Dossier : "Aider les élèves en difficulté de lecture"

Coup de Coeur pour le théâtre

Cécilia Despesse, professeure de Lettres Modernes, collège Revesz-Long, Crest (26)

Situé à Crest, au bord de la rivière de la Drôme, le collège Revesz-Long est un établissement semi-rural, dans lequel, depuis bientôt 5 ans, le théâtre est devenu un élément fédérateur entre les trois entités de l'établissement : Section générale, SEGPA (Section d'Enseignement Général et Professionnelle Adaptée), ULIS (Unité Localisée d'Inclusion Scolaire). L'offre culturelle étant parfois limitée dans le secteur de proximité, cela induit que le collège est un lieu d'ouverture culturelle privilégié pour ses élèves. L'ambition de l'établissement, à ce niveau, est donc d'enrichir le parcours scolaire de tous les élèves. La lutte contre l'illettrisme est aussi devenue un axe important de travail. Ainsi, pour repérer les élèves faibles lecteurs, une épreuve collective, le ROC (repérage orthographique collectif) est proposé dans chacune de nos classes de 6e dès la première semaine de la rentrée. Ce test est un outil élaboré par le laboratoire Cogni-Sciences de Grenoble dont le but est de définir un niveau d'alerte en orthographe, servant à repérer les élèves dont le niveau de lecture doit être examiné au moyen d'une épreuve individuelle de lecture et va permettre de diagnostiquer les élèves très lents et très faibles. Des activités pédagogiques de remédiation en lecture et en orthographe ainsi que des aménagements et des adaptations pédagogiques sont ensuite mises en place par l'équipe enseignante pour l'ensemble de ces élèves. La prise en charge de ses difficultés de lecture s'est notamment faite via le théâtre et le texte théâtral : Atelier de pratique artistique "Théâtre-expression dramatique", école du spectateur, action Voisin de passage, le projet inter-classe en 6° Pages de théâtre, atelier d'écriture / lecture à voix haute, l'opération "les clowns à l'hôpital".... Les projets sont devenus nombreux et sont tous liés, les uns rebondissant sur les autres, trouvant leur unité dans l'objectif commun : faire lire et donner à voir des textes de qualité à tous les élèves de l'établissement, qu'ils soient de classes générales, de SEGPA ou d'ULIS.

Pourquoi est-ce le théâtre qui est devenu fédérateur d'une équipe interdisciplinaire composée de professeur de lettres, de musique, d'arts plastiques mais aussi de professeurs des écoles spécialisés ? Le texte dramatique a l'atout indéniable, même pour des élèves qui ne sont pas à l'aise avec la lecture, de sa brièveté (dans ses formes les plus courantes), du séquençage (scènes, séquences, tableaux...), et surtout d'être un art hybride (lire et faire du théâtre). Interpréter un personnage, c'est porter un autre regard sur soi-même ; investir un personnage, c'est pouvoir aller vers les autres. Il y a un engagement physique dans l'acte de lire et l'intervention du collectif est porteuse. Cette démarche est pleine de sens pour nos élèves. Dès le départ, une volonté forte de l'équipe enseignante a été d'axer les projets autour du théâtre contemporain jeune public car ce sont des histoires à la fois fortes et très poétiques, que l'oralité de l'écriture dramatique contemporaine trouve des échos évidents chez nos élèves et que le regard que nos dramaturges portent sur le monde n'est pas en opposition avec le théâtre classique : les chemins se croisent forcément.

Revenons rétrospectivement sur les débuts de cet engouement théâtral et les moments clés de cette aventure.

A l'origine, la création d'un atelier de pratique artistique théâtre (2007-2011)

C'est tout d'abord dans le cadre du dossier unique de 2007 que je dépose avec le soutien de mon chef d'établissement qu'un atelier théâtre-expression dramatique voit le jour subventionné par la DRAC, le conseil général et le rectorat.

