Addendum au n°89

La "lettrure" au regard des médias informatisés

Emmanuël Souchier, GRIPIC (EA 1498), Celsa - Université Paris-Sorbonne (75)

"Le choix des mots consiste en optio et electio.
L'écrivain est celui qui choisit son langage
et n'en est pas dominé."
Pascal Quignard1

Voici un mot - la lettrure -, dont on ne sait réellement s'il évoque la lecture ou l'écriture.

Ne semble-t-il pas voué à une éternelle hésitation, valsant entre ces deux pôles, entre ces deux activités que l'on a pourtant si clairement identifiées au cours des siècles d'alphabétisation et de pratique pédagogique dont nous sommes héritiers ? Alors, lecture ou écriture ? Difficile de partager. Voyez les variations orthographiques dont il s'affublait autrefois, ne viennent-elles pas confirmer cet inquiétant embarras ? Dans les textes du XIIe et du XIIIe siècles, on le rencontrait sous des travestissements graphiques aussi divers qu'hétéroclites, ainsi de letrure ou letreure, de lectreure ou bien encore de lestreure, par exemple2.

Il est vrai que s'arrêter à cet argument serait lui faire un bien vilain procès ; à l'époque, les "maîtres de l'orthographe"3 n'avaient pas encore figé les règles que l'État devait reprendre à son compte au cours du XIXe siècle au point d'en faire les "cadres instituants" d'une implacable rigueur sociale4.

Alors, pourquoi donc, à l'aube du XXIe siècle, revenir à ce vocable étrange tombé en désuétude et qui nous vient de la culture médiévale alors même qu'on lui a préféré d'autres mots ayant prétention à couvrir son espace sémantique, comme le terme d'alphabétisation venu traduire l'anglo-saxon literacy ?

Maud Sissung, traductrice de l'ouvrage d'Ivan Illich et Barry Sanders, ABC : l'alphabétisation de l'esprit populaire, explique fort à propos que "la langue française ne possède pas d'équivalent du mot anglais literacy, qui désigne la capacité de lire et d'écrire". Elle ajoute toutefois que "le français a possédé un mot pour désigner" cette habileté - ou cet "art" - et précise que ce terme n'était autre que le fameux "lettrure" doté de ses innombrables variations graphiques.

Plusieurs raisons m'invitent à retenir ce terme tombé en oubli. La première est d'ordre poétique. Elle a des implications théoriques et des résonances politiques. La signification culturelle du mot lettrure, ses connotations et l'hésitation sémantique que je feignais d'y lire à l'instant me le font préférer à tout autre en ce qu'il convoque, dans cette pseudo hésitation, l'activité duelle et conjointe de lecture et d'écriture. Or cette activité me permet précisément de rendre compte des pratiques analysées autour des médias informatisés. Et c'est de cela dont je parlerai tout d'abord de façon très synthétique.

Nous avons montré, depuis un certain temps déjà, que les médias informatisés sont des dispositifs techniques d'écriture et de lecture5. Du micro ordinateur au téléphone portable en passant par les consoles de jeu, on accède en effet à ces dispositifs à travers une activité de lecture (lecture des écrans, des claviers ou des objets eux-mêmes) doublée d'une activité d'écriture qui n'a rien de l'image d'Épinal de l'enfant à la plume penché sur sa feuille de papier. Nos pratiques d'écriture contemporaines se sont adaptées aux médias qui configurent nos modes de communication. Composer un code d'accès sur le pupitre d'un distributeur automatique de billets ou le numéro d'un ami sur le clavier d'un téléphone portable, choisir un signet sur le menu déroulant d'un navigateur Internet ou glisser le doigt sur un écran de smartphone pour faire défiler une liste d'icônes... sont autant de pratiques qui illustrent la richesse des gestes propres à l'écriture contemporaine.

Deux caractéristiques essentielles résument notre usage des médias informatisés qui inondent le marché grand public. Lorsque je mets en route et que j'utilise un ordinateur, j'agis par le truchement d'un instrument d'écriture, le clavier. Parallèlement, mon action se traduit, s'interprète et se lit sur un espace dédié, l'écran. Ces deux outils symbolisent l'ensemble des activités que j'entretiendrai avec le dispositif technique. J'écris sur un clavier et je lis sur un écran. En réalité, mon activité est un peu plus complexe attendu que je me situe en permanence dans une configuration duale d'écriture-lecture.

Lorsque j'écris sur mon clavier, je suis plongé dans une activité de lecture. J'en lis effectivement les touches aussi bien que les signes connexes, comme je lis les instructions à l'écran. Une activité qui ne relève pas uniquement du mode opératoire. Quand bien même je ne chercherais qu'à mettre en oeuvre une pratique permise par le dispositif technique, j'intègrerais alors, fût-ce inconsciemment, la configuration complexe de sa textualité. Mon activité d'écriture, qui peut éventuellement n'être qu'une activité opératoire de commande, est en permanence corrélée à une activité de lecture qui la fonde et la rend possible. Et j'oublie ici volontairement d'évoquer dans mon rapport à la lecture tous les supports, médias et objets connexes qui environnent en permanence mon poste de travail et en définissent le contexte direct.

