Dossier : l'Histoire des arts

Entrer dans la langue française par les oeuvres d'art

L'Art en Bazar - Ursus Wehrli - Éditions Milan Jeunesse 2003, ou "Plaidoyer pour un art bien rangé"

Marie-Louise Fuchs, Enseignante de Français Langue Seconde, Collège Edmond Rostand, la Ravoire (73)

Donner envie à nos élèves les plus fragiles d'aborder des oeuvres d'art de façon active, ludique et décomplexée, jouer avec les tableaux pour permettre aux élèves de s'approprier le lexique des formes et des couleurs utilisés par les artistes, associer les mots et les gestes, traduire en phrases les observations, les surprises, les effets, les sensations, pour finalement entrer en relation intime avec la composition de l'oeuvre et se constituer pas à pas un musée familier : ces intentions constituent le fil conducteur de la démarche pédagogique présentée ici.

La rencontre avec un livre d'art surprenant a permis l'élaboration de ces activités.

Qui est l'auteur de ce livre d'art irrévérencieux ?

" Ursus Wehrli est gaucher, original, un peu rebelle, et plus sérieusement typographe de formation" dit son éditeur.

Sa démarche dans ce recueil d'images consiste à ranger, classer, introduire de l'ordre dans la complexité et l'apparent désordre des oeuvres, en analyser - et découper ! - les éléments, les déconstruire et les reconstruire, avec impertinence peut-être, mais pour, au bout du compte, recréer des oeuvres originales, fantaisistes, esthétiques et poétiques.

Chaque double page présente un tableau sur la page de gauche et, sur la page de droite, le résultat de son travail de déconstruction-reconstruction. Dix-neuf oeuvres des plus grands artistes sont ainsi passées sous le cutter ou les ciseaux de Ursus Wehrli, une large place étant faite aux artistes du XXe siècle : P. Klee, W. Kandinsky, K. Malevitch, R. Magritte, J. Miro ... dont les compositions non figuratives se prêtent particulièrement à son projet.

Nous avons choisi de travailler sur quatre oeuvres :

  • la Planche de couleur Qu1 de Paul Klee (1930),
  • le Nu bleu IV de Matisse (1952),
  • la Composition au rouge, bleu et jaune, 1930 de Mondrian,
  • La chambre de Van Gogh à Arles (1888).

Ces tableaux nous ont paru particulièrement accessibles à des élèves pratiquement débutants en langue française, permettant de construire un lexique et des éléments syntaxiques de base, tout en les familiarisant avec des oeuvres de grands peintres.

Le public : élèves non francophones, élèves en difficulté ...

Les pistes de travail qui suivent s'adressent particulièrement aux dispositifs d'enseignement du Français Langue Seconde, et par voie de conséquence aux Élèves Nouvellement Arrivés en France. Ces dispositifs regroupent des enfants de diverses nationalités, diverses langues maternelles, diverses cultures d'origine, des élèves qui présentent des niveaux scolaires très variables, certains d'entre eux n'ayant pas été scolarisés avant leur arrivée en France.

Ils sont pour la plupart débutants en français au moment de leur prise en charge en Français Langue Seconde. L'urgence pour eux est donc l'entrée dans la langue française, la confrontation avec la culture française : la culture de la vie quotidienne et surtout, pour eux, la culture scolaire. Toutefois, pour des élèves francophones mais en difficulté avec la langue, la démarche active adoptée, le dialogue avec les oeuvres et la manipulation créative devrait permettre une approche moins intimidante des oeuvres d'art.

Quels objectifs pour un travail de FLS en lien avec l'Histoire des Arts ?

Les objectifs de l'enseignement de l'Histoire des Arts pour ce public vont croiser plusieurs axes de travail.

Pour ce qui est des acquis attendus, les acquis définis pour la fin du cycle III de l'école primaire peuvent constituer une première étape accessible à quelques élèves peu scolarisés antérieurement et débutants en français. Il est également utile de connaître ces objectifs dans le cadre d'un suivi Cm2-6e.

