Dossier - "Grandir avec les médias"

Festimaj, festival nomade, offre un tour du monde aux films réalisés par les jeunes de 4 à 30 ans

Gilles Lemounaud, cinéaste, et Anne-Claude Lumet, scénariste, co-fondateurs de Festimaj.

@rtiste films, association 1901 créée en 1985 par Gilles Lemounaud cinéaste, s'est toujours attachée à la création audiovisuelle sous toutes ses formes et en particulier à la formation des jeunes. @rtiste produit et réalise de nombreux programmes et projets, films courts-métrages, documentaires, missions d'expertise, animation de master-classes et d'ateliers en direction des jeunes mais aussi des enseignants et des professionnels en devenir.
@rtiste produit maintenant depuis 10 ans Festimaj, le festival international de films d'écoles, qui se déroule sur les 5 continents.

Le rôle d'un cinéaste

Un cinéaste est avant tout un artiste et un citoyen engagé. Pour nous, cet art doit être engagé, sinon c'est du divertissement. Nous essayons aussi de réfléchir à ce que sera l'audiovisuel dans les prochaines années. Nous refusons d'accepter le principe que la télécratie et les médias essaient de nous inculquer : l'uniformisation d'un paysage audiovisuel au titre du conformisme et du consumérisme. L'image est un vecteur trop important pour cela. On peut faire le parallèle entre l'invention de l'imprimerie en 1450 par Gutenberg ayant permis l'avènement de la Renaissance en Europe et l'audiovisuel permettant de véhiculer des messages de solidarité et de tolérance.

Nous avons choisi de faire partager notre expérience professionnelle à des jeunes car nous considérons qu'aujourd'hui il est aussi important de connaître le langage des images et tout ce que cela implique que de savoir lire et écrire.

Festimaj, festival international de films d'écoles

Le nom Festimaj a été trouvé en 2003 par les collégiens de Meyzieu, lieu où a été créé le festival. Il est la contraction de festival, image et Majolan (habitant de Meyzieu).

La création de ce festival en 2004 est partie d'un constat très simple : les films fabriqués dans les ateliers dépassaient rarement la barrière de l'établissement ou du lieu dans lequel ils avaient été créés. Un film qui n'est pas vu par le public n'a aucun sens, il perd sa fonction première : véhiculer du sens, des émotions, etc. L'idée de ce festival a été de montrer ces réalisations à un large public.

Quand des élèves font un film, ils affinent leur regard critique. C'est une bonne chose car, plus le niveau d'exigence augmente, plus on touche à la création, plus on aiguise ses émotions et plus on est apte à les communiquer. C'est également la raison pour laquelle nous avons créé en 2009 Festimaj, le plus grand cinéma du monde francophone.

Un festival clé en main

Il permet à toutes les institutions (centres culturels, cinémas, écoles, instituts français...) qui en font la demande, de recevoir les films sélectionnés et de les diffuser pendant le mois du festival. Les co-organisateurs programment l'événement comme ils le souhaitent (diffusion d'une ou plusieurs catégories, cérémonie d'ouverture, de clôture, ateliers cinéma...). Les spectateurs votent pour les films présentés au jury du festival le jour de la clôture. Le jury du festival est composé de professionnels de l'audiovisuel, d'artistes, de professionnels de l'éducation et de jeunes.

Plus qu'une compétition internationale, Festimaj permet à ces jeunes du monde entier d'avoir accès à d'autres cultures et au cinéma (notamment pour de nombreux pays du continent africain), de les sensibiliser à cet art ainsi qu'à différents sujets sociétaux : exclusion, analphabétisme, écologie, solidarité, tolérance...

Festimaj offre ainsi aux films et aux spectateurs un véritable tour du monde à travers les yeux des jeunes et est pour beaucoup, l'occasion de voir des films ailleurs qu'à la télévision. Avec Festimaj, les enfants et les jeunes ont le sentiment de voir ces films "comme au cinéma", ce qui leur donne une dimension beaucoup plus importante. Certains ont découvert, grâce à ce festival, ce qu'est un court-métrage de cinéma.

Les films font ainsi le tour du monde. Une des conséquences a été que la qualité des films s'est notoirement améliorée. Car si la presse titre chaque année Festimaj, le festival de Cannes des jeunes, c'est aussi que Festimaj est devenu le rendez-vous privilégié de la jeune création et souvent les fidèles ayant vu les réalisations des années précédentes ont le souhait de se dépasser. Il arrive de voir par exemple, sur les films de collège, les adolescents grandir sur quatre ans, ou de retrouver quelques années plus tard des étudiants présentant un film de manière indépendante nous dire : "j'ai participé à la réalisation de tel film en telle année".