Voici pour le premier niveau d'écriture qui permet l'accès opératoire des dispositifs de communication numériques. Mais l'écriture et le texte sont également placés au coeur des ordinateurs configurés à partir du code, des langages informatiques et des logiciels. Ces outils singuliers, que nous avons appelé les architextes (du grec archè, origine et commandement en ce qu'ils sont placés à l'origine et au commandement des opérations du texte à l'écran), permettent l'effectuation de toute activité médiée par un dispositif informatisé6.

La configuration de ces dispositifs est élaborée à partir d'une gradation de pratiques d'écritures d'une grande richesse qui va du code informatique à l'écrit d'écran en passant par les divers langages informatiques. Autant de strates qui font le lien entre le technique et le sémiotique, c'est-à-dire qui permettent l'articulation entre la dimension matérielle des dispositifs et les langages symboliques dédiés à la communication. En d'autres termes, l'ensemble de ces pratiques d'écriture établit un lien entre l'homme et la machine, la machine et l'homme.

Les couches matérielles et techniques qui constituent tout objet numérique ne sont pas directement lisibles par l'homme. Il a donc recours à des procédures qui lui permettent d'agir sur la machine et de donner du sens à son action. Toutes ces procédures relèvent de la textualité (codes, langages informatiques...). Si donc l'écriture se voit instrumentalisée au profit des dispositifs techniques, dans un mouvement inverse, elle permet à l'homme d'accéder à la machine. L'écriture et la lecture sont donc tiraillées entre l'opérativité et le symbolique.

On notera enfin que si les architextes commandent l'exécution et la réalisation du texte à l'écran, ils présentent également la particularité de textualiser la pratique sociale. Toute activité informatisée, toute pratique sociale médiée par un dispositif technique numérique, sont fatalement passées au crible de la textualisation qui les constitue. La relation que les médias informatisés entretiennent avec le texte est donc à la fois instrumentale et instrumentalisante. Et c'est dans ce contexte que s'inscrivent nos pratiques de lecture et d'écriture, autrement dit de lettrure.

"... on est devenu très fort depuis qu'on sait que tout le langage ment."

Pierre Michon7

Si le choix qui m'invite à retenir ce terme tombé en oubli est d'ordre théorique - en ce que le mot lettrure renvoie à une activité double d'écriture et de lecture -, il est également politique en ce qu'il s'appuie sur une pratique poétique de la langue vernaculaire, de la langue de tous les jours.

Lorsque j'emploie le terme lettrure, qui appartient au champ sémantique fort riche de la lettre, de la lecture et de l'écriture - ne serait-ce que d'un point de vue prosodique, le mot contenant la lecture aussi bien que l'écriture -, je participe de l'espace francophone auquel il appartient aussi bien que de l'univers symbolique et culturel auquel il me renvoie. À travers l'usage de ce terme, j'entre donc dans des champs de signification qui vont enrichir ma compréhension des pratiques, des dispositifs ou des situations qu'il va accompagner, commenter ou bien désigner. Au fond, par le truchement de ce mot, j'accède à toute "l'épaisseur" de la culture liée à l'univers qu'il convoque. Ce faisant, je participe pleinement de l'élaboration de la langue dans la culture et de son incessante métamorphose.

La pratique opératoire d'un objet ou d'un dispositif technique n'est jamais décorrélée de la langue non plus que de la compréhension et de l'usage symboliques que l'on en a. Les langages, les dispositifs aussi bien que les pratiques, sont eux-mêmes toujours déjà situés en culture et en histoire. Lorsque je parle d'un ordinateur, j'entre dans le registre de l'ordre, de la mise en ordre. Lorsque j'emploie le terme de computer, c'est au calcul, au comput, que je me voue. La conception que je me fais alors du même dispositif est nécessairement distincte.

La remarque vaut pour le processus. Lorsque je parle de numératie, j'entre dans la culture numérique, l'univers du nombre ou de la numération. Si je propose la lettrure, c'est dans la culture de la lecture et de l'écriture que je me situe.

Mais la relation que l'on entretient aux objets est un peu plus complexe attendu qu'ils sont eux-mêmes dotés de signification. Si "l'objet se présente toujours à nous comme utile, fonctionnel", écrit Barthes, "en réalité, la fonction supporte toujours un sens". Et Barthes d'ajouter que "nous croyons être dans un monde pratique d'usages, de fonctions, de domestication totale de l'objet, et en réalité nous sommes aussi, par les objets, dans un monde du sens, des raisons, des alibis : la fonction donne naissance au signe, mais ce signe est reconverti dans le spectacle d'une fonction"8. Ce que Barthes ne précise pas en revanche, c'est que la "fonction signe" de l'objet est nécessairement éclairée par la langue et, de façon plus privilégiée, par les termes qui le définissent ou l'accompagnent.

