Dossier - "Entrée en théâtre(s) : répertoire contemporain et jeune public"

Un atelier théâtre au collège : comment ? pourquoi ?

Kareen Lahana, professeure de lettres modernes, collège Jean-Baptiste Vermay (Tournan-en-Brie, 77)

Mon atelier théâtre, et donc cet article, doivent énormément à la formation proposée en stage académique par Chantal Dulibine et Bernard Grosjean, dont j'ai repris beaucoup de principes, idées d'activités, et de mise en scène. Leurs ouvrages (voir bibliographie) sont essentiels sur l'enseignement du théâtre, en classe ou en atelier : je vous les recommande vivement si vous souhaitez approfondir.

Voilà, ça y est, vous êtes décidé(e) : fort(e) de l'expérience et du succès des quelques scènes que vous avez fait jouer en classe, vous avez envie de monter un atelier théâtre et de créer, en compagnie d'un petit groupe d'élèves motivés, votre spectacle. Mais vous avez l'impression de vous lancer dans une entreprise complexe, et, surtout, vous n'êtes pas comédien et vous n'avez pas la possibilité de vous faire aider par un professionnel... À quoi s'attendre lorsque l'on ouvre un atelier théâtre ? Cet article n'a pas l'ambition de vous révéler tout ce qui s'offre à vous, tant les surprises sont nombreuses. Sachez que vous vous embarquez dès à présent dans une aventure culturelle et humaine dont la richesse ne manquera pas de vous étonner...

Préalables

Quel cadre administratif ?

Un atelier théâtre, c'est une heure par semaine de pratique théâtrale proposée à des élèves volontaires, de niveaux différents. Cette heure peut être inscrite dans deux cadres : soit le FSE (Foyer socio-éducatif) soit l'accompagnement éducatif. Votre choix dépendra de la situation de votre établissement, des élèves que vous ciblez, de leurs horaires, et de l'orientation que vous souhaitez donner à votre club. S'agit-il de jouer des scènes d'auteurs reconnus ? D'aider les élèves à perfectionner leur prise de parole et à vaincre leur timidité ? De créer un véritable spectacle dans le cadre d'une activité extra-scolaire ? C'est à vous de voir. Sachez cependant que votre rémunération en dépend, puisque très souvent les activités du FSE sont bénévoles. Renseignez-vous auprès de votre chef d'établissement.

Une expérience théâtrale préalable est-elle indispensable ?

Évidemment, il est préférable d'avoir pratiqué l'art dramatique, même de façon réduite, avant de se lancer, mais ce n'est pas indispensable. Une solution peut être de trouver un stage de pratique théâtrale d'été dans une troupe amateur, afin de se rendre compte par soi-même des enjeux et exigences de la pratique du théâtre.

Ouvrir l'atelier : à qui ?

Pour pratiquer avec profit et éviter les phases d'ennui des élèves lorsque leurs camarades répètent, il est préférable de limiter l'atelier à 10 ou 12 élèves par groupes. Lorsque c'est possible, on veille à ne pas mélanger les niveaux, et on essaie de grouper les 6e-5e avec les 4e-3e, afin de choisir des textes adaptés plus facilement.

La finalité de l'atelier

La question de la représentation finale se pose : que ce soit dans le cadre d'un spectacle de fin d'année, pluridisciplinaire, du collège, ou simplement dans le cadre de l'atelier, il est très important que l'atelier ait une finalité concrète pour motiver les élèves. Une représentation, même devant un public constitué des parents d'élèves et des personnels ou des camarades du collège, est une perspective amusante et gratifiante pour beaucoup de collégiens. Il vaut mieux l'annoncer dès le début de l'atelier, afin que tous prennent conscience qu'ils joueront devant un public, avec ce que cela comporte de prise de risques. Il ne faut pas sous-estimer le trac qui peut s'emparer alors des élèves et même de leur enseignant les jours de représentation ! Plus généralement, les contraintes techniques et temporelles d'une représentation doivent être connues de vous très tôt afin que vous puissiez y adapter votre scénographie. La présence de micro HF, par exemple, si la salle est vaste, est à prendre en considération, tout comme le décor, les accessoires, et la localisation des coulisses ou la possibilité de passer facilement du côté cour au côté jardin.

Le déroulement de l'atelier

Faire ses gammes

Avant de choisir votre production, il est indispensable de bien connaître ses comédiens. Quelques mois sont donc consacrés à l'apprentissage : comme un pianiste fait ses gammes, l'apprenti comédien doit s'entraîner et se livrer à des exercices qui contribueront à faire de lui un comédien et qui vous permettront de mieux connaître les personnalités et les capacités de chacun.

