Editorial

Intus et in cute

Yaël Briswalter, IA-IPR de lettres, conseiller TICE du Recteur, Grenoble (38)

Pointer les difficultés d'apprentissage, et notamment les difficultés de lecture peut donner la fausse impression, fondée sur une observation empirique, que moins nombreux sont les élèves qui réussissent sans problème. Impression fausse, en effet : augmenter le nombre de contrôles routiers fait augmenter le nombre d'infractions constatées, mais fait globalement baisser la vitesse des automobilistes. Dès lors, mettre en oeuvre des diagnostiques fréquents et ciblés permet inévitablement de repérer les élèves en difficulté ou les élèves porteurs de trouble. Leur nombre absolu augmente-il pour autant sous l'effet d'une pédagogie moderne ? Il est bien évident que non. En cinquante ans, le pourcentage d'une classe d'âge qui obtient le baccalauréat est passé de 20 % à 63 % : le niveau global de la population s'est ainsi fortement élevé et les savoirs, avec les progrès technologiques fulgurants de ces dernières années, diversifiés et élargis.

L'école doit donc relever un défi de taille : assurer la réussite de tous les élèves. Cela implique la mise en oeuvre de méthodes d'enseignement adaptées. Le cours magistral, qui convenait au public de jadis n'est plus suffisant pour faire acquérir les compétences essentielles. Il nous faut déployer des trésors de pédagogie, et penser un enseignement riche de stratégies didactiques. En effet, de façon paradoxale, cette éducation de masse devient de plus en plus personnalisée : nous devons trouver des réponses adaptées aux besoins de chacun. C'est le sens de la mise en oeuvre des PPRE par exemple, ou de l'accompagnement personnalisé au lycée. Chaque individu trouvera un accomplissement personnel dans un parcours qui sera le sien.

Comment dès lors proposer des enseignements adaptés aux besoins, quand précisément l'acquisition des savoirs et des savoirs faire pose problème ? Le coeur de la réflexion se trouve ici : ne pas renoncer et orienter par défaut, mais faire acquérir les compétences, quand même. L'observation des élèves en situation de handicap est sur ce point édifiante. Bâtir les connaissances et les capacités quand un trouble neurologique ou sensoriel fait obstacle... Une stratégie du détour est alors mise en oeuvre. Contourner le handicap, contourner la difficulté, pour bâtir, multiplier les canaux du savoir, en s'appuyant sur le numérique, ou en proposant une approche multisensorielle. Et le texte écrit (re)devient oralisé. Et les mots sont mis en action, par le jeu, le mime, la mise en scène.

Et au final, nous nous émerveillons de redécouvrir autrement les textes. Et surtout, en observant les élèves en difficulté, ou les élèves porteurs de troubles, nous apprenons l'Homme, nous nous connaissons nous-mêmes intérieurement un peu plus, peut être.

Lire au collège, n°87 (06/2011)

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