L'atelier a lieu 3 heures par semaine pendant toute l'année scolaire, une heure est consacrée à l'histoire des Arts du spectacle et deux heures à la pratique artistique. L'approche culturelle s'articule avec le travail de jeu théâtral dispensé par l'intervenant artistique et la fréquentation régulière des oeuvres, des artistes, des lieux de spectacle. Je co-dirige cet atelier avec Emmanuelle Torkomian, auxiliaire de vie scolaire et Nathalie Fort, comédienne agréée de la Comédie de Valence. Depuis 2007, cet atelier accueille 10 à 15 élèves de section générale (2 tiers de l'effectif) mais aussi d'ULIS et de SEGPA (1 tiers de l'effectif). Habituellement, l'atelier débute toujours par un travail du corps et de la voix. Des situations d'improvisation ont leur place en début d'année mais le travail sur les textes, même avec des textes très courts, reste primordial. Les textes sont proposés par l'intervenant, le professeur mais aussi les élèves. Le rayon théâtre du CDI s'est énormément enrichi : on trouve à présent, à côté de Molière, Mike Kenny, Philippe Dorin et surtout Fabrice Melquiot dont la saga de Bouli Miro enchante les élèves. Le travail fait en atelier trouve un écho dans d'autres cours car il contribue au développement des adolescents en travaillant sur la relation aux autres, la capacité d'écoute, l'aisance du langage et de la gestuelle. Le théâtre oblige à un travail concret vers la représentation en mettant en marche l'imagination et la visualisation : on lit pour agir ; la lecture n'est pas un simple exercice abstrait ; cela a du corps. Il y a quelque chose de similaire avec le travail de remédiation que nous pratiquons en fluence sous l'impulsion de ma collègue de Lettres Elise Richer (L'entraînement en fluence suite au test ROC évoqué plus haut consiste en la lecture par l'élève d'un même texte de 200 mots environ pendant trois séances de trente minutes sur une semaine et ce travail est répété durant 8 semaines consécutives).

Effectivement, on trouve des méthodes similaires car le texte de théâtre, on le lit, on le relit, on se l'approprie jusqu'à ce qu'il devienne fluide et évident. Il est évident que chercher l'intonation juste, discuter des différents tons possibles, c'est devenir un meilleur lecteur, capable de choisir et de justifier la ou les lecture(s) qui lui semble(nt) pertinente(s). En cela il me semble que l'élève est poussé à progresser en lecture puisqu'il faut construire du sens, à partager, à partir du texte. Sortir de la lecture individuelle et silencieuse, avec tous ces temps de partage par la mise en voix (puis en espace), est stimulant ; les élèves débattent, argumentent, tranchent, acceptent de tâtonner ensemble. Des élèves timides osent se lancer, de "mauvais" lecteurs surprennent tout à coup par la justesse de leur réplique. D'excellents lecteurs époustouflent le groupe et crée de l'émulation. Le progrès tient aussi au climat de bienveillance qui est celui des séances d'atelier et qui sera plus tard celui des séances en classe. En bref, le travail de lecture qui est proposé dans le cadre de ce projet "théâtre" fait progresser l'élève sur le déchiffrage simple comme sur la compréhension fine.

L'atelier est sans cesse valorisé par des représentations dans le courant de l'année qui donne sens aux efforts fournis et permet de vivre une expérience encore différente de celle de travail de répétition. Parallèlement, la mise en place de l'école du spectateur avec La Comédie de Valence (3 spectacles dans l'année et une visite du théâtre "Bel image" à Valence) participe notamment à l'éducation du regard et à la formation de l'esprit critique, en invitant les jeunes à devenir des spectateurs actifs, de jeunes citoyens. Etre spectateur, cela s'apprend. Il est nécessaire d'avoir des clés de compréhension, des outils. En amont, nous présentons les pièces et en aval il y a toujours un retour. L'analyse de spectacles est ainsi l'occasion d'exercices et de travaux de formes variées, permettant progressivement l'acquisition d'une culture de spectateur averti. Afin de pouvoir développer une analyse personnelle, argumentée de manière fondée, l'élève se dote peu à peu de repères historiques et culturels qui nourrissent son jugement esthétique et donnent du sens à ses lectures. Par des enquêtes liées à la fréquentation des oeuvres, des artistes et des lieux de spectacle et par des réalisations concrètes (maquettes, affiches, réalisation plastique ou sonore...), l'élève s'initie à l'analyse de la scénographie, et, notamment, aux arts visuels et numériques. Il effectue des visites dans différents lieux de spectacle.

Un partenariat avec La Comédie de Valence a été mis en place dès la conception du projet - Le Centre Dramatique National soucieux de sa délégation de service public a été très impliqué dans la conception du projet avec le collège, un lieu avec lequel il ne partageait plus de lien depuis maintes années. Dans le cadre de cet atelier, le CDN s'est engagé à faire venir un comédien 24 heures dans l'année, à faire bénéficier les élèves de rencontres aussi souvent que possible et d'une visite du théâtre. Le collège, quant à lui, s'engageait à réunir un groupe d'élèves qui aurait des facilités d'emploi du temps pour participer à l'atelier dans les meilleures conditions et à organiser deux sorties à la Comédie en soirée. Depuis la rentrée 2009, une convention de partenariat a été signée entre le CDN et le collège.