Le monde aujourd'hui est dominé par l'image et les médias. Il est donc important de donner aux jeunes générations les clés pour décrypter et produire ces images et en faire des citoyens avertis et responsables. C'est ce que nous proposons dans le cadre des ateliers qui sont détaillés plus loin. De plus, dans un monde où les rapports humains deviennent de plus en plus virtuels, il est nécessaire de recréer du lien et des échanges. Il est important d'instaurer de nouveaux dialogues en donnant aux jeunes générations les outils et les bagages pour créer des passerelles entre les peuples. Développer des espaces de dialogues interculturels et des oeuvres présentant les diversités des cultures et des traditions.

Aujourd'hui, la culture est trop souvent considérée comme mineure alors qu'elle est un facteur de développement. Il est donc urgent de former les jeunes aux bouleversements technologiques qui s'opèrent depuis deux décennies.

Plus que des films d'écoles, ce sont des témoignages qui participent à l'éducation à l'image et à la citoyenneté.

Qui peut inscrire des films ?

Le festival est ouvert à tous les jeunes créateurs de 4 à 30 ans. Les films proviennent d'ateliers cinéma en milieu scolaire ou associatif, d'écoles de cinéma, ou sont réalisés par de jeunes réalisateurs indépendants.

Les objectifs

  • Réunir ces films venus d'horizons très divers dans une même compétition et leur faire faire un tour du monde afin de les présenter au plus large public possible.
  • Animer en France et à l'international des ateliers de réalisation et d'éducation à l'image à destination des enfants, des jeunes, des jeunes artistes, des professeurs ou des acteurs engagés dans la réflexion autour de l'éducation à l'image.
  • Favoriser des rencontres et des échanges entre les jeunes de différents pays, régions et cultures francophones.
  • Contribuer au développement d'actions culturelles et artistiques.
  • Organiser colloques et conférences autour de l'éducation artistique, l'éducation à l'image.

Texte associé : Annexe - "Festimaj"

Les interventions en milieu scolaire

Dans nos ateliers, les élèves ne sont pas considérés comme des machines à apprendre. Ce sont des collaborateurs au sein d'une même équipe. Ils nous apportent autant que nous leur apportons. Nous définissons un objectif commun, un film par exemple, et nous essayons de nous y tenir. Notre relation n'est pas "professeur-élèves" avec eux, c'est une des clefs de la réussite des projets que nous avons menés depuis le début de ces actions en 1991.

Alors évidemment, nous sommes exigeants. L'exigence est le moteur de la création. Le reste ne compte que pour très peu dans une création. Il ne s'agit pas de croire que c'est l'outil qui fait le maçon, mais de produire un objet qui va véhiculer du sens. La culture en général est un créateur de sens, nous en avons consciemment ou inconsciemment besoin. Sans culture, pas d'intelligence, pas de sensibilité, pas d'émotion, un peuple sans culture est un peuple qui meurt.

Les ateliers et master-classes

Approche et méthodologie

Pour les actions artistiques que nous menons et les expertises que nous conduisons en France et à l'international, notre approche se fait toujours en fonction des groupes, des pays et des cultures. Il ne s'agit pas de calquer un modèle, nous travaillons et créons en fonction des identités qui constituent les groupes, des préoccupations, des désirs et des besoins de chacun. Nous devons être à l'écoute, observer et comprendre la philosophie de chacun ainsi que l'approche, les lacunes, les désirs d'apprendre des groupes avec lesquels nous menons un projet artistique.

Nous sommes des fédérateurs, et en quelque sorte, les révélateurs des talents et des envies qui sommeillent en chacun des participants. Notre ligne de conduite est artistique, nous ne faisons aucune concession sur ce point, et ce malgré les conditions parfois compliquées dans lesquelles nous nous trouvons dans certains pays. Nos capacités à nous adapter à toutes situations, à résoudre rapidement les problèmes techniques ou les obstacles que nous pouvons rencontrer font partie de nos atouts.

  • Le choix d'un partenaire et d'une zone d'intervention nous est dicté par plusieurs facteurs.
    Notre réseau de contributeurs s'élargit de jour en jour, et les partenaires potentiels que nous choisissons viennent pour la plupart de ces réseaux qui fonctionnent souvent par le "bouche à oreille". Suite à un premier contact, nous mettons en place une méthodologie selon les besoins et/ou les désirs de ce partenaire.
    Notre expérience sur le terrain nous aide à appréhender la nature des interventions que nous programmons et, selon les cas de figure, nous orientons notre expertise sur des cibles différentes (primaires, collèges, lycées, universités, formation continue...) et, en fonction des dates et lieux déterminés, nous proposons des formules correspondant aux besoins de nos partenaires.
    Tous les projets que nous développons sont de nature différente même si le socle commun reste le cinéma, l'éducation à l'image et l'audiovisuel en général.
  • Conditions mises en place pour assurer un partenariat solide.
    Un partenariat solide est un partenariat fonctionnant dans les deux sens. Nous apprenons autant d'eux qu'ils apprennent de nous, cela facilite la communication (surtout quand elle se fait dans des langues différentes). Ensuite, nous raisonnons en termes d'objectif, de qualité, et non en termes quantitatifs. L'aboutissement de nos projets ne se fait qu'à travers cette philosophie.
  • Déroulement des ateliers.
    Qu'il s'agisse d'APA (atelier de pratique artistique) se déroulant sur le temps scolaire, d'ateliers ou master-classes hors temps scolaire sur une période déterminée à destination d'enfants, d'adolescents, de jeunes amateurs ou professionnels, de professeurs ou encadrants, d'adultes désireux de découvrir les coulisses de la réalisation d'un film, les contenus et approches seront plus ou moins identiques avec des aménagements selon les durées et les publics.