"Progressif, cohérent et toujours connecté aux autres disciplines, l'enseignement de l'histoire des arts vise à :

  • susciter la curiosité de l'élève, développer son désir d'apprendre, stimuler sa créativité, notamment en lien avec une pratique sensible ;
  • développer chez lui l'aptitude à voir et regarder, à entendre et écouter, observer, décrire et comprendre;
  • enrichir sa mémoire de quelques exemples diversifiés et précis d'oeuvres constituant autant de repères historiques ;
  • mettre en évidence l'importance des arts dans l'histoire de la France et de l'Europe."
Extrait du BO n° 32 du 28 août 2008 p.8, § III : acquis attendus cycle III.

Cependant, le parcours des élèves s'inscrivant dans une dynamique de progrès linguistique, les activités décrites ici permettent assez aisément de différencier les attentes et de viser pour une partie du groupe les objectifs généraux définis pour le collège :

"Progressif, cohérent et toujours connecté aux autres disciplines, l'enseignement de l'histoire des arts vise à :

  • développer la curiosité et à favoriser la créativité de l'élève notamment en lien avec une pratique artistique, sensible et réfléchie ;
  • aiguiser ses capacités d'analyse de l'oeuvre d'art ;
  • l'aider à se construire une culture personnelle fondée sur la découverte et l'analyse d'oeuvres significatives."
Extrait du BO n° 32 du 28 août 2008, p9, §1 : Le collège - Objectifs.

Le travail possible avec l'ouvrage de Ursus Wehrli s'inscrit particulièrement dans la thématique : "Arts, ruptures, continuités ". On s'attachera particulièrement à analyser " l'oeuvre d'art et sa composition : modes (construction, structure, hiérarchisation, ordre, unité, orientation, etc.) ; effets de composition /décomposition (variations, répétitions, séries, ruptures, etc.) ; conventions" (BO p.11)

Ces objectifs croisent les attendus linguistiques détaillés dans le Cadre Européen Commun de Référence pour les Langues, dont les niveaux balisent la progression linguistique des ENAF.

Synergie entre séances de langue française et d'Arts Plastiques

Faire interagir les cours de langue française et séances d'Arts Plastiques permet :

  • des apports lexicaux progressifs, abordés et utilisés en situation concrète et active, régulièrement réinvestis par l'aller-retour entre les cours de Français Langue Seconde et les cours d'Arts Plastiques, pour constituer ainsi un fonds disponible.
  • la rencontre d'oeuvres diverses par les thèmes et les techniques des tableaux rencontrés ;
  • dans le cours de FLS, l'alternance d'activités de langue orale ou écrite, selon les besoins des élèves ; la mise en place de tournures syntaxiques par une expression très guidée, ou au contraire l'appel à l'expression libre pour les élèves déjà plus autonomes en langue.
  • dans les deux disciplines, des activités variées qui peuvent être adaptées, différenciées en fonction des besoins et acquis linguistiques des élèves.

Ce parcours à travers "l'Art en bazar" peut bien entendu être mené en parallèle avec une séquence de poésie, en choisissant éventuellement des poèmes contemporains des tableaux, ou portant sur le même thème.

Durée et fréquence des séances

  • Les activités proposées sont très variables dans leur durée : de deux à six séances environ.
  • On gagnera à les échelonner dès les premiers mois de cours de langue.
  • Le choix des tableaux étudiés correspond à un parcours avec des élèves de niveau débutant à A2 en français, mais il est tout à fait possible de viser un autre niveau de formulation si on veut conduire ces activités avec des élèves parfaitement francophones.

Aspects matériels

Matériel à prévoir :

  • L'album : L'Art en Bazar, à faire acheter pour le CDI. Le feuilleter est un régal. Le volume II est également disponible : "L'art toujours en bazar" chez le même éditeur.
  • Pour chaque oeuvre étudiée et travaillée, il est important de se procurer une reproduction de bonne qualité (CRDP, médiathèques, posters commercialisés). Les oeuvres proposées dans ce travail étant très connues, il est généralement facile de s'en procurer une reproduction. En cas de difficulté, il est possible d'utiliser un vidéo projecteur.
  • Des photocopies couleur format A4 des oeuvres, en fonction du nombre d'élèves impliqués dans l'activité : une par élève, une par binôme ou par petit groupe.