Ma remarque portant sur la juste dénomination d'un terme adapté à un être ou un objet, une pratique ou une action n'a rien de bien nouveau. Ainsi, dans le Didascalicon, cet Art de lire qui fut la première encyclopédie moderne ayant accompagné la Renaissance du XIIe siècle, Hugues de Saint-Victor soulignait déjà "qu'on ne peut atteindre sans contrainte la nature des choses dont on ignore le nom"9. Or ce "nom" de lettrure10 nous engage précisément sur les voies de la compréhension du phénomène auquel nous cherchons à accéder lorsque nous définissons les médias informatisés comme des machines de lecture et d'écriture.

Au-delà ou en deçà de l'usage d'un idiome, lorsque j'utilise un dispositif technique ancré dans le quotidien - un micro ordinateur ou un téléphone portable, par exemple -, je m'inscris pleinement dans l'épaisseur historique et symbolique, culturelle et technique de notre société, participant par là même de sa mythologie11. Ma pratique de l'objet entre alors en résonance avec mon usage de la langue ; les deux coélaborent l'intelligence que j'ai de la situation. Et cette "co-élaboration" ne relève pas uniquement du linguistique, attendu que tout n'est pas dit - n'est pas même dicible - au regard des seuls mots de la langue.

La pratique tactile, physique ou expérientielle que j'ai d'un dispositif, par exemple, forge la compréhension que j'en ai. Et cela se fait à travers la "mémoire" acquise grâce à ces innombrables répétitions quotidiennes, souvent inconscientes, qui n'ont pas forcément nécessité l'usage de la langue. En revanche, ma compréhension du dispositif dans l'espace social s'accompagne toujours d'un imaginaire forgé de la langue. Pour échanger à son propos, je suis fatalement mené à le dire ou à l'écrire. Si je ne suis pas uniquement un être de langage, je suis en revanche fatalement plongé dans la langue. Pascal Quignard a une formule plus radicale pour exprimer l'indéfectible relation que nous entretenons avec elle : "Nous pouvons sortir de la langue. Quand nous mourrons."12.

Du mode d'emploi à la mythologie publicitaire, en passant par le traité théorique, il n'est pas d'objet qui dans notre société ne soit accompagné de son discours d'escorte et plus fondamentalement de sa "textualisation"13. Il n'y a donc pas d'objet ou "d'outil sans langage"14. Mieux encore, que ce soit à travers le vocabulaire qui le désigne ou la textualité qui l'accompagne, l'objet entre en usage dans la langue.

On comprend ainsi un peu mieux l'importance qu'il convient d'accorder à la relation qu'entretiennent ces deux versants sémiotique et matériel d'une même réalité : l'objet en tant qu'il est pratiqué dans le corps social des langages. Objet et langages offrent bien deux faces distinctes d'une même réalité et non le reflet d'une image renvoyée par un miroir.

La langue "est un bout de réel dans le réel, plus qu'un double" (Pascal Quignard15).

La langue et l'objet ne peuvent être à l'image l'un de l'autre, ils ne sont pas de même nature. En revanche, ils appartiennent bien tous deux au réel. En deçà des langages, ils se lient et se tressent à travers l'usage et forment une unité "composite" dans l'espace social. Or dans la culture, c'est bien cet ensemble "composite" qui est objet de signification.

Appréhender l'objet pratiqué en la langue, c'est au fond tenter de cerner "un bout de réel dans le réel" à travers la complexité d'une formation "composite" pour reprendre l'expression de Joëlle Le Marec. Les "composites" sont ces "configurations dynamiques, hétérogènes [...] qui constituent des unités de savoir"16. Autrement dit, des formations signifiantes composées de réalités de nature distinctes : signes, objets aussi bien que pratiques. Un objet technique placé au coeur de son "appareillage linguistique" et mis en oeuvre dans le social, par exemple, nous offre une "unité de savoir" susceptible d'être interprétée.

Si je reviens au terme de "lettrure", dans le contexte historique et néolibéral actuel, dans l'espace linguistique et marchand dans lequel nous vivons, il me faut tenir compte du fait que la pratique de notre langue peut aussi relever de l'acte politique. Faire son jardin ou parler le français sont aujourd'hui des actes de résistance. À l'origine banales - voire vitales -, ces activités sont paradoxalement devenues des actes qui s'opposent à l'ordre économique contemporain.

L'usage d'un terme banal, inscrit dans la culture francophone, peut en effet se heurter à la mode ou à l'autocensure "politiquement correcte" qui a intégré les strates "infra-ordinaires" de nos consciences. Nous jouons ici sur des questions de "valeurs". Nous ne sommes pas dans le domaine de la raison, mais dans celui de l'opinion. Un tel mouvement se traduit notamment dans le fait d'accorder une valeur privilégiée à l'emploi de termes anglo-saxons dans les domaines de la science, de la technique aussi bien que de la culture ou du quotidien.

La guerre économique contemporaine que nous subissons s'accompagne d'une guerre linguistique et communicationnelle autrement plus subtile et discrète qui pénètre les esprits et convainc les consommateurs d'employer ses armes et ses méthodes au point de faire de chacun d'entre nous le véhicule de sa diffusion et l'acteur de notre propre aliénation.

