Dossier : l'adaptation

Du livre au film : Charlie et la chocolaterie

Séquence de 6e

Chloé Prieto

Objectifs de la séquence

  • Lire un roman
  • Réfléchir aux problèmes que posent son adaptation cinématographique
  • Travailler en équipe
  • S'exprimer à l'oral

Préliminaire : Les élèves lisent Charlie et la chocolaterie1 en lecture cursive.

Séance 1 : Introduction (1 heure)

Objectifs : définir la notion d'adaptation et poser le cadre de la séquence.

  • Adaptation : appliquer, ajuster, mettre en accord.
  • Adaptation littéraire : transposition d'une oeuvre littéraire dans un autre mode d'expression2.
  • Adaptation cinématographique : transposition d'une oeuvre littéraire pour le cinéma.

Remue-méninges avec les élèves pour faire un tour des formes possibles d'adaptations ; on peut en effet :

  • adapter à un pays, d'une langue à une autre : c'est la traduction ;
  • adapter à un autre genre littéraire : du roman au théâtre, du théâtre à la BD... ;
  • adapter à un autre média : du roman au cinéma et inversement (novellisation).

Dans le cas de Charlie et la chocolaterie, en quoi peut-on parler d'adaptations ? et lesquelles ?

La traduction

Roald Dahl est un écrivain anglais. Le titre original de Charlie et la chocolaterie est Charlie and the chocolate factory3.

Pour enrichir la séquence, on proposera éventuellement au professeur d'anglais d'étudier un passage avec la classe.

L'adaptation cinématographique

Charlie et la chocolaterie a fait l'objet de deux adaptations cinématographiques. La première est de Mel Stuat en 1971, la seconde de Tim Burton sortie dans les salles en 20054. C'est sur cette version récente que la classe travaille.

On organise un remue-méninges avec les élèves pour lister les étapes d'une adaptation cinématographique :

  • Scénario
  • Choix des acteurs
  • Lieux de tournage et décors
  • Tournage
  • Montage
  • Bande son

Le professeur de lettres détaille les étapes pour aboutir à six sujets d'exposés :

Scénario

1. Le groupe donne une définition d'un scénario. Qui a écrit le scénario pour le film de Tim Burton ?
2. Chaque élève transforme en scénario le début du deuxième chapitre "La chocolaterie de Mr. Willy Wonka" de "Le soir, après avoir mangé sa soupe" jusqu'à "C'est absolument vrai. Rien n'est plus vrai".

Choix des acteurs

1. Le groupe en charge de cette étape doit sélectionner des élèves de la classe pour les auditionner dans le rôle de Charlie. A l'issue des auditions, le groupe propose un élève pour incarner le rôle en indiquant quels ont été les critères du choix.
Dans la réalisation de Tim Burton, qui sont les acteurs pour Willy Wonka et Charlie ?
2. Chaque élève prépare un document avec les consignes esthétiques (coiffure, vêtements, etc...).

Les lieux du tournage

1. Le groupe cite les deux principaux lieux de tournage possibles (dans les films en général). Où pourrait-on tourner le chapitre du "Miracle" (chap 11) ? Où pourrait-on tourner le chapitre de "La salle au chocolat" (chap 15) ?
2. Chaque élève établit la liste des éléments de décor indispensables selon lui pour chacune de ces deux scènes.

Tournage et problèmes techniques

1. Le groupe donne une définition du tournage et de quelques termes appartenant au même champ sémantique (plateau de tournage, cadrage, plan et les mouvements de la caméra).
2. Chaque élève choisit un passage qui pose des difficultés techniques et propose une (des) solution(s).

Montage

1. Le groupe donne une définition du montage et cite les différents éléments qui sont "montés". Quel outil utilise principalement le monteur ?
2. Chaque élève choisit un exemple de scène impossible à tourner et propose une solution au montage.

Bande son avec choix d'une musique

1. Le groupe donne une définition de la bande son et en cite les principaux éléments constitutifs.
2. Chaque élève propose une musique (le nom d'un interprète et le titre d'une chanson) pour une scène qu'il a choisie.

