Editorial

Terra incognita

Elsa Debras, rédactrice en chef

Dernière enquête PISA. La France, à nouveau, ne s'illustre en rien mais se fait remarquer : en lecture notamment, elle fait partie des plus inégalitaires. Des élites, oui, et aussi beaucoup d'élèves en très grande difficulté, dont le nombre même a doublé depuis 2006. Inquiétant, pour le moins.

Dans toutes les Académies démarre le plan national de prévention de l'illettrisme. Il faut agir avant que l'illettrisme ne soit avéré : plus de 3 millions d'adultes (sur une population de 37 millions âgés de 18 à 65 ans, dont 34 millions ont été scolarisés en France) sont considérés comme illettrés, c'est-à-dire ne peuvent "mobiliser des savoirs de base liés à l'écrit pour faire face de manière autonome à des situations simples de la vie courante".1 Plus qu'inquiétant.

Voici donc des populations, jeunes ou adultes, pour lesquels l'écrit est terra incognita. Et si l'on imagine que les explorateurs anciens regardaient avec envie les espaces vierges des cartes géographiques, on craint que les élèves en difficulté n'aient pas le même désir. Car le livre souvent fait peur et exclut triplement ceux qui n'en possèdent pas les codes : exclusion du groupe social qui l'a en connivence, du système scolaire qui s'y réfère, et de l'univers du livre lui-même avec ce qu'il peut apporter de plaisir mais aussi d'information et de communication.

Interrogés sur leurs pratiques de lecture, les jeunes de l'enquête PISA nous livrent pourtant quelques secrets. Quels sont ceux qui ont les meilleurs résultats ? Dans l'ordre (et en restant sur les critères relatifs à la lecture) : ceux qui lisent pour le plaisir, ceux qui ont les lectures les plus variées (fictions, documentaires, BD, mais aussi lecture sur écran, chat, SMS) puis ceux qui lisent le plus. Voici sans doute des pistes dont pourrait s'emparer l'école, que certains enseignants, déjà, explorent. N'en doutons pas, ce n'est pas l'aura du livre, mais au contraire sa diversité et son accessibilité, y compris jusqu'à, parfois, la disparition de l'objet livre au profit d'autres médias, qui lui gagneront de nouveaux explorateurs.

Merci donc à Jean-Christophe Larbaud, IA-IPR de Sciences Physiques et Chimiques dans l'Académie de Grenoble, d'avoir participé à l'élaboration de ce numéro, signe fort s'il en est que la lecture n'est pas l'exclusivité des enseignants de lettres : il est évident pour nous que la lecture, et l'écriture, dépassent largement les frontières du cours de français et du CDI.

A ce titre d'ailleurs, en voici un bel exemple : nous lançons dans ce numéro une nouvelle rubrique, sous la forme d'une rencontre avec une personnalité du monde des arts ou de l'édition, ici Jean-Pierre Luminet, astrophysicien mais aussi poète, romancier, graveur..., bref, artiste. Les extrêmes ne sont pas inconciliables, et l'Est, un jour, rejoignit l'Ouest, quelque part là-bas dans cette Amérique qui n'était même pas une terra incognita mais fut une grande découverte. En souhaitant que chaque élève, au moins une fois, trouve dans un livre un continent où aborder.

Appel à contributions :

Pour son prochain numéro consacré aux actions à destination des élèves en difficulté de lecture, Lire au collège recherche des enseignants qui mènent ou ont mené des actions en faveur de ce public et qui voudraient faire partager leur expérience.

Pour tout renseignement, contacter la rédactrice en chef, Elsa Debras :
elsa.debras@ac-grenoble.fr


(1) Pour plus de détails sur les chiffres, souvent à l'encontre des idées reçues, sur les définitions, mais aussi sur les pratiques qui marchent, consulter le site de l'ANLCI (Agence nationale de Lutte contre l'Illettrisme), anlci.gouv.fr

Lire au collège, n°86 (02/2011)

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