La stratégie publicitaire joue sur une caractéristique liée à la mémoire humaine qui se traduit dans l'ensemble des pratiques ordinaires et singulièrement dans les pratiques de communication. Une fois que nous avons acquis une compétence d'ordre opératoire, la conscience que nous avons de cette compétence tend à s'effacer devant la fréquence et l'évidence de la pratique quotidienne. Autrement dit, au cours de l'usage habituel, on ne pense pas la langue, pas plus que l'on ne pense à la marche lorsque l'on marche ou que l'on songe à la visualité de l'écriture lorsque l'on est en train de lire.

En phénoménologue averti, Maurice Merleau-Ponty a sans doute été l'un de ceux qui a le mieux exprimé ce phénomène d'effacement de l'écriture devant la lecture, phénomène qui sous-tend le processus idéologique "d'impensé du texte" et qui, de la même manière, fonde en nature "l'impensé de la langue" dans lequel nous sommes d'ordinaire plongés lorsque nous parlons avec nos semblables. Autrement dit, si nous pensons à travers la langue, nous ne pensons pas la langue qui nous permet ainsi de penser.

Voyez, Merleau-Ponty est en train de lire son texte avec la distance que nous recommandait Brecht ; il quitte alors "l'impensé du texte" pour retrouver toute l'acuité et la lucidité de sa situation de lecture d'ordre analytique :

"la merveille du langage, écrit-il, est qu'il se fait oublier : je suis des yeux des lignes sur le papier, à partir du moment où je suis pris par ce qu'elles signifient, je ne les vois plus. Le papier, les lettres sur le papier, mes yeux et mon corps ne sont là que comme le minimum de mise en scène nécessaire à quelque opération visible. L'expression s'efface devant l'exprimé, et c'est pourquoi son rôle médiateur peut passer inaperçu"17.

Au cours de la pratique de lecture, la mémoire opératoire n'a pas besoin - n'a plus besoin - d'accéder à la conscience "de l'expression" (la matérialité du texte et de l'écriture, par exemple). L'apprentissage ayant eu lieu, la mémoire opératoire ne réclame plus la conscience de l'opération. Mieux encore, elle a nécessité à "oublier" son rapport à la conscience ; c'est ainsi qu'elle peut accéder à "l'exprimé" (la signification). Cette mémoire est la "mémoire de l'oubli", celle qui fonde les routines de la vie. Une mémoire qui a pour fonction de nous faire oublier les mécanismes vitaux que nous avons appris, les mécanismes mis en place à force de répétitions qui s'ancrent alors dans les strates de l'infra-ordinaire. C'est cette même "mémoire de l'oubli" qui nous permet d'accéder à des tâches que nous jugeons supérieures, comme celle de la "signification" lors de la lecture, par exemple.

Il s'agit toutefois d'un processus évolutif. Si nous avons nécessité d'avoir conscience du processus d'apprentissage lors de l'apprentissage, par la suite, nous l'oublions à force de routines et il finit par disparaître du champ de notre conscience. Nous ne voyons plus les lettres, les signes ou les mots, nous ne lisons plus les syllabes, les mots ou les phrases, nous produisons de la "signification" en oubliant "l'expression". Nous agissons alors sous un régime inconscient et machinal, mais "efficace". Bref, nous "devenons de vrais lecteurs"18.

Lorsqu'il décrit l'activité de lecture du point de vue du neurologue, Lionel Naccache définit un processus rigoureusement identique : "une fois que vous êtes parvenus à lire de manière fluide et rapide, écrit-il, ces processus se sont automatisés, ne vous coûtant plus d'effort volontaire, si bien qu'ils procèdent aujourd'hui de manière automatique"19.

Ce phénomène, présente d'indéniables avantages - il a notamment pour vertu de libérer la mémoire et de jouer sur les économies d'énergie mentales20. À l'inverse, si l'on s'oppose volontairement à l'automatisme de la mémoire, le processus devient coûteux en énergie. Aux cours d'expériences portant sur les "processus mentaux sophistiqués automatiques" lors de la lecture, les neurologues se sont en effet aperçu qu'un "sujet ne peut empêcher [un] processus de lecture automatique d'offrir le résultat de son travail (le mot lu) au contenu de la conscience, mais il peut par contre décider de ne pas en tenir compte pour répondre, au prix d'efforts mentaux qui se traduisent par une fatigue mentale et par de plus longs temps de traitement"21.

Si on change maintenant de point de vue et que l'on regarde ce phénomène sous un angle idéologique ou politique, on s'aperçoit que la routinisation, qui entraîne l'absorption de la conscience des médiations, présente l'inconvénient de nous plonger dans l'amnésie du quotidien. Ce contre quoi, précisément, Georges Perec s'insurgeait : "interroger l'habituel", écrivait-il. "Mais justement, nous y sommes habitués. Nous ne l'interrogeons pas, il ne nous interroge pas, il ne semble pas faire de problème, nous le vivons sans le penser, comme s'il ne véhiculait ni question ni réponse, comme s'il n'était porteur d'aucune information.". Et Perec d'ajouter : "ce n'est même plus du conditionnement, c'est de l'anesthésie. Nous dormons notre vie d'un sommeil sans rêve"22.