Paul Klee Planche de couleur Qu 1 - 1930

Avec un groupe d'élèves quasiment débutants en français, on commencera opportunément le parcours par le tableau de Paul Klee "Planche de couleur Qu 1 - 1930"

Séance 1 - En cours de FLS

Sur le plan linguistique, l'observation collective de l'oeuvre originale permet d'en élaborer la description :

  • nommer les couleurs utilisées, éventuellement introduire les nuances de couleur
  • identifier et définir la forme géométrique dominante : le carré
  • installer la notion de verticalité et horizontalité
  • situer les éléments dans la surface avec des indicateurs spatiaux : en haut, en bas, dans le coin, au milieu, en ligne, en colonne...
  • dénombrer les carrés utilisés pour la totalité du tableau, et par couleur
  • découvrir ou revoir les consignes : découper, ranger, organiser, classer, choisir, ...

Il est important que les élèves - individuellement ou par groupe en fonction de leur nombre et du budget photocopie - puissent observer une bonne reproduction du tableau, et manipuler une photocopie couleur.

Séance 2 - En Arts Plastiques,

Les élèves peuvent découvrir et s'approprier une technique et une démarche, à partir de la consigne de travail :

  • Ranger le tableau : proposer une organisation personnelle des éléments découpés.

Autre possibilité :

  • Composer son propre tableau avec les carrés découpés. Les carrés de même couleur ne doivent jamais se toucher.

Les deux étapes peuvent être réalisées, à partir de la photocopie couleur.

Séance 3 - En classe de langue ou d'Arts Plastiques, ou mieux encore, en co-animation.

Les élèves sont sollicités pour commenter et comparer les classements-rangements effectués.

Pour dire ce qu'ils ont fait, pour commenter le classement qu'ils ont réalisé, les élèves vont mobiliser un lexique utile à plusieurs disciplines :

  • La numération est sollicitée
  • Il faut décrire l'organisation dans la surface : piles, colonnes, lignes, etc ...
  • Désigner avec précision les couleurs implique de savoir dire leur degré d'intensité : du plus clair au plus foncé et inversement, l'ordre choisi ... La fantaisie des créations des élèves demandera des mots précis pour les décrire.
  • Toutes les tournures permettant la comparaison sont nécessaires pour mettre en relation les éléments d'une composition, ou de plusieurs compositions entre elles.
  • Les superlatifs viennent aisément dans les phrases : la colonne la plus petite, la plus grande. C'est l'occasion de réutiliser "ordre croissant" et "ordre décroissant", termes utilisés en sciences et en mathématiques.

Ce travail sera largement conduit à l'oral, mais peut donner lieu à une "trace écrite" de quelques lignes.

Séance 4 - L'enseignant dévoile alors le rangement proposé par Ursus Wehrli.

Cette étape est l'occasion de réinvestir oralement d'abord, puis avec en deux ou trois phrases écrites, les éléments linguistiques introduits dans les activités précédentes en répondant à la question : comment Ursus Wehrli a-t-il réorganisé les éléments du tableau ?

C'est le moment d'exprimer un avis personnel, une réaction, dans un langage élémentaire à courant (au niveau A1- A2 du CECR)

Prolongements en autonomie

Les élèves les plus autonomes pourront conduire une recherche documentaire afin de rédiger une courte biographie de Paul Klee, qu'ils présenteront au groupe.

D'autres élèves peuvent chercher dans les livres d'art, ou les sites internet des musées, d'autres tableaux du même peintre et exprimer leur préférence.

Présenter au groupe classe un autre tableau et sa description précise peut constituer une tâche complexe pour l'évaluation des acquis.

Après les séances de travail : communication - valorisation des travaux

Les créations personnelles : "nouveau tableau à la manière de" ou "organisation d'éléments" accompagnées de quelques phrases de commentaire rédigé alimenteront le dossier / portfolio de langue et celui d'Histoire des Arts.

