Actualité du livre

Notes de lecture ("Lire au collège, numéro 82")

Album

La Nuit du visiteur
Benoît Jacques.
Benoît Jacques Books, 2008

Le titre de l'album fait penser immédiatement au chef-d'oeuvre de Charles Laughton, La Nuit du chasseur, unique réalisation signée par l'acteur où l'inquiétant Robert Mitchum mène la vie dure à deux enfants en fuite. Ici, point de fuyard, une situation vraiment statique bien au contraire : le grand méchant loup essaie de pénétrer chez la Mère Grand et s'évertue à lui faire ouvrir une porte qui restera désespérément fermée. Benoît Jacques joue sur tous les codes du conte, pour les subvertir évidemment : la grand-mère use et abuse de sa surdité comme d'une arme de destruction massive. Elle louvoie, répond à côté, lui fait répéter, mais elle n'ouvrira jamais cette fichue porte, le garde-manger restera inaccessible. L'ouvrage commence sur le ton du conte, introduction un peu précieuse qui amène de belle manière un jeu très tonique sur les rimes, très amusantes à défaut d'être riches : on rit en effet - comique de répétition - à voir l'exaspération grandissante du loup qui se traduit alors dans la typographie. La comptine d'abord se fait jeu oulipien (pensons à La Cantatrice sauve, variations infernales sur le seul nom de Montserrat Caballé publiées jadis dans la Bibliothèque oulipienne), pour laisser place ou presque à un réjouissant délire graphique : le "bruit" des lettres blanches va envahir par paliers le fond noir de la nuit et de la page - la mère-grand restant elle au fond de son lit et de sa chambre claire. Cette invasion typographique s'accompagne jusqu'à l'absurde d'un dessin où défile le bestiaire de nos peurs enfantines, de la Bête du Gévaudan à Godzilla. Voilà notre loup près du but, enfin : la porte va s'ouvrir, contre toute attente. Oui, à condition que le loup se souvienne de la formule magique bien connue. "Tire la ciboulette, et la crépinette cuira". Effet comique - de répétition et d'invention encore - garanti : la bobinette ne cherra pas. Il aurait pourtant suffi au loup de disposer de la clef (la clef de l'énigme, la clef de la porte) que le Petit Chaperon rouge trouvera très prosaïquement sous un paillasson passablement fatigué à force d'avoir été piétiné par un loup désespéré. Une grande réussite graphique, dans une technique originale, la linogravure . Désormais moins usitée, on retrouve ici cette technique avec curiosité : l'auteur en use également dans son désopilant Je te tiens, comme il use de l'eau-forte pour le très beau Scandale au château suisse. Réussite graphique et poétique, donc, couronnée fort justement l'an dernier par le Baobab du Salon de Montreuil - un arbre bien accueillant pour une toute petite fille cachée dans la forêt des contes.

Robert Briatte.

A signaler également, la réédition, toujours chez Benoît Jacques Books, et comme les autres titres déjà cités, de Titi Nounours et la sousoupe au pilipili, ode un peu gaga et nunuche, hilarante aussi et pas spécialement destinée aux fenfants, mais assurément aussi à toutes les mémères à chienchien ainsi qu'à tous les sacrés cocos accros aux nénés de la belle Lulu. (tous âges)
Bébert Bribri

Romans

Mon amour Kalachnikov
Sylvie Deshors.
Éditions du Rouergue (collection doAdo Noir), 2008

Agathe est une jeune fille métisse et, bien que française, son physique rappelle clairement ses origines chinoises. Étudiante en histoire, elle vient d'emménager à Lyon. Elle fait du baby-sitting le soir. Un matin, elle est convoquée par la police. Le père du bébé qu'elle gardait hier est mort assassiné, au moment où elle partait.

Comme l'indique le nom de la collection -doAdo Noir -, ce roman de Sylvie Deshors est un véritable roman noir destiné aux adolescents. Comment est-ce possible ? Sexe, violence, drogue et bas fonds dépeints dans un livre pour la jeunesse ? En douceur, et sans choquer ? Oui, cela s'avère tout à fait possible. Le sexe, par exemple, s'appelle ici amour. Les étreintes sont des souvenirs doux, forts "J'aime sa force retenue, le poids dense de son corps magnifique...Sa douceur...Ses gestes envers moi quand nous faisons l'amour" (p.95), "... souvent elle joue à les étirer entre ses doigts, y promène sa langue. Bouche sèche. Je hennis cheval fou, pur sang lâché dans un torrent. Tumulte. Mon grain de riz fait monter la température" (p.30) et poétiques "Mon amoureux dont les caresses me portent au bout de la nuit (p.117)". Pour autant, leur vie de couple n'est pas toute rose et leur relation est complexe (p. 110). Quant à la violence des actes :- Agathe casse les rétros de toutes les Scénic qu'elle croise (p.114)- elle trouve des explications. En l'occurrence, elle agit ainsi pour se venger d'une agression qu'elle a subie. Mais son nom de famille est Gentil (p.133), et le prénom de sa meilleure amie Lucia-Paz. En fait, et c'est ce qui sauve le roman de la noirceur totale sur ce plan, cette violence est nommée, identifiée et par la même occasion dénoncée : "Effacer toute cette violence" p. 193.

