Dossier : l'éducation aux médias (I)

Nouvelles figures du journalisme en bande dessinée

Du journaliste de fiction à l'auteur-journaliste

Perrine Devevey, professeur documentaliste et coordonnatrice CLEMI pour le département de la Haute-Savoie

Depuis Tintin reporter, l'image du journaliste dans la bande dessinée n'a pas ou peu évolué. Pourtant, dès les années 1990 se multiplient des albums dans lesquels c'est l'auteur lui-même qui enquête, raconte, témoigne d'une actualité ou d'un événement historique. Désormais, éditeurs et journaux font la place belle au reportage en bande dessinée. L'information y est traitée en profondeur, reprenant et dépassant les codes et exigences du journalisme d'investigation, dans un monde médiatique contraint par de nombreuses mutations. Dans le cadre de l'éducation aux médias, ces bandes dessinées offrent un support nouveau et original, pouvant amener les élèves à adopter une posture critique face à l'information, à poser un regard différent sur le monde qui les entoure.

Figures historiques

"Le Petit XXe, toujours soucieux de satisfaire ses lecteurs [...] vient d'envoyer en Russie soviétique, un de ses meilleurs reporters, Tintin". C'est ainsi que débute la première aventure de Tintin, Tintin au pays des Soviets, créée par Hergé en 1929.

Mais en dehors de quelques vignettes dans lesquelles on le voit s'échiner à rédiger son article, Tintin abandonne vite sa panoplie de journaliste, dans cet album comme dans ceux qui suivront, et ce au profit d'une posture héroïque et aventureuse. Tintin journaliste, c'est un prétexte au voyage, à la découverte plus qu'à la mise en scène d'un professionnel. Après Totor, le boy-scout, quel meilleur métier que celui de reporter pour entraîner les lecteurs dans les péripéties d'un jeune homme, luttant seul contre le Mal ?

Plus détective que journaliste, Tintin reste néanmoins LA figure emblématique et légendaire du reporter dans la BD : celui qui lutte contre les trafiquants de drogue, les despotes, les régimes totalitaires en général, celui qui aide la veuve et l'orphelin, sans jamais s'attacher à quiconque, sans jamais vraiment s'arrêter. Figure mythique du journaliste. Oui, mais figure de fiction. Et Tintin a fait des émules dans la bande dessinée. Lui succèderont Guy Lefranc, Ric Hochet, Jacques Flash, Marc Dacier, mais aussi Dick Hérisson dans les années 1980. Un des plus célèbres après Tintin est sans doute Fantasio, qui apparaît aux côtés de Spirou, créé par Rob Vel en 1938. Il ne s'agit pas de dresser ici une liste exhaustive des apparitions de journalistes dans la bande dessinée. Il faut cependant noter des récurrences dans la représentation d'un métier : ces héros sont courageux, sans peur et sans reproche, astucieux et débrouillards : des qualités que l'on accorde volontiers aux journalistes, bien que dans ces albums, leur fonction de reporter soit reléguée au second plan. Ce métier, très fréquemment mis en scène dans la bande dessinée, n'est donc pas ou peu exposé de manière réaliste et "documentaire". Cependant, Tintin a forgé une représentation idéale du reporter pour de nombreuses générations.

Quelle représentation du journaliste après Tintin ?

Il s'avère difficile de trouver des figures récentes ou différentes du journaliste dans la production contemporaine de bandes dessinées.

Deux séries sont cependant intéressantes, à double titre : parce que leur héros est un journaliste, mais également parce que le monde et les métiers du journalisme y sont traités de manière documentée et sans complaisance. Dans la série DMZ de Brian Wood et Ricardo Burchielli chez Panini Comics, comme dans celle qui met en scène la reporter Chris Winckler de Chantal Montellier chez Actes Sud, on suit ces professionnels dans leurs pratiques quotidiennes, dans leurs difficultés. Et on est loin des voyages héroïques à la Tintin. Ainsi la série DMZ évoque-t-elle un jeune journaliste qui se débat dans un New York de science-fiction, où l'information est verrouillée par de puissantes agences de presse. DMZ est certes une fiction mais l'auteur avoue que son New York est proche de l'actuelle Bagdad, que son récit dit en fait beaucoup sur la réalité actuelle. Nous ne sommes évidemment pas là dans un album de BD-journalisme, mais déjà un "floutage" émerge.

