le Dictateur (1940), Les Temps modernes (1936) de Charlie Chaplin, Mon oncle (1958) de Jacques Tati et Général Idi Amin Dada : autoportrait (1974) de Barbet Schroeder présents dans cet article est régie par l'article L. 235.1 du code de la propriété intellectuelle. Elle est gratuite et se fait dans un cadre pédagogique.

Lire au collège, n°95 (02/2014)

Lire au collège - La parodie au cinéma