Dans un entretien de 1979, l'auteur de La Disparition se fait plus précis en évoquant la part de "vécu" liée à son écriture de fiction : "c'est un vécu qui ne sera jamais appréhendé par, comment dire cela ?... par la conscience, le sentiment, l'idée, l'élaboration idéologique ! Il n'y a jamais de psychologie. C'est un vécu au raz, de terre, ce qu'on appelait à Cause commune le bruit de fond"23. Le "bruit de fond" qui constitue l'impensé de la culture et dans lequel s'inscrivent les mots de tous les jours. C'est la forme concrète, matérielle, préhensible, la forme communicationnelle de ce que Pierre Bourdieu appelait l'habitus24.

Évoquant "la philosophia", Pascal Quignard avait déjà clairement souligné l'intrication de la pensée à son médium et le lien quasi fusionnel qu'elle entretient à son environnement proche, autrement dit, à la langue : "le logos fut inaperçu à la philosophia dans son déploiement de la même façon que l'air, aux ailes des oiseaux, s'ignore, que l'eau de la rivière, aux poissons s'ignore..."25. Nous sommes en cela prisonniers de la langue ou plus exactement captifs de son usage. Et comment pourrait-il en aller autrement ? Nous pensons à travers les cadres instituants du langage que nous avons nous-mêmes mis en place au cours de nos apprentissages. L'homme ne sait penser autrement qu'à travers l'outillage intellectuel - les "technologies de l'intellect"26 - dont il s'est doté au fil de l'histoire. Et dans nos sociétés écrites, la langue et l'écriture en forment le coeur névralgique.

Au reste, Quignard souligne le paradoxe qu'il y a à vouloir s'émanciper de cette singulière maîtresse servante : "l'empire, la captivité ou le très minutieux servage grammatical et lexical que chaque langue à tout moment exerce sur celui qui la parle sont d'autant plus contraignants qu'il tâche à s'en affranchir davantage"27. S'éloigner de la part aliénante de la langue n'est pas chose aisée et réclame une attention réflexive en éveil permanent, un processus contradictoire avec l'usage courant que nous avons de la langue. La fonction opératoire masque les attendus symboliques et signifiants de la langue et les cadres idéologiques dans lesquels nous nous inscrivons.

Au service de la guerre économique déguisée qui ne dit jamais son nom - l'euphémisme étant l'un de ses armes les plus efficaces et les plus prisées28 -, les économistes et les industriels de la pensée ont formé leurs plus gros bataillons autour du marketing et de la publicité. Eric Hazan a clairement montré le caractère performatif de cette langue singulière, la LQR - Lingua Quintae Republicae, apparue au cours des années 1960 et qui a atteint son plein développement dans les années 1990 devenant "l'idiome du néolibéralisme". Plus cette langue "est parlée", écrit-il, "et plus ce qu'elle promeut se produit dans la réalité"29. L'usage ne procède pas uniquement de l'aliénation, il la créée et en favorise les conditions de développement. Nous en sommes les principaux acteurs. Acteurs d'autant plus efficaces que nous la portons, que nous la déployons bénévolement, le plus souvent à notre insu.

Dans son analyse de la LTI ou Langue du IIIe Reich, modèle qui inspira la LQR d'Eric Hazan, Victor Klemperer soulignait déjà très clairement que lorsque l'on accepte la "langue du vainqueur [...] on ne la parle plus impunément, on la respire autour de soi et on vit d'après elle"30. Autrement dit, on est, à travers cette langue singulière, ce que ses concepteurs souhaitent que l'ont soit : des consommateurs médiateurs.

Le caractère aliénant de cet usage est marqué par son apparente innocence dont la frivolité, la légèreté, l'humour ou le jeu sont autant d'armes travesties. Inversement, l'usage conscient d'une langue et d'une terminologie choisies ou adaptées à la situation souhaitée - "distanciée" dirait Brecht - a toutes les chances de passer pour un acte "militant" dès lors qu'il s'oppose à la raison dominante de l'économie symbolique.

D'un point de vue politique, la question n'est toutefois pas aussi simple qu'il y paraît, car l'aliénation ancrée dans les esprits et les habitus se lient également au "bonheur" de la société de consommation. Un bonheur paradoxal que Perec évoquait déjà au cours des années 1960 : "il existe dans l'organisation actuelle un certain bonheur de vivre quotidien dont les contradictions n'ont pas été décrites. Rien en particulier sur l'argent, la publicité. Or si l'on fait le compte - énorme - des informations publicitaires auxquelles nous sommes soumis dans la rue, dans le journal et nous poussant à acheter, on comprend qu'il en résulte un idéal de vie..."31. L'"économie linguistique" joue de cet état dont elle est à l'origine ; l'usage de la langue en porte toutes les contradictions.