Le type de travail effectué en atelier ne peut qu'insuffler l'envie de poursuivre ce travail en classe. L'objectif étant d'éveiller la curiosité culturelle de tous les élèves de l'établissement, il fallait que ce travail d'atelier trouve son prolongement dans les classes : de l'expérience de l'atelier a donc découlé de nouvelles envies pédagogiques.

D'un travail d'atelier de pratique artistique à un travail de lecture en classe : Pages de théâtre (2007-2011)

Suite au colloque en 2007 sur " L'enseignement du théâtre contemporain de l'école à l'université " organisé par l'université Stendhal Grenoble 3, je suis devenue membre du bureau de l'association naissante " Théâtre à la page ". " T.A.P. " est une association présidée par Marie Bernanoce (maître de Conférences en Arts du spectacle) qui réunit enseignants du primaire et du secondaire, universitaires, comédiens, militants. Elle a pour objet de contribuer à promouvoir les relations entre les activités théâtrales et éducatives, de favoriser par tous les moyens la collaboration entre créateurs, praticiens du théâtre, enseignants, jeunes, parents, organismes culturels et d'éducation théâtrale, établissements d'enseignement du premier et second degré, université, conservatoire et de contribuer à la formation de tous ceux et toutes celles qui participent à ce mouvement. Au-delà de l'institution et du temps scolaire, l'association se propose de contribuer à toutes les formes de recherches, d'actions et de formation permettant de dynamiser les relations du théâtre et de ses publics, les relations du théâtre et des autres arts. Elle anime ainsi un réseau de théâtre-éducation, lieu de regroupement des acteurs de terrain, sous l'égide de l'ANRAT, Association Nationale de Recherche et d'Action Théâtrale (voir encadré ci-dessous) et en partenariat avec trois structures culturelles, L'Hexagone, scène Nationale de Meylan, L'Espace 600, scène régionale, et la Comédie de Valence, Centre dramatique National Drôme-Ardèche.

La première action qui a été mise en place, Pages de théâtre, a démarré en 2007-2008 et, pour sa quatrième édition, a touché une bonne vingtaine de classes de primaire, de collège et de groupes d'étudiants. Elle s'inscrit dans le projet éducatif suivant : pour les différentes classes participant au projet, il s'agit de faire un choix parmi cinq pièces jeunesse contemporaines préalablement sélectionnées, et d'entourer ce choix d'écrits le justifiant et d'activités diverses permettant aux élèves de s'approprier cette pièce.

A Revesz-Long, c'est un projet de lectures dont nous nous sommes immédiatement emparés. Nous sommes entrés dans l'aventure à plusieurs enseignants de différents niveaux (6e et 5e), de différentes disciplines (français, Arts plastiques, Musiques...) et surtout de différentes sections (Générale, SEGPA et ULIS). C'est la première fois qu'un projet réunissait nos trois entités dans le cadre de la classe et non pas seulement dans le cadre d'un atelier : c'était une volonté forte de travailler ensemble dans la même direction pour que nos regards d'enseignants se croisent et apportent le meilleur à nos élèves. C'est une idée d'école de la République où chaque enfant trouve sa place sans l'étiquette "en difficulté" ou "handicapé". C'est ainsi qu'avec l'aide des formations de l'association "Théâtre à la page", nous menons pour la quatrième année consécutive avec beaucoup d'enthousiasme ce projet qui a pris de l'ampleur puisque tous les élèves de 6ème, soit plus de 150 élèves en font partie. Les formations aux enseignants investis dans le projet organisées par l'association sont particulièrement importantes car on ne sait pas toujours comment aborder un texte de théâtre, si ce n'est par l'analyse littéraire classique, alors que le texte dramatique n'est qu'une partie de l'art théâtral et doit être vécu en pratique par la voix et le corps. Les artistes et professionnels de "Théâtre à la page" peuvent ainsi donner d'autres moyens d'aborder ces textes, en mettant en jeu la classe entière dans le cadre d'activités inventives et créatrices et on est surpris alors de voir comment l'analyse dramaturgique peut découler de l'expérience du plateau.