La reproduction du tableau, accompagnée de l'ensemble des productions des élèves, pourra constituer une exposition temporaire au CDI.

Le Nu Bleu IV de Matisse (1952)

Ce tableau est l'occasion d'approcher une autre technique et un autre sujet : la représentation du corps humain.

Dans ce tableau, Nu bleu IV, en papiers gouachés, découpés et collés sur papier blanc, Matisse sculpte la silhouette d'une femme aux lignes courbes "en dessinant aux ciseaux dans des feuilles de papier coloriées à l'avance, d'un même geste pour associer la ligne à la couleur, le contour à la surface" (André Verdet, "Entretiens avec Henri Matisse, dans Prestiges de Matisse, Paris, 1952). Matisse dit d'ailleurs lui-même : "découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs" Henri Matisse, "Écrits et propos sur l'art", Paris, Hermann, 1972

Séance 1

==> À partir de ce tableau, en FLS, c'est tout le lexique associé au corps humain qui est exploré : les parties du corps, les positions et gestes, en constituant des paires de contraires : nu/vêtu ; en mouvement / immobile ; assis/debout ...

On peut comparer ce tableau avec les autres tableaux de Matisse intitulés "Nu bleu": http://www.galerie-peintures.com/matisse-fond-bleu_ch_1810.html

Séance 2 - En Arts Plastiques : les bleus de Matisse

==> Travailler les variations sur la couleur bleue peut être une entrée pour construire la notion de camaïeu, de dégradé...

==> Jouer avec le tableau à la manière de Ursus Wehrli : redécouper les formes du Nu Bleu IV, et en réorganiser librement les éléments.

==> S'approprier la technique de façon personnelle : peinture, découpage, collage à travers une création originale sur un thème à définir.

Séance 3 - En FLS

==> Le vocabulaire mis en place au cours de la précédente activité est réactivé et permet de comparer le travail personnel avec celui de U. Wehrli

==> L'expression d'une impression personnelle, d'une préférence, dans un langage adapté au niveau linguistique de l'élève, peut constituer l'activité de langue finale.

==> Mais un autre type d'expression personnelle orale et/ou écrite, en relation directe avec le travail réalisé en Arts Plastiques, peut être conduit : la narration d'actions. L'enseignant de français demande à l'élève de rendre compte des principales opérations qu'il a effectuées, d'expliquer comment il s'y est pris, pour arriver au résultat final.

==> Un travail de recherche documentaire différencié est aisé à mettre en place :

Pour les débutants : recherche d'informations dans un document complexe, une notice biographique du peintre que le professeur a élaborée préalablement. Cette recherche conduit à reconstituer une "carte d'identité" de l'artiste : Quand est-il né ? décédé ? Où a-t-il vécu la plupart du temps ? À quel âge a-t-il peint ce tableau ? Quelles techniques a-t-il utilisées ? Où peut-on voir des oeuvres de Matisse ? etc ...

==> Les élèves plus avancés peuvent conduire en autonomie la recherche documentaire, et rédiger une notice biographique qui réponde à une "commande' précisée à l'avance par l'enseignant.

Piet Mondrian Composition au rouge bleu et jaune

Cette activité peut se mener sur trois séances.

Séance 1 - En FLS

==> Le professeur peut conduire avec le groupe une observation du tableau de Mondrian, ce qui conduit à revoir ou introduire les noms de quelques formes géométriques, aller plus loin dans les indicateurs de lieu disponibles, utiliser des termes plus précis pour préciser la position des éléments colorés dans la surface : au bord, dans le coin en haut à gauche, de biais, en diagonale ... À la fin de la séance, les élèves décrivent avec précision les éléments colorés du tableau : forme, couleurs, dimensions, position dans la surface ...

==> On amène alors les élèves à préciser l'impression produite : impression de mouvement, de vie, de désordre ...

==> Enfin, collectivement, le groupe passe à l'observation du "rangement" de U. Wehrli : comment a-t-il placé les éléments ?