Sylvie Deshors, c'est aussi une écriture. Elle pose des jalons et glisse dans le récit des hasards qui n'en sont pas. Dans la salle d'attente d'un avocat, Agathe tombe sur un article du Comité Contre l'Esclavage Moderne (CCEM) (p.152), et cette lecture n'est pas sans lien avec la suite de son aventure (p. 196).

Sylvie Deshors introduit dans le cours de son texte assonances et allitérations "... ici aussi, les branches sont blanches de givre" (p.170). Elle mélange astucieusement passé et présent (p.154) pour rendre compte de l'absence d'Agathe, absence qui s'explique par le fait qu'elle est vraiment préoccupée - ce que l'on peut comprendre. Elle laisse entendre certaines questions auxquelles elle ne répond que cent pages plus loin, par un simple clin d'oeil. Par exemple, Gilan écrit et chante ses textes. Depuis le début du roman, les premières paroles de Mon amour Kalachnikov rythment le récit comme un refrain, comme un oracle. Mais est-ce Gilan qui les écrit ? La réponse se trouve page 168 "Ce mec Martin Angor, il assure avec son texte. Pourquoi j'ai pas eu l'idée de l'écrire moi-même ?". Avec tout cela, difficile de croire que l'anecdote de la bavure policière (pp.183 -186) est innocente. Le roman noir est ancré dans un présent qui parle au lecteur. Ici, le vocabulaire en témoigne, la FNAC ou les téléphones portables. Mais là encore, Sylvie Deshors use de toute sa finesse pour ne pas plaquer cette réalité et évite avec brio le risque démagogique du "parler jeune". Comme dans tout roman noir, la ville tient une place primordiale. Mon amour Kalachnikov se déroule à Lyon et donne des envies de tourisme littéraire. Tout y passe, les traboules, la Croix-Rousse, la Place des Terreaux, Fourvière, le Parc de la Tête d'or, etc.... Mon amour Kalachnikov est un roman noir mais je ne crois pas qu'il donnera des cauchemars à ses lecteurs, comme par exemple Roald Dahl en donne à Agathe avec ses histoires de meurtres à coup de gigot ... (3e- lecteurs vraiment confirmés)

Chloé Prieto.

Le Magicien des morts
F.E. Higgins.
Éditions Pocket (collection Pocket Jeunesse), 2008

Le père de Pin Carpue a disparu après avoir été accusé de meurtre Le "garçon aux yeux étranges" est dès lors livré à lui-même dans une "ville réputée pour son ignominie". Il va être engagé par un croque-mort pour surveiller les morts qui ne cessent de se multiplier depuis que rôde dans la cité le "tueur à la pomme d'argent". Pin va aussi faire la rencontre d'un magicien capable de faire parler les défunts et de son assistante aux parfums ensorcelants. Il essaiera dès lors de percer le secret du magicien des morts, de comprendre pourquoi son père a disparu et d'identifier le meurtrier de la ville.

Alors que l'auteur du roman "prétend" que son oeuvre est véridique, Le Magicien des morts semble s'inscrire dans le courant en vogue de la fantasy. Le livre nous plonge en effet au coeur d'une ville nauséabonde et inquiétante dans laquelle vivent entre autres des monstres, un nain et un magicien. Néanmoins, le livre n'est pas réellement effrayant et peut être lu par des collégiens. Par ailleurs, on notera que le roman connaît quelques difficultés pour embarquer son lecteur. Les multiples quêtes dans lesquelles s'embarque le héros empêche à vrai dire l'intrigue de décoller. Toutefois, il est à souligner que le roman est assez facile et agréable à lire. Il se caractérise ainsi par une variété de formes d'écriture qui ne permet pas la monotonie. Le récit alterne en effet avec le journal de Pin et les billets de Déodonatus Snoad. De plus, le lecteur qui appréciera ce roman sera poussé à la lecture. Le précédent livre de l'auteur, Le Livre noir des secrets est en lien avec Le Magicien des morts. De plus, la fin du roman et la note de lecture semblent sous-entendre que le roman va connaître une suite. (cycle central)

France Jourdy.