Dans ses albums, Chantal Montellier, également dessinatrice de presse, "utilise" son personnage Chris Winkler pour offrir au lecteur un regard documenté sur un événement historique mais également sur des pratiques professionnelles. Ainsi, dans l'album Tchernobyl mon amour, elle expose le travail d'une journaliste d'investigation qui enquête sur la catastrophe nucléaire de Tchernobyl. Page après page, on suit l'héroïne sur le terrain, dans ses recherches documentaires, dans ses contacts avec les témoins. On la voit confrontée au caviardage et à la censure des articles qu'elle écrit pour le journal La Vérité.

Ces deux exemples sont un pont vers un genre en pleine explosion : le BD reportage. Certes, les journalistes sont ici journalistes de papier, de fiction, mais les contextes sont réels ou réalistes et mettent en lumière la nature du métier de journaliste. Et si l'engagement de Chantal Monteller pour un journalisme d'investigation transparaît à travers l'acharnement de son héroïne, ce sont désormais de plus en plus souvent des auteurs de bande dessinée qui mènent un véritable travail de terrain et transmettent leur regard sur l'actualité, un regard riche et souvent inédit.

Vers un autre journalisme

Documentaire graphique, BD reportage, récit graphique, BD journalisme, BD enquête ou reportage en images : nombreux sont les termes qui qualifient une production récente, exigeante, souvent engagée, voire militante. Pour Patrick de Saint-Exupéry, journaliste lauréat du Prix Albert Londres et fondateur de la revue XXI, le récit graphique "c'est lorsqu'un auteur de bande dessinée devient journaliste pour faire du reportage"1.

Les précurseurs et l'explosion actuelle

Déjà, en France, en 1988, Jean Teulé publie un recueil de reportages en bande dessinée : d'une enquête sur les pratiques douteuses d'une institution hospitalière à la lutte anti-uranium sur les plateaux de Lozère, Teulé transporte son lecteur sur le terrain en utilisant tour à tour photographies retouchées, extraits de journaux, dessins, textes. Dans Gens de France et d'ailleurs, pas de bulles, mais la voix de Teulé qui accompagne et commente les différents éléments graphiques.

Aux États-Unis, un certain Joe Sacco étudie le journalisme puis en 1981 obtient une maîtrise en art. Cherchant à concilier texte et image, c'est vers la bande dessinée qu'il se tourne pour devenir reporter de guerre. Ainsi couvre-t-il le conflit palestinien et en tire deux albums Palestine. Une nation occupée et Palestine. Dans la bande de Gaza. Par la suite, il s'intéresse au conflit yougoslave et fera paraître trois albums pour traduire la complexité de ce territoire et de son histoire (Gorazde : la guerre en Bosnie orientale, 1993-1995 ; The fixer : une histoire de Sarajevo ; Derniers jours de guerre : Bosnie 1995-1996).

Ces reportages, s'ils permettent au lecteur de mieux appréhender l'histoire de ce pays, offrent aussi un regard inédit sur le métier du reporter de guerre, sur ses difficultés. Il consacre ainsi un album au fixer, ce guide qui conduit les journalistes sur le terrain et leur permet de rencontrer les acteurs-clés du conflit. Son travail reste une référence du genre. Il reçoit en 1996 le American Book Award. Côté français, dès 1990, Jean Teulé est primé au festival d'Angoulême pour "contribution exceptionnelle au renouvellement du genre de la bande dessinée".

Plus récemment, plusieurs auteurs font du réel l'objet de leurs travaux. Jean-Philippe Stassen, voyageur, connaît bien l'Afrique. Suite au conflit au Rwanda, il publie Deogratias, l'histoire d'un jeune Hutu dans la guerre, d'un enfant qui tue. Deogratias nous parle du million de morts tombés lors de cette guerre. En 2002, pour compléter ce travail, Stassen publie des carnets : Pawa, chroniques du pays des monts de la lune. Véritable BD reportage, ces quatorze chroniques, éclairées par le regard d'historiens, proposent au lecteur européen une vision documentée d'une réalité complexe, souvent peu développée dans les médias traditionnels.