Séance 2 - En Arts Plastiques : à la manière de Mondrian

Travail de création collective (ou en binôme) à partir de formes géométriques et de verbes de consignes.

==> Choisir ensemble une douzaine d'éléments géométriques, définis avec précision : forme géométrique exacte, couleur, dimensions ... Les réaliser en découpage ou peinture.

==> Avec les éléments créés, construire collectivement un tableau en manipulant les consignes avec les verbes "Mettre, poser, placer, coller, ajouter, déplacer ..."

Variante : ce travail peut aussi être fait en binômes, avec les mêmes éléments, comme un jeu, en situation d'interaction. Dans ce cas, dans un premier temps chacun construit sa composition en disposant les formes géométriques sur la page selon son choix, sans le montrer aux autres.

Séance 3 - En FLS : utilisation des consignes en interaction

==> En binôme, l'objectif est de faire reproduire à son voisin la disposition réalisée personnellement. Chacun élève donne à son partenaire les consignes précises de placement des éléments dans la surface, en cachant son propre tableau. Le partenaire doit placer les éléments sur la feuille en fonction des consignes données.

==> Dans chaque binôme, confronter le résultat obtenu, avec l'original. Les consignes données étaient-elles suffisamment précises ? Observer ce qui a été compris ou non. L'intérêt de ce travail réside autant dans la production (lexique, syntaxe, phonétique) de la consigne, que dans sa réception, sa compréhension, sa réalisation.

==> Pour conclure : rédiger, seul ou à deux, les consignes exactes pour réaliser une des compositions.

La chambre de Van Gogh à Arles

En FLS

Le tableau de Van Gogh offre l'occasion d'une séquence d'activités variées, qui peuvent se développer sur cinq à six séances.

==> Pour varier la démarche, on va choisir une autre entrée dans l'activité, à partir de la compétence "être capable de décrire un lieu". Le début de la démarche est classique : on peut mettre en place ou rappeler les indicateurs de lieu nécessaires par la description de la classe ou d'un autre lieu connu de tous. Après les apports lexicaux nécessaires (le mobilier et les éléments de décor), les élèves peuvent s'entraîner à décrire un lieu personnel : leur chambre par exemple, dans une lettre à un nouveau correspondant.

Sujets possibles : "Tout a changé ! Vous avez déménagé, ou bien avec vos parents vous avez "refait" votre chambre (= changé toute la décoration et le mobilier de votre chambre). Décrivez la nouvelle chambre à votre correspondant (à un membre de la famille)." Variante : "Votre correspondant va venir - pour la première fois - passer quelques jours chez vous. Vous lui décrivez dans une lettre la chambre où il va séjourner."

==> Une activité de lecture fera découvrir aux élèves des passages de la lettre de Van Gogh à son frère, lettre dans laquelle l'artiste décrit sa chambre, avec une précision particulière pour l'évocation des couleurs, qui sont parfois définies par association à des éléments naturels :

"Dans la lettre adressée à son frère Théo (une version très voisine est adressée à Gauguin), Vincent explique ce qui l'incite à peindre une telle oeuvre : il veut exprimer la tranquillité et faire ressortir la simplicité de sa chambre au moyen du symbolisme des couleurs. Pour cela, il décrit : "les murs lilas pâle, le sol d'un rouge rompu et fané, les chaises et lit jaune de chrome, les oreillers et le drap citron vert très pâle, la couverture rouge sang, la table à toilette orangée, la cuvette bleue, la fenêtre verte", affirmant : "J'avais voulu exprimer un repos absolu par tous ces tons divers".

Extraits du commentaire du tableau, sur le site du Musée d'Orsay

Plusieurs lettres de Van Gogh sont disponibles sur le site :
http://artsplas.mangin.free.fr/portail____la_chambre_de_vincent_14090.htm

Toutes les lettres comportent un foisonnement d'expressions pour définir les couleurs ! (Une mine d'or pour les exercices d'orthographe sur les adjectifs de couleur !)