Les Égarements de Lily
le Normand.
Editions Thierry Magnier, 2009

Lily ne peut pas prendre son service au Café Chéri(e). Elle fait une allergie. Son visage est défiguré au point de la faire ressembler à une grenouille. La jeune fille décide de rester cachée chez sa Tante Emmie. Cette pause est l'occasion pour elle de faire le point sur sa vie et de se poser des questions existentielles sur son avenir amoureux et professionnel.

Après avoir écrit trois romans retraçant l'adolescence de son héroïne, Véronique M. Le Normand raconte dans Les Égarements de Lily le passage de son personnage à l'âge adulte. Ce tournant dans la vie de Lily sera marqué par sa métamorphose tant sur le plan physique que psychologique. Sa guérison apparaîtra ainsi comme son entrée dans la vie adulte. Elle sera apaisée et parviendra à trouver sa voie et à faire le deuil de ses anciennes amours. Ce roman est susceptible de plaire aux collégiens et tout particulièrement aux filles car il soulève des questions qu'est susceptible de se poser tout adolescent et il nous plonge au coeur de l'intimité de Lily. En effet, ce roman se présente sous la forme d'un journal intime qui donne au récit une tonalité véridique. Cette caractéristique est aussi notable dans le style d'écriture de l'auteur. (4e)

France Jourdy.

La Vague
Todd Strasser.
Éditions Pocket (Pocket Jeunesse jeunes adultes), 2009

Pour faire comprendre à ses élèves pourquoi le peuple allemand n'a rien fait pour empêcher les crimes nazis, Ben Ross, professeur d'Histoire, va mettre en place une expérience. Elle repose sur un mouvement nommé La Vague incarné par une discipline, un slogan, un symbole et un geste. La situation va vite devenir incontrôlable. Les lycéens se laissent prendre au jeu au point de brutaliser la minorité qui n'adhère pas au mouvement. Ben Ross, quant à lui, a de plus en plus de mal à prendre de la distance vis-à-vis de son nouveau rôle de dictateur. Un événement fort sera le seul moyen pour réveiller les consciences et mettre un terme à la mise en situation.

Fondé vraisemblablement sur une expérience réelle menée en 1969 par Ron Jones dans un lycée américain, La Vague est un best-seller mondial et une oeuvre de référence dans toutes les écoles allemandes. Alors qu'on pense avoir retenu la leçon de l'Histoire, ce roman dérange et fait réfléchir : Comment ces élèves ont-ils pu si facilement perdre leur libre arbitre et se laisser endoctriner? Peut-on assister à un retour de cette période de l'Histoire ? Sans réponse à ces interrogations, le livre soulève également des questions sur les méthodes pédagogiques à employer pour faire comprendre aux élèves les mécanismes nazis. L'expérience menée est-elle en effet une solution possible ou s'avère-t-elle trop dangereuse ? A défaut de mettre en situation les élèves à notre tour, recommander la lecture de ce roman pourra constituer une alternative formatrice. En effet, ne présentant pas un grand intérêt d'un point de vue littéraire, La Vague semble davantage pouvoir être exploité dans le cadre du cours d'Histoire des classes de troisième qui ont l'étude de cette période de l'Histoire à leur programme. La Vague, enfin, permet de comprendre comment peut naître la barbarie et nous rappelle aussi la nécessité d'être vigilant pour que l'Histoire ne se répète pas. (3e)

France Jourdy.

Théâtre

Le bruit des os qui craquent
Suzanne Lebeau.
Théâtrales jeunesse, 2008

Elikia réveille Joseph dans la nuit et l'emmène avec elle. Ils fuient. Elle fuit la peur, la violence et emmène l'enfant avec elle. Elle n'est guère plus grande que lui, mais elle a derrière elle, les années passées avec les rebelles. Voici une "vraie" pièce de théâtre écrite pour la jeunesse, et résolument contemporaine. Trois personnages sur scène, des personnages dont on parle et des personnages à qui on parle mais qui ne sont pas sur scène et que l'on n'entend pas. Pour tout décor des herbes hautes, une grille, peut-être une porte et un miroir. Les didascalies font penser à l'univers de Beckett. Suzanne Lebeau se débarrasse de l'inutile pour fixer l'essentiel : la fuite, puis la vie d'une jeune fille parmi des rebelles dans une atmosphère de tragédie. (3e)

Chloé Prieto.

