Dossier : l'Histoire des arts

Vers un parcours en histoire des arts : "Les arts et l'opinion publique"

Par Cyrille Colombier, professeur d'éducation musicale, collège de l'Epine, Novalaise (73), CMAI histoire des arts, avec la collaboration de Chantal Ferrand, professeur d'arts plastiques, CMAI histoire des arts et Martine Mermoud, professeur d'histoire-géographie..

Introduction

Je souhaiterais vous présenter un parcours en histoire des arts réalisé avec ma collègue Chantal Ferrand, professeur d'arts plastiques. Particulièrement sensibilisés à ce nouvel enseignement par notre participation au groupe-ressources académique sur le sujet depuis un an déjà, nous avons en outre la chance d'enseigner dans le même établissement dans lequel nous avons donc pu passer à la mise en oeuvre (collège de l'Epine à Novalaise - Savoie). Au-delà du descriptif des contenus, il paraît important d'éclairer la méthodologie qui a présidé à la conception de ce projet.

Comme dans beaucoup de collèges français, il a fallu se retrousser les manches dès la rentrée 2009-2010 pour créer des parcours en histoire des arts dans le cadre de la généralisation de cet enseignement.

S'il a été assez facile de se mobiliser pour proposer quelque-chose aux classes de 3e, il nous a semblé également important de tout de suite s'attaquer aux autres niveaux afin que chaque élève aborde la fin du collège avec déjà une pratique et une culture en histoire des arts.

La mise en route

Communiquer sur le texte

Nous étions décidés à ne pas nous laisser arrêter par le silence du texte réglementaire sur les moyens de concertation qui avaient permis les réussites des itinéraires de découverte et auraient sans doute suscité l'adhésion rapide des enseignants. Il fallait trouver des stratégies pour informer sur ce nouvel enseignement, échanger sur les modalités de mise en oeuvre et mettre l'équipe en mouvement sur ce sujet sans que cela soit ressenti comme une injonction supplémentaire.

Outils en interne

Après une réunion générale de présentation, les thématiques ont été affichées au format A3, mises en regard avec les périodes historiques, manière d'inviter délicatement chacun à se familiariser avec tout cela. En parallèle, une fiche récapitulative des actions menées a été créée. Elle a le mérite de présenter ces actions sur une cohorte et ainsi d'ajuster chaque année les choix opérés en matière d'action cultuelle (au sens le plus large) en fonction des années précédentes. Cela peut également éclairer nos choix en matière de parcours en histoire des arts.

La part "informelle"

Comme dans beaucoup de cas, les conversations informelles autour du café ont été précieuses ; très rapidement des envies ont vu le jour, des équipes se sont formées. Martine Mermoud, professeur d'histoire et géographie a souhaité se joindre à notre équipe. Par définition, un parcours pluridisciplinaire (et transdisciplinaire) commençant avec deux enseignants, nous étions largement dans les quotas.

La conception

Remue-méninges

Nous avions le niveau quatrième en commun. Nous avons donc assez longuement échangé sur nos envies, sur les oeuvres possibles, le lien avec le texte qui définit cet enseignement.

Pour tout mettre en cohérence, la fiche proposée par le site Eduscol1 nous a semblé très pratique car elle focalise sur les oeuvres au travers de domaines et ne fait pas apparaître directement les disciplines.

Le choix des oeuvres

Dire comment les choix se sont effectués est difficile tant il y eut un aller-retour permanent entre nos envies personnelles, le lien avec les programmes disciplinaires et ce qui nous semblait important pour nos élèves dans l'esprit de cet enseignement. Le choix de la période pré-révolutionnaire et révolutionnaire dans la France du XVIIIe siècle s'est cependant rapidement imposé car elle est une part importante du programme d'histoire en 4e.

Le tableau suivant montre sur quelles oeuvres se sont arrêtés nos choix et surtout par quel prisme nous avons souhaité les observer dans le cadre de l'enseignement de l'histoire des arts. Nous verrons plus tard que le regard porté sur les mêmes oeuvres sous un angle disciplinaire est bien entendu différent, plus large car inscrit dans une problématique différente et mis en oeuvre avec la didactique propre à chaque enseignement.