==> Un travail de recherche collective, un "remue-méninges", permet aux élèves de nommer ou caractériser des couleurs à la manière de Van Gogh, en référence à des éléments naturels, et ainsi commencer à jouer avec les métaphores. Le résultat de la recherche est consigné sur une affiche consultable par tous.

==> En travail d'écriture, faire évoluer la première version de la lettre personnelle : enrichir les informations sur les couleurs en y intégrant quelques métaphores puisées dans la recherche collective. La lecture à voix haute de quelques extraits des lettres, avant et après la réécriture, peut être intéressante pour faire sentir le changement de ton.

==> La découverte du tableau de Van Gogh intervient seulement à ce moment du travail : on en nomme les éléments, les élèves associent chaque élément à la description que Van Gogh en fait dans sa lettre.

==> "Range ta chambre !" : l'antienne des parents ! C'est l'occasion d'une séance d'expression orale collective très vivante. On la conduira en deux temps. Dans un premier temps, discussion à bâtons rompus et notation au tableau de lexique et d'idées, à partir de questions comme par exemple : Rangez-vous votre chambre ? Quand et comment le faites-vous ? Si ce n'est pas vous, qui le fait à votre place ? Est-il nécessaire de ranger sa chambre, et pourquoi ? Le deuxième temps est consacré à une séance de jeu de rôle en binôme ou petits groupes : l'un de vos parents vous demande pour la troisième fois de ranger votre chambre, vous n'avez toujours pas envie de le faire. La discussion s'engage et chacun développe ses arguments.

==> À ce point du travail, les élèves n'ont pas encore connaissance du "rangement" opéré par Ursus Wehrli. Il est alors intéressant de leur faire émettre des hypothèses : comment U. Wehrli va-t-il ranger la chambre de Van Gogh ? Venant à la suite de ces hypothèses, la découverte du rangement à la manière de U. Wehrli provoquera sans aucun doute la surprise et le sourire : le professeur donne alors les outils linguistiques pour exprimer la surprise de façon familière, courante ou soutenue (ou les trois !)

==> On peut terminer par la description de la chambre rangée, à la manière du jeu des sept erreurs : les sept (au moins !) différences entre l'avant et l'après. Deux possibilités selon le niveau de langue des élèves : au passé composé ( au besoin, donner les verbes : empiler, entasser, cacher...) ou en utilisant la tournure passive.

Prolongements

Les élèves peuvent faire mieux connaissance avec Van Gogh en recherchant d'autres tableaux, en lisant d'autres extraits des "Lettres à son frère Théo" dans la collection L'Imaginaire chez Gallimard, en conduisant une recherche en forme d'enquête sur la vie de Van Gogh, les lieux où il a vécu, la ville d'Arles.

Il est aussi possible, en fonction du temps disponible, de visionner des extraits du film de Maurice Pialat (1991) ou celui projeté à la Géode en 2009-2010 : "Moi Van Gogh" http://www.filmvangogh.com/a_propos_de_vincent_van_gogh.html

Une visite au musée s'impose, à un moment du parcours qu'on jugera opportun : pour commencer, accompagner ou clore ce parcours.

Le site suisse du Musée Jurassien d'Art et d'Histoire propose un livret d'activités et d'observation : dans ce livret deux autres activités s'appuient sur L'Art en Bazar.

Pour conclure

Travail de langue, découverte approfondie de quelques tableaux, activités croisées qui associent le geste à la parole pour mieux ancrer les apprentissages dans le lexique disponible des élèves, parcours de lecture d'images, et au bout du compte, quelques éléments ajoutés à la culture commune que les élèves sont en train de se constituer, décidément, cet album iconoclaste offre bien des possibilités, dont nous n'avons exploré qu'une infime partie.

Feuilleter cet ouvrage fera sûrement naître dans l'imagination des enseignants de langue française ou d'Arts Plastiques bien d'autres pistes de travail, pleines d'imagination et d'humour.

Lire au collège, n°85 (12/2010)

Lire au collège - Entrer dans la langue française par les oeuvres d'art