Bandes dessinées

Ulysse
Sébastien Ferran.
EP Éditions, 2006

En trois tomes, Sébastien Ferran invite les jeunes lecteurs à découvrir ou redécouvrir, en parallèle des enseignements de français et d'histoire, les aventures d'Ulysse. On est là, évidemment, bien loin du texte d'Homère. Mais ces albums offrent une vision simple et colorée de L'Odyssée. Et les élèves en redemandent. Les planches sont très vivantes, peu chargées, la composition est dynamique et variée. Des doubles pages, parfois muettes, viennent, à la manière d'un zoom, ponctuer les différentes étapes et rencontres du périple. Elles contribuent au rythme du récit. Certes, pour les lecteurs plus âgés ou exigeants, ces bandes dessinées sembleront peut être un peu "légères" dans leurs contenus, mais elles conviendront tout à fait aux lecteurs de 6e qui, avec plaisir, enrichiront leur connaissance de L'Odyssée. A rajouter donc aux bibliographies du numéro 77 de notre revue sur l'Antiquité (6e-5e).

Perrine Devevey.

Chinn, tomes 1 et 2
Vervisch et Escaisch.
Bamboo, 2008

Nous sommes en -221 av. JC, l'empereur Chinn prend le pouvoir. Sagesse Eternelle et Muscle Flamboyant sont quant à eux deux adolescents frondeurs dans une Chine impériale où les libertés sont fortement contraintes. Élèves en arts martiaux, nos jeunes héros acceptent des missions périlleuses. Dans le premier volet de leurs aventures, ils doivent mettre des livres à l'abri, tous les autres ayant été brûlés sur ordre de l'empereur. Dans le second volet, ils s'engagent à entraîner des moines qui ont oublié jusqu'aux rudiments des arts du combat qui faisaient leur gloire. Or l'armée impériale menace de les attaquer.

Arts martiaux, rencontres farfelues, humour et amourettes : tous les ingrédients sont réunis pour faire une bonne bande dessinée pour adolescents. Récompensé au festival d'Angoulême 2009 par le prix BD des collégiens de Poitou Charentes, ces albums ont également été Grand Prix des lecteurs du Journal de Mickey. Autant dire que cette bande dessinée a trouvé la recette du succès et rencontré du coup un large public amplement mérité.

Et si l'humour et l'action dominent, on ne peut s'empêcher de voir, dans le premier volume notamment, une réflexion sur le rôle du savoir dans les régimes politiques autoritaires. "Qu'un âne se pose une seule question et il ne sera plus jamais un âne" dit un sage, qui s'exprime uniquement en dicton, aux jeunes garçons ; et aux lecteurs par la même occasion... Le dessin est soigné, semi-réaliste et permet de découvrir les paysages et décors d'une Chine peuplée de rizières, de bambouseraies et de village aux maisons de bois.

Alors que la Chine des Han entre au programme de sixième à la rentrée 2009, gageons que les élèves trouveront dans ces BD un prolongement amusant aux cours d'histoire.C'est donc une BD très plaisante, qui tourne en ridicule les désirs d'absolu de l'empereur, et place l'impertinence, la drôlerie et la volonté au coeur de l'action. (6e-3e).

Perrine Devevey.