Le confort mental de la routine n'incite pas à la prise de conscience. Inscrit dans les cadres instituants des langages sociaux appris et perpétrés, il procure le plaisir névrotique de la répétition. Et, paradoxalement, les chemins qu'il emprunte peuvent lui être étrangers, "le conditionnement [étant] indépendant de la conscience"32.

Face à la lettrure, je reprendrai le terme de literacy, traduit par alphabétisation ou plus récemment francisé en littératie, afin de me demander s'il parvient effectivement à rendre compte, pour l'usager francophone, de l'articulation théorique entre le lire et l'écrire que nous avons pour objectif de mettre en évidence. Sans doute n'y parvient-il pas pleinement attendu que le terme d'alphabétisation renvoie depuis le XIXe siècle à l'action d'"apprendre une écriture alphabétique à un groupe social qui l'ignore" (Dictionnaire historique de la langue française). Le lire et l'écrire lui sont étymologiquement et prosodiquement étrangers.

J'élude ici, bien entendu, la dimension idéologique de l'usage d'un terme anglo-saxon dans un contexte francophone, une telle pratique ayant la plupart du temps pour vertu principale de théâtraliser une posture plus que de rendre compte d'un phénomène linguistique à travers un vocabulaire clairement choisi. Au fond, l'exhibition de ces termes dans le discours revient à l'emploi des termes que Bachelard qualifiait de "mots obstacles"33 lesquels présentent la particularité fâcheuse de nous voiler la compréhension des faits plus que de nous en faciliter l'accès.

De la même manière, dans l'usage courant de la langue, un anglophone a plus de chance qu'un francophone de goûter à la saveur distanciée du terme hardware qui signifie en français quincaillerie (le hardware store). En important ce terme dans des espaces linguistiques exogènes qui n'en connaîtront pas l'aura sémantique on court le risque de n'en faire qu'un mot outil. Ce mot, dégauchi, a perdu ses significations culturelles et n'a plus pour son nouvel usager la saveur qu'il avait dans son contexte initial. Phénomène classique d'interculturalité, sans doute. À ceci près que l'emprunt linguistique s'est ici arrêté à l'usage technique et qu'il n'a pas franchi l'imaginaire culturel. Il s'est figé dans la relation opératoire et a perdu de sa richesse symbolique. Interroger ce terme revient donc à l'extraire de son unique finalité marchande pour lui redonner l'aura culturelle qui lui fait défaut.

En ce sens, "lever le voile" est un acte politique. Et user, dans le contexte qui est le nôtre, de termes adaptés à notre culture, est un acte de résistance qui rompt avec l'évidence du discours marchand pour renouer avec la logique de l'usage. Mais à cet argument s'oppose précisément celui de l'usage. La circulation d'un terme ne se décrète pas. Ainsi, le terme courriel d'origine québécoise, et qui avait été recommandé par l'Académie française en 2002, n'a pas réussi à supplanter le très usuel mail. La légitimité d'un mot s'élabore à travers sa circulation dans le corps social et donc au degré de conscience que nous avons des conséquences de cet usage. Mais nous n'avons pas la conscience linguistique des québécois, ayant abdiqué la conscience politique de notre langue. L'usage dominant de la terminologie anglo-saxonne dans les domaines qui nous occupent est le sceau de notre aliénation et la marque de notre inconscience, linguistique.

S'interrogeant sur "la langue comme instrument de pouvoir" et sur les effets de "domination symbolique qui s'exercent au travers de l'adoption de la langue dominante ou, plus sournoisement, des emprunts à la langue dominante", Pierre Bourdieu se demandait "comment il est possible d'accepter l'usage de l'anglais sans s'exposer à être anglicisé dans ses structures mentales, sans avoir le cerveau lavé par les routines linguistiques"34. Culturellement ou politiquement, nous n'avons pas à subir, non plus qu'à perpétrer des pratiques de domination de notre langue vernaculaire. C'est une autre forme de résistance que de parvenir à s'indigner contre l'asservissement et la servilité de notre propre langue. Sommes-nous à ce point aliénés, snobs ou opportunistes pour céder systématiquement le pas à la puissance arrogante d'une culture marchande qui nous dépossède des racines sémantiques de notre langue et nous en interdit une compréhension immédiate ?

Et il est clair ici qu'il ne s'agit pas de mener une campagne contre la langue anglaise ce qui serait absurde et historiquement paradoxal tant nos deux langues ont su tisser de liens depuis la première "visite" que César fit aux Celtes des Îles Britanniques en 55 avant notre ère. La question ne relève pas de la querelle linguistique entre deux nations, mais du rapport qu'une langue de culture entretient au registre économique et à "la langue du marché". Il existe effectivement, comme le souligne Claude Hagège, "une pression qui depuis le début des années 1990, s'est accrue avec la prétendue 'mondialisation', et que l'on peut caractériser comme celle de l'idéologie néolibérale, dont le vecteur est l'anglais"35. L'objectif est simplement de reprendre pied en culture. Et cela est un acte politique.