Chaque sujet est traité par un groupe de quatre élèves. Dès le départ, dans chaque groupe sont désignés :

  • un élève rapporteur qui sera noté sur l'exposé oral de la partie 1 du sujet
  • un élève qui sera noté sur l'exposé oral de son travail personnel pour la partie 2 du sujet
  • les deux élèves qui seront notés sur la rédaction écrite des parties 1 et 2 du sujet.

Séance 2 (2 ou 3 heures)

Objectifs : réalisation des exposés et travail en équipe.

Cette séance se déroule en autonomie. Les élèves ont à leur disposition des dictionnaires dans la classe. Ils ont la possibilité d'aller au CDI pour utiliser d'autres supports (encyclopédie, livres documentaires). Il est important de limiter le temps imparti pour les recherches des élèves afin qu'ils restent synthétiques pendant leur exposé oral qui ne doit pas excéder cinq minutes.

Ils commencent ensuite individuellement la partie 2 du sujet qui leur a été attribué. Il est essentiel que ce travail débute en classe ; l'enseignant est ainsi à leurs côtés pour les aiguiller et s'assurer à la fois qu'ils ont bien compris les consignes et que leurs exemples sont pertinents. Le professeur de lettres relève les passages choisis par les élèves pour préparer la correction. Si le travail n'est pas achevé dans les temps, il doit être terminé à la maison.

[Pour les séances 3 à 5]

Objectifs : réflexions sur les problèmes posés par l'adaptation s'exprimer à l'oral

Déroulement : pour chaque sujet, l'élève rapporteur expose le résultat du travail commun pour la partie un, le second élève présente son travail personnel pour la partie deux ; en conclusion, l'enseignant ouvre sur les choix de Tim Burton.

Séance 3 (1 heure)

Le scénario

Le scénario (ou script) est un "document écrit décrivant scène par scène ce qui sera tourné"5. Il n'a pas besoin d'être rédigé, des phrases nominales suffisent. Le scénariste utilise un vocabulaire simple qui vise à représenter le réel sans figures de style. Pour la rédaction des dialogues, il n'utilise pas les guillemets et les tirets mais plutôt une écriture plus proche du théâtre: nom du personnage suivi de sa tirade. La particularité du scénario dans le cadre de l'adaptation littéraire est qu'il faut tenir compte d'un texte existant, faire des choix et transformer du texte en images décrites qui seront tournées ensuite et montées.
Pour le scénario de Tim Burton, le scénario a été rédigé par John August.

Extrait du travail de l'élève (après quelques corrections)

" C'est le soir.
Charlie mange. Devant lui, une assiette creuse dans laquelle il y a de l'eau où flotte un morceau de chou.
Son repas terminé, il se lève, passe une porte et pénètre dans une chambre étroite. Dans un lit deux places sont installés deux hommes et deux femmes, tous très âgés. Ils portent des bonnets de nuit.
Charlie. Bonsoir, grand-papa Joe et grand-maman Joséphine, bonsoir grand-papa Georges et grand-maman Georgina. "

Les apports du professeur
Dans le scénario apparaissent aussi des indices de tournage (gros plan, travelling, etc...) et des indices de montage (fondu au noir, etc...). Pour être pratique d'utilisation, il peut aussi indiquer en amont de chaque scène les personnages présents, comme au théâtre. Il faut aussi expliquer comment on choisit de représenter le soir : plan large extérieur de la maison à la tombée de la nuit, ambiance dans la maison avec les volets fermés et la lumière allumée. Dans la version de Tim Burton, il neige dehors, il fait sombre dans la maison, la lumière est allumée. Le père entre et dit "bonsoir".

Le choix des acteurs (le casting)

Le texte donne assez peu d'indications sur le personnage de Charlie, les élèves ont donc procédé par élimination pour choisir leur acteur. Dans un premier temps, ils n'ont gardé que les garçons, soit douze élèves. Ensuite, ils ont sélectionné les plus petits pour être fidèle à l'expression récurrente "le petit Charlie" et les plus menus puisque Charlie a très peu à manger. Ils avaient donc cinq élèves à auditionner. Les pressentis devaient raconter l'histoire de Charlie. Jean a obtenu le rôle pour ses talents d'orateur (il s'exprime clairement) et sa bonne mémoire (il n'a rien oublié d'important).
Dans le film de Tim Burton, Johnny Depp est Willy Wonka et Freddie Highmore incarne Charlie Bucket.