Pour mener à bien chaque année ce projet qui nous tient tant à coeur à Revesz-Long, nous avons dû nous renouveler sans cesse pour adapter notre enseignement à l'oeuvre traitée, en cherchant à diversifier les approches créatives du texte de théâtre, dans l'espace ouvert par la pratique de la dramaturgie, entre texte et scène, conformément aux programmes : travail sur l'objet livre, la découverte par la lecture à haute voix, l'analyse textuelle, la réflexion sur la scénographie, la mise en espace. Tout comme pour l'atelier théâtre, nous avons inscrit le maximum de nos classes à l'école du spectateur avec "La Comédie de Valence". Participer ainsi à plusieurs classes à l'action Pages de théâtre, c'est aussi dans le but qu'une culture commune puisse favoriser les échanges et l'intégration entre les élèves des trois entités. Elle permet aussi de créer du lien entre le primaire et le secondaire. Nous avons su profiter des approches offertes avec le monde artistique et universitaire. L'inscription de ce projet dans la durée, puisqu'il est filé sur toute l'année scolaire et recommence chaque année depuis quatre ans, nous permet d'échanger sans cesse sur des pratiques différentes entre professeurs du secondaire et professeurs des écoles spécialisés et il a donc été le tremplin d'une foison d'autres projets. Le théâtre est donc une dynamique à la réalisation d'autres envies.

Voici dans les grandes lignes l'organisation annuelle du projet "Pages de théâtre".

Séquence filée "Pages de Théâtre"

Période 1 : rentrée dans le projet (septembre)

  • Lancement festif dès la première semaine de la rentrée
  • Séances d'échauffement : Exercice sur le corps, la voix, la prise en compte de soi et de l'autre dans l'espace
  • Découverte de l'objet livre : les cinq livres de la sélection

Lecture des scènes d'exposition et de courts passages (par exemple, en cercle, on se fait passer un des livres de la sélection, on lit de manière neutre le début du texte chacun arrêtant sa lecture quand il le souhaite, avec la consigne d'une syllabe minimum !). Cela permet de dédramatiser la situation de lecture et de partager un bon moment ensemble. Tous les élèves ont à coeur de suivre et de ne pas rompre le fil: on s'accroche, on donne du sens ensemble C'est une première approche agréable et qui a pour but de mettre en confiance, d'apprendre à se découvrir. C'est d'autant plus intéressant avec des élèves de 6ème qui arrivent dans un établissement qui leur paraît souvent grand et entraîne des inquiétudes. Le théâtre leur est devenu familier : dans notre secteur, plusieurs écoles travaillent déjà sur le théâtre contemporain, ce qui constitue une liaison forte Cm2/6ème.

Période 2 : étude des livres / échange de mail / Ecole du spectateur (octobre à mars)

Il s'agit de travailler sur au moins 3 des 5 livres proposés.

Habituellement, deux classes travaillent ensemble sur chacun des livres afin de favoriser les échanges et que les élèves sentent l'unité de notre enseignement. Chacun doit trouver son compte. Un élève faible de section générale s'aperçoit ainsi que d'autres camarades connaissent des difficultés et un élève dit "en difficulté" ou en situation de "handicap" peut se révéler par une prestance jusque là inconnue. Le théâtre est souvent un moment de bonne surprise où l'on découvre des élèves, celui qui paraissait timide ne l'est en fait pas quand il endosse un rôle ou tel autre qui était "turbulent" a une énergie qui est une force artistique. On use de stratégies différentes : on aborde le théâtre par le texte (lecture (s), analyse, extrait, structure...), par le jeu (dirigé ou proposition de groupes), par le spectacle, par l'écriture (invention, analyse, critique, transposition), par l'imaginaire (l'image, le projet de représentation, le dessin, le collage, la maquette, la bande-son), par la parole (le récit, les mots univers ou mots idées, l'explication, l'échange, le débat...)

Période 3 : le vote du "Coup de Coeur" / Lettre à l'auteur (avril)

En avril, on propose aux élèves un échange de leurs travaux de plusieurs façons, à la fois en direct lors de nouvelles rencontres mais aussi par courrier électronique, afin qu'ils puissent partager leurs recherches sur les textes et leurs réactions, sensibles et intellectuelles, à ces écritures. Le vote a ensuite lieu dans chaque classe qui rédige alors en commun une lettre à l'auteur élu, dans laquelle ils expliquent le choix de leur coup de coeur.