Si nous avons "le désir de rendre notre univers intelligible afin de pouvoir nous en sentir responsable" ainsi que le préconise Matthew B. Crawford, alors l'adéquation de "l'outil dans la langue" doit être pensée avec toute l'attention nécessaire pour que nous puissions notamment "réduire la distance entre l'individu et les objets qui l'entourent"36. En d'autres termes, qu'il y ait adéquation entre le corps linguistique et le corps technique de la culture en acte.

Hannah Arendt écrivait que les objets du quotidien, les objets utilitaires produits par l'homme "donnent naissance à la familiarité du monde, à ses coutumes, à ses rapports usuels entre l'homme et les choses aussi bien qu'entre l'homme et les hommes"37. Le langage de cette "familiarité du monde" acquise grâce à l'univers des objets, passe par la relation que la langue entretient avec ces mêmes objets. Il s'est tissé entre "le geste et la parole" pour reprendre le titre célèbre d'André Leroi-Gourhan38. Il a également dessiné l'aura et l'imaginaire de chaque objet sans lesquels l'homme ne pourrait se les représenter, partant, s'en servir et se les approprier. Lionel Naccache met clairement en évidence ce besoin irrépressible, "ce besoin vital" que nous avons "d'interpréter, de donner du sens, d'inventer à travers des constructions imaginaires"39. Le récit lie l'objet à l'homme. Il lui donne vie, sens et histoire. Il lie également l'homme au monde, tissant les realia dans la trame des langages humains. Au-delà de la pratique, l'homme n'éprouve pas uniquement le besoin de nommer les objets - les realia -, il ressent également la nécessité d'en faire l'histoire et de la raconter.

Mais il y a longtemps que les citoyens - les usagers devrais-je dire - ont été dépossédés du récit social qui, à l'aube de l'humanité déjà, accompagnait les objets du quotidien. Ce récit n'est plus élaboré par les instances politiques ou sociales, éducatives ou religieuses qui en fondaient la légitimité et dans lesquelles ils se reconnaissaient. Transformé en permanence par les médias, le récit collectif est désormais dominé par l'économie et la publicité. Or ni l'une ni l'autre n'ont pour objectif de rendre intelligible l'objet ou son récit, mais avant tout de faire en sorte qu'ils soient tous deux consommables.

Le statut des discours et des récits, de "l'appareillage linguistique" comme des imaginaires qui accompagnent les objets a radicalement changé de nature et de fonction. La légende, le mythe, le conte aussi bien que la sagesse populaire se sont métamorphosés en publicités, publi-reportages et autres récits médiatiques... Aussi convient-il de repenser la relation entre l'objet, le langage et l'usage dans le cadre d'une société qui a désormais pour horizon "capital" la marchandisation des biens et des savoirs de toutes natures.

Ces quelques remarques méritent attention, attendu que la pratique de la langue institue notre rapport au monde, elle a de ce fait une portée d'ordre anthropologique. Alors, lettrure ou littératie, alphabétisation ou numératie ? La réponse gît dans notre agir politique.


(1) P. Quignard, Rhétorique spéculative, Calman-Lévy, 1995, p. 13.

(2) I. Illich, B. Sanders, ABC : l'alphabétisation de l'esprit populaire [1988], trad. fr. M. Sissung, Paris-Montréal, La Découverte-Le Boréal, 1990, p. 9.

(3) Cl. Blanche-Benveniste, A. Chervel, L'Orthographe, François Maspéro, 1969, p. 94 sq.

(4) P. Bourdieu, "L'Exemple de l'orthographe", dans Sur l'État. Cours du Collège de France 1989-1992, Raison d'agir-Seuil, 2012, p. 191 sq.

(5) E. Souchier, "L'Écrit d'écran, pratiques d'écriture et informatique", Communication & langages, n°107, 1-1996, p. 105-119. Y. Jeanneret, E. Souchier, "Écriture numérique ou médias informatisés ?", Pour la Science / Scientific american, Dossier n°33, "Du signe à l'écriture", octobre 2001-janvier 2002, p. 100-105. E. Souchier, Y. Jeanneret, J. Le Marec (dir.), Lire, écrire, récrire. Objets, signes et pratiques des médias informatisés, BPI, 2003. E. Souchier, "Lorsque les écrits de réseaux cristallisent la mémoire des outils, des médias et des pratiques", dans Les Défis de la publication sur le Web : hyperlectures, cybertextes et méta-édition, J.-M. Salaün et Ch. Vandendorpe (corrd.), Presses de l'ENSSIB, 2004, p. 87-100.

(6) Vocabulaire des études sémiotiques et sémiologiques, D. Ablali et D. Ducard (dir.), Éditions Honoré Champion-Presses universitaires de Franche Comté, 2009, p. 158-159.

(7) P. Michon, Vie de Joseph Roulin, Verdier, 1988, p. 16.

(8) R. Barthes, "Sémantique de l'objet" [1964-1966], dans Oeuvres complètes II - 1962-1967, Seuil, 2002, p. 826-827.