Prendre conscience de son corps

En début d'atelier, lorsque les élèves arrivent du réfectoire ou de la cour, j'aime pratiquer quelques minutes de relaxation avec l'exercice des marionnettes : chacun doit faire semblant d'être une marionnette, et marcher en synchronisant bras et jambes. Lorsque le marionnettiste lâche une ficelle, les marionnettes doivent relâcher différentes parties de leur corps (bras, tête, puis le buste), expirer, avant de se redresser lentement.

Les apprentis comédiens doivent ensuite apprendre à évoluer sur scène et, pour cela, ils doivent prendre conscience que dans cet espace (que vous aurez délimité grâce à un ruban adhésif coloré sur le sol), ils ne se comporteront pas comme dans la vie. De petites activités très réduites comme la traversée de l'espace scénique, le regard accroché à un point précis sur le mur d'en face afin de bien regarder le public, permettront de gommer les réactions de gêne et autres mouvements incontrôlés. Vous pouvez ensuite compliquer l'exercice en leur demandant d'ajouter une expression faciale telle que la joie, la tristesse, la peur, la gourmandise, et de figer cette expression comme s'ils posaient pour une photo. Ensuite, ajouter un geste, un déplacement, l'utilisation d'un accessoire, toujours de façon muette.

Une deuxième phase intéressante sera l'introduction d'exercices d'expression corporelle : vous trouverez énormément d'exemples dans l'ouvrage d'Augusto Boal, Jeux pour acteurs et non-acteurs. J'aime en particulier travailler ceux qui mettent en jeu la démarche. Je me suis inspirée d'un sketch des Monty Python pour créer celui que j'ai baptisé "l'exercice des silly walks" : il s'agit d'inventer et de montrer la démarche la plus stupide possible, celle qui ne sert absolument pas à aller d'un point à un autre. Cet exercice a l'avantage de permettre aux élèves de s'amuser et de se défouler avant de se livrer à d'autres activités plus statiques. On peut aussi travailler l'expressivité de la démarche en demandant aux élèves de marcher comme un enfant, un homme, une femme, la reine d'Angleterre ou un top model (les imitations du défilé de Miss France valent le détour !).

Travailler sa voix comme un instrument

Il est indispensable, avant de commencer à pratiquer, de travailler la prise de parole, afin que le public puisse entendre et comprendre le texte joué. Les exercices d'articulation et de diction sont nombreux, faciles à trouver, et même à inventer. Je conseille de commencer par poser sa voix sur des mots simples ("Oui" pour un monosyllabe, "Marie" pour deux syllabes, "Abricot/brocolis" pour introduire un début de difficulté élocutoire). Poser sa voix, c'est parler suffisamment fort, sans toutefois crier, et cela s'apprend avec un entraînement régulier. Conseillez aux élèves d'exagérer légèrement l'articulation en ouvrant bien la bouche afin que leur voix y résonne, et de poser une main sur la nuque afin d'en sentir toutes les vibrations.

Les exercices d'articulation sont souvent une source d'amusement pour les élèves, mais veillez à bien doser la difficulté et à écourter, dans un premier temps, ceux qui semblent les plus ardus. Au fil des années, j'ai constaté un engouement sans faille autour du très long et acrobatique "L'évadé du Nevada". Au début de chaque séance, même durant celles consacrées aux répétitions, il est bon de se remettre dans le bain en travaillant son articulation et en posant sa voix.

S'initier au jeu théâtral

Une fois que sont posées les bases du travail corporel et du travail vocal, il est temps de passer au travail de l'intonation. Pour ce faire, le dispositif dit du cercle de profération est facile à mettre en pratique et très profitable. Il est recommandé de mettre les comédiens en cercle afin qu'ils puissent se regarder durant l'exercice, et de déterminer un ordre de passage inchangé pour toute la durée de l'exercice. À partir d'un corpus de véritables répliques de théâtre, reproduites sur des bandelettes de papier et tirées au sort par les élèves, on s'entraîne à les proférer en variant le débit (lentement, très vite, en zézayant, en bégayant...), les accents (régionaux ou internationaux, voire sociaux), les attitudes (enrhumé, timide, en pleurant, en éclatant de rire...) et enfin les sentiments. Les plus faciles à exprimer pour des adolescents sont les plus extrêmes, comme la peur ou la colère. On peut ensuite indiquer des sentiments plus subtils comme l'étonnement, l'envie, l'orgueil, l'amour, la mélancolie... Les possibilités sont infinies, et tout l'intérêt de l'exercice, c'est le jeu entre le contraste éventuel ou l'adéquation entre le ton adopté par le comédien et sa réplique, qui provoqueront le rire ou l'émotion et permettront aux élèves de prendre conscience de l'importance de l'intonation, dans le cadre d'un exercice accessible et ludique.