De Teulé à Davodeau (Les Mauvaises gens), de Sacco à Ted Rall (Passage afghan), le BD-reportage a donc trouvé son public dans une production BD de plus en plus vaste. Observant ce succès, les éditions du Seuil ont même lancé leur propre collection, Politics, consacrée à des enquêtes sur les coulisses du monde politique. Et c'est au coeur de la campagne des élections présidentielles 2007 que sortent les deux premiers titres, censés innover dans le monde de la BD et du journalisme : Soigne ta gauche et Objectif Elysée. De même, fin 2006, la BD La face karchée de Sarkozy, coédité par Fayard et Vents d'Ouest, a été lancée à grands renforts de publicité comme étant la "première BD-enquête". Depuis janvier 2009, Delcourt a lancé sa série Le tour du monde en Bande Dessinée, recueils de points de vue d'auteurs sur un pays, une actualité, un fait social.

Au-delà des éditeurs traditionnels et spécialisés de bande dessinée, le "BD-journalisme" trouve dans la presse un support de diffusion privilégié. Outre les numéros spéciaux, à l'image des éditions Libé tout en BD à l'occasion du festival d'Angoulême, des parutions régulières font la part belle à ce genre. Ainsi, de 2003 à 2007, le magazine TOC a proposé une rubrique mensuelle dédiée à un reportage dessiné 2. Depuis février 2008, c'est le trimestriel XXI, qui sous l'égide de Patrick de Saint-Exupéry, propose trente pages de reportage en BD. Cette revue propose une ligne éditoriale originale : laisser du temps à des auteurs, qu'ils soient romanciers, journalistes, photoreporters ou dessinateurs de BD, le temps d'enquêter, de rencontrer, de vivre sur le terrain. Ainsi, en cinq numéros se sont succédé des reportages de Jean-Philippe Stassen, Joe Sacco et Jacques Ferrandez, figures fondatrices et emblématiques de la bande dessinée qui se sont mises au service de l'information. A noter également, le cas original du Temps, quotidien genevois qui permet à l'auteur de BD et dessinateur de presse Patrick Chapatte de publier régulièrement des récits dessinés de trois pages.

Un retour aux sources du journalisme d'investigation

Il est difficile de ne pas citer Art Spiegelman, figure tutélaire de la BD contemporaine, lorsque l'on évoque ce genre. Ainsi, quand il cite le travail de Joe Sacco, défend il l'idée selon laquelle "dans un monde où Photoshop ne permet plus de distinguer le photographe du menteur, on peut autoriser les artistes à revenir à leur fonction originelle : le reportage" 3. Car c'est bien de cela dont il s'agit dans ces bandes dessinées. Comme dans le genre-roi journalistique, le but est "de faire voir, entendre, sentir et ressentir par le lecteur ce que le journaliste a vu, entendu, senti et ressenti lui-même dans un lieu donné", en mots et en images, en strip ou en planche.Interrogés sur leur démarche, nombreux sont les auteurs qui évoquent le temps passé sur place à interviewer, rencontrer, observer. Joe Sacco, explique qu'il n'a pas ou peu dessiné sur place. Photographié oui, mais pas dessiné. La posture est là véritablement, celle du journaliste qui recueille l'information, puis la met en forme, la construit, la transmet. Pour Chapatte, le BD journalisme est "une autre forme de journalisme [qui] ne se démarque pas dans un premier temps du travail d'un reporter classique : passer au minimum une semaine sur le théâtre d'une histoire, recueillir photos, interview et documents qui construiront le récit" 4. Dans un second temps intervient le "montage" en bande dessinée. La bande dessinée semble donc un outil permettant de faire un journalisme de qualité, dans un univers médiatique en mutation qui ne laisse plus nécessairement le temps et l'espace aux journalistes pour investiguer. A l'heure d'une information de flux, d'une info low cost, rares sont les rédactions qui laissent le temps de l'enquête. Ce contexte informationnel est sans doute l'un des facteurs qui imposent la bande dessinée comme véritable média d'information. Le temps est un luxe que peut s'offrir le dessinateur de BD. Yann Guégan, journaliste à Rue89 écrit à propos de Chroniques birmanes : "Quelle rédaction a aujourd'hui les moyens d'envoyer un reporter pendant un an en Birmanie, avec comme seule consigne de raconter sa vie d'expatrié dans l'une des dictatures les plus dures du monde ? C'est ce qui rend précieux [ce récit]"5. Autre exemple, celui de Joe Sacco dont les séjours yougoslaves auraient été financés par la Fondation Guggenheim. Pour ce dernier, "la plupart des reporters se limitent aux faits". Or, "ce qui [m'] intéresse, [lui], c'est de rendre compte aussi de l'atmosphère dans laquelle ils adviennent". La frustration du journaliste est aussi celle de Xavier de Bétancourt, qui a écrit Bouclier Humain, suite à une interview pour la télévision qui lui avait laissé, selon ses dires "un goût de trop peu". La bande dessinée s'est donc imposée comme média complémentaire à son travail de journaliste d'actualité aux contraintes économiques nombreuses.