Consignes esthétiques. Là encore, le texte est avare en détail. Influencé par les illustrations de Michel Siméon, l'élève préconise des cheveux courts. Les vêtements reflètent la pauvreté de Charlie. Ils sont simples, un peu trop petits parce qu'il ne peut pas en changer souvent. Il ne porte ni gants ni bonnet malgré le froid.

Les apports du professeur
Le choix de l'acteur et son apparence doivent aussi prendre en compte le caractère de Charlie. D'après le texte, celui-ci est "timide". L'acteur doit avoir une "petite voix" et savoir la maîtriser pour "chuchoter". En ce qui concerne les vêtements, on pourrait ajouter une couleur un peu passe-partout pour passer inaperçu.
Le tournage d'un film est un vrai travail d'équipe. Pour le réalisateur, le choix des acteurs est vaste. Il peut donc se permettre de sélectionner des personnes avec lesquelles il a des affinités. Si deux acteurs doivent travailler souvent ensemble, il doit s'assurer qu'ils vont bien s'entendre. La dimension humaine est importante. Ainsi Tim Burton apprécie de tourner avec Johnny Depp. Ils ont déjà collaboré pour Edward aux mains d'argent6 et Noces Funèbres7. A noter que le réalisateur peut prendre des libertés par rapport au texte. Par exemple, Willy Wonka n'a pas ici de barbiche ; par contre, il a la peau très lisse, ce qui lui donne un aspect juvénile.

Séance 4 (1 heure)

Les lieux du tournage

Les films sont tournés en extérieur ou en studio. Les tournages à l'extérieur nécessitent une logistique importante. Transporter le matériel sur place. Bloquer la circulation et l'accès des riverains pendant le tournage. La scène du " Miracle " pourrait être filmée à l'extérieur mais rien n'y oblige. Pour le tournage en studio, tout le matériel est disponible mais la création des décors est primordiale. Il est plus propice de tourner l'épisode de " La salle au chocolat " en studio.

Les éléments indispensables pour la scène du "Miracle" sont un billet de banque humide et des pièces couleur argent, "un super-délice fondant Wonka à la guimauve" et un "ticket d'or" qui brille.
Les éléments indispensables pour l'épisode de "La salle au chocolat" sont un trousseau de clefs, une cascade de chocolat, la végétation, la canne au pommeau d'or de Willy Wonka.

Les apports du professeur

Il serait intéressant de tourner la scène du "Miracle" en extérieur à Londres. En effet, Roald Dahl est né au Pays de Galles et à vécu sa jeunesse en Angleterre. Londres est une ville symboliquement forte où l'on pourrait trouver des quartiers propices au tournage. En ce qui concerne la scène de "La salle au chocolat", les technologies contemporaines permettent de jouer une scène puis d'ajouter ensuite le décor. Mais, pour plus de réalisme, Tim Burton a tourné cette scène dans un vrai décor8.

Tournage et problèmes techniques

Le tournage c'est l'action de filmer les prises de vue sous les ordres du réalisateur.

Le plateau de tournage : le terme plateau est emprunté au vocabulaire du théâtre et désigne la scène. Par extension, il désigne au cinéma, l'espace filmé.
Cadrage : "comporte la place de la caméra, le choix de l'objectif, l'angle de prise de vues, l'organisation de l'espace et des objets filmés dans le champ"9.
Plan : "Un plan est une suite d'images enregistrées en une seule prise. Il est défini par un cadrage et une durée".
Les mouvements de la caméra : "c'est la position qu'adopte la caméra pendant le tournage d'un plan" (plan fixe, panoramique ou travelling).

L'élève aborde la question des Oompa-Loompas, personnages de petite taille. Comment les filmer pour qu'ils paraissent petits ? Deux solutions sont proposées. 1. Les filmer de loin. 2. Agrandir le décor pour faire illusion.