Improviser pour mieux jouer

Les élèves sont toujours impatients d'improviser. Souvent, l'improvisation ou des activités similaires ont été pratiquées par exemple en colonie de vacances. Mais si l'on y songe, tous les jeux des enfants sont par nature des improvisations, avec des sujets de départ, une projection dans l'imaginaire, et une grande liberté. Au sein d'un atelier théâtre, l'improvisation nécessite des règles, un cadre, mais le coeur de l'activité de jeu (et c'est ici que la polysémie du mot est importante) procède du même besoin qui s'enracine dans l'enfance.

Le seul travail préalable consiste à reproduire les sujets des improvisations sur de petits carrés de papier que les élèves tireront au sort.

Voici quelques principes à poser dès la première séance d'improvisation

  • Définir ensemble ce qu'est une improvisation, les qualités nécessaires pour y parvenir et l'utilité de l'exercice. Outre l'amusement et le plaisir, l'improvisation permet un entraînement au jeu qui rend les comédiens plus chevronnés, sans parler des trous de mémoire qu'elle aide à combler sur scène.
  • Définir un temps de concertation après le tirage du sujet (de 30 secondes à 1 minute) puis un temps d'improvisation : 1 minute 30 pour improviser seul ou à deux, 2 minutes pour improviser à trois. Dix secondes avant la fin, prévenir (en chuchotant ou par un bip) que c'est bientôt la fin, et que les comédiens doivent trouver une chute. Cette capacité ne s'acquiert pas d'emblée, les élèves ne sachant pas toujours ce qu'est la chute d'un sketch, il peut être utile de leur en montrer.
  • Prévenir qu'après chaque improvisation, on n'applaudit pas, mais qu'on a le droit de commenter, qu'on ait été sur scène ou dans le public. De la même façon, si quelque chose ne va pas, on n'interrompt pas les comédiens durant leur improvisation.
  • Proposer des sujets ciblés avec des informations que l'on retrouve systématiquement : lieu, époque, nombre de comédiens, doivent précéder le sujet. On peut aussi fabriquer des sujets d'improvisation à partir des suggestions des élèves : les situations de classe ou de cour de récréation fournissent des idées très intéressantes et donnent lieu à des improvisations d'autant plus réussies qu'elles sont proches de l'univers des élèves. La téléréalité, qui se prête facilement à la moquerie et à la critique humoristique, est riche de potentialités comiques en elle-même, et encore davantage quand elle est parodiée par des adolescents pas dupes.
  • Donner la possibilité à un groupe qui n'a pas joué de proposer leur version du sujet donné. Évidemment, le deuxième groupe aura la tâche plus aisée, ayant eu davantage de temps pour réfléchir, mais je n'ai pas observé de désaccord ni de protestation parmi mes jeunes comédiens quand je leur ai donné cette possibilité, bien au contraire.

Voici maintenant un exercice d'improvisation plus élaboré, à proposer en troisième ou quatrième séance d'improvisation, et que j'ai hérité de mes jeunes années de pratique en troupe amateur. Je l'ai rebaptisé "À chacun son problème". On demande à un élève d'improviser seul à partir d'un sujet prévu pour un comédien (c'est l'unique occasion où je les exploite, car pour des amateurs, en milieu collégien, il peut être très gênant d'être seul sur scène). On l'arrête au milieu, parfois en pleine phrase, et il doit rester immobile. Puis on fait entrer un deuxième comédien, selon le même principe, puis un troisième, un quatrième, qui improviseront à tour de rôle chacun sur un sujet différent. Tout le jeu consiste ensuite à faire arrêter puis reprendre chaque comédien à l'endroit exact où il s'était arrêté, chacun à leur tour et pas nécessairement dans le même ordre. Les discours se croisent, se chevauchent, se répondent... Puis tous improvisent ensemble un court moment. On peut aussi demander à chacun de terminer son improvisation par une chute.

La composition du spectacle

Maintenant que vous commencez à connaître vos comédiens, avec leur personnalité, leurs goûts, leurs capacités, l'étape du choix des textes et de la distribution des rôles peut commencer. Je ne ferai pas ici un inventaire exhaustif des titres disponibles sur le marché, je me bornerai à indiquer les différents choix qui ont pu s'offrir à moi et les raisons pour lesquelles j'ai opté pour telle ou telle solution.