Le trimestriel XXI s'est donné une ligne éditoriale claire : "l'information grand format". C'est ce que permet désormais de faire la bande dessinée en revenant aux sources du journalisme d'investigation. Le directeur de cette publication résume son projet et son propos en ces termes : "les meilleurs outils du monde ne remplaceront jamais un regard, ni le temps pris à rencontrer les protagonistes d'une histoire, ni la patience de vérifier"6.

Lectorat exigeant ou nouveau lectorat ?

Côté lecteur, le succès de titres comme Le Photographe, Persepolis, Chroniques birmanes, ou de XXI, pour ne citer qu'eux, démontre que ces récits graphiques répondent à un besoin de mise en perspective d'informations toujours plus nombreuses et rapides. Ainsi, pour Art Spiegelman, "faire du BD journalisme, c'est manifester ses partis pris et un sentiment d'urgence qui font accéder le lecteur à un autre niveau d'information"7. Dans le BD journalisme, l'auteur est présent. On le retrouve même très fréquemment mis en scène dans ses planches. Il évoque ses doutes, ses difficultés. Il porte un regard assumé sur une actualité. C'est ce regard, celui d'un auteur, qui apporte une véritable plus-value à l'info-BD, quand les écrits journalistiques se font de plus en plus secs, bruts, exempts de contextualisation et de relief. Le lecteur trouve donc dans la bande dessinée un regard riche sur des réalités complexes, difficiles à présenter en quelques minutes de reportage télévisé.

Mais il s'agit également de chercher à toucher un public plus large. La bande dessinée est un genre populaire, à l'apparente simplicité et aux succès de librairie nombreux. Ainsi Joe Sacco prétend que l'on peut "pousser les gens par la BD à lire des choses qu'ils n'auraient autrement jamais lues"8. C'est cette idée que reprend Patrick de Saint-Exupéry quand il s'exprime sur le lectorat du récit graphique, "plus large, plus jeune, un autre public" 9. En janvier 2009 est sortie en librairie l'adaptation en bande dessinée du film d'animation Valse avec Bachir. C'est un exemple de plus de la volonté récente d'utiliser ce médium pour diffuser plus largement encore un récit évoquant les relations entre guerre et mémoire. Cette possibilité de traiter de tous les sujets pour tous les publics est l'une des facettes qui font de la bande dessinée un véritable médium à investir dans l'école. Parce qu'elle permet de s'ouvrir au monde, de découvrir une actualité autrement mais aussi de mieux comprendre l'univers médiatique et le contexte de production d'une information.

Usages pédagogiques

Ouverture sur le monde contemporain

Nombreuses sont les événements couverts par les bandes dessinées précitées qui figurent aux programmes des classes de 3e et de Terminale : le conflit israélo-palestinien, l'éclatement yougoslave... Ces récits peuvent donc constituer de bons supports pour évoquer ces périodes et les comprendre. Elles offrent une vision complémentaire des documents iconographiques traditionnellement utilisés (cartes, photos, films...). Lecture cursive ou étude d'une planche en classe, les possibilités sont multiples. Les nouveaux programmes d'Histoire invitent également les enseignants à utiliser les arts comme "témoins de l'Histoire du monde". Là aussi, la bande dessinée a toute sa place, aux côtés de l'architecture, du design, de la peinture...

Toute information est construite

C'est l'un des messages clés de l'éducation aux médias. L'information transmise par les différents médias est une information produite, travaillée, mise en forme. Et si le mythe du journaliste objectif reste tenace, il est certain que ceux-ci tendent à la vérité et non à l'objectivité absolue du compte-rendu. Le choix des informations traitées, leur hiérarchie, leur montage dans le cas d'un sujet télévisé sont autant d'éléments constitutifs de la production d'une information. Analyser des BD reportages peut permettre de faire comprendre cette réalité aux élèves et de les amener à un regard plus analytique sur tout objet informationnel.