Descriptif type du contenu des ateliers de réalisation

- Première phase : approches théoriques et vocabulaire de base.

Tour d'horizon des différents métiers du cinéma.

Approche technique : historique de la pellicule au numérique, notions du cadre, prises de vue, prises de son, éclairage, réglages caméra, déclinaison des formats numériques.

Vocabulaire de base : plans, cadre, mouvements de caméra, champ et hors champ... illustré par des extraits de films et des exercices pratiques.

Analyse d'extraits de films (en général une heure hebdomadaire sur le 1er trimestre dans le cadre d'un APA).

Il est à noter que sur, par exemple deux heures hebdomadaires de cours, une heure est consacrée à la théorie et une heure à la pratique...

- Deuxième phase : atelier d'écriture et de scénarisation.

Analyse d'un scénario : les règles d'or de l'écriture et de présentation du scénario.

Boîte à idées : différents exercices d'approche de l'écriture pour libérer l'imaginaire et créer "un pot à idées" dans lequel les élèves piochent pour les étapes suivantes.

Synopsis : écriture d'un ou plusieurs synopsis, issus de la première phase d'idéation, choix d'un des synopsis ou un mélange d'idées piochées dans les différents synopsis proposés par les participants.

Scène à scène : découpage de l'histoire en scènes.

Les personnages : carte d'identité des personnages, fonction, évolution, costumes...

Scénario : écriture de la continuité dialoguée.

- Troisième phase : pré-production.

Repérage des lieux de tournage et décors.

Casting.

Découpage technique.

Descriptif technique des scènes : numérotation, identification du décor, des accessoires, des costumes, des personnages...

Rédaction d'un plan de tournage.

- Quatrième phase : tournage.

Répartition des équipes techniques et artistiques.

Répétitions comédiens.

Le film, sous la direction de Gilles Lemounaud, est entièrement tourné par les participants.

- Cinquième phase : post production.

Visionnement des rushs.

Création d'une bande sonore : bruitages, musique, postsynchronisation si besoin.

Création puis visionnement de l'ours.

Montage final.

Présentation publique des films.

- Répartition des ateliers.

Les élèves peuvent être divisés en groupes selon leur domaine de prédilection.

Équipe tournage : approche des techniques de prises de vue, de réalisation et de montage.

Équipe écriture du scénario.

Une fois ces deux phases achevées, les participants se déterminent sur leurs fonctions : jeu, cadre, réalisation, montage, prise de son...

Exemple de deux types d'ateliers

APA

L'atelier de pratique artistique se déroule dans un établissement scolaire. Il s'agit d'un partenariat entre les ministères de l'Éducation et de la Culture. L'intervenant professionnel est rémunéré par la DRAC (direction régionale des affaires culturelles). Le professeur perçoit quant à lui des HSA (heures supplémentaires annuelles) prises en charge par le ministère de l'Éducation nationale. C'est l'établissement qui doit faire la demande d'APA auprès du rectorat, généralement entre les mois d'avril et de juin en fonction des académies.

- Durée de l'atelier.

L'atelier se déroule sur l'année et est normalement de deux heures hebdomadaires prises sur le temps scolaire. En collège il se déroule souvent de 16h à 18h pour ne pas trop impacter les cours, d'autant que les élèves viennent de différentes classes et niveaux. L'artiste fait entre 15h et 30h par an en fonction de l'enveloppe allouée par la DRAC, le professeur poursuit l'atelier toutes les semaines même en l'absence de l'artiste. Pour les temps sur lesquels nous ne sommes pas présents, nous faisons un point toutes les semaines avec le professeur pour suivre l'évolution et donner consignes et conseils pour avancer.

- Déroulement.

Le 1er trimestre est généralement consacré à la première phase décrite ci-dessus. Nous nous attachons à bien équilibrer les deux heures hebdomadaires afin qu'il y ait une heure de théorie et une heure de pratique qui consiste en des jeux pour appliquer les notions théoriques vues dans l'heure précédente et/ou la semaine précédente. En fonction des groupes et des années, on peut aussi ajouter une partie de la deuxième phase sur l'approche du scénario.