La pièce intégrale, ou avec quelques coupures

Les éditions de théâtre jeunesse, telles L'École des Loisirs ou Actes Sud théâtre, regorgent de titres très différents. Certains présentent des scènes très courtes. Pour ma part, j'ai monté Le Jeune prince et la vérité de Jean-Claude Carrière avec un groupe de dix élèves de 6e. Les adaptations de conte de Joël Pommerat sont plus ardues mais d'une grande beauté.

Il est difficile en atelier collégien de monter des pièces intégrales : les comédiens sont inexpérimentés, l'apprentissage par coeur peut poser souci en cas de texte long, et le nombre de rôles correspond rarement au nombre de comédiens, ou alors les rôles ne sont pas équilibrés. En outre, j'ai déjà dû faire répéter des groupes d'élèves à des horaires différents pour des questions d'emplois du temps incompatibles. C'est pourquoi j'ai opté pour une autre solution.

Les "petites formes" ou groupement de scènes

On peut les bâtir à la façon d'un groupement de textes d'une séquence de français : autour d'un auteur ou d'un thème.

Il m'a semblé important de créer une petite histoire "fil rouge" qui fasse le lien entre les différents extraits choisis, à la manière de Yak Rivais qui situe une série de scènes dans le métro parisien. Des extraits bien choisis de Jean-Michel Ribes m'ont permis de monter un spectacle autour d'un personnage d'auteur en mal d'inspiration, visité par une muse armée d'une poêle à frire qui l'assomme : les sketches joués après son évanouissement sont autant de divagations qui lui permettent de trouver l'inspiration. Il se retrouve même au coeur de l'un d'entre eux. Un petit intermède où on voyait la muse le poursuivre tandis qu'il errait sur scène en somnambule permettait au public de comprendre. À son réveil, il retrouve sa pièce écrite, sans qu'il en ait eu conscience, et la muse, de retour, le félicite.

Autour du thème du langage, j'ai groupé deux scènes de Molière (Le Médecin malgré lui et Le Bourgeois gentilhomme), des sketches de Raymond Devos et de Dubillard. Le lien était fait par un de mes jeunes comédiens qui jouait les trouble-fêtes en insistant absolument pour interpréter le monologue d'Hamlet de Shakespeare, et que je rattrapais régulièrement en le sermonnant. Effet garanti, surtout si l'élève en question est du genre pas très discipliné...

On peut aussi unifier un groupement autour d'une époque (les farces et fabliaux du Moyen Âge narrés par de belles dames du temps jadis qui devisent en brodant) ou d'un genre théâtral (avec des élèves de 3e riches de trois ans d'expérience en atelier, j'ai monté des scènes de vaudeville avec l'aide d'une professeure de couture qui a largement contribué au succès du spectacle par la beauté de ses costumes).

D'autres contextes peuvent permettre de donner une unité à un spectacle composé d'extraits : la salle d'attente du médecin, un musée, la devanture d'un magasin, le marché...

Mettre en scène un spectacle de jeunes

Je ne saurais vous parler de façon exhaustive de l'art de la mise en scène, que je n'avais jamais pratiqué avant de me lancer dans un atelier théâtre, et sur lequel je n'avais pratiquement aucune connaissance théorique. En la matière, les nombreuses pièces que j'ai vues me semblent la meilleure source d'inspiration, qu'elles soient le fait de troupes professionnelles ou d'amateurs. Les problèmes rencontrés en atelier obligent également à trouver des subterfuges voire des ruses de Sioux, ce qui est très formateur. Je vous livre quelques principes tirés de mon expérience de metteur en scène. Voici à quoi doit songer un metteur en scène d'atelier théâtre en collège.