Dans les sujets d'actualité traités en bande dessinée, l'auteur est présent. C'est son regard sur une réalité qu'il propose au lecteur. Alors, lorsqu'on lui objecte l'absence potentielle de véracité des faits, Etienne Davodeau réplique dans la préface de Rural : "Il serait illusoire d'imaginer qu'une caméra est naturellement plus objective qu'un crayon, ne nous privons pas de l'appliquer aux images de tous les reportages et documentaires dont nous abreuve la télévision". Car "cadrer, c'est éluder" rajoute-t-il. Cette phrase peut être appliquée à tout contenu informationnel ou publicitaire. Et la bande dessinée peut être un bon outil pour aborder cette question dans la classe, dans une logique de comparaison avec un autre médium.

Analyse de l'image

La bande dessinée est un support très intéressant pour permettre d'appréhender l'image, la composition, son graphisme. Plusieurs unités peuvent en effet être analysées : la planche dans son ensemble, mais également la vignette.

On peut ainsi interroger la classe sur les procédés graphiques utilisés pour informer dans la BD-reportage ? Sont-ils différents d'une bande dessinée fictionnelle ?

A partir de deux bandes dessinées déjà citées, Le Photographe et Chroniques birmanes, les élèves peuvent travailler sur l'économie graphique au service de l'info. Dans Chroniques birmanes, le noir et blanc, l'absence de décor dominent. C'est le personnage et son ressenti qui sont au coeur du récit. Cette sobriété du trait permet au lecteur d'universaliser le propos, de l'exporter hors du contexte proposé. L'album Le Photographe propose quant à lui un parti pris innovant : intégrer les photographies d'un reportage pour Libération qui n'avaient pas été publiées, dans des planches de bande dessinée. Mais ici aussi, le dessinateur préfère une esthétique minimaliste : quelques cailloux sur un fond vert figurent le désert, quelques ombres trahissent le mouvement des personnages. Seuls les protagonistes du récit sont véritablement dessinés, dans une sort de "ligne claire" aux contours légèrement floutés, sobre et classique. Seuls certains passages comprennent un décor figuré : les villes traversées, quelques paysages... Comment justifier cette alternance entre richesse des décors et effacement au profit du personnage ? L'alternance photographie/vignettes dessinées est une question qui peut être traitée avec les élèves.

À l'opposé, on peut confronter les élèves à l'abondance, l'outrance des couleurs caractéristiques de la BD Tchernobyl mon amour. Dans quelle mesure, dans un cas comme dans l'autre, ces choix d'auteurs portent le propos informatif ?

On peut également les faire travailler sur les types de textes convoqués dans ce genre de bande dessinée. Quelle est la proportion d'encadrés, de bulles ou d'onomatopées utilisés dans certaines planches. Une comparaison avec d'autres genres de BD doit permettre de faire comprendre aux élèves le rôle de chaque type de texte dans la récit dessiné et son statut par rapport à l'image (relai, redondance...).

Les pistes de travail autour de la BD-reportage sont nombreuses. On peut proposer pour conclure un travail comparatif : les reportages en BD de Chapatte, disponibles en ligne, peuvent être mis en relation avec des articles traitant la même actualité. Il est ainsi possible, dans ce dispositif, d'analyser l'apport respectif des deux support informations : qu'apprend-t-on et surtout comment l'apprend-t-on ? C'est là où le statut d'auteur-journaliste prendra tout son sens. La BD-reportage n'offrira pas une vision exhaustive et prétendument objective, mais laissera toute la place au ressenti d'un auteur qui a pris le temps de vivre et comprendre une réalité locale.