Les apports du professeur
Pour ce qui est des Oompa-Loompas, Tim Burton n'a travaillé qu'avec un seul acteur de petite taille, Deep Roy, qui a dû apprendre à chanter, danser, escalader et jouer de la musique10. Ce travail au tournage est couplé avec des trucages et effets spéciaux au montage.
Une particularité de tournage : le dressage des écureuils pour la scène de "Veruca dans la salle aux noix".
On visionne une courte scène pour observer les Oompa-Loopas, des plans fixes et plans mobiles.

Séance 5 (1 heure)

Montage

Le montage est "l'opération d'assemblage des images et d'assemblage des sons".
Sont montés les images tournées, les images de synthèses, les sons et les voix.
Le monteur a besoin d'ordinateurs et des logiciels appropriés.

L'élève évoque la possibilité d'utiliser des effets spéciaux pour réaliser la scène concernant " les bonbons carrés qui ont l'air d'être ronds ". Il propose d'alterner très rapidement un bonbon rond et un bonbon carré pour que le spectateur ne puisse pas se décider à le considérer comme rond ou carré.

Les apports du professeur
Tim Burton n'a pas réalisé cette scène. Par contre il utilise des astuces de montages pour la multiplication des Oompa-Loompas, pour donner l'impression que les Ooompa-Loompas sont sur le même plan que Willy Wonka.

Bande son

La bande son regroupe tous les éléments sonores, les voix, bruits et bruitages enregistrés pendant la prise de vue et en dehors, ainsi que la musique. Pour un film en version française, les voix sont enregistrées puis calées sur l'image. Il faut que le texte en français corresponde aux mouvements des lèvres des acteurs.

L'élève, qui est aussi élève au conservatoire de musique, propose un court morceau de flûte de sa composition. La musique, triste, accompagne le repas frugal de Charlie et sa famille, au début du roman.

Les apports du professeur
La classe visionne le passage correspondant pour écouter la musique de Danny Elfman. Nous écoutons aussi un autre passage pour relever les " emprunts " de Danny Elfman aux Beatles.

Pour améliorer la séquence, un travail en partenariat avec un professeur de musique serait intéressant.

Conclusion

Chaque étape de la transformation du roman en film imbrique le texte et l'image. Tim Burton est resté proche du texte de Roald Dahl, et nombre de scènes, dialogues et attitudes des personnages sont très fidèles au texte. Mais le réalisateur est aussi un artiste qui apporte sa touche personnelle. Ici, il crée un passé, une famille et une enfance de Willy Wonka, dimension absente dans le texte.

Enfin, à travers la musique du film, l'ambiance de la ville (les camions), les costumes colorés des Oompa-Loompas (infidèles au texte) et l'atmosphère pyschédélique, Tim Burton rend hommage aux années soixante, qui sont la période d'écriture du roman.


(1) DAHL Roald, Charlie et la chocolaterie, ill. de Michel SIMEON, Gallimard, 1967. Réédition en Folio junior en 2006.

(2) Le petit Larousse illustré, Larousse, 1999.

(3) DAHL Roald, Charlie and the chocolate factory, ill. by Michael Foreman, Puffin Books, 1964.

(4) BURTON Tim, Charlie et la chocolaterie, d'après le roman de Roald DAHL, Warner Bros, 2005.

(5) Le petit Larousse illustré, Larousse, 1999.

(6) BURTON Tim, Edward aux mains d'argent, PFC, 1990.

(7) BURTON Tim, Noces Funèbres, Warner Bros, 2005.

(8) Source : http://www.dvdcritiques.com/critiques/dvd_visu.aspx?dvd=3746

(9) Source pour le vocabulaire du tournage et du montage : http://www.ac-nancy-metz.fr/cinemaV/college/contents/4w7bag.htm

(10) Source : http://www.dvdcritiques.com/critiques/dvd_visu.aspx?dvd=3746

Lire au collège, n°73, page 5 (03/2006)

Lire au collège - Du livre au film : Charlie et la chocolaterie