La problématique

Nous nous sommes arrêtés sur la question du rôle qu'ont pu jouer les arts à cette époque sur la naissance d'une opinion publique, en particulier à Paris.

  • La caricature politique, comme en chaque période de crise, va exploser.

    "Il faut la conjonction systématique et délibérée d'une production massive d'estampes, avec relais dans les pamphlets et dans une presse foisonnante, pour faire de la caricature non plus seulement une arme mais un langage politique en voie d'autonomisation. Tel sera le cas en 1789."

    Annie Duprat, "La caricature, arme au poing : l'assassinat d'Henri III, p.105, in Sociétés et représentations, "Le rire au corps", n° 10, décembre 2000, Credhess.
  • La technique du timbre (ou fredon) qui consiste à écrire de nouvelles paroles sur " l'air de ", un air bien connu du public, très présente depuis longtemps, se poursuit très fortement pendant cette période jusqu'à nos jours, en témoignent les vers de mirlitons que l'on peut entendre aujourd'hui encore lors de grandes manifestations politiques. L'air " Quand la mer rouge apparut " donne lieu à plusieurs chansons politiques (de bords opposés) et même religieuses.
  • Présence, au côté des révolutionnaires, de peintres comme Jacques-Louis David, soucieux d'immortaliser, au sens premier, les moments vécus et leurs protagonistes, quitte à magnifier symboliquement la scène (l'auteur et ses commanditaires ont eu conscience de vivre un moment majeur de l'Histoire de France). Ce sont les révolutionnaires (L'Assemblée nationale constituante) qui sollicitent David (lui-même acteur engagé membre du Club des jacobins, pour un tableau pour sa salle des séances ; l'Assemblée veut insister sur la souveraineté et l'union nationale. Mais David n'a jamais achevé son oeuvre : unité nationale effacée et tableau à l'ébauche...

La réalisation

Place dans les programmes disciplinaires2

Histoire

Thème transversal au programme d'histoire : Les arts, témoins de l'histoire des XVIIIe et XIXe siècles.

==> Les difficultés de la monarchie sous Louis XVI

Connaissances :

Les aspirations à des réformes politiques et sociales

Démarches :

L'étude est conduite à partir d'images au choix (tableaux, caricatures).

==> La Révolution et l'Empire

On renonce à un récit continu des événements de la Révolution et de l'Empire ; l'étude se concentre sur un petit nombre d'événements et de grandes figures à l'aide d'images au choix pour mettre en évidence les ruptures avec l'ordre ancien.

Arts plastiques

Images, oeuvre et réalité

Les images et leurs relations au réel : dialogue entre l'image et son référent réel qui est source d'expressions poétiques, symboliques, métaphoriques, allégoriques :

  • Le portrait, de Rigaud à Sherman
  • Le portrait, signes et codes du pouvoir, avec focalisation sur Le Serment du jeu de paume de David (écarts entre l'ébauche et la peinture en relation avec l'évolution du contexte politique).

Incitation : Reconnaissance ou ressemblance ?

Demande : En vous référant à une personne connue ou un personnage célèbre, révélez, avec les moyens plastiques de votre choix, sa personnalité.

Vocabulaire à retenir : Ressemblance, représentation, présentation, référent (absence, prégnance, image comme référent), modèle, réel, point de vue (de l'observateur, de l'auteur, de l'acteur), portrait, symbole, allégorie, commande.

Éducation musicale

Objectifs généraux de la séquence

Percevoir et produire de la musique

L'élève apprend :

  • à reconnaître un thème musical dans des contextes différents (parodie, citation...),
  • à produire et interpréter une chanson parodique.

Construire une culture

L'élève apprend :

  • que la musique a de tous temps été porteuse de messages " politiques "
  • que les clivages populaires / savants, sacré / profane sont parfois moins importants qu'ils ne le paraissent.