Période 4 : travail sur le "Coup de coeur" (mai / juin)

Une fois que les coups de coeur sont annoncés, chaque classe travaille son texte préféré sous une forme libre : mise en voix, en espace d'un passage, lecture, arts plastique selon les envies de chacun.

Période 5 : fête Dyonisiaque (juin)

Pour conclure, une dernière demi-journée réunit toutes les classes participant au projet afin de présenter leur travail. C'est une présentation de travail, l'idée n'est volontairement pas celle d'un spectacle. Ultime moment de l'année qui rappelle que le théâtre est une fête.

Action Pages de théâtre - sélection 2010-2011 : Thème "Demain"

Il s'agit cette année de réagir et réfléchir à la manière dont des auteurs contemporains s'interrogent sur le futur du monde dans lequel nous vivons, espoirs de lendemains qui chantent (ou craintes qu'ils ne déchantent...), tant du point de vue collectif qu'individuel, par exemple : à quoi rêve un adolescent de ce que sera son avenir (social, amoureux...) ? Ce sera donc de l'intime. au collectif et du collectif à l'intime

Primaire/collège/lycée

  • CAGNARD Jean, L'entonnoir, Editions Théâtrales jeunesse, 2007
  • DANIS, Daniel, Le pont de pierre et la peau d'images, L'école des loisirs
  • DORIN Philippe, Ils se marièrent et eurent beaucoup, Ecole des loisirs, 2005
  • PAQUET, Dominique, Son parfum d'avalanche, Editions théâtrales jeunesse

Primaire/collège

  • WEGENAST Bettina, Etre le loup, Ecole des loisirs, 2004

Collège/lycée

  • RICHARD Dominique, Hubert au miroir, Editions Théâtrales jeunesse, 2008

Pour plus d'info :

La richesse du partenariat (La Comédie de Valence / TAP / L'ANRAT), l'émulation du travail en équipe a permis la réalisation d'une action ambitieuse qui découlait naturellement du projet global de l'établissement : Voisins de passage.

Le collège, lieu d'ouverture culturelle d'une population : "Voisins de passage" (action 2009)

Le projet Voisins de passage est fondé sur la conviction que le collège doit être le lieu d'ouverture culturelle des élèves mais aussi celui de la population. Nous voulions travailler sur le partage avec la famille, les gens du quartier et des alentours qui vivent à proximité de l'élève.

Nous avons ainsi demandé à notre partenaire La Comédie de Valence que le collège Revesz-Long devienne un lieu culturel d'accueil en soirée d'un de leurs spectacles. En effet, le Centre Dramatique National conduit depuis plusieurs années une politique de sensibilisation au spectacle vivant, et s'attelle en particulier à l'élargissement de son public, tant en terme de provenance géographique, sociale, que culturelle et a donc répondu favorablement à notre souhait. Cette opération a vu le jour sous l'intitulé Voisins de passage avec le spectacle Mon conte Kabyle de la conteuse Mari Lounici. L'offre était accessible uniquement avec un billet "Aller-retour" : dans un premier temps ("aller"), le CDN a présenté une pièce au collège ; puis dans un second temps ("retour"), les spectateurs étaient accueillis pour une soirée à la comédie, avec visite guidée, et rencontre de la troupe permanente. Le prix des places était inférieur aux pratiques courantes afin d'éviter l'obstacle financier et un pourcentage des places était mis à disposition des familles nécessiteuses par le biais de l'association "Culture du coeur", association ayant un lien particulier avec les centres sociaux et les foyers. Un atelier théâtre d'une heure en fin d'après-midi a été ouvert à tous ceux qui avaient pris un billet pour le soir.

Des élèves ont porté ce projet en assistant aux réunions avec tous les partenaires du projet. Ils se sont investis dans la communication en s'occupant de la distribution des affiches et des dépliants dans le secteur. Plusieurs d'entre eux sont venus aider à la réception et à la mise en place du décor et l'ingénierie. L'atelier de SEGPA H.A.S. (Hygiène - Alimentaire - Santé) s'est occupé très activement de l'accueil du public et de la préparation d'une réception à la fin de la représentation.