Au 2e trimestre, on s'attache à l'analyse puis à l'écriture de scénario, deuxième phase. Idem qu'au 1er trimestre, la deuxième heure est consacrée à la mise en pratique de ce qui a été vu précédemment. Au cours de ce 2e trimestre, on fait beaucoup d'exercices caméra sur de très courts scénarios (environ 1 minute) que les élèves écrivent à partir de consignes données. Cette phase, très importante, permet aux élèves de voir ce qui est réalisable ou non et de se familiariser au passage de l'écrit à la réalisation. En fin de 2e trimestre, on se détermine sur le(s) synopsis et on écrit le squelette du ou des films à réaliser lors du 3e trimestre.

Le 3e trimestre est le temps de la rédaction du ou des scénarios et de la continuité dialoguée. À ce stade, il est possible de séparer les groupes. Le premier à l'écriture et le seconde à la technique et à ce qui est décrit en troisième phase, la pré-production. Puis vient l'heure de la quatrième phase : nous faisons généralement le tournage sur un week-end complet auquel, si besoin, nous ajoutons une journée sur le temps scolaire. Pour la cinquième phase de post production, on visionne ensemble les rushs et on choisit ensemble les prises à conserver. Dans notre cas, par manque de temps, le montage est généralement fait par Gilles Lemounaud, avec un groupe restreint de quatre élèves, les plus déterminés. On visionne ensuite l'ours et nous réalisons le montage final.

Il est à noter que nous aimons travailler en collaboration avec une classe de musique à qui nous communiquons les besoins en bruitages, musique originale, ambiance...

Atelier sur un plein-temps : une, deux, trois ou quatre semaines

À l'attention des professeurs, jeunes artistes, étudiants ou même un groupe d'enfants ou d'adolescents (lors d'une classe verte ou en milieu associatif sur des vacances).

La répartition est globalement la même que pour les APA, mais peut différer en fonction des stagiaires et selon qu'ils ont déjà approché ou non l'écriture et la réalisation. L'avantage de cette formule est que les stagiaires ne sont concentrés que sur l'atelier, on peut donc aller plus loin dans le travail.

Pour les professeurs, la finalité n'est pas la réalisation d'un film mais de leur donner la boîte à outils, les clés et le matériel pédagogiques nécessaires pour l'encadrement d'un atelier.

Selon les filières et les cibles nous pouvons ajouter un module production qui consiste à avoir une approche globale de la production et de la mise en oeuvre de projets culturels.

Pour tous les ateliers, nous pouvons mettre (en fonction des budgets) à la disposition des stagiaires une équipe de professionnels : cinéaste, scénariste, ingénieur du son, directeur photo, monteur, compositeur, comédiens...

Les ateliers, modules et tarifs sont personnalisés et se déclinent en fonction des besoins et objectifs de chaque projet. En général, nous proposons un suivi après la période de stage, et ceux qui le souhaitent nous envoient régulièrement leurs scénarios en cours d'élaboration pour corrections et conseils ou nous demandent notre expertise sur leurs projets.

Quelques réalisations

http://vimeo.com/channels/400387

http://vimeo.com/festimaj/videos/sort:date

Pour conclure

En 2013, Festimaj s'est déroulé dans 22 pays, 60 villes et plus de 100 lieux de diffusions sur un bassin d'environ 500 000 spectateurs.

Festimaj permet de prendre le pouls de la jeunesse du monde, sa vision du présent et de l'avenir. Depuis la création, nous avons dans nos archives plus de 1750 films dont 704 ont été diffusés dans le cadre de la compétition.

Ces films sont des instantanés sur ce que vivent, pensent et ressentent ces jeunes.

Des organismes diffuseurs (instituts français, festivals, ligue de l'enseignement, chaînes de télévision, écoles...) nous demandent régulièrement des films sur des thématiques différentes, d'où l'idée de sauvegarder ce patrimoine en créant une base de données ainsi qu'un catalogue numérique.

Nous parions sur l'avenir et la reconnaissance de ces oeuvres en leur offrant une diffusion internationale. Qu'elles soient maladroites ou professionnelles, sombres ou colorées, dramatiques ou drôles, de fiction, documentaire ou d'animation, ces premières oeuvres sont toujours sincères et un véritable miroir de nos sociétés.

Pour en savoir plus sur le festival : www.festimaj.fr

Pour nous contacter : info@festimaj.fr / 06 30 50 98 28 / 06 85 19 96 90

Lire au collège, n°94 (11/2013)

Lire au collège - Festimaj, festival nomade, offre un tour du monde aux films réalisés par les jeunes de 4 à 30 ans