Le goût du chlore
Bastien Vivès.
Casterman (série KSTR), 2008

Un adolescent -dont on ne saura pas grand-chose de plus- se rend chaque mercredi à la piscine sur la recommandation expresse de son kinésithérapeute. Il doit avant toute chose soigner une scoliose qui le fait souffrir : tension, apaisement, nous voici - lecteurs - replongés dans un univers que chacun connaît ou a connu, un univers parallèle, comme hors du monde, avec ses codes, ses rituels, ses angoisses propres [comment va-t-on me voir si je nage le dos crawlé ? Comment trouver le bon rythme, améliorer son endurance ?]. Pédiluve, bonnet, douche, disgrâce des corps, mouvements désordonnés. Le "héros" très ordinaire de cette histoire apprend à maîtriser ce monde artificiel au goût de chlore, à trouver son souffle au milieu de l'étendue bleu vert pâle jusqu'à s'y mouvoir avec une certaine aisance, lui l'adolescent trop vite grandi, encore entre deux eaux, encore entre deux âges - entre l'état d'enfance et l'âge adulte. Il est aidé en cela par les conseils d'une jeune fille sûre d'elle, et une relation patiemment se construit, faite de détails et de plus de silences que les quelques mots échangés. Elle, l'initiatrice, lui apprend à s'économiser ; lui, à l'écoute, dans l'attente, désireux d'un désir indéfini, désireux de mieux faire, de coordonner ses mouvements jusqu'à évoluer avec une sorte de grâce. Un "bonheur" naissant aussitôt menacé par l'irruption de l'inévitable copain dragueur, mais qu'importe, de la maladresse initiale, les personnages évoluent vers une forme d'harmonie, et ce en dépit de la modestie de leurs échanges, de la modestie et de la réserve - osons le mot - de cette jeune fille qui transmet avec modestie ce qu'elle a appris alors qu'elle était peut-être ce qu'il est convenu d'appeler une "championne". Tandis que lui reste tenaillé par les défis qu'il se lance, comme celui toujours présent de se dépasser, de nager toute une longueur sous l'eau, de devenir l'autre lui-même qu'il est en train de s'extraire de son corps d'enfant. Peut-on rêver plus belle métaphore pour ce passage en beauté vers l'âge adulte ? Ce récit d'initiation se révèle, dans sa discrétion, magnifique de pudeur et d'émotion. La fin ouverte, on pourra alors la trouver trop ouverte, justement, on aurait aimé une fin heureuse, apaisée. Tension, apaisement. Voici qu'à la faveur d'une immersion, ce qu'elle ne peut ou n'ose lui dire en surface, voici qu'elle le lui dit. Déclaration muette, ar-ti-cu-lée avec le plus grand soin, presque lettre à lettre, mais qui reste muette. On pense inévitablement un bref instant à Lost in translation, le beau film de Sofia Coppola. Lost in the water. Que lui a-t-elle dit ? Il n'a pas "capté". Elle lui promet quand même de lui dire, prochainement, et de vive voix. Il ne la reverra jamais. On aimerait qu'elle lui ait dit "Je t'aime", mais ça ne colle pas Toujours un problème de mouvements. Sous l'eau, on se comprend mal, quand bien même on crierait. Mouvements des lèvres, des bras, des jambes. Mouvements du coeur. J'en suis pour ma part arrivé à lire sur ses lèvres à elle un "Ti-a-m-o" dont j'aimerais qu'il fût vrai. Mais chi lo sa ?

Une fin un peu sèche, c'est un comble, qui laisse en effet ce goût un peu acre, cette légère brûlure au fond de la gorge. Ça passe mal. On est à deux doigts de boire la tasse, de se noyer dans ses propres sentiments. Le fantasme de l'impossible adieu : on ne comprend pas, on ne capte pas. Jeu d'ondes. Ces jeunes adolescents font des longueurs au long d'un récit qui n'en comporte pas. Juste, pour terminer, éprouve-t-on une légère langueur, à la fois délicieuse et triste, un peu déprimante quand même, avec cette fin, disais-je, qui nous laisse sur la rive, ou au bord de l'eau du grand bassin, plus vieux sans doute, plus expérimenté, car marqué à jamais par cette étrange expérience. On ne perdra plus pied. (3e)

Robert Briatte.

Documentaires

Napoléon
Dimitri Casali.
Milan Jeunesse (collection Le Journal de l'Histoire), 2009

Sous la forme d'un journal, ce documentaire sur Napoléon Bonaparte nous présente, sur chaque double page, une date clé de la vie du personnage. En une, un article nous permet de découvrir l'événement qui a eu lieu. Sur l'autre page figurent des articles plus courts en lien avec Napoléon ou avec le contexte de l'époque. On trouve notamment des interviews (de Napoléon...), des portraits ("Incomparable Joséphine "), des faits-divers ("Momie et pharaons sortent de l'oubli"),des anecdotes ("Voisinage : les pots de chambre par la fenêtre"), une BD, des rubriques sur la musique ("Mozart est mort, à 35 ans"), sur la mode ("Le retour du style antique") et même de la publicité.

Ce livre , rédigé par un historien spécialiste de Napoléon, se distingue des documentaires traditionnels par une forme originale et attrayante. Chaque double page se présente, tant sur le plan de la mise en page que sur le plan stylistique, sous la forme d'un journal. Ainsi, l'histoire du personnage est mise à la Une. En lisant les articles, le lecteur aura de ce fait l'impression de lire l'actualité, ce qui peut susciter son intérêt. Les couleurs et les images peuvent aussi attirer l'attention du collégien tout comme les titres forts des articles. De plus, certains articles annexes, s'ils peuvent paraître superflus, sont néanmoins capable de pousser à la lecture et ne laisse pas de place à l'ennui. Tout en étant plaisant et facile à lire, l'ouvrage permettra donc aux collégiens de découvrir le parcours de Napoléon. Toutefois, ce documentaire étant destiné à un jeune public, certaines notions et faits historiques évoqués auraient mérité d'être davantage explicités ou définis dans un glossaire. (6e)

France Jourdy.

Lire au collège, n°82 (05/2009)

Lire au collège - Notes de lecture ("Lire au collège, numéro 82")