    Sélection bibliographique

  • Bétancourt, Xavier. Bouclier humain. Tome 1 : les chemins d'Amara. Bamboo, 2004. Collection Angle de vue
  • Collectif. Le Tour du monde en bande dessinée. Delcourt, 2009
  • Chappatte, Patrick. Reportages BD. Le Temps Editions, 2002
  • Davodeau, Étienne. Rural ! Chronique d'une collision politique. Delcourt, 2001. 141 p. Collection Encrages
  • Davodeau, Étienne. Les mauvaises gens. Une histoire de militants. Delcourt, 2005. 183 p. Collection Encrages
  • Davodeau, Étienne. Kris. Un homme est mort. Futuropolis, 2006
  • Delisle, Guy. Chroniques birmanes. Delcourt, 2007. Collection Shampoing
  • Folman, Ari ; Polonsky, David. Valse avec Bachir. Casterman, 2009
  • Guibert. Lefèvre. Lemercier. Le Photographe. Édition intégrale. Dupuis, 2008. Collection Aire Libre
  • Kris. Bailly, Vincent. Coupures irlandaises. Futuropolis, 2008
  • Montellier, Chantal. Tchernobyl mon amour. Actes Sud, 2006. Collection Actes Sud BD
  • Rall, Ted. Passage afghan. La boîte à bulles, 2004
  • Sacco, Joe. Gorazde intégrale - La guerre en Bosnie orientale 1993-1995. Rackham, 2004
  • Sacco, Joe. Palestine. Dans la bande de Gaza. Vertige Graphic, 2002
  • Stassen, Jean-Philippe. Deogratias. Dupuis, 2000. Collection Aire Libre
  • Stassen, Jean-Philippe. Pawa. Chroniques des Monts de la Lune. Delcourt, 2002. Collection Encrages
  • Teulé, Jean. Gens de France et d'ailleurs. Ego comme X, 2005
  • Wood, Brian. DMZ. Sur le terrain. Panini Comics. 2006. Collection Vertigo
  • Sur le thème BD et Histoire :

  • Mak dit Mack Joël. Histoire et bande dessinée. Scérén/Centre régional de documentation pédagogique de Grenoble, 2008
  • Liens

    Les reportages dessinés de Chapatte sont disponibles en ligne sur les sites suivants :

  • http://www.globecartoon.com/bd/Ivoire.html ou http://www.letemps.ch/dossiers/dessins/. Le dernier reportage, intitulé Dans l'enclos de Gaza, est paru en février 2009 dans les colonnes du Temps. On peut également retrouver les reportages précédents évoquant la course à l'Elysée, les rebelles de Côte d'Ivoire, l'Iran des mollahs.
  • Le blog de XXI : http://www.leblogde21.com . Pour mieux comprendre le positionnement original de cette revue face à l'information, pour découvrir les différents auteurs impliqués dans ce travail : vous retrouverez également la une et le sommaire de chaque numéro. L'originalité de la une en fait un outil possible de travail d'analyse en classe dans le cadre d'un comBiblioItemtif entre unes de la presse quotidienne et unes de la presse magazine. XXI est un objet journalistique non identifiable et n'entre pour l'heure dans aucune catégorie.

(1) De Saint-Exupéry, Patrick. Patrick de Saint-Exupéry [en ligne]. Journalisme.com. Mis à jour le 10.11.2008 [consulté le 18.02.2009. Disponible sur http://www.journalisme.com/content/view/673/111/

(2) Son rédacteur en chef, Pierre Catan, est avec François Olislaeger, coauteur d'Un autre monde est possible, reportage dessiné au coeur du sommet altermondialiste de Caracas. Parue en 2006 aux éditions Hachette Littérature, cette bande dessinée dépeint le parcours des deux auteurs "embedded" au coeur de la réflexion des altermondialistes.

(3) Contrebandes, Bande dessinée et journalisme [en ligne], 16.02.2007. [Consulté le 18.01.2009]. Disponible sur : http://www.contrebandes.net/Bande-dessinee-et-journalisme.html

(4) Chappatte, L'actualité en dessin [en ligne], 10.10.2008. [consulté le 18.02.2009]. Disponible sur : http://www.globecartoon.com/dessin/

(5) Guégan, Yann. "Chroniques birmanes, une dictature croquée au quotidien"[en ligne], le 25.11.2007. [Consulté le 18.02.2009. Disponible sur :
http://www.rue89.com/2007/11/25/chroniques-birmanes-une-dictature-croquee-au-quotidien

(6) De Saint-Exupéry, Patrick. Numéro 5 : en librairie à partie du 8 janvier 2009 [en ligne], 8.01.2009.[Consulté le 18.02.2009. Disponible sur : http://www.leblogde21.com/article-25851517.html

(7) Spiegelman, Art. Rencontre BD reporters [en ligne]. 15.01.2007. [consulté le 18.01.2009]. Disponible sur
http://www.centrepompidou.fr/Pompidou/Manifs.nsf/0/24C9B77FFBFEAE8DC1257227005277A3?OpenDocument&L=1

(8) Joe Sacco In Salles, Daniel. "La bande dessinée entre autobiographie, reportage et engagement", Lire au Collège n°70, printemps 2005.

(9) De Saint-Exupéry, Patrick. Patrick de Saint-Exupéry [en ligne]. Journalisme.com. Op. Cit.

Lire au collège, n°82 (05/2009)

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