Nous avons voulu construire ce projet à la manière de Jean Vilar, que le théâtre vienne dans un lieu familier aux spectateurs, qu'il ne soit pas qu'un spectacle mais un moment convivial. Nous avons pour but que le théâtre s'inscrive bien au-delà du collège, qu'il soit ancré dans le territoire et qu'il devienne aussi le vecteur dans les années à venir de notre projet territorial de lutte contre l'illettrisme de la population. En France selon une étude de l'Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) réalisée entre 2002 et 2005 9% (3 100 000 personnes) de la population française est en situation d'illettrisme. La ruralité et la pauvreté comptent parmi les principaux facteurs expliquant la présence d'illettrisme dans sa population. J'ai précisé en introduction que notre collège était dans une zone à tendance rurale, de manière plus précise nous recrutons sur 25 communes rurales à semi-rurales dans un rayon de 25 km (avec un secteur plus large pour la SEGPA et ULIS) et un tiers des familles se trouvent dans les catégories sociales défavorisées. Ouvrir les portes du collège en soirée pour partager un moment de théâtre, c'est revenir à l'idée d'un apprentissage pour tous : en amenant comme nous le faisons nos élèves de manière bienveillante vers la lecture, nous pourrons avec eux y entraîner des familles.

Conclusion

Les trois expérimentations présentées affirment une ambition forte de l'ensemble de l'établissement pour tous ses élèves et la capacité de la culture à créer du lien social. Le partenariat avec les structures culturelles comme la " Comédie de Valence " et l'association " Théâtre à la page " est devenu très important : participation annuelle de plus de 150 élèves au projet du comité de lecture Pages de théâtre, présence d'un atelier théâtre qui accueille une quinzaine d'élèves volontaires chaque année ; l'opération Voisins de passage; l'école du spectateur, c'est-à-dire pour 300 élèves environ sur 4 ans, la chance d'assister à une représentation théâtrale, de visiter le théâtre, de rencontrer des artistes et de participer à des ateliers de pratique de deux heures menés par des comédiens professionnels. La fréquentation du répertoire classique et contemporain, du spectacle vivant, l'apprentissage du métier de comédien élaborent patiemment, lentement, la culture du regard, de l'écoute. C'est l'apprentissage de la découverte, une affirmation du sentiment critique passant nécessairement par une certaine estime de soi. Ces projets "théâtre" montrent la force et la capacité de nos élèves, ils prouvent que nous avons raison d'être ambitieux pour eux. La force de notre projet à Revesz-Long réside dans la permanence du théâtre tout au long de l'année scolaire. Les élèves en ont l'habitude, ce n'est pas une exception, tout est occasion à faire du théâtre. Les progrès en lecture sont visibles, la passation d'une deuxième épreuve du test ROC en fin d'année de 6e prouve que l'on peut faire rattraper une année de lecture aux élèves les plus faibles en combinant à la remédiation en fluence nos projets "théâtre". C'est évident, les élèves progressent dans la prise de confiance, la prise de risque, dans la démystification de l'acte de lire, dans la lecture plaisir. La lecture obtient ainsi un autre statut qu'ils ne craignent plus mais qu'ils adoptent avec moins de fragilité et d'anxiété. Elle devient alors plus fluide, moins perturbée, plus acceptée. L'objectif de lire apparaît alors accessible et la lecture est donc meilleure. C'est par cette familiarisation progressive de la lecture associée à l'acte artistique que les mots trouvent paroles et sens dans notre établissement. C'est un travail patient, laborieux et passionnant.

Ces projets demandent un investissement fort et constant de l'équipe enseignante mais aussi de l'équipe administrative du collège, de chacun des partenaires culturels et institutionnels comme le Conseil Général de la Drôme, la DRAC Rhône-Alpes, le Rectorat. Revesz-Long affirme donc à présent une volonté marquée d'aboutir à la mise en place de Classe à Horaire Aménagé Théâtre et une demande a été déposée officiellement en ce sens afin que d'une juste transmission des savoirs se développent les pratiques artistiques théâtrales et que se réalise une véritable synergie des projets ancrée dans le territoire autour de la lutte contre l'illettrisme.

ANNEXE : ANRAT

L'Association nationale de Recherche et d'Action théâtrale, présidée par Emmanuel Demarcy-Mota, directeur du Théâtre de la Ville, est une association indépendante, fondée en 1983 et soutenue par les ministères de l'Éducation nationale et de la Culture.

Elle rassemble des artistes et des enseignants qui sont engagés dans des actions d'initiation, de formation et d'accompagnement des jeunes aux pratiques théâtrales principalement au sein de l'école, mais également hors temps scolaire.

Ce réseau d'adhérents praticiens se regroupe pour produire une réflexion et des orientations communes en matière d'éducation artistique partenariale, notamment en théâtre et spectacle vivant.

Lire au collège, n°87 (06/2011)

Lire au collège - Coup de Coeur pour le théâtre