  • Posture et visibilité : veiller à ce que les élèves restent toujours bien visibles du public, et régler les déplacements des comédiens en conséquence. Le jour de la représentation générale, marquer les emplacements-clés avec du ruban adhésif coloré, comme au cinéma, peut s'avérer nécessaire.
  • Ne pas jouer de façon statique : un long dialogue, comme celui du Gora de Courteline, ne doit pas être monotone ni lassant et, pour qu'il semble naturel, nous avons décidé que Bobéchotte passerait le balai, tandis que son mari, Gustave, parcourt son journal, le plie, le déplie, vient tenir la pelle de sa femme afin de l'aider, se sert à boire...
  • Être à l'écoute des idées des élèves me semble essentiel. C'est en les observant en train de jouer ou en demandant leur avis aux autres que nous avons trouvé nos plus belles idées de déplacements, gestes et expression.
  • Trouver des dispositifs pour faciliter l'accès aux textes plus difficiles : par exemple, démultiplier le rôle du maître de philosophie du Bourgeois gentilhomme en habillant les comédiennes de la même façon, permet d'obtenir un monsieur Jourdain cerné par des maîtres envahissants enseignant chacun la prononciation d'une lettre. Ainsi, on révèle un aspect intéressant de la pièce de Molière tout en divisant la charge de texte et en donnant un rôle à plusieurs comédiens. Le même procédé peut être appliqué au médecin du Médecin malgré lui qui devient un groupe de médecins se disputant l'attention de Géronte et examinant Lucinde à tour de rôle.

Les effets sur les élèves et le groupe

Des effets attendus...

Avant de commencer, je trouve important de discuter ensemble des raisons pour lesquelles les élèves viennent à l'atelier. Lors de la prise de contact de la première séance, chacun se présente et expose les raisons de sa venue et ce qu'il attend de l'atelier. Le plus souvent, c'est l'expérience du théâtre en classe qui a incité les élèves à venir. Parfois, les timides viennent chercher une occasion de sortir de leur coquille, ou les turbulents veulent apprendre à se canaliser. J'ai souvent constaté que sur scène, les élèves avaient la possibilité de montrer d'autres facettes de leurs personnalités (des collègues ayant assisté aux représentations ont pu changer de regard sur certains élèves), d'évoluer au sein même du collège dans un rapport différent à l'adulte, et même au texte littéraire puisqu'ils ont eu l'occasion de l'interpréter. Enfin, une vraie cohésion de groupe se développe par la pratique théâtrale : ce travail artistique apprend aux adolescents à s'unir au sein d'un projet collectif de façon constructive, expérience aussi riche qu'utile pour leur future vie d'adulte. Le partage inhérent à la pratique théâtrale forge une complicité très particulière entre les comédiens. Et surtout, quelle fierté une fois le spectacle joué et le résultat final visible ! Les moments passés sur scène sont inoubliables. J'ai parfois croisé dans la rue, quelques années plus tard, des membres de l'atelier devenus grands et, spontanément, ceux-ci témoignent d'effets durables et importants : éprouver de la fierté, retrouver l'estime de soi, mieux se connaître et se découvrir des capacités insoupçonnées, quand on traverse l'adolescence et ses doutes, peut être d'un grand secours.

...et d'autres, inattendus !

L'atelier théâtre a d'autres effets plus surprenants chez l'enseignant qui décide de s'y investir ! Outre le bénéfice indéniable de moments de fous rires inénarrables au coeur d'une semaine chargée, le professeur peut faire l'expérience d'un autre rapport avec l'élève, un lien enrichissant, dans un contexte plus détendu, sans aucun inconvénient ni aucune retombée négative (au contraire) s'il se trouve que l'élève fait partie d'une de ses classes. Mettre en scène développe les qualités créatives, pousse à chercher ailleurs, à faire preuve d'ingéniosité... Autant de qualités que vous possédez déjà, puisque vous enseignez !

Alors... prêts à vous lancer ?

Bibliographie

    Ouvrages théoriques

  • A. Boal, Jeux pour acteurs et non-acteurs. Pratique du théâtre de l'opprimé, La Découverte, 2004.
  • C. Dulibine et B. Grosjean, Coups de théâtre en classe entière, "Argos démarches", CRDP de Créteil, 2004.
  • B. Grosjean, Dramaturgies de l'atelier-théâtre. De la mise en jeu à la représentation, Lansman Éditeur, 2009.
  • Oeuvres théâtrales mentionnées dans l'article

  • J.-C. Carrière, Le Jeune prince et la vérité, Actes Sud, 2006.
  • G. Courteline, Le Gora, 1912.
  • J. Pommerat et M. Leray, Le Petit Chaperon rouge, Heyoka Jeunesse-Actes Sud Papiers, 2005.
  • Y. Rivais, Le Métro mé pas trop, L'École des Loisirs, 2000.
  • J.-M. Ribes, Monologues, bilogues, trilogues, Actes Sud Babel, 1997.
  • Sitographie

  • http://www.dramaction.qc.ca/fr/
  • http://www.articuler.com/exercices/index.html

Lire au collège, n°93 (05/2013)

Lire au collège - Un atelier théâtre au collège : comment ? pourquoi ?