(9) Huges de Saint-Victor, L'Art de lire. Didascalicon, introduction, traduction et notes M. Lemoine, Le Cerf, 1991, p. 29.

(10) E. Souchier, "De la lettrure à l'écran. Vers une lecture sans mémoire ?", Texte, n°25-26, "Mnémotechnologies - texte et mémoire" (coord. F. Schuerewegen), Trinity College, Université de Toronto, Canada, 2000, p. 47-68.

(11) R. Barthes, Mythologies [1957], dans Oeuvres complètes I - 1942-1961, Seuil, 2002, p. 788 sq.

(12) P. Quignard, IXe Traité, "Les langues et la mort" [1990], dans Petits traités I, "Folio" n°2976, Gallimard, 1997, p. 156.

(13) E. Souchier, "Images - Techniques - Mémoires", dans Image et Mémoire, Actes du 3e Colloque Icône-Image, Musées de Sens et d'Auxerre, Obsidiane Éditions, 2007, p. 11-22.

(14) E. Souchier, "Mémoires - outils - langages. Vers une 'société du texte' ?", Communication & langages, n°139, avril 2004, p. 41-52.

(15) P. Quignard, IIIe Traité, "Le misologue"[1990], dans Petits traités I, op. cit., p. 60-61.

(16) J. Le Marec, "Situations de communication dans la pratique de recherche : du terrain aux composites", Études de communication, 25-2002, mis en ligne le 18 nov. 2011 : http://edc.revues.org/index831.html. Consulté le 19 février 2012.

(17) L. Naccache, Le Nouvel Inconscient. Freud, Christophe Colomb des neurosciences, Odile Jacob, 2006, p. 188.

(18) Cf. p. 292.

(19) Ibid., p. 189.

(20) G. Perec, L'infra-ordinaire, "La Librairie du XXe siècle", Seuil, 1989, p. 11.

(21) G. Perec, "Le travail de la mémoire" [1979], dans En dialogue avec l'époque, "Métamorphoses", Joseph K. Éditeur, 2011, p. 101-102.

(22) "Structure structurée structurante", l'habitus est définit par Bourdieu comme un "système de dispositions acquises par l'apprentissage implicite ou explicite qui fonctionne comme un système de schèmes générateurs, [qui] est générateur de stratégies qui peuvent être objectivement conformes aux intérêts objectifs de leurs auteurs sans en avoir été expressément conçues à cette fin.", P. Bourdieu, Le Sens pratique, Minuit, 1980, p. 120-121.

(23) P. Quignard, Rhétorique spéculative, op. cit., p. 22.

(24) Cf. P. Robert, Mnémotechnologies - Une théorie générale critique des technologies intellectuelles, Hermès, 2010.

(25) P. Quignard, IIIe Traité, op. cit., p. 61-62.

(26) E. Hazan, LQR. La Propagande du quotidien, Éditions Raisons d'agir, 2006, p. 25 sq.

(27) Ibid., p. 12 et quatrième de couverture.

(28) V. Klemperer, LTI.La langue du IIIe Reich, carnets d'un philologue, trad. fr. É. Guillot, présentation S. Combe et A. Brossat, Albin Michel, 1996. Cité par E. Hazan, LQR, op. cit., p. 22.

(29) G. Perec, "Perec et le mythe du bonheur immédiat", dans En dialogue avec l'époque, op. cit., p. 21-22.

(30) L. Naccache, Le Nouvel Inconscient, op. cit., p. 243.

(31) G. Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique [1938], Vrin, 2004, p. 13, 73.

(32) Entretien entre Pierre Bourdieu, Abraham de Swaan, Claude Hagège, Marc Fumaroli, Immanuel Wallerstein, "Quelles langues pour une Europe démocratique ?", Raisons pratiques, n°2, ", La République des langues", Presses de la Fondation nationale des sciences politiques, 2001, p. 41-64. http://www.deswaan.com/frans/dans_nos_archives/Raisons%20pol%20RAI_002_0041.pdf

(33) Cl. Hagège, Contre la pensée unique, Odile Jacob, 2012, p. 11.

(34) P. Quignard, Rhétorique spéculative, Calman-Lévy, 1995, p. 13. I. Illich, B. Sanders, ABC : l'alphabétisation de l'esprit populaire, op. cit., p. 9.

(35) Cl. Blanche-Benveniste, A. Chervel, L'Orthographe, op. cit., p. 94 sq.

(36) M.B. Crawford, Éloge du carburateur. Essai sur le sens et la valeur du travail, trad. fr. M. Saint-Upéry, La Découverte, 2009, p. 14.

(37) H. Arendt, Condition de l'homme moderne, Calman-Lévy, 1983, p. 140-141. Cité par M.B. Crawford, Éloge du carburateur, op. cit., p. 23.

(38) Leroi-Gourhan, Le Geste et la Parole, 2 vol., Albin Michel, 1964-1965.

(39) L. Naccache, Le Nouvel Inconscient, op. cit., p. 439.

Lire au collège, n°90 (05/2012)

Lire au collège - La "lettrure" au regard des médias informatisés