Projet musical

  • Le Timbre / fredon Quand la mer rouge apparut dans ses différentes occurrences.
  • Création d'un texte parodique sur ce timbre.

Oeuvres de référence :

Louis-Claude Daquin (1694-1772) Nouveau Livre de Noëls pour l'orgue et le clavecin Op. 2 - Paris, 1757.

Dixième Noël

Récurrences du thème du Dies Irae : chant grégorien, J'ai vu le loup - chanson traditionnelle, Berlioz Symphonie Fantastique Songe d'une nuit de Sabbat

Perception de la cohérence du parcours par les élèves

Le temps du parcours

Il ne nous est pas apparu nécessaire de caler le déroulement de nos séquences en parallèle. Le cours d'histoire a cependant devancé les interventions en arts plastiques et éducation musicale. Les élèves ont donc, dans ces deux disciplines, été invités à convoquer leurs connaissances historiques sur le sujet, de la même manière qu'ils avaient été informés par le professeur d'histoire qu'ils retrouveraient certaines oeuvres plus tard avec d'autres regards et d'autres enseignants.

Le cahier de suivi ou "carnet de voyage culturel"
  • Nous avons opté dans l'établissement pour un support numérique, propre à accueillir aussi bien des écrits que des documents multimédias (images, sons).
  • La mémoire du parcours est donc stockée sur le réseau informatique pédagogique : dans la zone d'échange de la classe, les documents proposés par les professeurs sur les différents parcours dans un dossier HDA, dans la zone personnelle de l'élève, ses propres apports ainsi que les travaux qui lui sont spécifiquement demandés dans le cadre de cet enseignement. Pour le parcours qui nous occupe, les traces sont majoritairement restées dans les cahiers disciplinaires, faute d'avoir suffisamment anticipé pour mettre en place les outils sur le réseau.
  • Par la suite, nous avons mis en place pour les classes de 4e et 3e essentiellement, une fiche personnelle qui permet à chaque élève de rendre compte de sa perception de la cohérence du parcours en le laissant choisir une des oeuvres étudiées et en la contextualisant.

L'évaluation

Le texte nous précise clairement quelles connaissances, capacités et attitudes doivent être acquises en fin de scolarité au collège, dans la logique du socle commun de connaissances et de compétences.

Ce chantier est toujours en discussion au sein de l'équipe pédagogique de l'établissement. La question de la mise en place de l'oral d'histoire au DNB a d'ailleurs occulté le reste de la réflexion.

Nous avons cependant évoqué quelques pistes qui paraissent de bon sens :

Évaluation disciplinaire
  • Par des productions et créations spécifiques à chaque discipline.
  • Par des contrôles de connaissances.
Évaluation transdisciplinaire
  • Fiche de synthèse.
  • Réinvestissement des connaissances (souvent difficile à mesurer si aucun outil spécifique n'est pensé au moment de la conception du parcours).
  • Bilan en fin de parcours avec la classe et les enseignants concernés.

Conclusion

Ce nouvel enseignement a semblé au départ difficile à maîtriser dans l'articulation entre sa logique propre et les logiques disciplinaires. Cette gymnastique apprivoisée, il en reste pour nous une aventure enthousiasmante qui, si elle n'a sans doute pas bouleversé nos pratiques, nous a permis de nous sentir co-participants, co-enseignants d'un sujet qui nous passionne. Au plaisir de la nouveauté a succédé l'intérêt de la réflexion didactique et pédagogique.

Au-delà des difficultés de concertation, le plaisir partagé, entre nous et avec les élèves (nous l'espérons !), nous incite à continuer de nous mobiliser avec le plus de collègues possibles sur ces problématiques qui croisent, nous l'avons bien vu, certains des enjeux actuels du collège : l'évaluation par compétence, le socle commun, la place des TICE3 dans les enseignements...


(1) http://eduscol.education.fr

(2) extraits des programmes BO du 28 août 2008 : mise en place en Histoire-Géographie pour les 4° en septembre 2011.

(3) Technologie de l'Information et de la Communication pour l'Éducation.

Lire au collège, n°85 (12/2010)

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